{"id":8778,"date":"2020-05-05T01:22:00","date_gmt":"2020-05-04T23:22:00","guid":{"rendered":"http:\/\/lemotdujour.fr\/?p=8778"},"modified":"2020-05-05T18:55:30","modified_gmt":"2020-05-05T16:55:30","slug":"lundi-20-avril-2020-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lemotdujour.fr\/?p=8778","title":{"rendered":"Mardi 5 mai 2020"},"content":{"rendered":"<div class=\"mdjTexte\">\u00abJ&rsquo;ai compris que je suis le monde. Tout ce que je vois, tout ce que je vis, tout ce que je mange, fait partie de mon univers, de mes cr\u00e9ations, c&rsquo;est r\u00e9el et infini.\u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjAuteur\">Xu Ge Fei<\/div>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Hier je vous ai pr\u00e9sent\u00e9 le livre d&rsquo;entretiens que je vais d\u00e9cliner et partager ces prochains jours.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et le premier entretien qui m&rsquo;a marqu\u00e9, il faut \u00eatre juste c&rsquo;est Annie qui l&rsquo;a lu en premier et m&rsquo;a imm\u00e9diatement incit\u00e9 \u00e0 le lire, concernait une jeune chinoise n\u00e9e en 1979 et qui est devenue \u00e9ditrice de bande dessin\u00e9es \u00e0 Paris&nbsp;: <strong>Xu Ge Fei<\/strong>.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/050420_2122_Lundi20avri1.jpg\" alt=\"\" align=\"left\"><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">L&rsquo;article a pour titre&nbsp;: \u00ab&nbsp;<strong>J&rsquo;ai compris que je suis le monde<\/strong>&nbsp;\u00bb.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Cet entretien est paru dans le N\u00b024 de la revue XXI&nbsp;: \u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.revue21.fr\/tous_les_numeros\"><span style=\"color: #0000ff;\">Revue 21.fr N\u00b0 24<\/span><\/a>\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Lorsqu&rsquo;elle \u00e9tait enfant en Mandchourie, son grand p\u00e8re lui r\u00e9p\u00e9tait qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9tait rien que \u00ab&nbsp;<strong>de l&rsquo;eau sur le sable, puisqu&rsquo;elle \u00e9tait une fille<\/strong> \u00bb. <\/span><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et depuis ce temps-l\u00e0 elle portait en elle le d\u00e9sir de faire lire des livres pour les jeunes filles.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Son histoire est \u00e9tonnante, pleine de volont\u00e9, d&rsquo;impr\u00e9vue et de hasard <\/span><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">qu&rsquo;elle raconte dans son autobiographie : \u00ab <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.xoeditions.com\/livres\/petite-fleur-de-mandchourie\/\">Petite Fleur de Mandchourie<\/a><\/span>\u00bb.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Annie a achet\u00e9 ce livre et l&rsquo;a lu avec enthousiasme. Je n&rsquo;ai pas \u00e9t\u00e9 assez rapide pour le lire \u00e0 mon tour, depuis Annie l&rsquo;a pr\u00eat\u00e9 mais ne se souvient plus \u00e0 qui.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Je lui ai demand\u00e9 de le r\u00e9sumer et elle a dit \u00ab&nbsp;<span style=\"color: #c00000;\">Un conte f\u00e9e<span style=\"color: #777777;\">&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Xu Ge Fei a donc v\u00e9cu une enfance pauvre avec un grand-p\u00e8re qui consid\u00e9rait les filles comme quantit\u00e9 n\u00e9gligeable, mais elle a \u00e9t\u00e9 entour\u00e9e de l&rsquo;amour de ses parents. Mais j&rsquo;y reviendrai.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Parce que je voudrai d&rsquo;abord r\u00e9v\u00e9ler le c\u0153ur de ce qu&rsquo;elle dit, la r\u00e9v\u00e9lation qui lui a donn\u00e9 le courage et la force d&rsquo;affronter toutes les \u00e9preuves pour devenir une \u00e9ditrice parisienne qui relie le monde chinois et le monde fran\u00e7ais&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;A 16 ans, je suis tomb\u00e9e sur cette phrase, dans un livre dont j&rsquo;ai oubli\u00e9 le titre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dieu a deux mains. Sur l&rsquo;une, il a \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu n&rsquo;es rien pour moi, pas plus qu&rsquo;une poussi\u00e8re. Et sur l&rsquo;autre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mais j&rsquo;ai cr\u00e9\u00e9 le monde pour toi.