{"id":1606,"date":"2016-02-08T01:00:00","date_gmt":"2016-02-07T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/lemotdujour.fr\/?p=1606"},"modified":"2017-05-08T13:42:19","modified_gmt":"2017-05-08T11:42:19","slug":"lundi-8-fevrier-2016","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lemotdujour.fr\/?p=1606","title":{"rendered":"Lundi 8 f\u00e9vrier 2016"},"content":{"rendered":"<div class=\"mdjDate\">Lundi 8 f\u00e9vrier 2016<\/div>\n<div class=\"mdjTexte\">\u00abNous sommes si impr\u00e9gn\u00e9s par la logique de l\u2019entreprise que nous l\u2019appliquons \u00e0 nos propres vies\u00bb\u00a0<\/div>\n<div class=\"mdjAuteur\">Thibault Le Texier\u00a0docteur en \u00e9conomie, chercheur en sciences humaines\u00a0<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Le chercheur Thibault Le Texier vient de publier un ouvrage <a href=\"http:\/\/www.editionsladecouverte.fr\/catalogue\/index-Le_maniement_des_hommes-9782707186577.html\">\u00able Maniement des hommes\u00bb<\/a>.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Dans cet ouvrage il interroge non le capitalisme mais la gestion des hommes. Ce qu&rsquo;on appelle aujourd&rsquo;hui le management.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Management voici encore une invention anglo-saxonne mais en r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;origine fran\u00e7aise.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\"><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Management\">Wikipedia<\/a> nous apprend que \u00abL&rsquo;usage actuel en fran\u00e7ais du terme \u00ab management \u00bb provient pour beaucoup d&rsquo;un emprunt direct au terme anglo-saxon \u00ab management \u00bb. Cependant, selon l\u2019Oxford English Dictionary le verbe anglais \u00ab to manage \u00bb et le substantif \u00ab management \u00bb d\u00e9coulent eux-m\u00eames d&rsquo;un terme fran\u00e7ais du XVe si\u00e8cle, \u00ab mesnager \u00bb, signifiant en \u00e9quitation \u00ab tenir en main les r\u00eanes d&rsquo;un cheval \u00bb, provenant lui-m\u00eame de l&rsquo;italien \u00ab maneggiare \u00bb (et du latin \u00ab manus \u00bb : la main). Il a subsist\u00e9 en fran\u00e7ais en \u00e9quitation au travers du mot \u00ab man\u00e8ge \u00bb. Par extension, \u00ab mesnager \u00bb a d\u00e9sign\u00e9 \u00e0 partir du XVIe si\u00e8cle en fran\u00e7ais le fait de tenir les r\u00eanes d&rsquo;une organisation (exploitation agricole, fabrique, administration, etc.) et non seulement d&rsquo;un cheval.\u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Bien s\u00fbr cette origine fait r\u00e9f\u00e9rence au \u00ab\u00a0bon m\u00e9nage\u00a0\u00bb, c&rsquo;est \u00e0 dire \u00e0 la bonne gestion du m\u00e9nage. Mais aussi \u00e0 \u00ab\u00a0m\u00e9nager\u00a0\u00bb. Notamment quand il est question d&rsquo;\u00e9quitation, il y a l&rsquo;id\u00e9e de m\u00e9nager sa monture.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Dans un\u00a0entretien \u00e0<a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/debats\/2016\/01\/29\/thibault-le-texier-nous-sommes-si-impregnes-par-la-logique-de-l-entreprise-que-nous-l-appliquons-a-n_1429856\">\u00a0Lib\u00e9ration<\/a>,\u00a0Thibault Le Texier explique\u00a0:<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">\u00ab\u00a0Au d\u00e9part, le verbe \u00abmanager\u00bb signifiait \u00abprendre soin, s\u2019occuper de\u00bb : il s\u2019agissait d\u2019aider un \u00eatre d\u00e9pendant &#8211; un enfant, un vieillard, un malade, un animal de ferme\u2026 &#8211; \u00e0 r\u00e9tablir un \u00e9quilibre naturel ou \u00e0 se d\u00e9velopper harmonieusement. Avec le taylorisme, c\u2019est fini : le manager ne prend plus soin des manag\u00e9s. Le patron n\u2019est pas l\u00e0 pour faire la charit\u00e9, il est l\u00e0 pour faire tourner la bo\u00eete. S\u2019il se pr\u00e9occupe de la sant\u00e9 de ses employ\u00e9s, c\u2019est uniquement pour les rendre plus dociles et plus productifs. Il ne s\u2019agit plus, comme au XIXe si\u00e8cle, d\u2019une habitude paternaliste lou\u00e9e par l\u2019Eglise et institu\u00e9e dans les m\u0153urs. De la m\u00eame fa\u00e7on aujourd\u2019hui, Google va offrir des corbeilles de fruits \u00e0 ses salari\u00e9s pour \u00e9viter de les voir se faire d\u00e9baucher par la concurrence.\u00a0\u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Mais ce que d\u00e9nonce surtout ce chercheur c&rsquo;est la diffusion de l&rsquo;esprit de management \u00e0 toutes les dimensions de la vie.