{"id":3183,"date":"2017-09-28T04:00:22","date_gmt":"2017-09-28T02:00:22","guid":{"rendered":"http:\/\/lemotdujour.fr\/?p=3183"},"modified":"2021-09-29T20:46:16","modified_gmt":"2021-09-29T18:46:16","slug":"jeudi-28-septembre-2017","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lemotdujour.fr\/?p=3183","title":{"rendered":"Jeudi 28 septembre 2017"},"content":{"rendered":"<div class=\"mdjTexte\">\t\u00abPour sauver la mondialisation, il faut passer du partage de la pauvret\u00e9 \u00e0 celui des profits\u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjAuteur\">\tKaushik Basu<\/div>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Kaushik Basu est un \u00e9conomiste indien, n\u00e9 en 1952 \u00e0 Calcutta et il est pr\u00e9sent\u00e9 comme un disciple d&rsquo;Amartya Sen<strong> .<br \/>\n<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">A cette occasion je constate que je n&rsquo;ai jamais consacr\u00e9 de mot du jour \u00e0 ce grand \u00e9conomiste indien, <strong>Amartya Sen<\/strong>, n\u00e9 en 1933,prix Nobel d&rsquo;\u00e9conomie en 1998 qui travaille sur des sujets aussi f\u00e9conds et utiles que la th\u00e9orie du d\u00e9veloppement humain, l&rsquo;\u00e9conomie du bien-\u00eatre ainsi que les m\u00e9canismes fondamentaux de la pauvret\u00e9, ainsi que des r\u00e9flexions sur la famine dans le monde. Il est aussi \u00e0 l&rsquo;avant-garde des \u00e9tudes sur les in\u00e9galit\u00e9s entre les hommes et les femmes.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Mais revenons au disciple&nbsp;: Kauskik Basu a \u00e9t\u00e9 conseiller du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral indien, puis \u00e9conomiste en chef de la Banque mondiale de 2012 \u00e0 2016. Depuis cette date, il est professeur d&rsquo;\u00e9conomie aux Etats-Unis dans l&rsquo;\u00c9tat de New York. Sa r\u00e9flexion est tr\u00e8s influenc\u00e9e par la th\u00e9orie des jeux. Ainsi, il insiste sur les bienfaits de la coop\u00e9ration et sur l&rsquo;impact des normes sociales sur l&rsquo;\u00e9conomie. Il explique en quoi la coop\u00e9ration peut \u00eatre une solution pour l&rsquo;\u00e9conomie mondiale<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Son ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence&nbsp;: \u00ab&nbsp; <a href=\"https:\/\/editionsatelier.com\/index.php?page=shop.product_details&amp;flypage=bookshop-flypage.tpl&amp;product_id=688&amp;category_id=5&amp;option=com_virtuemart&amp;Itemid=1\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><span style=\"color: #0000ff;\">Au-del\u00e0 du march\u00e9 : vers une nouvelle pens\u00e9e \u00e9conomique<\/span><\/strong><\/span>&nbsp;<\/a>\u00bb \u00e9crit en 2010 vient d&rsquo;\u00eatre publi\u00e9 en fran\u00e7ais en 2017.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Ga\u00ebl Giraud, j\u00e9suite et directeur de recherche au CNRS a \u00e9crit la pr\u00e9face de la version fran\u00e7aise.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Contrairement \u00e0 Amartya Sen, Gael Giraud a fait l&rsquo;objet de deux mots du jour&nbsp;: en mars 2014, \u00ab<a href=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/?p=648\"><span style=\"color: #0000ff;\">La collusion entre la haute finance<\/span> <span style=\"color: #0000ff;\">publique et la haute finance priv\u00e9e qui<\/span>, <span style=\"color: #0000ff;\">aujourd&rsquo;hui, paralyse notre soci\u00e9t\u00e9<\/span><\/a><span style=\"color: #0000ff;\">.