&nbsp;\u00bb. Je ne croyais pas en Dieu, mais cela a \u00e9t\u00e9 une r\u00e9v\u00e9lation pour l&rsquo;adolescente que j&rsquo;\u00e9tais, qui cherchait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment le sens de la vie. <strong>J&rsquo;ai compris que je suis le monde. Tout ce que je vois, tout ce que je vis, tout ce que je mange, fait partie de mon univers, de mes cr\u00e9ations, c&rsquo;est r\u00e9el et infini. Tout est possible, je peux tout vivre. J&rsquo;avais envie de vivre les livres. Je vis les livres&nbsp;; de vivre \u00e0 Paris, et je suis l\u00e0. Tout est coh\u00e9rent et vient de cette id\u00e9e folle&nbsp;: je crois r\u00e9ellement que je suis le monde.&nbsp;\u00bb<\/strong><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">C&rsquo;est \u00e0 la fois tr\u00e8s beau et tr\u00e8s profond.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Si on en revient au Dieu monoth\u00e9iste des 3 religions du Livre, R\u00e9gis Debray a <a href=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/?p=1425\"><span style=\"color: #0000ff;\">cette description fulgurante et pr\u00e9cise<\/span><\/a> qui montre toute la pr\u00e9tention de cette conception de la divinit\u00e9&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;C&rsquo;est l&rsquo;Infini qui dit \u00ab&nbsp;Moi, je&nbsp;\u00bb et qui de surcroit pense \u00e0 moi. Il allie ces deux qualit\u00e9s a priori incompatibles qui sont la Transcendance et la proximit\u00e9. D&rsquo;une part, le Cr\u00e9ateur est radicalement sup\u00e9rieur et distinct du monde cr\u00e9\u00e9, du monde sensible qui m&rsquo;entoure mais il m&rsquo;est possible de l&rsquo;interpeller, dans un rapport intime de personne \u00e0 personne. Autrement dit c&rsquo;est un dehors absolu qui peut me parler du dedans. Il nous entend, nous voit et nous console.<span style=\"color: #777777;\"><br \/>\n<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Xu Ge Fei d\u00e9couvre une toute autre spiritualit\u00e9. L&rsquo;homme n&rsquo;est qu&rsquo;une poussi\u00e8re, disons un groupement de poussi\u00e8re. Mais il fait partie int\u00e9grante d&rsquo;un monde dans lequel il peut vivre, s&rsquo;\u00e9panouir en \u00e9tant reli\u00e9 \u00e0 tous les autres \u00e9l\u00e9ments et \u00eatres vivants qui forment ce monde. Et dans ce sens chacun de nous est le monde.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"alignright\" src=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/050420_2122_Lundi20avri2.jpg\" alt=\"\" align=\"left\"><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Xu Ge Fei est donc n\u00e9e pauvre, dans un camp forestier communiste \u00e0 Antu en Mandchourie. Son p\u00e8re \u00e9tait b\u00fbcheron et sa m\u00e8re responsable de la cantine du camp<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Son grand p\u00e8re \u00e9tait un brillant intellectuel dont tous les biens ont \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9s lors de la r\u00e9volution communiste. Il a fait quatre ans de prison et quatorze ans de travaux forc\u00e9s pendant la r\u00e9volution culturelle, des ann\u00e9es 1960 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970. On lui reprochait notamment de parler japonais, ce qui valait d&rsquo;\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un traitre.