{"id":6183,"date":"2019-02-11T02:44:33","date_gmt":"2019-02-11T01:44:33","guid":{"rendered":"http:\/\/lemotdujour.fr\/?p=6183"},"modified":"2021-08-25T15:04:27","modified_gmt":"2021-08-25T13:04:27","slug":"lundi-11-fevrier-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lemotdujour.fr\/?p=6183","title":{"rendered":"Lundi 11 f\u00e9vrier 2019"},"content":{"rendered":"<div class=\"mdjTexte\">\t\u00abJe n\u2019avais pas du chagrin, j\u2019\u00e9tais le chagrin\u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjAuteur\">\tPhilippe Lan\u00e7on, \u00ab&nbsp;Le Lambeau&nbsp;\u00bb, page 211<\/div>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.decitre.fr\/livres\/le-lambeau-9782072689079.html\"><strong><span style=\"color: #0000ff;\">Le Lambeau<\/span><\/strong><span style=\"color: #0000ff;\">&nbsp;<\/span><\/a>\u00bb est le livre dans lequel le journaliste Philippe Lan\u00e7on, rescap\u00e9 du massacre de Charlie Hebdo, raconte sa longue et douloureuse \u00e9preuve pour retrouver un visage regardable et une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 suffisante pour continuer \u00e0 vivre, apr\u00e8s tant de violences et tant d&rsquo;amis perdus.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/021019_1944_Lundi11fvri1.jpg\" alt=\"\" align=\"left\"><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">J&rsquo;ai entendu Philippe Lan\u00e7on parler de son livre dans deux \u00e9missions<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Sur France Inter l&rsquo;interview de L\u00e9a Salam\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.franceinter.fr\/emissions\/l-invite-de-7h50\/l-invite-de-7h50-16-avril-2018\"><span style=\"color: #0000ff;\">Les victimes de Charlie Hebdo sont avec moi plus qu&rsquo;ils ne l&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 de leur vivant<\/span>&nbsp;<\/a>\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et sur France Culture dans l&rsquo;invit\u00e9 des matins&nbsp;: \u00ab<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/linvite-des-matins\/philippe-lancon-apres-charlie-vivre-et-ecrire\">Apr\u00e8s \u00ab\u00a0Charlie\u00a0\u00bb, vivre et \u00e9crire<\/a><\/span>\u00bb. Dans cette \u00e9mission il a dit&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;\u00c9crire ce livre est un acte de m\u00e9moire sous forme de r\u00e9cit. Le livre fait partie d&rsquo;une exp\u00e9rience, l&rsquo;accompagne, lui donne sens et d&rsquo;une certaine fa\u00e7on la conclut en essayant de la sublimer [&#8230;] J&rsquo;avais un probl\u00e8me de sensation \u00e0 la m\u00e9moire. Je ne le sentais plus. C&rsquo;est comme si j&rsquo;avais oubli\u00e9 l&rsquo;homme que j&rsquo;\u00e9tais auparavant. De la m\u00eame fa\u00e7on que les nerfs, la m\u00e9moire revient d&rsquo;une mani\u00e8re particuli\u00e8re dont j&rsquo;ai essay\u00e9 de faire le r\u00e9cit.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Philippe Lan\u00e7on \u00e9tait, en janvier 2015, journaliste litt\u00e9raire \u00e0 Lib\u00e9ration et chroniqueur \u00e0 Charlie Hebdo.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Dans l&rsquo;\u00e9quipe de \u00ab Charlie \u00bb, il est avec Bernard Maris l&rsquo;un des d\u00e9fenseurs de Michel Houellebecq, qui publiait ce m\u00eame 7 janvier son livre \u00ab <strong>Soumission<\/strong> \u00bb dans lequel l&rsquo;\u00e9crivain imagine un Premier ministre musulman \u00e0 la France.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">La veille, Philippe Lan\u00e7on a accompagn\u00e9 une amie au th\u00e9\u00e2tre pour assister \u00e0 la pi\u00e8ce \u00ab <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/La_Nuit_des_rois\">La Nuit des rois<\/a> <\/span>\u00bb, de William Shakespeare.