{"id":1486,"date":"2016-11-08T01:00:00","date_gmt":"2016-11-07T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/lemotdujour.fr\/?p=1486"},"modified":"2017-05-08T13:29:46","modified_gmt":"2017-05-08T11:29:46","slug":"mardi-08112016","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lemotdujour.fr\/?p=1486","title":{"rendered":"Mardi 08\/11\/2016"},"content":{"rendered":"<div class=\"mdjDate\">Mardi 08\/11\/2016<\/div>\n<div class=\"mdjTexte\">\u00ab Post-truth politics \u00bb<br \/>La politique post-v\u00e9rit\u00e9<\/div>\n<div class=\"mdjAuteur\">Katharine Viner\u00a0 r\u00e9dactrice en chef du Guardian<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">C&rsquo;est donc aujourd&rsquo;hui que les \u00e9tats-uniens vont choisir leur 45\u00e8me pr\u00e9sident, Barack Obama ayant \u00e9t\u00e9 le 44\u00e8me.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Dans le mot du jour d&rsquo;hier \u00e9tait \u00e9voqu\u00e9 le concept de \u00ab l\u2019\u00e8re post-v\u00e9rit\u00e9 \u00bb dont Donald Trump est un des meilleurs pratiquants. Mais ce sont des anglais qui ont invent\u00e9 ce concept suite au Brexit, en constatant que les principaux arguments qui ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s pour convaincre les britanniques de voter pour le Brexit \u00e9taient des mensonges par exemple que l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de la contribution britannique \u00e0 l&rsquo;Union europ\u00e9enne pourrait \u00eatre utilis\u00e9 pour am\u00e9liorer leur syst\u00e8me de sant\u00e9 alors qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui cette masse d&rsquo;argent ne servirait \u00e0 rien aux habitants de Grande Bretagne.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\"><a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/linvite-des-matins\/la-verite-compte-t-elle-encore-en-politique\">&lt;C&rsquo;est par une \u00e9mission des matins de France Culture que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 sensibilis\u00e9 \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9&gt; <\/a>o\u00f9 la v\u00e9rit\u00e9 ne semble plus pr\u00e9senter aucune importance. C&rsquo;est \u00e0 dire que l&rsquo;homme politique peut dire n&rsquo;importe quoi, que des sites nombreux et document\u00e9s prouvent que ce qu&rsquo;il dit est faux, mais que cela ne pr\u00e9sente aucune importance par rapport aux votes des citoyens.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">C&rsquo;est pour moi une grande d\u00e9ception. J&rsquo;avais pens\u00e9 qu&rsquo;Internet permettrait de combattre le mensonge notamment politique. Force est de constater que ce n&rsquo;est pas vrai. Le journaliste Hubert Guillaud l&rsquo;explique par cette formule : \u00abla v\u00e9rit\u00e9 devient une opinion parmi d&rsquo;autres \u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">L&rsquo;\u00e9mission de France Culture pr\u00e9sente le sujet de la mani\u00e8re suivante : \u00ab L\u2019alliance involontaire entre les populistes conservateurs et les g\u00e9ants de l\u2019internet n\u2019est pas sans cons\u00e9quence sur notre vie d\u00e9mocratique : \u00e0 l\u2019heure de la politique en ligne, doit-on faire le deuil de la v\u00e9rit\u00e9 ?