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Bien qu&rsquo;elle f\u00fbt pauvre, elle raconte qu&rsquo;elle a eu une enfance heureuse&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;C&rsquo;\u00e9tait une enfance tr\u00e8s heureuse. Je me souviens des visites de mon p\u00e8re qui travaillait \u00e0 la ville pendant de longues p\u00e9riodes, de ce piano \u00e0 treize notes qu&rsquo;il m&rsquo;a offert, de ce petit serpent \u00e0 qui j&rsquo;ai donn\u00e9 \u00e0 boire du sak\u00e9. Je n&rsquo;ai que de bons souvenirs. Ma m\u00e8re cousait mes v\u00eatements. Elle me portait sur son dos quand j&rsquo;\u00e9tais b\u00e9b\u00e9 et qu&rsquo;elle travaillait \u00e0 la cantine du camp. Nous \u00e9tions pauvres mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas une existence mis\u00e9rable, il y avait de l&rsquo;amour de la tendresse.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Son p\u00e8re l&rsquo;aimait, mais la trouvait moche et le lui disait. Il a fallu surmonter quand m\u00eame ce jugement paternel.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Mais le plus difficile fut certainement sa relation avec son grand-p\u00e8re lettr\u00e9&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab Mon p\u00e8re lisait des bandes dessin\u00e9es chinoises parce que c&rsquo;\u00e9tait facile \u00e0 lire et pas tr\u00e8s cher.[\u2026] J&rsquo;ai grandi entour\u00e9e de ces bandes dessin\u00e9es, mais c&rsquo;\u00e9tait comme des jouets, ce n&rsquo;\u00e9tait pas du savoir. Et je n&rsquo;avais pas le droit de toucher aux livres de mon grand-p\u00e8re. Je le voyais lire des textes anciens. Il r\u00e9p\u00e9tait tout le temps qu&rsquo;il n&rsquo;y avait rien au monde de plus pr\u00e9cieux que le savoir. Et puis un jour, il m&rsquo;a dit \u00ab Toi, tu n&rsquo;es rien, tu n&rsquo;es que de l&rsquo;eau sur le sable puisque tu es une fille. Tu vas te marier et changer de nom, tu n&rsquo;existeras plus pour nous. A quoi cela servirait-il de t&rsquo;apprendre des choses ?\u00bb [\u2026]<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">J&rsquo;avais 4 ou 5 ans et envie d&rsquo;apprendre le japonais. Il l&rsquo;enseignait \u00e0 mon fr\u00e8re, le seul h\u00e9ritier officiel. Il l&rsquo;enfermait dans une salle tous les matins. Je me cachais derri\u00e8re la porte et j&rsquo;apprenais par c\u0153ur. Mon fr\u00e8re lui d\u00e9testait le japonais. Un jour que mon grand-p\u00e8re le frappait avec une r\u00e8gle en bambou, je suis entr\u00e9e et j&rsquo;ai dit \u00ab Moi je veux apprendre le japonais ! \u00bb Il m&rsquo;a renvoy\u00e9e avec cette fameuse phrase : \u00ab Mais Toi, tu n&rsquo;es rien, tu es de l&rsquo;eau sur le sable \u00bb. Et il a rang\u00e9 le livre tr\u00e8s haut pour que ne puisse pas y acc\u00e9der.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Confucius disait que la premi\u00e8re vertu d&rsquo;une femme est l&rsquo;ignorance. Je n&rsquo;aime pas sa fa\u00e7on de hi\u00e9rarchiser la soci\u00e9t\u00e9&nbsp;: les g\u00e9n\u00e9raux et les ministres doivent ob\u00e9ir \u00e0 l&#8217;empereur, les capitaines aux ministres, le peuple \u00e0 tous ces gens-l\u00e0, les femmes \u00e0 leur mari, les veuves \u00e0 leur fils. C&rsquo;est le fond de toute la pens\u00e9e chinoise. Si j&rsquo;avais eu acc\u00e8s aux livres, je n&rsquo;aurais pas eu autant faim. C&rsquo;est peut-\u00eatre gr\u00e2ce \u00e0 mon grand-p\u00e8re que je fais ce que je fais finalement&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Elle n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 bonne \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole. Et son p\u00e8re lui disait \u00ab&nbsp;Puisque tu n&rsquo;es pas tr\u00e8s jolie, personne ne va t&rsquo;\u00e9pouser donc il faut que tu sois forte \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, que tu cherches un boulot pour ne pas mourir de faim.