<\/span>\u00bb et juillet de la m\u00eame ann\u00e9e, <a href=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/?p=782\">\u00ab <span style=\"color: #0000ff;\">une r\u00e9flexion sur la mani\u00e8re dont les autorit\u00e9s<\/span> <span style=\"color: #0000ff;\">europ\u00e9ennes, auraient d\u00fb sanctionner Goldman Sachs pour avoir truqu\u00e9 les comptes publics grecs de la m\u00eame mani\u00e8re que les Etats-Unis ont sanctionn\u00e9 BNP-Paribas.<\/span>&nbsp;\u00bb<\/a><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">J&rsquo;ai compris l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de cet ouvrage et de Kauskik Basu par un article entretien publi\u00e9 sur Mediapart.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Mais je commencerai par un article de la Tribune dont le titre est&nbsp;: \u00ab<span style=\"color: #0000ff;\">&nbsp;<\/span><a href=\"http:\/\/www.latribune.fr\/opinions\/tribunes\/kaushik-basu-l-economiste-humaniste-650872.html\"><span style=\"color: #0000ff;\">L&rsquo;\u00e9conomiste<\/span> <span style=\"color: #0000ff;\">humaniste&nbsp;<\/span><\/a>\u00bb et qui explique en introduction&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;[\u2026] Kaushik Basu engage un combat de fond contre les fondements de l&rsquo;orthodoxie \u00e9conomique et de ce courant qui pr\u00e9tend faire de l&rsquo;\u00e9conomie une \u00ab science dure \u00bb. Ce combat est radical, au sens o\u00f9 il s&rsquo;engage \u00e0 la racine m\u00eame de cette pens\u00e9e : le mythe de la \u00ab main invisible \u00bb, celui qui pr\u00e9tend que la somme des \u00e9go\u00efsmes individuels procure le bonheur collectif. Mais, disons-le d&#8217;embl\u00e9e, cette critique radicale ne s&rsquo;accompagne pas de solutions \u00ab faciles \u00bb. Kaushik Basu est m\u00e9fiant vis-\u00e0-vis d&rsquo;un Etat qui sert souvent les int\u00e9r\u00eats des plus puissants et est souvent largement impuissant dans le cadre de la mondialisation.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Cet article continue en pr\u00e9cisant que les solutions propos\u00e9es par cet \u00e9conomiste sont loin d&rsquo;\u00eatre simples&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Aucune vraie r\u00e9volution, de celles qui changent le monde, ne se d\u00e9finit \u00e0 l&rsquo;avance selon des plans pr\u00e9cis. Mais toutes se construisent sur une critique radicale de l&rsquo;existant et sur une prise de conscience des insuffisances du pr\u00e9sent. Et c&rsquo;est en cela que Kaushik Basu est un vrai r\u00e9volutionnaire.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">On comprend donc que la critique radicale de Kauskik Basu concerne \u00e0 la fois la main invisible du march\u00e9 qui aurait vocation \u00e0 faire \u00e9voluer la situation \u00e9conomique vers une solution optimale pour le plus grand nombre et le fantasme des mod\u00e8les math\u00e9matiques qui devraient expliquer le monde \u00e9conomique alors que ces th\u00e9ories n\u00e9gligent un point central&nbsp;: la complexit\u00e9 humaine.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;Ramener l&rsquo;activit\u00e9 humaine \u00e0 un simple r\u00e9flexe \u00e9go\u00efste, \u00e0 un simple calcul d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, est l&rsquo;erreur fondamentale de la pens\u00e9e classique. C&rsquo;est une erreur que l&rsquo;auteur met en relief en rappelant que la pseudo-rationalit\u00e9 de la m\u00e9thode classique fait l&rsquo;\u00e9conomie des \u00e9l\u00e9ments normatifs, moraux ou sociaux. Une m\u00eame situation ne saurait donner partout le m\u00eame comportement : les lois elles-m\u00eames ne sont que des acceptations normatives issues d&rsquo;un processus complexe.