{"id":14823,"date":"2023-08-24T01:04:00","date_gmt":"2023-08-23T23:04:00","guid":{"rendered":"https:\/\/lemotdujour.fr\/?p=14823"},"modified":"2023-08-15T23:15:56","modified_gmt":"2023-08-15T21:15:56","slug":"jeudi-24-aout-2023","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lemotdujour.fr\/?p=14823","title":{"rendered":"Jeudi 24 ao\u00fbt 2023"},"content":{"rendered":"<div class=\"mdjTexte\">\u00ab\u00a0L&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9, \u00adindividuelle et collective, n&rsquo;est qu&rsquo;une longue succession de schismes et de ruptures.\u00a0\u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjAuteur\">Douglas Kennedy dans \u00ab\u00a0Et c&rsquo;est ainsi que nous vivrons\u00a0\u00bb<\/div>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.decitre.fr\/livres\/et-c-est-ainsi-que-nous-vivrons-9782714493231.html\">Et c&rsquo;est ainsi que nous vivrons\u00a0<\/a><\/span>\u00bb de Douglas Kennedy, dans sa traduction de Chlo\u00e9 Royer est paru le 1<sup>er<\/sup> juin 2023.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-14835 alignleft\" src=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Et-cest-ainsi-que-nous-vivrons.jpg\" alt=\"\" width=\"187\" height=\"300\" \/>Lorsque j&rsquo;ai entendu son interview sur France Culture, dans l&rsquo;\u00e9mission \u00ab\u00a0<strong>Bienvenue au club<\/strong>\u00a0\u00bb\u00a0: <span style=\"color: #0000ff;\">&lt;<a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.radiofrance.fr\/franceculture\/podcasts\/bienvenue-au-club\/douglas-kennedy-imagine-les-etats-unis-de-demain-9375081\">Il y a deux Am\u00e9riques et on se d\u00e9teste<\/a><\/span>&gt; j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de l&rsquo;acheter.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et lorsque j&rsquo;ai entrepris de d\u00e9buter sa lecture, je l&rsquo;ai lu d&rsquo;une seule traite.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Ce n&rsquo;est pas un livre de science-fiction mais un livre d&rsquo;anticipation.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Le roman d\u00e9roule un thriller en son sein, mais ce n&rsquo;est pas cet aspect du livre qui est le plus int\u00e9ressant.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Ce qui est passionnant c&rsquo;est l&rsquo;arri\u00e8re-plan\u00a0: la soci\u00e9t\u00e9 et les Etats dans lequel l&rsquo;intrigue se d\u00e9veloppe.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Nous sommes en 2045, \u00ab les \u00c9tats d\u00e9sunis \u00bb ont remplac\u00e9 \u00ab les Etats-Unis \u00bb qui n&rsquo;existent plus suite \u00e0 une guerre de s\u00e9cession version 2.0.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, il y a les \u00c9tats qui avaient vot\u00e9 massivement Trump qui sont devenus \u00ab <strong>La Conf\u00e9d\u00e9ration Unie<\/strong>\u00a0\u00bb. C&rsquo;est une th\u00e9ocratie totalitaire dirig\u00e9e par un coll\u00e8ge de \u00ab\u00a0douze ap\u00f4tres\u00a0\u00bb.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Le divorce, l&rsquo;avortement et le changement de sexe sont interdits, les valeurs chr\u00e9tiennes font loi. Et celles et ceux qui remettent en cause le r\u00e9cit religieux ou les valeurs sont \u00e9limin\u00e9s avec la cruaut\u00e9 dont les religions ont le secret quand par malheur on a la mauvaise id\u00e9e de leur laisser le pouvoir temporel en plus de l&rsquo;influence spirituelle.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-14836 alignright\" src=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Les-Etats-Unis-divises.png\" alt=\"\" width=\"390\" height=\"265\" srcset=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Les-Etats-Unis-divises.png 1023w, https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Les-Etats-Unis-divises-300x204.png 300w, https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Les-Etats-Unis-divises-768x522.