{"id":4220,"date":"2018-02-22T03:51:36","date_gmt":"2018-02-22T02:51:36","guid":{"rendered":"http:\/\/lemotdujour.fr\/?p=4220"},"modified":"2021-10-17T12:57:46","modified_gmt":"2021-10-17T10:57:46","slug":"jeudi-22-fevrier-2018","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lemotdujour.fr\/?p=4220","title":{"rendered":"Jeudi 22 f\u00e9vrier 2018"},"content":{"rendered":"<div class=\"mdjTexte\">\t\u00ab&nbsp;Modifier son rapport au temps, pour beaucoup d\u2019entre nous, c\u2019est d\u2019abord r\u00e9investir le pr\u00e9sent.&nbsp;\u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjAuteur\">\tChristophe Andr\u00e9<\/div>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Je poursuis et termine mon butinage du num\u00e9ro 185 du mercredi 17 janvier du \u00ab&nbsp;<strong>le un<\/strong>&nbsp;\u00bb qui posait cette belle question&nbsp;: \u00ab&nbsp;<strong>Est-il urgent de ralentir&nbsp;?<\/strong>&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Ce num\u00e9ro m&rsquo;a appris aussi que la r\u00e9flexion f\u00e9conde qu&rsquo;avait jadis popularis\u00e9e Fran\u00e7ois Mitterrand&nbsp;: <strong>\u00ab&nbsp;Il faut laisser du temps au temps<\/strong>&nbsp;\u00bb est de Miguel de Cervant\u00e9s.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.editionsdebeaugies.org\/jeudi10.php?l=-5\"><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"color: #0000ff;\">&lt;Cette recherche \u00e9rudite confirme que cette expression se trouve bien dans le Don Quichotte de Cervant\u00e9s&gt;<\/span><\/span><\/a><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\"><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Mais c&rsquo;est sur un article de Christophe Andr\u00e9 que je m&rsquo;arr\u00eaterai aujourd&rsquo;hui&nbsp;: <strong>\u00ab&nbsp;Renoncer et savourer&nbsp;\u00bb<\/strong><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Christophe Andr\u00e9, commence d&rsquo;abord par une histoire v\u00e9cue&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;La sc\u00e8ne se passe en il y a quelques ann\u00e9es. Nous avons fait halte dans un h\u00f4tel, au petit d\u00e9jeuner, je fais la queue avec d&rsquo;autres clients pour obtenir une omelette double. Un cuistot les pr\u00e9pare sous nos yeux, et elles ont l&rsquo;air d\u00e9licieux. Mais que l&rsquo;attente est longue ! Je m&rsquo;impatiente et je me penche pour comprendre. C&rsquo;est clair : le cuisinier est tr\u00e8s minutieux, ajoute de nombreux ingr\u00e9dients, \u00e9pices, les uns apr\u00e8s les autres, bavarde avec les clients\u2026<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Mais un d\u00e9tail me frappe : alors qu&rsquo;il dispose de deux feux : devant lui, il n&rsquo;en utilise qu&rsquo;une. \u00ab Il pourrait aller deux fois plus vite, s&rsquo;il se servait des deux feux \u00bb, me chuchote mon cerveau d&rsquo;occidental press\u00e9.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Aussit\u00f4t, je r\u00e9alise \u00e0 quel point je suis intoxiqu\u00e9 : je suis en vacances, je n&rsquo;ai pas d&rsquo;horaires \u00e0 respecter ce matin-l\u00e0, et me voil\u00e0 agac\u00e9 d&rsquo;attendre une d\u00e9licieuse omelette, souhaitant que ce brave cuisinier acc\u00e9l\u00e8re, ne parle plus aux clients, b\u00e2cle son travail, pour servir mon app\u00e9tit absurde de vitesse et d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration !<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Cet auto-allumage spontan\u00e9 de mon logiciel c\u00e9r\u00e9bral d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rite me montre \u00e0 quel point le mal est profond, en moi, comme en beaucoup de mes contemporains\u2026<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Il fait alors une analyse et utilise ce nouveau concept \u00ab&nbsp;<strong>d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rite<\/strong>&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Nous souffrons d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rite, ce besoin que tout aille vite, ce sentiment constant que nous n&rsquo;avons pas de temps \u00e0 perdre. [\u2026]<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Il y a ce constat simple et terrifiant : le monde est d&rsquo;une richesse in\u00e9puisable, et une vie humaine enti\u00e8re ne suffira jamais \u00e0 en explorer et \u00e0 en savourer toutes les merveilles. Nous ne pouvons jamais lire tous les livres, visiter tous les lieux, rencontrer toutes les personnes, satisfaire toutes nos curiosit\u00e9s. Ce <strong>jamais<\/strong> nous fait trembler, et induit en nous ce sentiment absurde qu&rsquo;en acc\u00e9l\u00e9rant le pas, nous en ferons au moins un petit peu plus qu&rsquo;en prenant notre temps. Notre monde est infini, nous sommes mortels, alors nous acc\u00e9l\u00e9rons\u2026<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Puis, il nous incite \u00e0 prendre garde et \u00e0 interroger la notion d&rsquo;<strong>\u00ab&nbsp;opportunit\u00e9<\/strong>&nbsp;\u00bb ou de \u00ab&nbsp;<strong>potentialit\u00e9<\/strong>&nbsp;\u00bb que le monde moderne nous conditionne \u00e0 ne jamais laisser passer&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;[Dans notre] soci\u00e9t\u00e9 de consommation : une soci\u00e9t\u00e9 de pl\u00e9thores et d&rsquo;incitation, qui nous pousse \u00e0 avaler le plus grand nombre possible de nourritures, de loisirs, d&rsquo;informations, de distractions, de rencontres, de voyages\u2026<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Toutes ces potentialit\u00e9s comme les nomme le jargon moderne (plut\u00f4t que possibilit\u00e9s, plus paisible, moins excitant) sont des incitations \u00e0 ne rien laisser passer&nbsp;: aucun achat, aucun plaisir, aucune opportunit\u00e9 (ah ! L&rsquo;angoisse du consommateur de rater une opportunit\u00e9 !)