\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">N&rsquo;existe-t-il qu&rsquo;une vision possible du d\u00e9veloppement \u00e9conomique&nbsp;? Est-ce que ce que nous vivons est naturel, in\u00e9luctable comme le pr\u00e9tendent certains&nbsp;? Celles et ceux qui affirment \u00ab&nbsp;There is no alternative&nbsp;\u00bb, la fameuse \u00ab&nbsp;TINA&nbsp;\u00bb. L&rsquo;\u00e9conomiste indien regarde les choses autrement&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp; il est ais\u00e9 de saisir pourquoi l&rsquo;actuelle logique \u00e9conomique est vici\u00e9e : elle repose sur des fondements qui profitent \u00e0 certains, et les effets th\u00e9oriques b\u00e9n\u00e9fiques de la libre concurrence ne sont que des contes, des \u00ab normes \u00bb que l&rsquo;on accepte. Logiquement, ceci d\u00e9bouche in\u00e9vitablement sur la victoire des int\u00e9r\u00eats les plus puissants, et donc sur l&rsquo;accroissement des in\u00e9galit\u00e9s. On pr\u00e9tend que les \u00ab perdants \u00bb de cette libre concurrence le sont \u00ab naturellement \u00bb, mais en r\u00e9alit\u00e9, rien n&rsquo;est moins naturel. &nbsp; [\u2026] Mais si nous pouvions prendre un peu de recul et l&rsquo;analyser, nous nous rendrions facilement compte que notre soci\u00e9t\u00e9 se rapproche beaucoup, et de fa\u00e7on inqui\u00e9tante, des soci\u00e9t\u00e9s reposant sur les castes et l&rsquo;exclusion, qui ont pu exister \u00e0 travers l&rsquo;histoire.\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Comme je l&rsquo;ai \u00e9crit au d\u00e9but de cet article Kaushik Basu a accord\u00e9 un entretien \u00e0 Mediapart, <em>r\u00e9alis\u00e9 le 18 mai dernier<\/em> et qui a \u00e9t\u00e9 <a href=\"https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/economie\/260517\/kaushik-basu-pour-sauver-la-mondialisation-il-faut-passer-du-partage-de-la-pauvrete-celui-des-profits\">&lt;<span style=\"color: #0000ff;\"> publi\u00e9 su<\/span>r <span style=\"color: #0000ff;\">Mediapart.fr le 26 mai 2017<\/span>&gt;.<\/a><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Il revient d&rsquo;abord sur la critique du \u00ab th\u00e9or\u00e8me de la main invisible \u00bb qui \u00e9tablirait que la poursuite de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e9go\u00efste garantit la r\u00e9alisation de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Th\u00e9orie qui a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e \u00e0 Adam Schmith&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;Je pense que beaucoup d&rsquo;injustice a \u00e9t\u00e9 faite \u00e0 Adam Smith. \u00c0 mon avis, lui-m\u00eame n&rsquo;a pas pris conscience du message que ce th\u00e9or\u00e8me de la main invisible pouvait d\u00e9livrer <em>in fine<\/em>. Il \u00e9tait beaucoup plus int\u00e9ress\u00e9 par les questions d&rsquo;\u00e9conomies d&rsquo;\u00e9chelle sur le march\u00e9 du travail. J&rsquo;en veux pour preuve que ce th\u00e9or\u00e8me n&rsquo;\u00e9tait m\u00eame pas pr\u00e9sent dans l&rsquo;index de l&rsquo;\u00e9dition originale de <em>La Richesse des nations<\/em>, cette entr\u00e9e ayant \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9e par l&rsquo;\u00e9diteur apr\u00e8s la mort d&rsquo;Adam Smith. Mais progressivement, parce que cela s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 commode id\u00e9ologiquement pour les puissants, on a mu\u00e9 ce th\u00e9or\u00e8me en un ordre naturel, donc en un \u00ab ordre bon \u00bb. Cela me fait penser au syst\u00e8me des castes en Inde qui se concevait \u00e9galement comme un ordre naturel et bon. [\u2026] Cela ne signifie pas que cette th\u00e9orie soit fausse en soi, mais que son utilisation concr\u00e8te est d\u00e9voy\u00e9e.