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 390px) 100vw, 390px\" \/>De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0<strong>La R\u00e9publique Unie<\/strong> \u00bb regroupe les \u00c9tats d\u00e9mocrates, progressistes dans le sens du transhumanisme et du wokisme. Chez ces gens-l\u00e0, les individus sont sous surveillance, ultra-connect\u00e9s. Tout le monde est dot\u00e9 obligatoirement d&rsquo;une puce dans le corps qui donne des informations, sert de GPS et accompagne la vie de chacun dans son quotidien en m\u00eame temps qu&rsquo;elle surveille son comportement. Sous couvert de s\u00e9curit\u00e9, la parano\u00efa r\u00e8gne. L&rsquo;ennemi dont on s&rsquo;est s\u00e9par\u00e9 justifie tous les exc\u00e8s.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Ce roman constitue un prolongement des \u00c9tats-Unis actuels qui se d\u00e9sagr\u00e8gent en deux camps hostiles qui ne s&rsquo;\u00e9coutent plus, ne se parlent plus, s&rsquo;invectivent en s&rsquo;accusant mutuellement des m\u00eames d\u00e9viations : complotisme, fraude et valeurs morales indignes. Ce pays qui jadis \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme le pays de la libert\u00e9, se caract\u00e9rise aujourd&rsquo;hui par la remise en cause des droits fondamentaux.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">La lecture des premi\u00e8res pages m&rsquo;a imm\u00e9diatement fait penser \u00e0 une sc\u00e8ne qui m&rsquo;avait marqu\u00e9 lors de ma lecture, il y a 45 ans, des \u00ab\u00a0<strong>Colonnes du ciel\u00a0<\/strong>\u00bb de <strong>Bernard Clavel<\/strong>.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Les_Colonnes_du_ciel\"><strong>Les colonnes du ciel\u00a0<\/strong><\/a><\/span>\u00bb sont une s\u00e9rie de cinq romans de Bernard Clavel qui se passent en Franche-Comt\u00e9 pendant la guerre de Dix Ans, au XVIIe si\u00e8cle, sous le r\u00e8gne de Louis XIII.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Guerre de pillages et de massacres qui a \u00e9t\u00e9 aggrav\u00e9e encore par l&rsquo;apparition d&rsquo;une terrible peste.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Dans le troisi\u00e8me volume, \u00ab\u00a0<strong>La Femme de guerre<\/strong>\u00a0\u00bb, Hortense d&rsquo;Eternoz et son grand amour le docteur Alexandre Blondel se d\u00e9vouent pour les enfants, victimes innocentes de la guerre. Ils en ont sauv\u00e9 tant qu&rsquo;ils ont pu mais, au terme de leur voyage, le docteur va mourir et Hortense par col\u00e8re et vengeance va devenir la femme de guerre. Avec une petite arm\u00e9e qu&rsquo;elle a lev\u00e9e, elle se jette avec toute sa hargne dans cette guerre.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-14842 alignright\" src=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Marie-Bon-pain.jpg\" alt=\"\" width=\"230\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Marie-Bon-pain.jpg 230w, https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Marie-Bon-pain-197x300.jpg 197w\" sizes=\"auto, (max-width: 230px) 100vw, 230px\" \/>Dans le quatri\u00e8me volume \u00ab\u00a0<strong>Marie Bon Pain<\/strong>\u00a0\u00bb la terrible guerre de dix ans s&rsquo;est achev\u00e9e en 1644. Toute la petite communaut\u00e9, Marie bon pain, Pierre, Bisontin et les autres peuvent enfin regagner leur pays, se r\u00e9installer \u00e0 La Vieille-Loye dans la for\u00eat de Chaux pr\u00e8s de la ville de Dole. Ils retrouvent leurs grands arbres avec leur f\u00fbt rectiligne qu&rsquo;ils appellent les colonnes du ciel. Ils ont retrouss\u00e9 leurs manches et relev\u00e9 les ruines du village, construisant de nouvelles maisons, r\u00e9apprenant \u00e0 vivre dans la paix retrouv\u00e9e. Mais un jour, Hortense d&rsquo;Eternoz, la femme de guerre, revient. Elle est accus\u00e9e de sorcellerie et va \u00eatre condamn\u00e9e au b\u00fbcher.