<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Ce sont deux articles du quotidien londonien The Guardian et de l\u2019hebdomadaire anglais The Economist qui ont fait grand bruit outre-manche et ont lanc\u00e9 ce d\u00e9bat. Alors qu\u2019on pensait intuitivement que l\u2019arm\u00e9e de commentateurs vigilants des r\u00e9seaux sociaux et la m\u00e9moire infinie offerte par internet allait contraindre les hommes politiques \u00e0 plus de prudence dans leur parole publique, il appara\u00eet avec l\u2019ascension de Donald Trump et la victoire surprise du Brexit en Angleterre qu\u2019il n\u2019en est rien. Mal surveill\u00e9s par des journalistes, incapables d\u2019allier l&rsquo;info en continu et un travail approfondi de v\u00e9rification, misant sur la libert\u00e9 d\u2019expression totale offerte par les r\u00e9seaux sociaux, les populistes ne s\u2019embarrassent plus de pr\u00e9cautions et r\u00e9pandent d\u00e8s qu\u2019ils le peuvent exag\u00e9rations, demi-v\u00e9rit\u00e9s, rumeurs et mensonges. Aid\u00e9s par des algorithmes con\u00e7us pour orienter les internautes vers des contenus susceptibles de leur plaire, ils b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019une caisse de r\u00e9sonance nouvelle et, \u00e0 en croire les grandes tendances \u00e9lectorales, redoutablement efficace.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Nous recevons pour en parler G\u00e9rald Bronner, sociologue, auteur de \u00ab <a href=\"https:\/\/www.puf.com\/content\/La_d%C3%A9mocratie_des_cr%C3%A9dules\">La D\u00e9mocratie des cr\u00e9dules<\/a> \u00bb (Editions PUF) , et en deuxi\u00e8me partie d&rsquo;\u00e9mission, C\u00e9dric Mathiot, journaliste et cr\u00e9ateur de la rubrique \u00ab <a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/desintox,99721\">D\u00e9sintox<\/a> \u00bb du journal Lib\u00e9ration, qui a publi\u00e9 \u201c<a href=\"http:\/\/www.decitre.fr\/livres\/petit-precis-des-bobards-de-campagne-9782258094833.html\">Petit pr\u00e9cis des bobards de campagne<\/a>\u201d (Editions Presses de la Cit\u00e9) en 2012.\u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Katharine Viner, r\u00e9dactrice en chef du Guardian a en effet publi\u00e9 un article analysant comment la technologie bouleverse la v\u00e9rit\u00e9 (<a href=\"http:\/\/www.courrierinternational.com\/article\/medias-comment-le-numerique-ebranle-notre-rapport-la-verite\">un article que vient de traduire Courrier International)<\/a>. Article que mon ami Jean-Fran\u00e7ois de Dijon m&rsquo;a \u00e9galement signal\u00e9. Il m&rsquo;a d&rsquo;ailleurs envoy\u00e9 le scan de cet article que je joins \u00e0 l&rsquo;article. <\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">J&rsquo;ai trouv\u00e9 un autre long article qui approfondit ce sujet et dont je vous cite de tr\u00e8s larges extraits :<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\"> \u00ab <a href=\"http:\/\/www.internetactu.net\/2016\/09\/16\/comment-la-techno-bouleverse-t-elle-notre-rapport-aux-faits\/\">L\u2019article de Katharine Viner nous explique qu\u2019\u00e0 l\u2019heure des r\u00e9seaux sociaux, la v\u00e9rit\u00e9 ne compte plus<\/a>. La journaliste prend notamment l\u2019exemple du Brexit d\u00e9taillant le fait que les arguments de ceux qui ont fait campagne pour la sortie du Royaume-Uni de l\u2019Europe se sont \u00e9croul\u00e9s le lendemain m\u00eame de l\u2019\u00e9lection. \u00ab Le Brexit a \u00e9t\u00e9 le premier scrutin d\u2019une nouvelle \u00e8re, celle de la politique post-v\u00e9rit\u00e9. Les partisans du maintien du Royaume-Uni dans l\u2019UE ont bien \u2013 mollement \u2013 tent\u00e9 de d\u00e9montrer les mensonges du camp adverse en s\u2019appuyant sur des faits, mais ils ont vite d\u00e9couvert que les faits ne pesaient pas lourd dans les d\u00e9bats\u00bb.