{"id":608,"date":"2014-02-19T01:00:00","date_gmt":"2014-02-18T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/lemotdujour.fr\/?p=608"},"modified":"2017-05-08T13:21:02","modified_gmt":"2017-05-08T11:21:02","slug":"mercredi-19022014","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lemotdujour.fr\/?p=608","title":{"rendered":"Mercredi 19\/02\/2014"},"content":{"rendered":"<div class=\"mdjDate\">Mercredi 19\/02\/2014<\/div>\n<div class=\"mdjTexte\">[Notre chant national] re\u00e7ut des circonstances o\u00f9 il jaillit <br \/>un caract\u00e8re particulier qui le rend \u00e0 la fois plus solennel et plus sinistre : la gloire et le crime, <br \/>la victoire et la mort semblent entrelac\u00e9s dans ses refrains. <br \/>Il fut le chant du patriotisme, mais il fut aussi l&rsquo;impr\u00e9cation de la fureur.<br \/>\u00a0Il conduisit nos soldats \u00e0 la fronti\u00e8re, mais il accompagna nos victimes \u00e0 l&rsquo;\u00e9chafaud. <br \/>Le m\u00eame fer d\u00e9fend le c\u0153ur du pays dans la main du soldat, et \u00e9gorge les victimes dans la main du bourreau.<\/div>\n<div class=\"mdjAuteur\">Lamartine<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Cit\u00e9 par Philippe Meyer dans sa chronique du 06\/02\/2014 et publi\u00e9 sur le site de l&rsquo;Assembl\u00e9e Nationale avec d&rsquo;autres commentaires\u00a0de la marseillaise <a href=\"http:\/\/www.assemblee-nationale.fr\/histoire\/Marseillaise\/textes-choisis.asp\">&lt;ICI&gt;<\/a><\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">La marseillaise est un sujet de controverse pour les fran\u00e7ais, les uns ne veulent pas qu&rsquo;on y touche, les autres veulent qu&rsquo;on la remplace car trop guerri\u00e8re.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Lamartine dans sa langue merveilleuse, en raconte toute la complexit\u00e9. Voici ce texte dans son int\u00e9gralit\u00e9 :<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">La naissance de <em>La Marseillaise<\/em>\u00a0\u00e9voqu\u00e9e \u00e0 la veille de la r\u00e9volution de 1848.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Tout se pr\u00e9parait dans les d\u00e9partements pour envoyer \u00e0 Paris les vingt mille hommes d\u00e9cr\u00e9t\u00e9s par l&rsquo;Assembl\u00e9e. Les Marseillais, appel\u00e9s par Barbaroux sur les instances de Mme Roland, s&rsquo;approchaient de la capitale. C&rsquo;\u00e9tait le feu des \u00e2mes du Midi venant raviver \u00e0 Paris le foyer r\u00e9volutionnaire, trop languissant au gr\u00e9 des Girondins. Ce corps de douze ou quinze cents hommes \u00e9tait compos\u00e9 de G\u00e9nois, de Liguriens, de Corses, de Pi\u00e9montais expatri\u00e9s, et recrut\u00e9s pour un coup de main d\u00e9cisif sur toutes les rives de la M\u00e9diterran\u00e9e; la plupart matelots ou soldats aguerris au feu, quelques-uns sc\u00e9l\u00e9rats aguerris au crime. Ils \u00e9taient command\u00e9s par des jeunes gens de Marseille amis de Barbaroux et d&rsquo;Isnard. Fanatis\u00e9s par le soleil et par l&rsquo;\u00e9loquence des clubs proven\u00e7aux, ils s&rsquo;avan\u00e7aient aux applaudissements des populations du centre de la France, re\u00e7us, f\u00eat\u00e9s, enivr\u00e9s d&rsquo;enthousiasme et de vin dans des banquets patriotiques qui se succ\u00e9daient sur leur passage. Le pr\u00e9texte de leur marche \u00e9tait de fraterniser, \u00e0 la prochaine f\u00e9d\u00e9ration du 14 juillet, avec les autres f\u00e9d\u00e9r\u00e9s du royaume. Le motif secret \u00e9tait d&rsquo;intimider la garde nationale de Paris, de retremper l&rsquo;\u00e9nergie des faubourgs, et d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;avant-garde de ce camp de vingt mille hommes que les Girondins avaient fait voter \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e pour dominer \u00e0 la fois les Feuillants, les Jacobins, le roi et l&rsquo;Assembl\u00e9e elle-m\u00eame, avec une arm\u00e9e des d\u00e9partements toute compos\u00e9e de leurs cr\u00e9atures.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">La mer du peuple bouillonnait \u00e0 leur approche. Les gardes nationales, les f\u00e9d\u00e9r\u00e9s, les soci\u00e9t\u00e9s populaires, les enfants, les femmes, toute cette partie des populations qui vit des \u00e9motions de la rue et qui court \u00e0 tous les spectacles publics, volaient \u00e0 la rencontre des Marseillais. Leurs figures h\u00e2l\u00e9es, leurs physionomies martiales, leurs yeux de feu, leurs uniformes couverts de la poussi\u00e8re des routes, leur coiffure phrygienne, leurs armes bizarres, les canons qu&rsquo;ils tra\u00eenaient \u00e0 leur suite, les branches de verdure dont ils ombrageaient leurs bonnets rouges, leurs langages \u00e9trangers m\u00eal\u00e9s de jurements et accentu\u00e9s de gestes f\u00e9roces, tout cela frappait vivement l&rsquo;imagination de la multitude. L&rsquo;id\u00e9e r\u00e9volutionnaire semblait s&rsquo;\u00eatre faite homme et marcher, sous la figure de cette horde, \u00e0 l&rsquo;assaut des derniers d\u00e9bris de la royaut\u00e9. Ils entraient dans les villes et dans les villages sous des arcs de triomphe. Ils chantaient en marchant des strophes terribles. Ces couplets, altern\u00e9s par le bruit r\u00e9gulier de leurs pas sur les routes et par le son des tambours, ressemblaient aux ch\u0153urs de la patrie et de la guerre r\u00e9pondant, \u00e0 intervalles \u00e9gaux, au cliquetis des armes et aux instruments de mort dans une marche aux combats. Voici ce chant, grav\u00e9 dans l&rsquo;\u00e2me de la France.