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\"><strong>Bernard Clavel<\/strong> d\u00e9crit ainsi un bucher en 1644\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0Hortense monte. Lentement, mais sans qu&rsquo;on ait besoin ni de la forcer, ni de la soutenir. Le pr\u00eatre lui pr\u00e9sente la croix. Il semble qu&rsquo;elle h\u00e9site puis elle finit par y poser ses l\u00e8vres. [\u2026]<br \/>\nEn quatre pas, Hortense est au poteau. Elle se d\u00e9tourne et d&rsquo;elle-m\u00eame, appuie son dos contre le bois. Le silence s&rsquo;est reform\u00e9. On dirait que, jusqu&rsquo;\u00e0 la poterne de la cit\u00e9, jusque par-del\u00e0 le Doubs, par-del\u00e0 les foss\u00e9s et les murailles d&rsquo;enceinte, le peuple et les choses retiennent leur souffle.<br \/>\nHortense en profite.<br \/>\nD&rsquo;une voix qui ne tremble pas, d&rsquo;une voix qui semble s&rsquo;en aller chercher l&rsquo;\u00e9cho des quatre points cardinaux, elle crie\u00a0:<br \/>\n\u00ab\u00a0Regardez bien bruler ma robe, ils l&rsquo;ont tremp\u00e9e dans le soufre pour que la com\u00e9die soit jou\u00e9e jusqu&rsquo;au bout\u00a0!\u00a0\u00bb<br \/>\nLes bourreaux se sont pr\u00e9cipit\u00e9s. L&rsquo;un passe une chaine autour de sa taille et l&rsquo;autre une corde de chanvre \u00e0 son cou.<br \/>\nElle veut crier encore mais sa voix s&rsquo;\u00e9trangle. Son visage se contracte, il semble que ses veines se gonflent \u00e0 sa gorge et \u00e0 ses tempes que ses yeux agrandis vont jaillir des orbites.<br \/>\nDerri\u00e8re elle, l&rsquo;homme en rouge tourne un levier de bois contre le poteau. [\u2026]<br \/>\nLe pr\u00eatre et les hommes rouges descendent de l&rsquo;\u00e9chafaud.<br \/>\nAlors tout va tr\u00e8s vite. Dix aides au moins de mettent \u00e0 lancer les fagots sur les planches, tout autour d&rsquo;Hortense dont le corps secou\u00e9 semble vivre encore. [\u2026]<br \/>\nLes flammes montent de tout c\u00f4t\u00e9 en m\u00eame temps. [\u2026] Les flammes sont si hautes qu&rsquo;elles cachent Hortense dont la robe claire n&rsquo;apparait que par instants.<br \/>\nEt puis soudain, Marie sursaute. Une immense flamme bleue vient de na\u00eetre d&rsquo;un coup au centre du brasier.<br \/>\nUn grand cri monte de la foule.<br \/>\nLa voix terrible de Bisontin gronde\u00a0:<br \/>\n-Le soufre\u2026le soufre de la robe.\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\"><em>Page 154 \u00e0 156 de \u00ab Marie Bon Pain \u00bb dans la version en livre de poche collection \u00ab\u00a0J&rsquo;ai Lu\u00a0\u00bb des \u00e9ditions Flammarion<br \/>\n<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Dans le livre de Douglas Kennedy, nous sommes au XXI\u00e8me si\u00e8cle. Il commence ainsi\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0Nous sommes le 6 ao\u00fbt. Dans le grand pays qui faisait autrefois partie du n\u00f4tre, ils s&rsquo;appr\u00eatent \u00e0 br\u00fbler mon amie sur un b\u00fbcher.<br \/>\nElle s&rsquo;appelle Maxime. Elle travaille pour moi, en quelque sorte, et nous nous sommes rapproch\u00e9es au fil des ann\u00e9es, bien que, dans mon secteur, une telle camaraderie soit consid\u00e9r\u00e9e comme peu professionnelle. La raison de son ex\u00e9cution : elle a os\u00e9 plaisanter en public au sujet du Christ.