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Pour elle, la presse eurosceptique a fait feu de tout bord pour cr\u00e9er un lien \u00e9motionnel qui l\u2019a largement emport\u00e9 sur la pr\u00e9sentation factuelle de l\u2019autre camp. Et les r\u00e9seaux sociaux notamment ont renforc\u00e9 l\u2019absence de consensus, l\u2019absence de v\u00e9rit\u00e9 partag\u00e9e. Les rumeurs et les mensonges l\u2019ont emport\u00e9 sur les faits. \u00ab A l\u2019heure du num\u00e9rique, il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi facile de publier des informations mensong\u00e8res qui sont imm\u00e9diatement reprises et passent pour des v\u00e9rit\u00e9s. \u00bb Pour la journaliste, combattre cette escalade de d\u00e9sinformation n\u00e9cessite des organes de presse fiables pour parvenir \u00e0 dissiper les rumeurs\u2026<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">C\u2019est oublier peut-\u00eatre que l\u2019enjeu, en fait, n\u2019est pas la v\u00e9rit\u00e9. Dans les conversations et les rumeurs que l\u2019on colporte, la v\u00e9rit\u00e9 n\u2019a pas sa place\u2026. \u00ab Les gens relaient les opinions des autres, m\u00eame s\u2019il s\u2019agit de mensonges ou d\u2019informations fallacieuses ou incompl\u00e8tes, parce qu\u2019ils ont le sentiment d\u2019avoir appris quelque chose d\u2019important \u00bb, explique Danielle Citron sp\u00e9cialiste du harc\u00e8lement en ligne.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Et les algorithmes des m\u00e9dias sociaux qui nous enferment dans nos bulles de filtres nous proposent une vision du monde soigneusement s\u00e9lectionn\u00e9e pour aller dans le sens de nos croyances et de nos convictions, nous \u00e9loignant de toutes r\u00e9futations. Sur Facebook, Tom Steinberg (@steiny), le fondateur de MySociety, au lendemain du Brexit, disait : \u00ab Je cherche activement des gens qui se r\u00e9jouissent de la victoire des pro-Brexit sur Facebook, mais les filtres sont tellement forts et tellement int\u00e9gr\u00e9s aux fonctions de recherche personnalis\u00e9es sur des plateformes comme Facebook que je n\u2019arrive pas \u00e0 trouver une seule personne contente de ce r\u00e9sultat \u00e9lectoral, et ce alors que pr\u00e8s de la moiti\u00e9 du pays est clairement euphorique aujourd\u2019hui \u00bb\u2026 Pour lui, il y a l\u00e0 un facteur de division extr\u00eamement grave de la soci\u00e9t\u00e9 : \u00ab nous ne pouvons pas vivre dans un pays o\u00f9 la moiti\u00e9 des gens ne savent strictement rien de l\u2019autre moiti\u00e9 \u00bb.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Pourtant, peut-on accuser seulement les r\u00e9seaux sociaux et la personnalisation algorithmique de cette \u00e9volution ? Nos bulles de filtres et nos chambres d\u2019\u00e9chos sont-elles les seules responsables de cette \u00e9volution ?<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Pour Emily Bell, directrice du Tow Center for Digital Journalism de l\u2019universit\u00e9 de Columbia, les organes de presse ne contr\u00f4lent plus la diffusion de leurs contenus. Et les r\u00e9seaux sociaux concentrent un pouvoir d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019information qui n\u2019a jamais exist\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. A l\u2019image de ce que r\u00e9v\u00e9lait la r\u00e9cente grande enqu\u00eate du New York Times Magazine montrant la puissance de nouveaux m\u00e9dias politiques qui fabriquent du contenu uniquement pour Facebook, dont le but n\u2019est pas d\u2019attirer les internautes vers des articles, mais de d\u00e9velopper le partage et les revenus, sans aucune d\u00e9ontologie en faveur de la prudence ou la v\u00e9racit\u00e9 de l\u2019information. Comme le soulignait la lecture par Xavier de la Porte de cet article : \u00ab ces sites privil\u00e9gient ce qui choque (\u2026). Ils fabriquent des m\u00e8mes (c\u2019est-\u00e0-dire des motifs que les internautes vont utiliser, d\u00e9tourner, partager). (\u2026) Ils ne poursuivent pas tous un but politique \u00bb, mais parfois seulement un but commercial, o\u00f9 le clic est le seul mod\u00e8le d\u2019affaires.