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Il peut alors pr\u00e9ciser sa critique que je r\u00e9sumerai ainsi&nbsp;: l&rsquo;illusion d&rsquo;un homo economicus universel qui aurait toujours les m\u00eames raisonnements et intuitions. Cette universalit\u00e9 ou unicit\u00e9 est fausse d&rsquo;abord en raison des cultures des diff\u00e9rentes civilisations qui peuplent la plan\u00e8te et ensuite en raison de ce que j&rsquo;appellerai la complexit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me humaine. Lui parle plut\u00f4t de <strong>liens entre normes sociales et culturelles et l&rsquo;\u00e9conomie.<br \/>\n<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\"><strong>\u00ab&nbsp;<\/strong>Je rappelle souvent un cas qui me para\u00eet \u00e9clairant. En 1755, en Caroline du Sud, des Indiens Cherokees rencontr\u00e8rent des colons. On sympathisa et les Cherokees d\u00e9clar\u00e8rent vouloir <em>\u00ab donner toutes leurs terres au roi de Grande- Bretagne \u00bb<\/em>. Ce don \u00e9tait pour eux symbolique et une fa\u00e7on d&rsquo;honorer leurs h\u00f4tes et leur chef. Mais les colons les prirent au mot, leur remirent une somme d&rsquo;argent et leur firent signer un document de vente. Et ils devinrent l\u00e9galement propri\u00e9taires des terres cherokees, sans que les Indiens, qui avaient une autre conception de la propri\u00e9t\u00e9, ne l&rsquo;aient compris. Cette divergence de paradigmes mentaux est fondamentale, parce qu&rsquo;elle ne permet pas d&rsquo;\u00e9tablir qu&rsquo;un contrat \u00ab volontaire \u00bb est effectivement r\u00e9ellement volontaire. C&rsquo;est un \u00e9l\u00e9ment \u00e0 prendre en compte dans la science \u00e9conomique.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">De m\u00eame, on constate que, dans la vie quotidienne, les gens ne sont pas tent\u00e9s de voler le portefeuille de leur voisin. Ce serait pourtant, dans une logique de poursuite de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat personnel, une m\u00e9thode facile d&rsquo;enrichissement. Or ce n&rsquo;est pas une d\u00e9marche commune. Les \u00e9conomistes classiques nous expliquent que c&rsquo;est la peur de la punition qui est le premier levier de ce comportement. Mais dans la plupart des cas, ce n&rsquo;est pas vrai et, en r\u00e9alit\u00e9, les gens ne songent m\u00eame pas \u00e0 voler le portefeuille. La norme est int\u00e9rioris\u00e9e sans calcul. Et si tout le monde calculait, la soci\u00e9t\u00e9 ne pourrait pas fonctionner. Que retenir de cela ? Que l&rsquo;\u00e9conomie doit \u00eatre ins\u00e9r\u00e9e dans les sciences humaines et doit prendre en compte les \u00e9l\u00e9ments culturels et sociologiques. Et que la raison pour laquelle les politiques \u00e9conomiques \u00e9chouent, c&rsquo;est qu&rsquo;elles ne prennent pas en compte ces \u00e9l\u00e9ments de normes sociales dans le fonctionnement de l&rsquo;\u00e9conomie.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il peut d\u00e9velopper ses th\u00e9ories sur la coop\u00e9ration Coop\u00e9ration qui implique bienveillance et esprit d&rsquo;\u00e9quipe. Alors qu&rsquo;on voudrait nous faire croire que l&rsquo;alpha et l&rsquo;om\u00e9ga de la performance est la comp\u00e9tition et l&rsquo;\u00e9go\u00efsme.