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Mais un jour elle peut acheter une copie pirat\u00e9e du \u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Le_Monde_de_Sophie\"><span style=\"color: #0000ff;\">Monde de Sophie de Jostein Gaarder<\/span>&nbsp;<\/a>\u00bb et puis&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab Et l\u00e0 le choc. J&rsquo;ai cri\u00e9 \u00e0 ma m\u00e8re : \u00ab QuI t&rsquo;a donn\u00e9 le droit de me donner la vie sans donner le sens ! \u00bb Pendant 6 mois, j&rsquo;ai d\u00e9mabul\u00e9 dans la rue. J&rsquo;\u00e9tais perdue, j&rsquo;arr\u00eatais les gens, je questionnais les arbres : \u00ab Mais pourquoi vit-on ? ! \u00bb J&rsquo;avais perdu dix kilos, j&rsquo;\u00e9tais comme folle. Personne ne me donnait de r\u00e9ponse qui me satisfasse. Je suis donc all\u00e9e dans une biblioth\u00e8que pour chercher dans les livres. Et au bout de trois mois, j&rsquo;ai trouv\u00e9 cette fameuse phrase : \u00ab J&rsquo;ai cr\u00e9\u00e9 le monde pour toi. \u00bb \u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Elle a alors appris le m\u00e9tier de comptable et l&rsquo;anglais en autodidacte. Puis elle a quitt\u00e9 la Mandchourie et a parcouru la Chine \u00e0 la recherche d&rsquo;elle-m\u00eame. Elle devient serveuse dans un restaurant \u00e0 prostitu\u00e9es \u00e0 Dalian, exerce tous les m\u00e9tiers possibles pour subvenir \u00e0 ses besoins.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Finalement elle se fait entretenir par un jeune Californien \u00e0 Shenzhen avant de filer \u00e0 Shanghai, o\u00f9 son aplomb et sa passion pour l&rsquo;anglais lui ouvrent les portes d&rsquo;une entreprise de p\u00e9trochimie. Mais, toujours insatisfaite, elle met le cap sur Paris sur les conseils de Jim, un \u00e9crivain sino-canadien, pays cl\u00e9ment avec les femmes, lui dit-il. \u00c2g\u00e9e de 24 ans elle prend alors des cours du soir pour apprendre le fran\u00e7ais. Mais elle doit trouver les 80.000 yuans (8.000 euros) exig\u00e9s pour \u00e9migrer en France. Une somme colossale, r\u00e9unie gr\u00e2ce au soutien de sa m\u00e8re, qui a vendu son alliance en or et l&rsquo;appartement familial.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">A Paris, elle occupe aussi plusieurs emplois pour finalement gr\u00e2ce \u00e0 sa connaissance des langues chinoises et fran\u00e7aises obtenir un poste de directrice g\u00e9n\u00e9rale de la filiale chinoise de Global Chem, une soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de marketing Internet, sp\u00e9cialis\u00e9e dans la p\u00e9trochimie. Elle est tr\u00e8s bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e, mais au bout d&rsquo;un certain temps elle ne trouve plus de sens dans ce job et veut devenir \u00e9ditrice de livres sans rien y conna\u00eetre.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Elle ne sait comment faire. Mais elle va rencontrer son compagnon avec lequel, elle va cr\u00e9er les \u00e9ditions Fei en 2009. <\/span><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.elle.fr\/People\/La-vie-des-people\/Une-journee-avec\/Une-journee-avec-Xu-Ge-Fei-2313206\"><span style=\"font-family: Arial;\">Elle raconte sa rencontre<\/span><\/a><\/span><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\"> avec son compagnon&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;C&rsquo;est Patrick Marty [r\u00e9alisateur-sc\u00e9nariste, ndlr]. Je l&rsquo;ai rencontr\u00e9 \u00e0 Paris, un jour o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais triste. J&rsquo;avais quitt\u00e9 mon amoureux am\u00e9ricain et mon travail dans la p\u00e9trochimie dans l&rsquo;id\u00e9e de devenir \u00e9ditrice, mais je n&rsquo;avais aucune connexion dans ce m\u00e9tier, plus d&rsquo;argent, et mon visa allait expirer. Je confiais tout \u00e7a en pleurs, \u00e0 voix haute, \u00e0 \u00ab mon \u00bb arbre \u2013 le grand platane bicentenaire du parc Monceau \u2013, quand Patrick s&rsquo;est approch\u00e9 et m&rsquo;a demand\u00e9 : \u00ab Mademoiselle, qu&rsquo;est-ce qui est si grave ? \u00bb Il \u00e9tait mal habill\u00e9, avec de grandes oreilles, mais il avait des yeux\u2026 Alors, je lui ai tout racont\u00e9. Mes premi\u00e8res ann\u00e9es dans la for\u00eat, en Mandchourie, en Chine du Nord-Est, o\u00f9 mon p\u00e8re \u00e9tait b\u00fbcheron. L&rsquo;arriv\u00e9e plus tard \u00e0 