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Ce matin du 7 janvier, Philippe Lan\u00e7on est ind\u00e9cis. Passera-t-il d&rsquo;abord par \u00ab Charlie \u00bb ou \u00ab Lib\u00e9ration \u00bb, dont il est salari\u00e9 ? A Lib\u00e9ration, il devait \u00e9crire une critique de la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre \u00e0 laquelle il a assist\u00e9. Il d\u00e9cide que finalement ce sera \u00ab Charlie \u00bb. La conf\u00e9rence de r\u00e9daction est commenc\u00e9e. Les finances sont au plus bas. Depuis l&rsquo;affaire des caricatures de Mahomet, le journal est \u00ab isol\u00e9 \u00bb. Mais l&rsquo;\u00e9quipe ne c\u00e8de rien \u00e0 sa libert\u00e9 de d\u00e9battre. Et lorsque la mort surgit, il est justement question de l&rsquo;abandon des banlieues, devenues ou non le nid d&rsquo;un islamisme radical \u00e0 la violence aveugle.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Il d\u00e9crit les instants avant l&rsquo;attaque&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;Il y avait une sorte de brioche devant Cabu. Wolinski dessinait sur son carnet tout en regardant d&rsquo;un air amus\u00e9 tel ou tel intervenant. Fabrice Nicolino n&rsquo;avait pas encore entam\u00e9 l&rsquo;une de ses tirades nerveuses et m\u00e9lancoliques contre la destruction \u00e9cologique du monde. La voix de cr\u00e9celle tonitruante d&rsquo;Elsa Cayat a retenti, suivie d&rsquo;un immense rire sauvage, un rire de sorci\u00e8re libertaire. J&rsquo;aimais beaucoup Elsa. Tignous dessinait peut-\u00eatre. Il dessinait parfois pendant la conf\u00e9rence, toujours quand elle \u00e9tait finie. J&rsquo;aimais le regarder travailler : un vieil enfant trapu et concentr\u00e9, appliqu\u00e9, lent, les \u00e9paules lourdes, un artisan. (&#8230;) Bernard Maris \u00e9tait sans doute rest\u00e9 \u00e0 Charlie, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, pour la m\u00eame raison que moi : parce qu&rsquo;il s&rsquo;y sentait libre et insouciant. Ici, on disait ou l&rsquo;on criait beaucoup de choses vagues, fausses, banales, idiotes, spontan\u00e9es, on les disait comme on se d\u00e9rouille le corps, mais, quand la sauce prenait, l&rsquo;imagination suivait. Ce matin-l\u00e0 comme les autres, lecteur, l&rsquo;humour, l&rsquo;apostrophe et une forme th\u00e9\u00e2trale d&rsquo;indignation \u00e9taient les juges et les \u00e9claireurs, les bons et les mauvais g\u00e9nies, dans une tradition bien fran\u00e7aise qui valait ce qu&rsquo;elle valait, mais dont la suite allait montrer que l&rsquo;essentiel du monde lui \u00e9tait \u00e9tranger.\u00bb&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">La sc\u00e8ne de l&rsquo;attentat, longue d&rsquo;une soixantaine de pages, est presque insoutenable \u00e0 lire. Les balles des fr\u00e8res Kouachi lui ont arrach\u00e9 la m\u00e2choire, l&rsquo;ont d\u00e9figur\u00e9, en ont fait une gueule cass\u00e9e. \u00ab Blessure de guerre \u00bb a dit le pompier qui le transportait.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;J&rsquo;\u00e9tais maintenant \u00e0 terre, sur le ventre, les yeux pas encore ferm\u00e9s, quand j&rsquo;ai entendu le bruit des balles sortir tout \u00e0 fait de la farce, de l&rsquo;enfance, du dessin, et se rapprocher du caisson ou du r\u00eave dans lequel je me trouvais. Il n&rsquo;y avait pas de rafales. Celui qui avan\u00e7ait vers le fond de la pi\u00e8ce et vers moi tirait une balle et disait \u00ab\u00a0Allah Akbar !\u00a0\u00bb Il tirait une autre balle et r\u00e9p\u00e9tait encore \u00ab\u00a0Allah Akbar !&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Il \u00e9tait assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Bernard Maris, avec lequel il blaguait peu avant le massacre. Il se d\u00e9crit comme d\u00e9doubl\u00e9 pour prendre conscience de la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;\u00ab\u00a0Bernard est mort\u00a0\u00bb, m&rsquo;a dit celui que j&rsquo;\u00e9tais, et j&rsquo;ai r\u00e9pondu, oui il est mort, et nous nous sommes unis sur lui, sur le point de sortie de cette cervelle que j&rsquo;aurais voulu remettre \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du cr\u00e2ne et dont je n&rsquo;arrivais plus \u00e0 me d\u00e9tacher, car c&rsquo;est par elle, \u00e0 ce moment-l\u00e0, que j&rsquo;ai enfin senti, compris, que quelque chose d&rsquo;irr\u00e9versible avait eu lieu. [\u2026] Combien de temps ai-je regard\u00e9 la cervelle de Bernard ? Assez longtemps pour qu&rsquo;elle devienne une partie de moi-m\u00eame. [\u2026] Je ne sentais pas le sang, dans lequel je baignais pourtant, je n&rsquo;avais m\u00eame pas encore vu le mien, mais j&rsquo;entendais le silence, je n&rsquo;entendais m\u00eame que \u00e7a.