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Katharine Viner pointe la m\u00eame d\u00e9rive des contenus taill\u00e9s sur mesure pour ces outils sociaux, cette junk food news\u2026 Pour elle \u00ab trop d\u2019entreprises de presse mesurent leurs contenus en termes de viralit\u00e9 au d\u00e9triment de la qualit\u00e9 ou de la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb. Les rumeurs et les mensonges circulent plus rapidement du fait de leur caract\u00e8re sensationnel. L\u2019important n\u2019est plus que les histoires soient vraies, mais que les gens cliquent ! Pour Katharine Viner, \u00ab l\u2019\u00e8re des faits est r\u00e9volue \u00bb.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">[&#8230;] Katharine Viner analyse ce changement depuis la presse : la presse en ligne s\u2019appuie sur un mod\u00e8le fond\u00e9 sur le nombre de clics, l\u2019audience. Or, dans cette logique, face \u00e0 des contenus con\u00e7us pour la viralit\u00e9, la presse ne peut que perdre la bataille de la v\u00e9rit\u00e9. La solution repose-t-elle sur un nouveau mod\u00e8le \u00e9conomique de la presse, comme l\u2019appelle de ses v\u0153ux la journaliste ? C\u2019est certainement croire trop rapidement que les nouveaux acteurs de l\u2019information qui exploitent tr\u00e8s bien ces outils sociaux rel\u00e8vent d\u2019un projet \u00e9ditorial de type presse\u2026 Or, comme le montrait l\u2019enqu\u00eate du New York Times, l\u2019objectif de ces nouveaux acteurs et la fa\u00e7on m\u00eame dont fonctionnent les m\u00e9dias sociaux n\u2019est pas exactement le m\u00eame que ceux d\u2019un m\u00e9dia.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">L\u2019enjeu ne semble pas tant de renforcer la d\u00e9ontologie de la presse que de laisser le champ libre \u00e0 ces acteurs qui exploitent les m\u00e9dias sociaux, sans avoir toujours r\u00e9ellement des liens avec une forme de presse. Plus que de d\u00e9finir le r\u00f4le des m\u00e9dias dans un espace public fragment\u00e9 et d\u00e9stabilis\u00e9, l\u2019enjeu tient peut-\u00eatre plus d\u2019\u00e9voquer ces nouveaux objets m\u00e9diatiques qui utilisent les r\u00e9seaux sociaux pour d\u00e9multiplier leur audience. [&#8230;]<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Pour le sp\u00e9cialiste Jayson Harsin, c\u2019est un ensemble de conditions convergentes qui ont cr\u00e9\u00e9 les conditions de ce nouveau r\u00e9gime de post-v\u00e9rit\u00e9 explique-t-il dans un article publi\u00e9 dans la revue Communication, Culture &amp; Critique. Pour lui, ces changements ne rel\u00e8vent pas seulement de la responsabilit\u00e9 des r\u00e9seaux sociaux. Mais tiennent aussi du d\u00e9veloppement de la communication politique professionnelle et du marketing politique. Ils rel\u00e8vent \u00e9galement du d\u00e9veloppement des sciences cognitives et comportementales et du marketing qui permet l\u2019utilisation strat\u00e9gique des rumeurs et mensonges de mani\u00e8re toujours plus cibl\u00e9s, de la fragmentation des m\u00e9dias et des gardiens de l\u2019information centralis\u00e9e ; de la surcharge d\u2019information et son acc\u00e9l\u00e9ration ; ainsi que des algorithmes qui r\u00e9gissent, classent et personnalisent l\u2019information \u00e0 laquelle on acc\u00e8de. Un ensemble d\u2019\u00e9l\u00e9ments convergents qui emp\u00eache un retour \u00e0 des formes ant\u00e9rieures de journalisme, comme l\u2019appelle Viner.