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Ainsi dans l&rsquo;entretien \u00e0<a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/debats\/2016\/01\/29\/thibault-le-texier-nous-sommes-si-impregnes-par-la-logique-de-l-entreprise-que-nous-l-appliquons-a-n_1429856\"> Lib\u00e9ration<\/a>,\u00a0il dit notamment :\u00a0<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">\u00abLe principal facteur de diffusion de cette rationalit\u00e9 [manag\u00e9riale], c\u2019est la place centrale qu\u2019a pris l\u2019entreprise dans nos soci\u00e9t\u00e9s. En un si\u00e8cle, elle a accapar\u00e9 tous les moyens n\u00e9cessaires \u00e0 notre survie : elle nous permet de nous d\u00e9placer, de nous nourrir, de nous loger, de nous habiller, mais aussi de nous informer ou de prendre soin de nos enfants. Etant chaque jour au contact de dizaines d\u2019entreprises, nous sommes de plus en plus imbib\u00e9s par leur logique. Autrefois, on passait plus de temps au contact de la famille, de l\u2019Eglise, de l\u2019Etat\u2026 On baignait dans un fluide diff\u00e9rent.\u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">[&#8230;]<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">La \u00abrationalit\u00e9 manag\u00e9riale\u00bb vise l\u2019efficacit\u00e9, l\u2019organisation, le contr\u00f4le et la rationalisation. Par exemple, on standardise les environnements et les fa\u00e7ons d\u2019interagir avec eux, on rationalise la taille des pi\u00e8ces, la place des meubles, la hauteur des tables. A terme, toutes les tables du monde seront probablement \u00e0 la m\u00eame hauteur ! Si certains m\u00e9tiers sont davantage pr\u00e9serv\u00e9s, plus aucun territoire n\u2019est imperm\u00e9able \u00e0 cette logique manag\u00e9riale. [&#8230;]<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Il y a un si\u00e8cle, lorsque Taylor invente le management scientifique, l\u2019entreprise est comme une grande famille : le patron est un p\u00e8re pour ses employ\u00e9s, et tout un r\u00e9seau de relations familiales lient les membres de l\u2019entreprise. Pour Taylor, tous ces liens personnels plombent la productivit\u00e9 &#8211; parce qu\u2019on ne peut pas virer tel proche, parce qu\u2019on recrute tel gendre alors qu\u2019il est incomp\u00e9tent, etc. Taylor cherche alors \u00e0 remplacer les relations de confiance et de proximit\u00e9 par des relations de contr\u00f4le indirectes. D\u00e9sormais, le chef est celui qui mesure, qui organise, qui fixe des objectifs. Avant, les ouvriers poss\u00e9daient leurs propres outils et leurs mani\u00e8res de faire, et ils pouvaient n\u00e9gocier directement avec le patron le prix de leur travail, leurs d\u00e9lais, etc. Avec le taylorisme, c\u2019est le patron qui d\u00e9termine tout cela, c\u2019est \u00e0 prendre ou \u00e0 laisser. L\u2019ouvrier devient un simple ex\u00e9cutant. Aujourd\u2019hui, ce syst\u00e8me s\u2019applique partout, du secteur des services aux t\u00e2ches domestiques, en passant par l\u2019administration publique. La gestion est devenue universelle.[&#8230;]<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">De nos jours, on a du mal \u00e0 penser la gestion tant on baigne dedans. La rationalit\u00e9 manag\u00e9riale est devenue un v\u00e9ritable sens commun, une \u00e9vidence. Par exemple, personne ne questionne plus le principe d\u2019efficacit\u00e9, l\u2019un des points cardinaux du management. Avant le XIXe si\u00e8cle, ni l\u2019efficacit\u00e9 ni le profit ne constituaient des crit\u00e8res de choix d\u00e9terminants : on leur pr\u00e9f\u00e9rait g\u00e9n\u00e9ralement la solidarit\u00e9 familiale, la loyaut\u00e9 ou encore la confiance. D\u00e9sormais, m\u00eame en politique, l\u2019efficacit\u00e9 est une valeur supr\u00eame &#8211; davantage que la justice ou la souverainet\u00e9. On peut d\u00e9cider de politiques tr\u00e8s efficaces et parfaitement injustes sans que \u00e7a ne choque grand monde !\u00a0[&#8230;]<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Si l\u2019entreprise a eu un tel succ\u00e8s, c\u2019est parce qu\u2019elle a extraordinairement am\u00e9lior\u00e9 notre quotidien. Elle a permis une abondance de biens et de confort ind\u00e9niable. Et c\u2019est elle qui incarne aujourd\u2019hui le progr\u00e8s, la modernit\u00e9, la sacro-sainte croissance. Il ne faut donc pas c\u00e9der \u00e0 la th\u00e9orie du complot : c\u2019est nous qui, chaque jour, avec notre argent, pl\u00e9biscitons les entreprises en achetant leurs produits. C\u2019est un syst\u00e8me tr\u00e8s d\u00e9mocratique : chaque entreprise n\u2019a que le pouvoir que nous lui donnons &#8211; m\u00eame si on voit bien que les plus grandes peuvent influencer consid\u00e9rablement les consommateurs.