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\"><strong>\u00ab&nbsp;<\/strong> C&rsquo;est un fait que l&rsquo;on ignore trop souvent. Non seulement la coop\u00e9ration est un \u00e9l\u00e9ment important en \u00e9conomie, mais c&rsquo;est aussi un mode de fonctionnement possible. Un m\u00e9nage, par exemple, est une structure coop\u00e9rative. Le r\u00e9frig\u00e9rateur y est ouvert et chacun y a acc\u00e8s sans recours \u00e0 un syst\u00e8me de prix et de march\u00e9. On retrouve ce type de comportement dans de nombreuses communaut\u00e9s et de nombreux groupes humains. Des formes de coop\u00e9rations \u00e9conomiques ont lieu chaque jour un peu partout. Par exemple, ne pas fumer dans un lieu public est une forme de coop\u00e9ration. En Inde, personne ne pensait qu&rsquo;une telle norme pouvait \u00eatre appliqu\u00e9e. Le comportement des Indiens a pourtant chang\u00e9. On est pass\u00e9 d&rsquo;un comportement non-coop\u00e9ratif \u00e0 un comportement coop\u00e9ratif qui est devenu d\u00e9sormais une norme sociale. Ce type d&rsquo;\u00e9volutions doit \u00eatre pris en compte en face de la vision orthodoxe qui consid\u00e8re que l&rsquo;\u00e9go\u00efsme g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 est la seule v\u00e9rit\u00e9 humaine.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Sa vision de l&rsquo;Etat est aussi d&rsquo;une grande nuance. Vision m\u00e9fiante parce que s&rsquo;il prend trop de place il est probable que quelques groupes d&rsquo;int\u00e9r\u00eat vont capter les leviers du pouvoir pour leur plus grand profit. Mais certitude de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un Etat r\u00e9gulateur et redistributeur&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp; Des r\u00e9gulations impos\u00e9es par l&rsquo;\u00c9tat sont absolument n\u00e9cessaires. Certes, il faut agir prudemment, car r\u00e9guler est un travail sensible et difficile qui peut causer parfois de graves dysfonctionnements \u00e9conomiques. Les r\u00e9gulations agissent cependant souvent comme une incitation d\u00e9cisive. Une fois qu&rsquo;elles sont entr\u00e9es dans les m\u0153urs, il n&rsquo;y a plus besoin d&rsquo;y penser, elles sont devenues des normes sociales. Au d\u00e9but du XIX<span style=\"font-size: 8pt;\">e <\/span>si\u00e8cle, il a fallu l\u00e9gif\u00e9rer contre le travail des enfants. Aujourd&rsquo;hui, plus personne n&rsquo;a besoin de consulter des livres juridiques pour savoir que le travail des enfants est interdit : c&rsquo;est devenu une \u00e9vidence. Il en va de m\u00eame de l&rsquo;interdiction de fumer dans les lieux publics que j&rsquo;\u00e9voquais \u00e0 l&rsquo;instant. Il n&rsquo;y a pas besoin d&rsquo;un \u00c9tat autoritaire, les normes sociales agissent plus efficacement.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">L&rsquo;action de l&rsquo;\u00c9tat est \u00e9galement n\u00e9cessaire dans un autre cas, celui de la redistribution des revenus. Une telle redistribution n&rsquo;est pas possible de fa\u00e7on autonome, elle a besoin de l&rsquo;intervention de l&rsquo;\u00c9tat. Et cette intervention doit \u00eatre large. Les imp\u00f4ts sont un moyen de redistribuer les revenus, mais il faut aussi beaucoup investir dans le capital humain, dans l&rsquo;\u00e9ducation notamment. L&rsquo;essentiel des in\u00e9galit\u00e9s sont en effet des in\u00e9galit\u00e9s de d\u00e9part. Lorsque vous naissez dans un bidonville, sans richesse ni \u00e9ducation, quelles que soient vos actions, il y a d&rsquo;immenses chances que votre situation ne change pas. C&rsquo;est ici que l&rsquo;\u00c9tat doit agir pour rendre par l&rsquo;imp\u00f4t l&rsquo;h\u00e9ritage des richesses plus difficile et pour favoriser l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la sant\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation de ces populations.