\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et il ajoute&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;Les morts se tenaient presque par la main. Le pied de l&rsquo;un touchait le ventre de l&rsquo;autre, dont les doigts effleuraient le visage du troisi\u00e8me, qui penchait vers la hanche du quatri\u00e8me, qui semblait regarder le plafond, et tous, comme jamais et pour toujours, devinrent dans cette disposition mes camarades&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et il raconte sa sid\u00e9ration :<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab Etais-je, \u00e0 cet instant, un survivant ? Un revenant ? O\u00f9 \u00e9taient la mort, la vie ? Que restait-il de moi ? Je ne pensais pas ces questions de l&rsquo;ext\u00e9rieur, comme des sujets de dissertation. Je les vivais. Elles \u00e9taient l\u00e0, par terre, autour de moi et en moi, concr\u00e8tes comme un \u00e9clat de bois ou un trou dans le parquet, vagues comme un mal non identifi\u00e9, elles me saturaient et je ne savais qu&rsquo;en faire. Je ne le sais toujours pas\u2026 \u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Il vivra un incertain et long parcours m\u00e9dical avec une hospitalisation \u00e0 la Piti\u00e9-Salp\u00eatri\u00e8re, puis \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital des Invalides, avec dix-sept interventions chirurgicales qui vont permettre \u00e0 la cicatrisation de ses blessures, et surtout \u00e0 la patiente reconstruction du tiers inf\u00e9rieur de son visage, d\u00e9truit par un projectile,<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\"> \u00ab Ma m\u00e2choire inf\u00e9rieure ayant disparu, on avait greff\u00e9 \u00e0 la place mon p\u00e9ron\u00e9 droit, accompagn\u00e9 d&rsquo;une veine et d&rsquo;un bout de peau de jambe qui, sous le nom de palette, me tenait lieu de menton \u00bb.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Ce chemin de souffrance et de doute, il en viendra \u00e0 bout accompagn\u00e9 par la lecture de livres qui puisent au plus profond de l&rsquo;humanit\u00e9&nbsp;: Shakespeare, Proust, Thomas Mann et Kafka, de l&rsquo;\u00e9coute de la musique de la paix, de l&rsquo;\u00e9quilibre et du divin&nbsp;: Bach, et aussi de la puissance et du r\u00e9alisme de la peinture de V\u00e9lasquez.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Il conclut&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab Il m&rsquo;avait fallu atterrir en cet endroit, dans cet \u00e9tat [\u2026] pour sentir ce que j&rsquo;avais lu cent fois chez des auteurs sans tout \u00e0 fait le comprendre : \u00e9crire est la meilleure mani\u00e8re de sortir de soi-m\u00eame, quand bien m\u00eame ne parlerait-on de rien d&rsquo;autre \u00bb.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.<TELERAMA> telerama.fr\/livres\/le-lambeau,n5606981.php\u00a0\u00bb><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"color: #0000ff;\">&lt;TELERAMA&gt;<\/span>&nbsp;<\/span><\/a><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">: d\u00e9crit ce livre avec ces mots&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp; Le Lambeau n&rsquo;est pas un document sur la violence, encore moins sur le terrorisme, islamiste ou autre (\u00ab Je n&rsquo;ai aucune col\u00e8re contre les fr\u00e8res K, je sais qu&rsquo;ils sont les produits de ce monde, mais je ne peux simplement pas les expliquer. Tout homme qui tue est r\u00e9sum\u00e9 par son acte et par les morts qui restent \u00e9tendus autour de moi. Mon exp\u00e9rience, sur ce point, d\u00e9borde ma pens\u00e9e\u2026 \u00bb). Il