{"id":2941,"date":"2017-08-31T04:26:39","date_gmt":"2017-08-31T02:26:39","guid":{"rendered":"http:\/\/lemotdujour.fr\/?p=2941"},"modified":"2021-09-29T10:48:45","modified_gmt":"2021-09-29T08:48:45","slug":"jeudi-31-aout-2017","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lemotdujour.fr\/?p=2941","title":{"rendered":"Jeudi 31 ao\u00fbt 2017"},"content":{"rendered":"<div class=\"mdjTexte\">\t\u00ab&nbsp;Je crois que le tourisme est une des modalit\u00e9s de destruction de la vie int\u00e9rieure.&nbsp;\u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjAuteur\">\tMarin de Viry<\/div>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Pour continuer la r\u00e9flexion sur le tourisme de masse, je partage avec vous cet article du Figaro <a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/vox\/culture\/2017\/08\/17\/31006-20170817ARTFIG00103-marin-de-viry-le-tourisme-est-une-des-modalites-de-destruction-de-la-vie-interieure.php\">&lt; Marin de Viry: \u00abComment le tourisme de masse a tu\u00e9 le voyage\u00bb&gt;<\/a><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Le Figaro nous apprend que Marin de Viry est \u00e9crivain et critique litt\u00e9raire et qu&rsquo;il est l&rsquo;auteur d&rsquo;un essai sur le tourisme de masse: &lt;<span style=\"color: #0000ff;\"><a href=\"https:\/\/livre.fnac.com\/a2802703\/Marin-de-Viry-Tous-touristes\"><span style=\"color: #0000ff;\">Tous touristes<\/span><\/a><\/span> (Caf\u00e9 Voltaire, Flammarion, 2010)&gt;.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Probablement qu&rsquo;il est rassurant de consid\u00e9rer que son propos est provocateur. Il peut aussi \u00eatre accus\u00e9 d&rsquo;\u00e9litisme, car selon lui tant qu&rsquo;un petit nombre d&rsquo;aristocrates pouvaient s&rsquo;adonner \u00e0 ce loisir, les choses \u00e9taient acceptables. Ce serait donc les conqu\u00eates sociales qui seraient en cause.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Son regard me semble quand m\u00eame int\u00e9ressant&nbsp;: il reparle du divertissement pascalien et bien s\u00fbr, en creux, du para\u00eetre et de la superficialit\u00e9.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Marin de Viry explique notamment&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;Le tourisme n&rsquo;a plus rien \u00e0 voir avec ses racines. Quand il est n\u00e9 au XVIIIe si\u00e8cle, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;exp\u00e9rience personnelle d&rsquo;un homme de \u00abcondition\u00bb, un voyage initiatique au cours duquel il devait confronter son honneur &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire le petit nombre de principes qui lui avaient \u00e9t\u00e9 inculqu\u00e9s &#8211; \u00e0 des mondes qui n&rsquo;\u00e9taient pas les siens. Il s&rsquo;agissait de voir justement si ces principes r\u00e9sisteraient, s&rsquo;ils \u00e9taient universels. Un moyen d&rsquo;atteindre l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;homme, en somme. Le voyage, c&rsquo;\u00e9tait alors le risque, les accidents, les rencontres, les sid\u00e9rations, autant de modalit\u00e9s d&rsquo;un choc attendu, esp\u00e9r\u00e9, entre le spectacle du monde et la fa\u00e7on dont l&rsquo;individu avait con\u00e7u ce monde \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de sa culture originelle.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Au XIXe, tout change: le bourgeois veut se raccrocher \u00e0 l&rsquo;aristocrate du XVIIIe \u00e0 travers le voyage, qui devient alors une forme de mim\u00e9tisme statutaire. Le bourgeois du XIXe si\u00e8cle voyage pour pouvoir dire \u00abj&rsquo;y \u00e9tais\u00bb. C&rsquo;est ce qui fait dire \u00e0 Flaubert lorsqu&rsquo;il voyage avec Maxime Du Camp en \u00c9gypte: mais qu&rsquo;est-ce que je fais ici ? [&#8230;]<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Avec l&rsquo;\u00e9poque contemporaine, on a une totale rupture du tourisme avec ses racines intellectuelles. M\u00eame chez ceux qui aujourd&rsquo;hui