&nbsp;\u00bb<span style=\"font-size: 7pt;\"><br \/>\n<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et c&rsquo;est au bout de ces constats qu&rsquo;il arrive \u00e0 sa proposition du partage des profits&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;Dans le fonctionnement actuel de la mondialisation, les gens les plus pauvres sont en comp\u00e9tition entre eux. Mais le r\u00e9sultat de cette comp\u00e9tition est que le profit augmente, et donc les in\u00e9galit\u00e9s. Le revenu m\u00e9dian des m\u00e9nages aux \u00c9tats-Unis n&rsquo;a pratiquement pas chang\u00e9 entre mon arriv\u00e9e aux \u00c9tats-Unis en 1998 pour mon premier poste \u00e0 la Banque mondiale et aujourd&rsquo;hui. La croissance am\u00e9ricaine a pourtant \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s importante, ce qui signifie qu&rsquo;elle a profit\u00e9 aux revenus les plus \u00e9lev\u00e9s avant tout. Le probl\u00e8me n&rsquo;est donc pas celui d&rsquo;un combat entre les forces de travail des pays d\u00e9velopp\u00e9s et des pays \u00e9mergents, mais bien celui d&rsquo;un combat classique entre le travail et le capital. Prendre conscience de ce fait permet de changer de perspective concernant la mondialisation.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\"> Il y a un besoin de redistribution immense dans la mondialisation et par cons\u00e9quent je propose de passer d&rsquo;une conception o\u00f9 l&rsquo;on partage la pauvret\u00e9, comme aujourd&rsquo;hui, \u00e0 une forme de partage des profits. Cela peut prendre la forme d&rsquo;une taxe de 10 % sur les profits qui seront redistribu\u00e9s aux travailleurs des pays o\u00f9 s&rsquo;op\u00e8rent les d\u00e9localisations. Ce serait une forme de droit universel au profit qui permettrait d&rsquo;int\u00e9resser les populations des pays riches au d\u00e9veloppement des pays \u00e9mergents.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Cela passera naturellement par des confiscations au d\u00e9but, les gens fortun\u00e9s perdront une partie de leur fortune, mais ce serait le d\u00e9but de la coop\u00e9ration et le d\u00e9but de la fin de l&rsquo;identit\u00e9 entre mondialisation et \u00e9go\u00efsme.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"\" src=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/092317_1524_Jeudi28sept1.jpg\" alt=\"\" width=\"456\" height=\"199\" align=\"left\"><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Sa conclusion est \u00e0 la fois d\u00e9prim\u00e9e et optimiste&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\"><strong>\u00ab&nbsp;<\/strong> La concurrence entre les nations conduit \u00e0 une comp\u00e9tition dangereuse. Les pays les plus \u00e9galitaires sont oblig\u00e9s de creuser les in\u00e9galit\u00e9s pour survivre dans le contexte actuel de la mondialisation. [\u2026] Je suis n\u00e9anmoins optimiste, parce que je crois que la n\u00e9cessit\u00e9 va pousser \u00e0 la mise en place de mesures de redistribution et de coop\u00e9ration. Face au d\u00e9fi du changement climatique et de syst\u00e8mes sociaux impossibles \u00e0 tenir, il faudra trouver des solutions, y compris celles qui paraissent aujourd&rsquo;hui utopiques. <strong><br \/>\n<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Il faut quand m\u00eame rappeler que l&rsquo;homme qui d\u00e9veloppe ces id\u00e9es n&rsquo;est pas un hurluberlu gauchiste mais celui qui fut \u00e9conomiste chef de la Banque Mondiale, cette institution du lib\u00e9ralisme \u00e9conomique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #800000;\">&lt;938&gt;<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abPour sauver la mondialisation, il faut passer du partage de la pauvret\u00e9 \u00e0 celui des profits\u00bb Kaushik Basu Kaushik Basu est un \u00e9conomiste indien, n\u00e9 en 1952 \u00e0 Calcutta et il est pr\u00e9sent\u00e9 comme un disciple d&rsquo;Amartya Sen . 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