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Le management a aussi \u00e9t\u00e9 un levier d\u2019\u00e9mancipation sociale. Par exemple, des femmes au foyer ont appliqu\u00e9 le taylorisme \u00e0 l\u2019organisation de leurs t\u00e2ches domestiques d\u00e8s les ann\u00e9es 1900, sous les encouragements de certaines f\u00e9ministes. Parce que \u00e7a pouvait leur donner une certaine dignit\u00e9 sociale : elles n\u2019\u00e9taient plus des \u00abbobonnes\u00bb, elles devenaient des \u00abing\u00e9nieures domestiques\u00bb. De m\u00eame, dans les usines, certains ouvriers ont r\u00e9clam\u00e9 eux-m\u00eames l\u2019instauration du taylorisme, dans l\u2019espoir de mettre des bornes \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 des contrema\u00eetres &#8211; une autorit\u00e9 parfois arbitraire et souvent despotique\u2026 Car tout n\u2019\u00e9tait pas rose dans l\u2019entreprise familiale, loin de l\u00e0 ![&#8230;]<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Bien souvent, nous sommes tellement impr\u00e9gn\u00e9s par cette logique que nous l\u2019appliquons \u00e0 nos propres vies. De plus en plus, on nous demande de jouer \u00e0 la fois le r\u00f4le du manager et celui du manag\u00e9, de nous g\u00e9rer nous-m\u00eames. Une fois bien disciplin\u00e9s, on n\u2019a plus besoin de chef : on va se fixer nous-m\u00eames nos objectifs, mesurer nos performances, remplir notre fiche d\u2019\u00e9valuation, etc. Et on va le faire au travail, mais aussi dans notre vie priv\u00e9e. Des tas de manuels de coaching nous expliquent par exemple comment rationaliser les courses de No\u00ebl, la pr\u00e9paration du d\u00eener, l\u2019\u00e9ducation de nos enfants, ou comment rencontrer l\u2019\u00e2me s\u0153ur gr\u00e2ce aux m\u00e9thodes de la Harvard Business School\u2026[&#8230;]<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Aujourd\u2019hui, l\u2019\u00e9volution des connaissances est si rapide que m\u00eame des gens de 50 ans sont jug\u00e9s has been et inutiles. Juger les individus essentiellement \u00e0 l\u2019aune de leur fonctionnalit\u00e9 et de leur efficacit\u00e9 peut avoir des cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses. On en a l\u2019exemple tous les jours.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Le management serait une fa\u00e7on de gouverner, de l\u2019ordre du politique ? [&#8230;]<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Le manager n\u2019est ni un propri\u00e9taire ni quelqu\u2019un qui recherche le profit. On a \u00e9t\u00e9 sensibilis\u00e9s aux exc\u00e8s du capitalisme, et on comprend relativement bien maintenant comment il fonctionne. Le management, en revanche, est souvent regard\u00e9 comme une technique neutre et sans danger, une simple question d\u2019efficacit\u00e9. Le fait qu\u2019il passe ainsi inaper\u00e7u, alors m\u00eame qu\u2019il impr\u00e8gne en profondeur nos institutions et nos valeurs, est l\u2019une de ses grandes forces. Il est donc plus que temps de le passer au crible de la critique.\u00a0\u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">C&rsquo;est une r\u00e9flexion qui me parait f\u00e9conde \u00e0 tout esprit critique, c&rsquo;est \u00e0 dire un esprit non manich\u00e9en qui fait la part des choses et essaye de comprendre ce qui se passe dans sa vie et autour de lui.<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lundi 8 f\u00e9vrier 2016 \u00abNous sommes si impr\u00e9gn\u00e9s par la logique de l\u2019entreprise que nous l\u2019appliquons \u00e0 nos propres vies\u00bb\u00a0 Thibault Le Texier\u00a0docteur en \u00e9conomie, chercheur en sciences humaines\u00a0 Le chercheur Thibault Le Texier vient de publier un ouvrage \u00able<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1606","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-motdujour"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1606","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1606"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1606\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1607,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1606\/revisions\/1607"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1606"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1606"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1606"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}