s&rsquo;agit, au contraire, d&rsquo;un livre empreint d&rsquo;une grande, d&rsquo;une admirable douceur, s&#8217;employant \u00e0 sonder, sans culpabilit\u00e9, \u00ab la solitude d&rsquo;\u00eatre vivant \u00bb. Un livre calme, d\u00e9termin\u00e9, \u00e0 l&rsquo;image de son auteur et en d\u00e9pit de l&rsquo;omnipr\u00e9sence de la douleur physique et morale, de l&rsquo;angoisse, \u00e0 \u00ab ne pas faire \u00e0 l&rsquo;horreur v\u00e9cue l&rsquo;hommage d&rsquo;une col\u00e8re ou d&rsquo;une m\u00e9lancolie que j&rsquo;avais si volontiers exprim\u00e9es en des jours moins difficiles, d\u00e9sormais r\u00e9volus \u00bb.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/culturebox.francetvinfo.fr\/livres\/romans\/pourquoi-le-lambeau-est-une-offrande-de-philippe-lancon-a-chacun-d-entre-nous-272909\"><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"color: #0000ff;\">&lt;La page culturelle de France Info&gt;<\/span><\/span><\/a><span style=\"font-family: Arial;\">&nbsp; <span style=\"color: #777777;\">commente et encense cette \u0153uvre&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;En \u00e9crivant \u00ab&nbsp;Le lambeau&nbsp;\u00bb Philippe Lan\u00e7on, [\u2026] ne fait pas seulement le choix de l&rsquo;\u00e9criture ET de la vie. Il d\u00e9pose \u00e0 nos pieds une offrande. En partageant avec nous par la litt\u00e9rature son exp\u00e9rience, il nous autorise \u00e0 faire corps avec les victimes de l&rsquo;indicible \u00e9v\u00e9nement, et ainsi, nous donne la possibilit\u00e9 d&rsquo;en faire le deuil. [\u2026]<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Le livre de Philippe Lan\u00e7on est une offrande, d\u00e9pos\u00e9e au pied de tous ceux qui ont \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s par les attentats et l&rsquo;indicible violence, par la perte de ces figures qui les ont accompagn\u00e9s comme des tontons, des fr\u00e8res, des amis, depuis l&rsquo;enfance : l&rsquo;ind\u00e9modable bouille et les dessins grin\u00e7ants de Cabu, les dessins de Wolinski que l&rsquo;on regardait en cachette quand on \u00e9tait enfant, les unes de Charb, la voix de Bernard Maris sur France Inter le vendredi matin[\u2026]<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">C&rsquo;est le r\u00e9cit d&rsquo;une reconstruction, dans lequel l&rsquo;auteur rend un hommage bouleversant \u00e0 l&rsquo;univers de l&rsquo;h\u00f4pital, et plus largement \u00e0 un monde dans lequel on ne tire pas sur les gens parce qu&rsquo;ils ont fait des dessins, mais dans lequel au contraire on met tout en \u0153uvre pour r\u00e9parer les vivants, avec une place, toujours et quoi qu&rsquo;il arrive, pour l&rsquo;humour, pour les blagues, et pour la d\u00e9rision. Le livre de Philippe Lan\u00e7on est \u00e9crit dans une langue magnifique, tendue comme une peau de percussion au d\u00e9but du livre, puis se rel\u00e2chant au fil du r\u00e9cit, \u00e0 mesure que l&rsquo;\u00e9tau se desserre, que se banalisent les \u00e9v\u00e9nements, que la vie revient, au rythme d&rsquo;une marche paisible au bras de la femme qu&rsquo;il aime, m\u00eame si la violence, tapie, peut surgir \u00e0 nouveau.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">En partageant son exp\u00e9rience Philippe Lan\u00e7on fait don au lecteur de la possibilit\u00e9 d&rsquo;int\u00e9rioriser un \u00e9v\u00e9nement d&rsquo;une violence tellement sid\u00e9rante qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas possible de s&rsquo;en emparer, de le faire sien ou de le dig\u00e9rer (d&rsquo;autres diraient d&rsquo;en faire le deuil). Avec ce livre, en faisant du \u00ab\u00a0Je\u00a0\u00bb un \u00ab\u00a0Nous\u00a0\u00bb, il autorise chacun \u00e0 faire entrer en soi les disparus. Comment r\u00e9ussit-il cette prouesse ? En produisant de la litt\u00e9rature, tout simplement. Merci Monsieur Lan\u00e7on.