Changchun, o\u00f9 ma m\u00e8re travaillait dans une usine de cigarettes. Ma nuit pass\u00e9e dans la rue \u00e0 Shenzhen. Mes nombreux jobs : vendeuse de rasoirs de poche, serveuse, r\u00e9ceptionniste, traductrice, commerciale. Et le sacrifice immense de mes parents, qui avaient vendu leurs alliances et leur appartement et emprunt\u00e9 \u00e0 tous les voisins et amis pour payer mon visa pour la France. On a parl\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la nuit tombe. Entre nous, c&rsquo;\u00e9tait magn\u00e9tique. Quatre mois plus tard naissaient les \u00e9ditions Fei, et les toutes premi\u00e8res BD franco-chinoises.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Le Point raconte aussi sa rencontre avec Christian Gallimard, <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/culture\/xu-ge-fei-le-miracle-a-la-chinoise-17-06-2010-1204518_3.php\">&lt;Xu Ge Fei, le miracle \u00e0 la chinoise&gt;<\/a>&nbsp;:<\/span><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/050420_2122_Lundi20avri3.jpg\" alt=\"\" width=\"371\" height=\"158\" align=\"left\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;Une nouvelle rencontre, avec Christian Gallimard, le fr\u00e8re d&rsquo;Antoine, a \u00e9t\u00e9, dit-elle, d\u00e9terminante : \u00ab\u00a0Il a lu mon business plan . Quelque temps apr\u00e8s, alors que j&rsquo;\u00e9tais en Italie pour n\u00e9gocier les droits du \u00ab\u00a0Juge Bao\u00a0\u00bb, il m&rsquo;a appel\u00e9e pour que je l&rsquo;accompagne en Chine pendant quinze jours pour un voyage d&rsquo;affaires. L\u00e0, il m&rsquo;a expliqu\u00e9 toutes les subtilit\u00e9s du monde de l&rsquo;\u00e9dition, tout en me r\u00e9p\u00e9tant que, pour r\u00e9ussir, il fallait \u00e9galement raconter ma vie et l&rsquo;envoyer sous forme de synopsis \u00e0 Bernard Fixot en septembre. En octobre, ce dernier m&rsquo;a r\u00e9pondu favorablement. Et cela s&rsquo;est pass\u00e9 exactement comme M. Gallimard l&rsquo;avait pr\u00e9vu.\u00a0\u00bb Avec la sortie conjointe du deuxi\u00e8me volume, somptueux, des aventures du juge Bao, et de ce r\u00e9cit de vie \u00e9crit en collaboration avec Patrick Marty, c&rsquo;est une nouvelle page de la conqu\u00eate chinoise qui s&rsquo;\u00e9crit ici. Pacifique, culturelle et diablement s\u00e9duisante.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;Le Juge Bao&nbsp;\u00bb fut la premi\u00e8re bande dessin\u00e9e que sa maison d&rsquo;\u00e9dition a publi\u00e9.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">La Tribune lui a aussi consacr\u00e9 un article&nbsp;: \u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.latribune.fr\/blogs\/generation-peur-de-rien\/20140212trib000815043\/xu-ge-fei-sur-la-route-du-soi.html\"><span style=\"color: #0000ff;\">Xu Ge Fei, sur la route du \u00ab\u00a0Soi\u00a0\u00bb<\/span>&nbsp;<\/a>\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Dans lequel elle r\u00e9p\u00e8te que c&rsquo;est Christian Gallimard qui lui a tout appris.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et montre aussi cette belle philosophie&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab Je dois relever des d\u00e9fis au quotidien. Je fais des erreurs. Mais j&rsquo;apprends chaque jour et c&rsquo;est passionnant \u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Mais les blessures de l&rsquo;enfance restent vivace&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab J&rsquo;avais peur de ne pas \u00eatre jolie, parce que mon p\u00e8re me disait que j&rsquo;\u00e9tais moche, peur de ne pas plaire, de ne pas \u00eatre aim\u00e9e pour qui je suis. Alors je me suis coup\u00e9 les cheveux. \u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Dans &lt;<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.dailymotion.com\/video\/xdblll\">cette vid\u00e9o<\/a><\/span>&gt; elle se pr\u00e9sente et parle de son autobiographie.