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Ces paroles \u00e9taient chant\u00e9es sur des notes tour \u00e0 tour graves et aigu\u00ebs, qui semblaient gronder dans la poitrine avec les fr\u00e9missements sourds de la col\u00e8re nationale, puis avec la joie de la victoire. Elles avaient quelque chose de solennel comme la mort, de serein comme l&rsquo;immortelle confiance du patriotisme. On e\u00fbt dit un \u00e9cho retrouv\u00e9 des Thermopyles. C&rsquo;\u00e9tait de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme chant\u00e9.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">On y entendait le pas cadenc\u00e9 de milliers d&rsquo;hommes marchant ensemble \u00e0 la d\u00e9fense des fronti\u00e8res sur le sol retentissant de la patrie, la voix plaintive des femmes, les vagissements des enfants, les hennissements des chevaux, le sifflement des flammes de l&rsquo;incendie d\u00e9vorant les palais et les chaumi\u00e8res; puis les coups sourds de la vengeance frappant et refrappant avec la hache et immolant les ennemis du peuple et les profanateurs du sol. Les notes de cet air ruisselaient comme un drapeau tremp\u00e9 de sang encore chaud sur un champ de bataille. Elles faisaient fr\u00e9mir; mais le fr\u00e9missement qui courait avec ses vibrations sur le c\u0153ur \u00e9tait intr\u00e9pide. Elles donnaient l&rsquo;\u00e9lan, elles doublaient les forces, elles voilaient la mort. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;eau de feu de la R\u00e9volution, qui distillait dans les sens et dans l&rsquo;\u00e2me du peuple l&rsquo;ivresse du combat.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Tous les peuples entendent \u00e0 de certains moments jaillir ainsi leur \u00e2me nationale dans des accents que personne n&rsquo;a \u00e9crits et que tout le monde chante. Tous les sens veulent porter leur tribut au patriotisme et s&rsquo;encourager mutuellement. Le pied marche, le geste anime, la voix enivre l&rsquo;oreille, l&rsquo;oreille remue le c\u0153ur. L&rsquo;homme tout entier se monte comme un instrument d&rsquo;enthousiasme. L&rsquo;art devient saint, la danse h\u00e9ro\u00efque, la musique martiale, la po\u00e9sie populaire. L&rsquo;hymne qui s&rsquo;\u00e9lance \u00e0 ce moment de toutes les bouches ne p\u00e9rit plus. On ne le profane pas dans les occasions vulgaires. Semblable \u00e0 ces drapeaux sacr\u00e9s suspendus aux vo\u00fbtes des temples et qu&rsquo;on n&rsquo;en sort qu&rsquo;\u00e0 certains jours, on garde le chant national comme une arme extr\u00eame pour les grandes n\u00e9cessit\u00e9s de la patrie. Le n\u00f4tre re\u00e7ut des circonstances o\u00f9 il jaillit un caract\u00e8re particulier qui le rend \u00e0 la fois plus solennel et plus sinistre : la gloire et le crime, la victoire et la mort semblent entrelac\u00e9s dans ses refrains. Il fut le chant du patriotisme, mais il fut aussi l&rsquo;impr\u00e9cation de la fureur. Il conduisit nos soldats \u00e0 la fronti\u00e8re, mais il accompagna nos victimes \u00e0 l&rsquo;\u00e9chafaud. Le m\u00eame fer d\u00e9fend le c\u0153ur du pays dans la main du soldat, et \u00e9gorge les victimes dans la main du bourreau.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">La Marseillaise conserve un retentissement de chant de gloire et de cri de mort; glorieuse comme l&rsquo;un, fun\u00e8bre comme l&rsquo;autre, elle rassure la patrie et fait p\u00e2lir les citoyens.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\"><em>Alphonse de Lamartine<\/em> (<em>Histoire des Girondins<\/em>, Furne et Cie &#8211; Coquebert, 1847, p. 408-414.)<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mercredi 19\/02\/2014 [Notre chant national] re\u00e7ut des circonstances o\u00f9 il jaillit un caract\u00e8re particulier qui le rend \u00e0 la fois plus solennel et plus sinistre : la gloire et le crime, la victoire et la mort semblent entrelac\u00e9s dans ses<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-608","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-motdujour"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/608","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=608"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/608\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":609,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/608\/revisions\/609"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=608"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=608"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=608"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}