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Comme le souligne Harsin, m\u00eame l\u2019explosion du fact checking, cette pratique de v\u00e9rification des arguments, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 capable de r\u00e9tablir l\u2019autorit\u00e9 des m\u00e9dias. Pire, estime-t-il, les rumeurs prennent une place de plus en plus importante dans l\u2019\u00e9conomie de l\u2019attention\u2026 Pourtant, souligne le chercheur, la surcharge informationnelle et la d\u00e9multiplication de l\u2019information ne sont pas des explications suffisantes. \u00ab La g\u00e9ographie de l\u2019information et de la v\u00e9rit\u00e9 s\u2019est d\u00e9plac\u00e9e comme la temporalit\u00e9 de la consommation de m\u00e9dias : elle n\u2019est plus d\u00e9livr\u00e9e le matin ou le soir, mais elle est compos\u00e9e de millions d\u2019alertes et de vibrations (\u2026) et les informations se d\u00e9plient dans une \u00e9conomie de l\u2019attention de plus en plus charg\u00e9e affectivement et constamment connect\u00e9e \u00bb. Pour Harsin, c\u2019est la marque d\u2019un changement du r\u00e9gime de v\u00e9rit\u00e9 au profit de march\u00e9s d\u00e9di\u00e9s qui produisent, planifient et managent l\u2019information par l\u2019entremise de l\u2019analyse pr\u00e9dictive. L\u2019information tient d\u00e9sormais plus d\u2019un march\u00e9 que d\u2019un espace public et citoyen. [&#8230;]<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Dans le New York Times, l\u2019\u00e9conomiste britannique William Davies (@davies_will), revient \u00e9galement sur ce sujet. Les acteurs de la production d\u2019information se sont d\u00e9multipli\u00e9s, rappelle-t-il. \u00ab Si les journaux peuvent tenter de r\u00e9sister aux exc\u00e8s de la d\u00e9magogie populiste, ils ont plus de mal \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 la crise des faits \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019inflation des sources, des \u00e9tudes\u2026 dont le niveau de cr\u00e9dibilit\u00e9 est trop insuffisamment \u00e9valu\u00e9.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">[&#8230;] Or, souligne Davies, nous sommes au milieu d\u2019une transition qui nous fait passer d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de faits \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 de donn\u00e9es. Selon lui, la confusion r\u00e8gne autour de l\u2019\u00e9tat exact des connaissances et des chiffres dans l\u2019espace public, exacerbant le sentiment que la v\u00e9rit\u00e9 elle-m\u00eame est en train d\u2019\u00eatre abandonn\u00e9e. Pour Davies, nous sommes confront\u00e9s \u00e0 un volume sans pr\u00e9c\u00e9dent de donn\u00e9es, mais celles-ci sont surtout utilis\u00e9es pour recueillir le sentiment des gens. Les march\u00e9s financiers eux-m\u00eames ne sont plus tant des faits que des outils d\u2019analyse des sentiments des investisseurs. \u00ab Une fois que les chiffres sont consid\u00e9r\u00e9s comme des indicateurs de sentiment plut\u00f4t que comme des d\u00e9clarations sur la r\u00e9alit\u00e9, comment pouvons-nous avoir un consensus sur la nature des probl\u00e8mes sociaux, \u00e9conomiques et environnementaux ou pire encore, nous entendre sur les solutions \u00e0 y apporter ? \u00bb Les mensonges et les th\u00e9ories du complot prosp\u00e8rent donc. Et tandis que nous avons toujours plus de moyens pour mesurer combien de personnes croient en ces th\u00e9ories, il semble que nous ayons de moins en moins de moyens pour les persuader de les abandonner.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">[&#8230;]<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Dans une tribune livr\u00e9e \u00e0 FastCoExist,\u00a0 [l\u2019essayiste Douglas Ruskoff] rappelle que les promoteurs des nouvelles technologies ont longtemps pens\u00e9 que le num\u00e9rique allait nous aider \u00e0 nous connecter au monde entier, annon\u00e7ant, un peu na\u00efvement, une nouvelle communaut\u00e9 mondiale de pairs promettant de nous lib\u00e9rer des fronti\u00e8res entre les hommes\u2026 Ce n\u2019est pas ce qui est vraiment arriv\u00e9.