&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et il remet en cause de la m\u00eame mani\u00e8re le terme de <strong>\u00ab&nbsp;r\u00e9activit\u00e9&nbsp;\u00bb<\/strong> qui semble unilat\u00e9ralement positif dans notre univers contemporain :<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;Si la r\u00e9activit\u00e9 est devenue une valeur, au lieu de rester un simple comportement, parfois adapt\u00e9 et utile, mais parfois aussi stupide : r\u00e9agir vite conduit souvent \u00e0 faire ou dire des b\u00eatises.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et c&rsquo;est donc vers cette sagesse qui est de renoncer parfois que nous incite Christophe Andr\u00e9&nbsp;: renoncer et savourer<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;La pression du temps est d\u00e9sormais l&rsquo;un des grands facteurs de stress moderne. [\u2026] Nous avons alors \u00e0 le d\u00e9gager de son emprise, en apprenant notamment \u00e0 renoncer. Renoncer ? Cela semble tout b\u00eate : se dire qu&rsquo;on n&rsquo;aura jamais le temps de tout faire et de tout voir. Et pas seulement celui de se le dire, mais s&rsquo;y entra\u00eener.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">[\u2026] Savourer&nbsp;? Trop souvent, nous regardons ailleurs&nbsp;: vers d&rsquo;autres choses que celles que nous poss\u00e9dons, vers d&rsquo;autres temps (pass\u00e9s ou futurs) que ceux que nous vivons. <strong>Modifier son rapport au temps, pour beaucoup d&rsquo;entre nous, c&rsquo;est d&rsquo;abord r\u00e9investir le pr\u00e9sent.<\/strong> Non que le pr\u00e9sent soit sup\u00e9rieur au pass\u00e9 ou au futur, mais il est tout aussi pr\u00e9cieux et important. Or, c&rsquo;est lui qui est en g\u00e9n\u00e9ral bouscul\u00e9 et rong\u00e9 par le consum\u00e9risme, qui souffle sur les braises de nos d\u00e9sirs et de nos regrets.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et puis il conclut par une r\u00e9flexion sur notre finitude&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;La conscience que nous avons de notre mortalit\u00e9 est \u00e0 l&rsquo;origine de beaucoup de nos angoisses et de nos comportements aberrants. Pourtant en psychologie exp\u00e9rimentale, quand on \u00e9carte l&rsquo;id\u00e9e de mort de l&rsquo;esprit des gens, en induisant chez eux l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;ils ont encore beaucoup de temps \u00e0 vivre, il se montre d\u00e9sireux de faire le plus grand nombre possible de nouvelles exp\u00e9riences. Mais si on leur rappelle que leur vie aura un terme, il se montre alors beaucoup plus d\u00e9sireux de savourer ce qui existe d\u00e9j\u00e0 (relations, source de satisfaction), d&rsquo;approfondir plus que de courir. <strong>Ainsi, la solution \u00e0 nos angoisses humaines de mort n&rsquo;est pas dans la fuite de l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration ou de la dispersion, mais dans la lucidit\u00e9 du ralentissement et de l&rsquo;approfondissement<\/strong>. [\u2026]<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">En terme de r\u00e8gles de vie, c&rsquo;est remplacer le : \u00ab Pourquoi courir ? Parce que je vais mourir ! \u00bb Par : \u00ab Pourquoi courir, puisque je vais mourir ? \u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">La lucidit\u00e9 du ralentissement et de l&rsquo;approfondissement.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">R\u00e9investir notre pr\u00e9sent, quelle savoureuse le\u00e7on de vie&nbsp;!<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #800000; font-family: Arial;\">&lt;1022&gt;<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Modifier son rapport au temps, pour beaucoup d\u2019entre nous, c\u2019est d\u2019abord r\u00e9investir le pr\u00e9sent.&nbsp;\u00bb Christophe Andr\u00e9 Je poursuis et termine mon butinage du num\u00e9ro 185 du mercredi 17 janvier du \u00ab&nbsp;le un&nbsp;\u00bb qui posait cette belle question&nbsp;: \u00ab&nbsp;Est-il urgent de<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[54,6,7],"class_list":["post-4220","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-motdujour","tag-humanisme","tag-philosophie","tag-societe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4220","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4220"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4220\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12374,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4220\/revisions\/12374"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4220"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4220"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4220"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}