Mardi 22 septembre 2020

«Sutor, ne supra crepidam»
Apelle de Cos

Un mot du jour court, mais plein de sens, au temps du COVID19 et d’autres incertitudes. Cette période que nous vivons et dans laquelle tant de gens deviennent compétents en moins de temps qu’il ne faut pour le dire et sur des sujets d’une diversité et d’une complexité que manifestement ils ne perçoivent pas.

J’ai entendu cette expression dans une émission de radio, mais l’explication m’a été donnée par Wikipedia auquel je viens de réitérer un don, car je crois qu’il s’agit vraiment d’une œuvre d’utilité publique dans un monde du numérique triomphant.

Apelle de Cos, était un célèbre peintre grec qui a vécu au IVe siècle av. J.-C.. Il était le contemporain d’Alexandre le Grand dont il a peint des portraits.

Aucune de ses peintures, n’a été conservée. Mais elles ont été décrites et louées par des grands écrivains anciens : Ovide, Cicéron et Pline l’ancien

Ainsi d’après Cicéron (De Officiis, III, II, 10), personne n’osa terminer la Vénus qu’Apelle peignit pour les habitants de l’île de Cos, et qu’il avait laissée inachevée en mourant :

« La beauté du visage en effet ôtait l’espoir d’y égaler le reste du corps. »

Et c’est Pline l’Ancien qui dans son ouvrage « l’Histoire naturelle » [XXXV, 851 (Loeb IX, 323–325)] raconte l’histoire de cette parole de sagesse.

Apelle, lorsqu’il exposait ses peintures à l’étal, avait coutume de se tenir derrière les tableaux et d’écouter les commentaires des passants. Il arriva un jour qu’un cordonnier critiquât la manière dont Appelle avait peint une sandale : dans la nuit qui suivit, l’artiste retoucha l’œuvre.

Le cordonnier, constatant le lendemain les changements apportés, et fier de ce que son jugement ait convaincu le peintre, se mit à critiquer d’autres points de la peinture qui lui déplaisait.

Et c’est alors que le peintre lui rétorqua :

« Sutor, ne supra crepidam »

Ce qui signifie :

« Cordonnier, pas plus haut que la sandale »

Dans d’autres versions on lit « Ne sutor ultra crepidam » (« que le cordonnier ne juge pas au-delà de la sandale »).

Ou encore « nē suprā crepidam sūtor iūdicāret » (« un cordonnier ne devrait pas donner son avis plus haut que la chaussure »).

C’est un conseil très sage qui invite de rester dans sa zone de compétence et qui s’adresse à chacun de nous.

Cette locution latine a donné naissance à un terme français « ultracrepidarianisme » qui est donc le comportement qui consiste à donner son avis sur des sujets sur lesquels on n’a pas de compétence crédible ou démontrée.

Pour le reste, rien n’interdit de poser des questions pertinentes ou ingénues, mais il serait pertinent de s’abstenir de réponses, surtout péremptoires.

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Mercredi 10 juillet 2019

« Anthe Amerghissan
(J’ai vu cueillant des fleurs) »
Poème de Sappho de Mytilène mis en musique et chanté par Angélique Ionatos

Il était tôt le matin, ce lundi. J’ai allumé la radio, évidemment France Culture. C’était la fin de l’émission « Les nuits de France Culture »

L’invité était Emmanuel Guibert.

Emmanuel Guibert est un dessinateur et scénariste de bande dessinée. Il parlait de son œuvre.

Et puis pour terminer l’émission, la journaliste lui avait demandé de choisir une œuvre de musique.

Et il a choisi une chanson parce que « c’est tout simplement magnifique ».

Et c’est ainsi que j’ai découvert « Angélique Ionatos » « et « Sappho de Mytilene ».

Nous connaissons cette fresque, maintes fois représentée dans les livres d’Histoire et de l’Art.

Elle a été découverte dans une villa à Pompéi et représente un buste de femme avec un stylet et une tablette dans chaque main.

La tradition et la légende prétendent qu’il s’agit de Sappho de Mytilene.

Il n’y a quasi aucune chance qu’il y ait une quelconque ressemblance avec la grande poétesse grecque.

Cette fresque a été réalisée au I siècle après J.C.

Sappho a vécu aux VIIe siècle et VIe siècle av. J.-C., à Mytilène sur l’île de Lesbos.