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Quelques pages plus loin, la narratrice et h\u00e9ros du livre Samantha Stengel va avec ses compagnons suivre sur un \u00e9cran, nous sommes au XXI\u00e8me si\u00e8cle, l&rsquo;ex\u00e9cution de Maxime\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Sur l&rsquo;\u00e9cran, des cris et des hu\u00e9es commencent \u00e0 s&rsquo;\u00e9lever du public, signe que Maxime est en route pour le b\u00fbcher. Effectivement, une brigade de types muscl\u00e9s en uniforme traverse la foule au pas de l&rsquo;oie. Parmi eux, je distingue la silhouette de Maxime ; [\u2026] La brume dans le regard de Maxime ne laisse planer aucun doute : si ses ge\u00f4liers sont oblig\u00e9s de la maintenir aussi fermement, ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;elle se d\u00e9bat, mais parce qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 drogu\u00e9e. Cette femme infatigablement subversive et d\u00e9sopilante, qui n&rsquo;a jamais recul\u00e9 devant les v\u00e9rit\u00e9s qui d\u00e9rangent, qui m&rsquo;a un jour d\u00e9clar\u00e9 que j&rsquo;avais \u00ab vraiment besoin de tomber amoureuse \u00bb, et peu importait que ma vocation l&rsquo;interdise, avance mollement vers sa mort sous l&#8217;emprise d&rsquo;un s\u00e9datif.<br \/>\n[&#8230;]<br \/>\n\u2014 \u00c7a ne m&rsquo;\u00e9tonne pas qu&rsquo;ils l&rsquo;aient assomm\u00e9e de tranquillisants avant de l&rsquo;exhiber devant tout ce monde, fait remarquer Breimer, acide. Ils avaient s\u00fbrement peur qu&rsquo;elle se paie leur t\u00eate jusqu&rsquo;au bout. \u00bb<br \/>\nMaxime parvient au lieu de l&rsquo;ex\u00e9cution. Son escorte se referme autour d&rsquo;elle, la d\u00e9robant enti\u00e8rement aux regards. Peu apr\u00e8s, un ordre indistinct retentit et les soldats se mettent au garde-\u00e0-vous avant d&rsquo;effectuer un demi-tour parfaitement synchronis\u00e9 et de s&rsquo;\u00e9loigner en cadence, laissant Maxime encha\u00een\u00e9e \u00e0 un poteau au centre de la place, seule en terrain d\u00e9couvert. Des \u00e9crans strat\u00e9giquement dispos\u00e9s autour de la foule offrent aux spectateurs m\u00eame les plus \u00e9loign\u00e9s une vue parfaite de la sc\u00e8ne, sur laquelle entre soudain un homme en soutane blanche, qui s&rsquo;avance vers Maxime, micro en main. Il se pr\u00e9sente comme le r\u00e9v\u00e9rend Lewis Jones, venu \u00ab offrir \u00e0 cette cr\u00e9ature d\u00e9chue et condamn\u00e9e le plus pr\u00e9cieux des cadeaux, la vie \u00e9ternelle, si elle accepte \u00e0 pr\u00e9sent J\u00e9sus comme son Seigneur et son Sauveur \u00bb.<br \/>\n[&#8230;]<br \/>\n\u00ab Avant l&rsquo;accomplissement de ta sentence, veux-tu te prosterner devant le Tout-Puissant et accepter J\u00e9sus en ton c\u0153ur ? \u00bb<br \/>\nSilence. Maxime ne r\u00e9agit pas, t\u00eate baiss\u00e9e, le regard aussi opaque qu&rsquo;un lac en plein hiver.<br \/>\nAvec la dose de cheval qu&rsquo;ils lui ont visiblement administr\u00e9e, son absence de r\u00e9ponse n&rsquo;a rien d&rsquo;\u00e9tonnant. Mais le r\u00e9v\u00e9rend Jones secoue tout de m\u00eame la t\u00eate avec une affliction th\u00e9\u00e2trale \u2013 et savamment calcul\u00e9e \u2013 avant de se retirer.<br \/>\nAussit\u00f4t, quatre gardes apparaissent, le visage dissimul\u00e9 par des casques int\u00e9graux, v\u00eatus de combinaisons de protection et arm\u00e9s de tuyaux m\u00e9talliques reli\u00e9s aux bonbonnes qu&rsquo;ils portent sur le dos. Ils s&rsquo;immobilisent face \u00e0 Maxime. Un de leurs sup\u00e9rieurs lance un ordre et ils l\u00e8vent tous leur tuyau d&rsquo;un m\u00eame mouvement pour le pointer vers Maxime. Un nouvel ordre retentit, et un geyser de liquide clair d\u00e9ferle sur la malheureuse. J&rsquo;\u00e9change un regard avec Breimer. On s&rsquo;est renseign\u00e9s ensemble sur le cas pr\u00e9c\u00e9dent d&rsquo;ex\u00e9cution publique par le feu en