veulent renouer avec le voyage, pour s&rsquo;opposer au tourisme de masse, il n&rsquo;y a plus de profonde r\u00e9sonance, de profond besoin, car le monde est connu, et le perfectionnement de leur personne ne passe plus forc\u00e9ment par le voyage. L\u00e0 o\u00f9 le voyage \u00e9tait un besoin, au XVIIIe, pour devenir un homme, se former, parachever son \u00e2me et son intelligence, il devient quelque chose de statutaire au XIXe, puis une simple fa\u00e7on de \u00abs&rsquo;\u00e9clater\u00bb aujourd&rsquo;hui. C&rsquo;est devenu une modalit\u00e9 de la f\u00eate permanente, laquelle est devenue banale. Le monde est ennuyeux parce qu&rsquo;il est le r\u00e9ceptacle de la f\u00eate, devenue banale.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">A la question, dans notre monde globalis\u00e9, est-il encore possible de voyager? Il r\u00e9pond&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00abToute la question est de savoir s&rsquo;il reste des destinations ouvertes \u00e0 la curiosit\u00e9. Or, plus elles sont organis\u00e9es, balis\u00e9es par le marketing touristique de la destination, moins elles sont ouvertes \u00e0 la curiosit\u00e9. [\u2026]<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Je vais \u00eatre n\u00e9o-marxiste, mais je crois que c&rsquo;est le salariat, plus que la d\u00e9mocratisation, qui change tout. Les cong\u00e9s pay\u00e9s font partie du deal entre celui qui a besoin de la force de travail et celui qui la fournit. \u00c0 quoi s&rsquo;ajoute la festivisation, qui est d&rsquo;abord la haine de la vie quotidienne. Et il est convenu que la destination doit \u00eatre la plus exotique possible, car la banalit\u00e9 de la vie quotidienne, du travail, est \u00e0 fuir absolument. Au fur et \u00e0 mesure de l&rsquo;expansion du monde occidental, la f\u00eate se substitue \u00e0 la banalit\u00e9, et la banalit\u00e9 devient un repoussoir. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;id\u00e9e plus hostile \u00e0 la modernit\u00e9 que le pain quotidien.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Autour de ce deal s&rsquo;organise une industrie qui prend les gens comme ils sont, individualis\u00e9s, atomis\u00e9s, incultes, pas curieux, d\u00e9sirant vivre dans le r\u00e9gime de la distraction, au sens pascalien du terme, c&rsquo;est-\u00e0-dire le d\u00e9sir d&rsquo;\u00eatre hors de soi. Le tourisme contemporain est l&rsquo;accomplissement du divertissement pascalien, c&rsquo;est-\u00e0-dire le d\u00e9sir d&rsquo;\u00eatre hors de soi plut\u00f4t que celui de s&rsquo;accomplir. [\u2026]<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Il nous donne, selon lui, le nom de l&rsquo;inventeur du tourisme de masse, un puritain et en d\u00e9duit le c\u00f4t\u00e9 religieux du tourisme&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;C&rsquo;est Thomas Cook qui invente le tourisme de masse. Cet entrepreneur de confession baptiste organise, en juillet 1841 le premier voyage collectif en train, \u00e0 un shilling par t\u00eate de Leiceister \u00e0 Loughborough, pour 500 militants d&rsquo;une ligue de vertu antialcoolique. C&rsquo;est la premi\u00e8re fois qu&rsquo;on rassemble des gens dans une gare, qu&rsquo;on les compte, qu&rsquo;on v\u00e9rifie s&rsquo;ils sont bien sur la liste, qu&rsquo;on d\u00e9roule un programme. Les racines religieuses puritaines ne sont pas anodines. Il y a comme un air de p\u00e8lerinage, de communion collective, dans le tourisme de masse. Le tourisme est tr\u00e8s religieux. Et il y a en effet quelque chose de sacr\u00e9 au fait de pouvoir disposer de la g\u00e9ographie du monde pour sortir de soi. S&rsquo;\u00e9clater \u00e0 Cuba, c&rsquo;est une messe !&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Marin de Viry devient alors plus philosophe dans ses r\u00e9flexions. J&rsquo;en ai extrait l&rsquo;exergue de ce mot du jour. Exergue qui aurait aussi pu \u00eatre&nbsp;: \u00ab&nbsp;<strong>L&rsquo;industrie du tourisme ne veut pas que ses clients abdiquent leur raison devant la beaut\u00e9, mais qu&rsquo;ils payent pour le plaisir.