{"id":582,"date":"2014-01-30T01:00:00","date_gmt":"2014-01-29T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/lemotdujour.fr\/?p=582"},"modified":"2017-05-08T13:20:47","modified_gmt":"2017-05-08T11:20:47","slug":"jeudi-30012014","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lemotdujour.fr\/?p=582","title":{"rendered":"Jeudi 30\/01\/2014"},"content":{"rendered":"<div class=\"mdjDate\">Jeudi 30\/01\/2014<\/div>\n<div class=\"mdjTexte\">\u00ab\u00a0Le libre-\u00e9change vaut-il qu\u2019on lui sacrifie la d\u00e9mocratie ?\u00a0\u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjAuteur\">Jean-Paul Vignal<br \/>19 janvier 2014 sur le blog de Paul Jorion<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Loin de la pens\u00e9e unique, Paul Jorion interpelle, cr\u00e9e le d\u00e9bat, pose des questions et esquisse m\u00eame des r\u00e9ponses.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Il a cr\u00e9\u00e9 un blog sur lequel des gens qui sortent de la pens\u00e9e \u00ab\u00a0mouton\u00a0\u00bb tentent d&rsquo;approfondir de vraies questions de fond.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Voici l&rsquo;exemple d&rsquo;une de ces contributions dont le titre constitue le mot du jour :<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">\u00ab\u00a0La d\u00e9gradation constante de la confiance des Fran\u00e7ais dans les partis politiques de gouvernement et dans leurs \u00e9lus [\u2026] est le r\u00e9sultat logique de la domination croissante de l\u2019\u00e9conomie sur le politique.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Elle intervient en effet dans un contexte o\u00f9 l\u2019argent devient la mesure de toute chose. Cette \u00e9volution n\u2019a pu avoir lieu que par un affaiblissement syst\u00e9matique des institutions traditionnellement garantes des valeurs et de l\u2019int\u00e9r\u00eat communs, au profit des entreprises qui sont, elles, uniquement et l\u00e9gitimement centr\u00e9es sur la promotion et la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats particuliers de leurs actionnaires. Ce n\u2019est pas le glissement vers l\u2019attribution de plus de pouvoir aux organisations centr\u00e9es sur la r\u00e9alisation de projets qui est un mal en soi, car il permet quand il est r\u00e9alis\u00e9 avec discernement d\u2019obtenir des r\u00e9sultats plus facilement mesurables et de compartimenter la complexit\u00e9 des syst\u00e8mes politiques, sociaux et \u00e9conomiques en unit\u00e9s plus faciles \u00e0 g\u00e9rer. Mais, dans un contexte tr\u00e8s tendu de concurrence de tous contre tous o\u00f9 l\u2019optimum collectif ne peut pas \u00eatre la somme des optima individuels, il devient extr\u00eamement dangereux quand le \u00ab chacun pour soi \u00bb est la seule valeur v\u00e9ritablement commune, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019\u00eatre partag\u00e9e, comme c\u2019est de plus en plus le cas.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Pour reprendre une analogie biologique, nous ne survivrions pas plus de quelques minutes si chacun des organes qui composent le corps humain cherchait \u00e0 optimiser sa performance individuelle sans se soucier de ses voisins. Heureusement, le cerveau est dot\u00e9 de m\u00e9canismes de r\u00e9gulation, automatiques et inconscients pour l\u2019essentiel, \u2013 conscients dans les cas exceptionnels -, qui permettent une survie harmonieuse. Il n\u2019y a regrettablement plus de cerveau garant de l\u2019int\u00e9r\u00eat collectif dans nos soci\u00e9t\u00e9s modernes : chass\u00e9 par les grands pr\u00eatres du n\u00e9olib\u00e9ralisme, il a c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 la main magique du march\u00e9.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">La difficult\u00e9 principale \u00e0 court terme tient \u00e0 l\u2019in\u00e9galit\u00e9 croissante entre des citoyens ancr\u00e9s dans leur territoire et des entreprises multinationales qui se posent l\u00e0 o\u00f9 les conditions commerciales, fiscales et sociales sont les plus favorables, et ne doivent des comptes qu\u2019\u00e0 leurs actionnaires, le d\u00e9p\u00f4t de bilan bien pr\u00e9par\u00e9 \u00e9tant le fusible ultime en cas de confrontation locale s\u00e9v\u00e8re.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Longtemps vant\u00e9es, parfois \u00e0 juste titre, comme l\u2019avant-garde du progr\u00e8s, de la d\u00e9mocratie et du bonheur pour tous, elles n\u00e9gligent de plus en plus le citoyen\/salari\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9 au rang de variable d\u2019ajustement locale, pour ne plus s\u2019int\u00e9resser qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9lecteur\/consommateur que l\u2019on abandonne sans remord \u00e0 son triste sort, \u2013 au nom de la rentabilit\u00e9 des capitaux investis, rebaptis\u00e9e \u00ab comp\u00e9titivit\u00e9 \u00bb pour \u00eatre plus digeste \u2013 [\u2026]<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Ces organisations apatrides [\u2026] qui op\u00e8rent sur les \u00ab march\u00e9s financiers \u00bb. [\u2026] ont r\u00e9ussi le tour de force d\u2019\u00e9liminer \u00e0 leur seul profit, en les ringardisant, tous les contr\u00f4les qui permettaient aux \u00c9tats de garder un droit de regard sur la cr\u00e9ation de cr\u00e9dit, et aux autres organisations de ne pas leur \u00eatre totalement asservies. Le r\u00e9sultat est \u00e9tonnant : au terme d\u2019une crise dont elles sont les principaux responsables, elles ont r\u00e9ussi un holdup parfaitement l\u00e9gal, \u2013 les banques centrales ayant le plus l\u00e9galement du monde aval\u00e9 au prix fort leurs cr\u00e9ances pourries -, mais compl\u00e8tement immoral, que les autorit\u00e9s les plus prudentes chiffrent \u00e0 au moins 10 % du PNB mondial ; Forts de leur statut de \u00ab too powerful to fail \u00bb elles nagent \u00e0 nouveau dans l\u2019opulence et se permettent sans vergogne ni pudeur de distribuer bons et mauvais points aux gouvernements qui les ont tir\u00e9es d\u2019affaire. Tout ceci aux d\u00e9pens des citoyens\/contribuables\/\u00e9pargnants qui doivent maintenant r\u00e9gler l\u2019addition, car, comme toujours dans un jeu \u00e0 somme nulle entre joueurs de force in\u00e9gale. Quand l\u2019arbitre tourne le dos ou se fait acheter par le plus fort, c\u2019est le plus faible qui paye.