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Loin de seulement ab\u00eatir les foules comme on le lui reproche facilement, la t\u00e9l\u00e9vision a cr\u00e9\u00e9 une soci\u00e9t\u00e9 plus ouverte, plus globale. Gr\u00e2ce \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, les gens ont pu voir pour la premi\u00e8re fois comment la vie se d\u00e9roulait ailleurs. \u00ab La t\u00e9l\u00e9vision nous a tous connect\u00e9s et a bris\u00e9 les fronti\u00e8res nationales \u00bb, estime-t-il. Or, pour Ruskoff, l\u2019environnement des m\u00e9dias num\u00e9riques est diff\u00e9rent : il repose d\u2019abord sur la polarisation et la distinction. Les m\u00e9dias num\u00e9riques valorisent des choix binaires : ce que vous appr\u00e9ciez ou n\u2019appr\u00e9ciez pas, ce avec quoi vous \u00eates d\u2019accord ou pas, noir ou blanc, riche ou pauvre. Leur fonctionnement favorise une boucle de r\u00e9troaction qui auto-renforce chaque choix que nous faisons, qui personnalise nos contenus et nous isole davantage dans nos propres bulles de filtre. \u00ab L\u2019internet nous aide \u00e0 prendre parti \u00bb \u2013 pourtant, il faut rappeler que cette question de la polarisation reste discut\u00e9e. Ce qui est s\u00fbr, c\u2019est que les m\u00e9dias num\u00e9riques offrent un environnement tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui de la t\u00e9l\u00e9vision.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">[&#8230;] Force est de reconna\u00eetre que pour l\u2019instant, les solutions au probl\u00e8me sont plut\u00f4t rares. Certes, on peut am\u00e9liorer la v\u00e9rification des faits. Nombre d\u2019entreprises d\u00e9veloppent des outils permettant de mesurer la fiabilit\u00e9 de l\u2019information. Pas s\u00fbr pourtant que cela ait beaucoup d\u2019impact sur tous ceux qui ont d\u2019autres motivations que propager la v\u00e9rit\u00e9. Les appels \u00e0 am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de l\u2019actualit\u00e9 associent surtout des m\u00e9dias traditionnels qui sont, finalement, assez peu les moteurs de cette d\u00e9t\u00e9rioration. Si la r\u00e9ponse est vertueuse, la cible ne semble pas \u00eatre adapt\u00e9e au probl\u00e8me, \u00e0 l\u2019image de la coalition r\u00e9cente First Draft News. En fait, comme le souligne Clay Shirky dans le New Scientist, nous ne sommes pas dans une guerre de l\u2019information, mais dans une guerre culturelle. Le probl\u00e8me de ces r\u00e9ponses est qu\u2019elles n\u2019abordent qu\u2019une partie du probl\u00e8me. Avancer un argument politique qui porte n\u2019a pas grand-chose \u00e0 voir avec la v\u00e9rit\u00e9. L\u2019\u00e9motion et l\u2019autorit\u00e9 comptent tout autant, sinon plus, que la v\u00e9rit\u00e9. Nous ne sommes plus \u00e0 l\u2019\u00e8re de la post-v\u00e9rit\u00e9, mais bien \u00e0 celle du mensonge \u00e9hont\u00e9, o\u00f9 la v\u00e9rit\u00e9 devient une opinion parmi d\u2019autres\u2026\u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Vous trouverez l&rsquo;article complet \u00e9crit par Hubert Guillaud derri\u00e8re <a href=\"http:\/\/www.internetactu.net\/2016\/09\/16\/comment-la-techno-bouleverse-t-elle-notre-rapport-aux-faits\/\">&lt;ce lien&gt;<\/a> <\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Je vais prendre quelques jours de cong\u00e9, le prochain mot du jour sera envoy\u00e9 le 14 novembre 2016.<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mardi 08\/11\/2016 \u00ab Post-truth politics \u00bbLa politique post-v\u00e9rit\u00e9 Katharine Viner\u00a0 r\u00e9dactrice en chef du Guardian C&rsquo;est donc aujourd&rsquo;hui que les \u00e9tats-uniens vont choisir leur 45\u00e8me pr\u00e9sident, Barack Obama ayant \u00e9t\u00e9 le 44\u00e8me. 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