Elle fut très célèbre durant l’Antiquité, mais son œuvre poétique ne subsiste plus qu’à l’état de fragment.

De nombreux poètes et auteurs anciens parlent d’elle, ne laissant aucun doute quant à son existence réelle et son talent.

Solon le célèbre législateur et homme d’État de la démocratie athénienne était son contemporain. Il aurait dit, après avoir entendu la lecture d’un de ses poèmes  :

« Mon désir est de l’apprendre et de mourir ensuite »

Selon Wikipedia quand dans le monde antique on disait « le poète » il s’agissait d’Homère, de même si l’on parlait de « la poétesse » c’était Sappho.

On lui doit la création d’une forme métrique particulière, la « strophe sapphique ».

C’était une femme libre qui est aussi connue pour avoir exprimé dans ses écrits son attirance pour les jeunes filles d’où le terme « saphisme » pour désigner l’homosexualité féminine tandis que le terme « lesbienne »est dérivé de Lesbos, l’île où elle a vécu.

Mais si vous voulez en savoir plus <Wikipedia> consacre un très long article à Sappho de Mytilene et fait un point très complet de ce que l’on sait d’elle et aussi les différentes hypothèses qui ont été développées sur sa vie et son œuvre.

<Angélique Ionatos » est compositrice, guitariste, chanteuse grecque, mais elle vit en France.

Elle a composé sur des vers d’il y a 2500 ans, des vers écrits par Sappho de Mytilène.

Et comme le dit Emmanuel Guibert « C’est tout simplement magnifique ».

« Anthe Amerghissan » une autre chanteuse intervient Nena Venetsanou.

Le soir j’ai acheté sur « Qobuz » l’album qui contenait cette chanson, mais sans livret.

Hier, j’ai emprunté le disque à la bibliothèque pour en avoir le livret et comprendre les paroles chantées.

Je suis donc en mesure de partager ce chant et ce texte parce que c’est tout simplement magnifique.

Angélique Ionatos chante aussi des poèmes du poète grecque « Odysseus Elytis » né en Crète en 1911 et dont la famille est originaire de Mytilène (Lesbos). Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1979 et il est mort en 1996.

Il écrit dans le livret de ce disque qui porte pour titre simplement « Sappho de Mytilène » ce texte :

« La nature crée ses propres parentés, quelquefois plus puissantes que celles forgées par le sang.

2500 ans en arrière, à Mytilène, je crois voir Sappho comme une cousine lointaine avec qui je jouais dans les mêmes jardins, autour des mêmes grenadiers, au-dessus des mêmes puits.

A pêine plus âgée que moi brune avec des fleurs dans les cheveux et un cahier secret plein de poèmes qu’elle ne m’a jamais permis de toucher.

Il est vrai que nous avons vécu sur la même île. […]

Mais avant tout, nous avons travaillé – chacun à sa mesure – sur les mêmes notions pour ne pas dire avec les mêmes mots : le ciel et la mer, le soleil et la lune, les végétaux, les filles, l’amour.

Qu’on ne me tienne pas rigueur, alors si je parle d’elle comme d’une contemporaine. Dans la poésie, comme dans les rêves, personne ne vieillit. »

Odysseus Elytis

<ICI> vous trouverez un autre poème du disque chanté par Angélique Ionatos, cette fois en vidéo.

« De tous les astres le plus beau »

Baudelaire a évoqué Sappho dans un des poèmes des « Fleurs du mal » : « Lesbos »

«De la mâle Sapho, l’amante et le poète,
Plus belle que Vénus par ses mornes pâleurs !
– L’oeil d’azur est vaincu par l’oeil noir que tachète
Le cercle ténébreux tracé par les douleurs
De la mâle Sapho, l’amante et le poète !»

Verlaine aussi a écrit un poème sur la poétesse : <Sappho>

Et je finirai par des vers de Sappho c’est la première chanson du disque : <Aérion épéon>

« J’écris mes vers avec de l’air
Et on les aime.
J’ai servi la beauté
Etait-il en effet pour moi
Quelque chose de plus grand ?
Même dans l’avenir
Je le dis
On gardera de moi le souvenir »

J’ai servi la beauté…

Les anciens égyptiens disaient qu’un humain meurt deux fois.

La première fois quand le corps meurt.

La seconde fois quand plus personne ne prononce son nom.

Sappho de Mytilène n’a pas connu cette seconde mort.

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