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">[\u2026]<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Que des \u00e9lus mandat\u00e9s pour repr\u00e9senter les peuples souverains des vieilles d\u00e9mocraties occidentales se r\u00e9signent \u00e0 un tel abandon de souverainet\u00e9 dans le plus grand secret, rel\u00e8ve au mieux de la d\u00e9ception, au pire de la trahison, m\u00eame si l\u2019on commence \u00e0 prendre l\u2019habitude de voir bafouer la souverainet\u00e9 du peuple quand il n\u2019est par exemple tenu aucun compte du r\u00e9sultat d\u2019un vote qui n\u2019est pas conforme aux attentes des oligarchies dirigeantes, comme cela a \u00e9t\u00e9 le cas dans plusieurs pays europ\u00e9ens, dont la France, pour la ratification du trait\u00e9 de Lisbonne.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\"> [\u2026] La croissance dont le n\u00e9olib\u00e9ralisme a tant besoin pour acheter l\u2019oubli de son m\u00e9pris pour l\u2019humain vaut-elle vraiment qu\u2019on lui sacrifie la d\u00e9mocratie et un syst\u00e8me de protection sociale qui a fait ses preuves, sans m\u00eame se poser la question de savoir si les promesses de croissance d\u2019un libre-\u00e9change d\u00e9brid\u00e9 sont cr\u00e9dibles ? Esp\u00e9rons que non !\u00a0\u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Pour ceux qui l&rsquo;ignorent, Paul Jorion est un chercheur en sciences sociales, de nationalit\u00e9 belge, ayant fait usage des math\u00e9matiques dans de nombreux champs disciplinaires : anthropologie, sciences cognitives, et \u00e9conomie.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Il s&rsquo;installe aux \u00c9tats-Unis en 1997 et y travaille dans le secteur du cr\u00e9dit \u00e0 la consommation en tant qu\u2019expert dans le calcul du prix et la validation des mod\u00e8les financiers de 1990 \u00e0 2007 jusqu&rsquo;\u00e0 la faillite de son employeur, la banque Countrywide Financial. Il publie en 2003, Investing in a Post-Enron World, un ouvrage en anglais relatif aux r\u00e9percussions pour les march\u00e9s boursiers de la faillite de la compagnie Enron. Il publie ensuite une s\u00e9rie d&rsquo;articles consacr\u00e9s aux implications sociales et politiques du syst\u00e8me financier am\u00e9ricain. De 2005 \u00e0 2009, il est chercheur associ\u00e9 du programme interd\u00e9partemental \u00ab Human Complex Systems \u00bb de l&rsquo;universit\u00e9 de Californie \u00e0 Los Angeles (UCLA). En 2004, il r\u00e9dige La Crise du capitalisme am\u00e9ricain qu&rsquo;aucun \u00e9diteur fran\u00e7ais ne veut alors publier. En 2005, la revue Mauss publie l&rsquo;introduction de l&rsquo;ouvrage. Finalement, c&rsquo;est en 2007, qu&rsquo;Alain Caill\u00e9, inform\u00e9 de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat que porte Jacques Attali au manuscrit, \u00e9dite le livre aux \u00e9ditions de La D\u00e9couverte en le r\u00e9intitulant euph\u00e9miquement \u00ab\u00a0Vers la crise du capitalisme am\u00e9ricain ?\u00a0\u00bb. Paul Jorion y annonce la crise des subprimes qui se r\u00e9v\u00e8lera au grand public effectivement quelques semaines plus tard. Il publie ensuite en mai 2008, L\u2019Implosion. La finance contre l&rsquo;\u00e9conomie : ce qu\u2019annonce et r\u00e9v\u00e8le la crise des subprimes o\u00f9 il d\u00e9crit et explique le d\u00e9roulement de la crise des subprimes, puis en novembre 2008, La Crise. Des subprimes au s\u00e9isme financier plan\u00e9taire, en octobre 2009, L&rsquo;argent mode d&#8217;emploi, en septembre 2010, Le prix, en mars 2011, Le capitalisme \u00e0 l&rsquo;agonie, enfin en octobre 2012, Mis\u00e8re de la pens\u00e9e \u00e9conomique. Il participe au groupe de r\u00e9flexion pour une \u00e9conomie positive pr\u00e9sid\u00e9 par Jacques Attali.<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jeudi 30\/01\/2014 \u00ab\u00a0Le libre-\u00e9change vaut-il qu\u2019on lui sacrifie la d\u00e9mocratie ?\u00a0\u00bb Jean-Paul Vignal19 janvier 2014 sur le blog de Paul Jorion Loin de la pens\u00e9e unique, Paul Jorion interpelle, cr\u00e9e le d\u00e9bat, pose des questions et esquisse m\u00eame des r\u00e9ponses.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-582","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-motdujour"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/582","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=582"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/582\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":583,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/582\/revisions\/583"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=582"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=582"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=582"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}