<\/strong>&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00abNous sommes dans la culture de l&rsquo;\u00e9clate, de la distraction permanente, sans aucune possibilit\u00e9 de retour sur soi. Le monde moderne est une \u00abconspiration contre toute esp\u00e8ce de vie int\u00e9rieure\u00bb, \u00e9crivait Bernanos. Je crois que le tourisme est une des modalit\u00e9s de destruction de la vie int\u00e9rieure.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Prenons l&rsquo;exemple du \u00absyndrome de Stendhal\u00bb. Stendhal s&rsquo;est senti mal \u00e0 force de voir trop de belles choses \u00e0 Rome et \u00e0 Florence. Trop de beaut\u00e9 cr\u00e9e un \u00e9tat de sid\u00e9ration, puis de d\u00e9lire confusionnel: en Italie, on est souvent submerg\u00e9 par le superflu. C&rsquo;est l&rsquo;exp\u00e9rience limite de la vie int\u00e9rieure: la beaut\u00e9 vous fait perdre la raison. C&rsquo;est exactement le contraire que vise l&rsquo;industrie touristique, qui cherche \u00e0 vendre la beaut\u00e9 par appartements, en petites doses s\u00e9cables d&rsquo;effusions esth\u00e9tiques marchandis\u00e9es. Elle ne veut pas que ses clients abdiquent leur raison devant la beaut\u00e9, mais qu&rsquo;ils payent pour le plaisir. Immense diff\u00e9rence.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Le journaliste se r\u00e9f\u00e8re alors \u00e0 Michel Houellebecq qui d\u00e9crit une France mus\u00e9ale, paradis touristique, vaste h\u00f4tel pour touristes chinois pour demander si c&rsquo;est le destin de la France ?<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab[\u2026] Je ne suis pas totalement d\u00e9go\u00fbt\u00e9 par le sc\u00e9nario de Houellebecq. C&rsquo;est une France apais\u00e9e, bucolique. On retournerait tous \u00e0 la campagne pour accueillir des cohortes d&rsquo;Asiatiques et de Californiens. On leur expliquerait ce qu&rsquo;est une \u00e9glise romane, une cath\u00e9drale, une mairie de la III\u00e8me R\u00e9publique, un beffroi. Ce serait abandonner notre destin pour se lover dans un sc\u00e9nario tendanciel d\u00e9grad\u00e9 mais agr\u00e9ablement am\u00e9nag\u00e9, et nous deviendrions un pays vitrifi\u00e9 plut\u00f4t qu&rsquo;un pays vivant. Nous aurions \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits par la mondialisation, mais notre capital culturel nous sauverait de l&rsquo;humiliation totale: on nous garantirait des places de m\u00e9diateurs culturels sur le march\u00e9 mondial. Si on pense que Dieu n&rsquo;a pas voulu la France, ou que l&rsquo;histoire n&rsquo;a pas besoin de nous, on peut trouver \u00e7a acceptable.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">C&rsquo;est un avis&nbsp;! Il bouscule un peu, c&rsquo;est en cela qu&rsquo;il peut \u00eatre utile.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #800000;\">&lt;918&gt;<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Je crois que le tourisme est une des modalit\u00e9s de destruction de la vie int\u00e9rieure.&nbsp;\u00bb Marin de Viry Pour continuer la r\u00e9flexion sur le tourisme de masse, je partage avec vous cet article du Figaro &lt; Marin de Viry: \u00abComment<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[6,7,11],"class_list":["post-2941","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-motdujour","tag-philosophie","tag-societe","tag-sociologie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2941","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2941"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2941\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12221,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2941\/revisions\/12221"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2941"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2941"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2941"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}