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">J&rsquo;ai aussi puis\u00e9 la mati\u00e8re de ce mot du jour, hormis les articles et \u00e9missions d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9s&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Dans le \u00ab&nbsp;<strong>Parisien<\/strong>&nbsp;\u00bb&nbsp;: <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"http:\/\/www.leparisien.fr\/culture-loisirs\/livres\/le-lambeau-de-philippe-lancon-dans-l-enfer-de-l-attentat-de-charlie-15-04-2018-7665006.php\">&lt;Dans l&rsquo;enfer de l&rsquo;attentat de Charlie&gt;<\/a><\/span><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Dans \u00ab&nbsp;<strong>Lib\u00e9ration<\/strong>&nbsp;\u00bb&nbsp;: <span style=\"color: #0000ff;\">\u00ab<a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.liberation.fr\/societe\/2015\/01\/13\/j-allais-partir-quand-les-tueurs-sont-entres_1180088\">J&rsquo;allais partir quand les tueurs sont entr\u00e9s<\/a>\u2026\u00bb<\/span><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Dans \u00ab&nbsp;<strong>La Croix<\/strong>&nbsp;\u00bb&nbsp;: <span style=\"color: #0000ff;\">\u00ab<a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.la-croix.com\/Culture\/Livres-et-idees\/Le-Lazare-gueule-cassee-Charlie-Hebdo-2018-04-19-1200932916\">Philippe Lan\u00e7on, le Lazare de Charlie Hebdo<\/a> \u00bb<\/span><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Dans l&rsquo;\u00e9mission du \u00ab&nbsp;<strong>Masque et la Plume<\/strong>&nbsp;\u00bb de France Inter&nbsp;: <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.franceinter.fr\/livres\/le-lambeau-de-<Philippe Lan\u00e7on bouleverse les critiques du Masque et la Plume\">&lt;Philippe Lan\u00e7on bouleverse les critiques du Masque et la Plume<\/a>&gt;<\/span><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Dans l&rsquo;\u00e9mission du \u00ab&nbsp;<strong>Ca peut pas faire de mal<\/strong>&nbsp;\u00bb de France Inter&nbsp;: <a href=\"https:\/\/www.franceinter.fr\/emissions\/ca-peut-pas-faire-de-mal\/ca-peut-pas-faire-de-mal-10-novembre-2018\"><span style=\"color: #0000ff;\">&lt;Emission du 10 novembre 2018&gt;<\/span><\/a><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Il y a aussi cette interview dans \u00ab&nbsp;<strong>Elle<\/strong>&nbsp;\u00bb&nbsp;: <a href=\"http:\/\/www.elle.fr\/Societe\/Interviews\/Je-n-ai-pas-eprouve-de-colere-jamais-Philippe-Lancon-raconte-l-attentat-contre-Charlie-Hebdo-3662858\"><span style=\"color: #0000ff;\">&lt;Je n&rsquo;ai pas \u00e9prouv\u00e9 de col\u00e8re, jamais&gt;<\/span><\/a><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">J&rsquo;en tire ces extraits&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">D&rsquo;abord le commentaire du magazine&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;C&rsquo;est un livre extraordinaire que \u00ab Le Lambeau \u00bb, un r\u00e9cit splendide sur une exp\u00e9rience atroce, une \u00e9pop\u00e9e dans une chambre d&rsquo;h\u00f4pital, la travers\u00e9e d&rsquo;un revenant, du monde des morts vers celui des vivants. [\u2026] Avec une fluidit\u00e9 remarquable, une intelligence \u00e9blouissante, Philippe Lan\u00e7on raconte comment la nature de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement a chang\u00e9 la sienne, au cours de mois d&rsquo;hospitalisation \u00e0 la Salp\u00eatri\u00e8re puis aux Invalides. On d\u00e9vore ce livre comme \u00ab Guerre et Paix \u00bb, on en est sorti renvers\u00e9, comme de cette rencontre avec cet homme revenu des enfers.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Puis des r\u00e9ponses de Philippe Lan\u00e7on<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp; Je n&rsquo;ai pas \u00e9prouv\u00e9 de col\u00e8re, jamais. Pendant quelques mois apr\u00e8s l&rsquo;accident, cela peut sembler paradoxal, mais j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 au meilleur de ce que je pouvais \u00eatre, dans l&rsquo;ordre de la patience, de l&rsquo;endurance et de la bienveillance. Je pense que les caract\u00e8res sont comme des palettes de peintre, certaines couleurs ne sont jamais utilis\u00e9es. Des traits de mon caract\u00e8re ont connu une