{"id":7193,"date":"2019-09-24T02:25:04","date_gmt":"2019-09-24T00:25:04","guid":{"rendered":"http:\/\/lemotdujour.fr\/?p=7193"},"modified":"2020-06-12T19:34:58","modified_gmt":"2020-06-12T17:34:58","slug":"mardi-24-septembre-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lemotdujour.fr\/?p=7193","title":{"rendered":"Mardi 24 septembre 2019"},"content":{"rendered":"<div class=\"mdjTexte\">\u00ab Tout ce temps, les femmes avaient tenu, endurantes et malmen\u00e9es.<\/div>\n<div class=\"mdjAuteur\">Nicolas Matthieu, \u00ab leurs enfants apr\u00e8s eux \u00bb page 419<\/div>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Le roman que j&rsquo;ai \u00e9voqu\u00e9 hier parle beaucoup des hommes meurtris par la fermeture des usines, de leur destin, de leur humiliation et aussi de leur attachement visc\u00e9ral \u00e0 la terre qui les a vu na\u00eetre et grandir.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Le roman se termine par cette belle phrase appliqu\u00e9e au personnage principal du livre, Anthony&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;Cette empreinte que la vall\u00e9e avait laiss\u00e9e dans sa chair. L&rsquo;effroyable douceur d&rsquo;appartenir.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">L&rsquo;effroyable douceur d&rsquo;appartenir&nbsp;!<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Effroyable parce que le fait de rester prisonnier de cette vall\u00e9e, de ne pas vouloir la quitter constitue un des termes de leur probl\u00e8me, car pour trouver un emploi, s&rsquo;en sortir mieux financi\u00e8rement, il faudrait partir, aller ailleurs.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Mais aussi douceur du lieu qu&rsquo;ils habitent, qu&rsquo;ils connaissent et qui les rassurent.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Mais ce que je veux surtout partager aujourd&rsquo;hui c&rsquo;est une belle analyse qui se trouve \u00e0 la fin du livre page 419 (le livre en compte 426) dans lequel Nicolas Matthieu parle des femmes, c&rsquo;est-\u00e0-dire des conjointes et des m\u00e8res de ces hommes qui se lamentent, qui boivent, sont d\u00e9prim\u00e9s quelquefois violents.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Cela correspond aussi \u00e0 mon exp\u00e9rience de mon pays natal.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Bien s\u00fbr, il y a toujours des exceptions et des hommes qui assurent et font face avec courage, d\u00e9termination et lucidit\u00e9 aux \u00e9preuves de la vie.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Mais bien plus souvent ce sont les conjointes et m\u00e8res qui constituent seules ou quasi seules, ce port d&rsquo;attache qui dans les \u00e9preuves assurent l&rsquo;essentiel, alors que souvent elles sont encore plus malmen\u00e9es par la vie.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Je trouve ce moment du livre tr\u00e8s fort et touchant&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;Le p\u00e8re \u00e9tait mort.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Quant \u00e0 sa m\u00e8re, elle refaisait sa vie. Elle voyait des types.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Elle avait les cheveux auburn maintenant, coiff\u00e9s en p\u00e9tard.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Elle serait \u00e0 la retraite dans quinze ans, si le gouvernement ne pondait pas une connerie d&rsquo;ici l\u00e0.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">C&rsquo;\u00e9tait loin encore. Elle comptait les jours. Le week-end, elle voyait sa s\u0153ur. Elle rendait visite \u00e0 des copines. C&rsquo;\u00e9tait fou le nombre de femmes seules qui voulaient profiter de la vie. Elles faisaient des balades, s&rsquo;inscrivaient \u00e0 des voyages organis\u00e9s.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;on voyait des bus parcourir l&rsquo;Alsace et la For\u00eat Noire, gorg\u00e9s de c\u00e9libataires, de veuves, de bonnes femmes abandonn\u00e9es. Elles se marraient d\u00e9sormais entre elles, gueuletonnaient au forfait dans des auberges avec poutres apparentes, menu tout compris, fromage et caf\u00e9 gourmand. Elles visitaient des ch\u00e2teaux et des villages typiques, organisaient des soir\u00e9es Karaok\u00e9 et des cagnottes pour aller aux Bal\u00e9ares.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Dans leur vie, les enfants, les bonhommes n&rsquo;auraient \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;un \u00e9pisode. Premi\u00e8res de leur sorte, elles s&rsquo;offraient une escapade hors des servitudes mill\u00e9naires. Et ces amazones en pantacourt, modestes, rieuses, avec leurs coquetteries restreintes, leurs cheveux teints, leur cul qu&rsquo;elles trouvaient trop gros et leur d\u00e9sir de profiter, parce que la vie, au fond \u00e9tait trop courte, ces filles de prolo, ces gamines grandies en \u00e9coutant les y\u00e9y\u00e9s et qui avaieint massivement acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l&#8217;emploi salari\u00e9, s&rsquo;en payaient une bonne tranche apr\u00e8s une vie de mouron et de bouts de chandelle. Toutes ou presque avaient connu des grossesses multiples, des \u00e9poux licenci\u00e9s, d\u00e9pressifs, des violents, des machos, des ch\u00f4meurs, des humili\u00e9s compulsifs.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">A table, au bistrot, au lit, avec leurs t\u00eates d&rsquo;enterrement, leurs grosses mains, leurs c\u0153urs broy\u00e9s, ces hommes avaient emmerd\u00e9 le monde des ann\u00e9es durant. Inconsolables depuis que leurs fameuses usines avaient ferm\u00e9, que les hauts fourneaux s&rsquo;\u00e9taient tus. M\u00eame les gentils, les p\u00e8res attentionn\u00e9s, les bon gars, les silencieux, les soumis. Tous ces mecs, ou \u00e0 peu pr\u00e8s, \u00e9taient partis par le fond. Les fils aussi, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, avaient mal tourn\u00e9, \u00e0 faire n&rsquo;importe quoi, et caus\u00e9 bien du souci, avant de trouver une raison de se ranger, une fille bien souvent. Tout ce temps, les femmes avaient tenu, endurantes et malmen\u00e9es.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Et les choses, finalement, avaient repris un cours admissible, apr\u00e8s le grand creux de la crise. Encore que la crise, ce n&rsquo;\u00e9tait plus un moment. C&rsquo;\u00e9tait une position dans l&rsquo;ordre des choses. Un destin. Le leur.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Cette analyse me rappelle un mot du jour de 2016 que j&rsquo;avais consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;intellectuelle am\u00e9ricaine Nancy Fraser qui dans le cadre d&rsquo;une r\u00e9flexion historique et plus conceptuelle \u00e9voquait ce r\u00f4le des femmes qui en le disant simplement agissent pour que la famille continue \u00e0 tenir ensemble et chacun \u00e0 tenir debout.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Je vous invite \u00e0 relire ce mot du jour&nbsp;: \u00ab <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/?p=1457\">Les contradictions sociales du capitalisme contemporain<\/a><\/span> \u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: maroon; font-family: Arial;\">&lt;1275&gt;<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Tout ce temps, les femmes avaient tenu, endurantes et malmen\u00e9es. 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