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright\" src=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/050420_2122_Lundi20avri4.jpg\" alt=\"\" width=\"359\" height=\"202\" align=\"left\"><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Elle raconte avec \u00e9motion quand sa m\u00e8re a d\u00e9pens\u00e9 une fortune, par rapport \u00e0 ses revenus, pour lui offrir un dictionnaire fran\u00e7ais&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab Parce que j&rsquo;adore les langues.<br \/>\n<\/span><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">J&rsquo;adore surtout derri\u00e8re les langues, les rencontres.<br \/>\n<\/span><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">C&rsquo;est magique d&rsquo;apprendre une langue. C&rsquo;est comme une porte qu&rsquo;on ouvre, un autre monde nous attend derri\u00e8re.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Elle avoue son amour de la France et son d\u00e9sir de publier des livres pour les petites filles&nbsp;; livre chinois pour faire d\u00e9couvrir la Chine aux petites fran\u00e7aises puis aussi faire d\u00e9couvrir la France aux petites chinoises.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Elle conclut l&rsquo;entretien \u00e0 la revue XXI par cette vision&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;Le jour o\u00f9 mon grand-p\u00e8re a plac\u00e9 ce livre sur la plus haute \u00e9tag\u00e8re de la maison, je me suis jur\u00e9 que je donnerais des livres \u00e0 toutes les petites filles \u00e0 qui il fut d\u00e9fendu d&rsquo;apprendre. Mon but est de permettre l&rsquo;acc\u00e8s au savoir, c&rsquo;est cela qui changera le monde. Je le fais un peu avec l&rsquo;\u00e9dition.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Elle explique aussi ce que signifie son nom Xu veut dire \u00ab petit \u00e0 petit \u00bb ou \u00ab tout doucement \u00bb, Ge c&rsquo;est \u00ab r\u00e9volution \u00bb, \u00ab changer \u00bb, \u00ab corriger \u00bb. Fei accol\u00e9 aux deux autres mots, c&rsquo;est tout ce qui est \u00ab injuste \u00bb, \u00ab mauvais \u00bb ou faux \u00bb. C&rsquo;est son grand p\u00e8re qui a choisi ce nom qui veut donc dire \u00ab Petit \u00e0 petit r\u00e9volutionner les choses injustes. \u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">J&rsquo;aime beaucoup &lt;<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=rypWGzpIPtM\"><span style=\"color: #0000ff;\">cette vid\u00e9o<\/span><\/a>&gt; enregistr\u00e9e par la Librairie Mollat au festival d&rsquo;Angoul\u00eame o\u00f9 elle parle avec enthousiasme des BD qu&rsquo;elle publie.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Les \u00e9ditions Fei ont bien s\u00fbr leur site. Je vous renvoie vers la page des bandes dessin\u00e9es&nbsp;:<span style=\"color: #0000ff;\"> <a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.editionsfei.com\/bande-dessinee\">https:\/\/www.editionsfei.com\/bande-dessinee<\/a><\/span><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: maroon; font-family: Arial;\">&lt;1415&gt;<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abJ&rsquo;ai compris que je suis le monde. Tout ce que je vois, tout ce que je vis, tout ce que je mange, fait partie de mon univers, de mes cr\u00e9ations, c&rsquo;est r\u00e9el et infini.\u00bb Xu Ge Fei Hier je vous<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[167,70,14],"class_list":["post-8778","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-motdujour","tag-bande-dessinee","tag-chine","tag-recit"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8778","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8778"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8778\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8790,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8778\/revisions\/8790"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8778"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8778"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8778"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}