excroissance soudaine. Je ne m&rsquo;en vante pas, c&rsquo;\u00e9tait un r\u00e9flexe vital. Aujourd&rsquo;hui, je sens avec une certaine m\u00e9lancolie que ces trois vertus s&rsquo;amenuisent \u00e0 mesure que je vais vers une vie normale. Mais j&rsquo;en ai toujours plus qu&rsquo;avant ! [\u2026]<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Ma vie, mon m\u00e9tier, c&rsquo;est lire et \u00e9crire. Comment pouvais-je restituer le bien que m&rsquo;ont donn\u00e9 Chlo\u00e9 &#8211; la chirurgienne qui m&rsquo;a op\u00e9r\u00e9 -, les soignants, mes amis, ma famille, sinon en en faisant des personnages ? Si j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 charpentier, je leur aurais fait des tables et des chaises. Mon fr\u00e8re a \u00e9t\u00e9 infiniment proche, cette histoire nous a rendus jumeaux alors que cinq ans nous s\u00e9parent. Il \u00e9tait mon interface avec l&rsquo;ext\u00e9rieur, nous \u00e9tions arriv\u00e9s, sans paroles, \u00e0 un point de compr\u00e9hension extraordinaire, presque \u00e0 la vitesse de la lumi\u00e8re, en tout cas \u00e0 la vitesse de l&rsquo;amour fraternel. On va croire que je raconte \u00ab Le Man\u00e8ge enchant\u00e9 \u00bb, mais c&rsquo;est vrai. [\u2026]<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00c9crire des chroniques pour \u00ab Lib\u00e9ration \u00bb m&rsquo;a aid\u00e9 \u00e0 sortir de ma condition de malade, chacune \u00e9tait un ballon d&rsquo;oxyg\u00e8ne, c&rsquo;\u00e9tait un acte vital. Le livre, c&rsquo;\u00e9tait diff\u00e9rent. [\u2026]<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Cette exp\u00e9rience m&rsquo;a \u00e9galement enlev\u00e9 le go\u00fbt de juger. \u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et je finirai par ce qu&rsquo;il disait dans l&rsquo;interview de L\u00e9a Salam\u00e9 cit\u00e9e en d\u00e9but d&rsquo;article&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;Dans Le Lambeau, Philippe Lan\u00e7on rend aussi hommage \u00e0 \u00ab\u00a0sa\u00a0\u00bb chirurgienne, Chlo\u00e9, la femme qui lui a permis de se reconstruire. \u00ab\u00a0Ce processus m&rsquo;a appris que le patient est quelqu&rsquo;un qui doit y mettre du sien, absolument, ce n&rsquo;est pas un enfant ou un oiseau qui attend la b\u00e9qu\u00e9e\u00a0\u00bb.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Son nouveau visage, trois ans apr\u00e8s l&rsquo;attaque, \u00ab\u00a0n&rsquo;est pas si diff\u00e9rent de ce qu&rsquo;il \u00e9tait avant\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Si je me regarde dans une glace ou sur une photo, c&rsquo;est plus moi. C&rsquo;est une vision psychologique, moi je sais que mon visage a chang\u00e9 mais c&rsquo;est surtout \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur que j&rsquo;ai chang\u00e9\u00a0\u00bb.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #800000; font-family: Arial;\">&lt;1188&gt;<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abJe n\u2019avais pas du chagrin, j\u2019\u00e9tais le chagrin\u00bb Philippe Lan\u00e7on, \u00ab&nbsp;Le Lambeau&nbsp;\u00bb, page 211 \u00ab&nbsp;Le Lambeau&nbsp;\u00bb est le livre dans lequel le journaliste Philippe Lan\u00e7on, rescap\u00e9 du massacre de Charlie Hebdo, raconte sa longue et douloureuse \u00e9preuve pour retrouver un<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[9,14,72],"class_list":["post-6183","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-motdujour","tag-litterature","tag-recit","tag-terrorisme"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6183","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6183"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6183\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12066,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6183\/revisions\/12066"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6183"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6183"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6183"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}