CU : d&rsquo;apr\u00e8s nos analystes, le produit qu&rsquo;ils viennent d&rsquo;utiliser serait un compos\u00e9 chimique hautement inflammable, au point qu&rsquo;il embrase tout \u00e0 la moindre \u00e9tincelle. \u00c9trangement, je ressens un certain soulagement \u00e0 les regarder asperger Maxime de cette substance dangereuse. L&rsquo;un de nos experts-chimistes a \u00e9t\u00e9 formel : au moindre contact avec une flamme, la mort est instantan\u00e9e. Je craignais que, juste pour pousser l&rsquo;atrocit\u00e9 au maximum et pour la punir d&rsquo;\u00eatre transgenre, ils ne d\u00e9cident de lui infliger une ex\u00e9cution \u00e0 l&rsquo;ancienne, lente, de type Jeanne d&rsquo;Arc. \u00c0 cet instant, je sais que Breimer pense \u00e0 la m\u00eame chose que moi. Voil\u00e0 bien un minuscule geste d&rsquo;humanit\u00e9 dans cette surench\u00e8re de barbarie.<br \/>\nLes quatre soldats pivotent sur leurs talons et s&rsquo;\u00e9loignent. Un long silence impatient s&rsquo;abat sur la foule.<br \/>\nDans son micro, le r\u00e9v\u00e9rend Jones commence le compte \u00e0 rebours. \u00ab Cinq, quatre, trois, deux\u2026 \u00bb<br \/>\nOn ne l&rsquo;entend pas prononcer le \u00ab un \u00bb. Un souffle d&rsquo;incendie, suivi d&rsquo;une d\u00e9tonation s\u00e8che, couvre sa voix amplifi\u00e9e par les haut-parleurs alors qu&rsquo;un cercle trac\u00e9 \u00e0 l&rsquo;avance autour de la supplici\u00e9e prend feu. Maxime est aval\u00e9e par une d\u00e9ferlante de flammes. Disparue en fum\u00e9e. Il ne reste plus \u00e0 sa place qu&rsquo;une \u00e9norme boule de feu.<br \/>\n\u00ab \u00c7a suffit \u00bb, d\u00e9clare Fleck.<br \/>\nL&rsquo;\u00e9cran s&rsquo;\u00e9teint.\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\"><em>Pages 22 \u00e0 24 de \u00ab\u00a0Et c&rsquo;est ainsi que nous vivrons\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Il me semblait pertinent de rapprocher ces deux ex\u00e9cutions, l&rsquo;une il y a presque 400 ans et l&rsquo;autre imagin\u00e9e par l&rsquo;auteur dans le futur dans un peu plus de 20 ans.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Woody Allen disait\u00a0: \u00ab\u00a0<span style=\"color: #c00000;\">Je n&rsquo;ai pas de probl\u00e8me avec Dieu, c&rsquo;est son fan club qui me fout les jetons<span style=\"color: #777777;\">\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Si la spiritualit\u00e9 constitue un suppl\u00e9ment d&rsquo;\u00e2me pour l&rsquo;\u00eatre humain, les religions fondamentalistes avec le but de contraindre et de soumettre la soci\u00e9t\u00e9 sont des monstres.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Il en existe toujours dans le monde, aujourd&rsquo;hui.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et nous occidentaux ne sommes pas \u00e0 l&rsquo;abri que demain une telle calamit\u00e9 nous rattrape, si nous ne savons pas m\u00e2ter et faire reculer les forces r\u00e9gressives \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre dans toutes les religions. Ces ennemis de la libert\u00e9 qui profitent de nos libert\u00e9s pour progresser et faire avancer insidieusement leurs valeurs et leurs r\u00e9cits dans nos soci\u00e9t\u00e9s.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Dans \u00ab\u00a0<strong>Lire<\/strong> \u00bb magazine litt\u00e9raire de juin 2023, Douglas Kennedy disait\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u2009Quand j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 la fac, ma sp\u00e9cialit\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;histoire am\u00e9ricaine. D\u00e9j\u00e0, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, un des sujets qui me passionnait, c&rsquo;\u00e9tait le puritanisme aux \u00c9tats-Unis, un pays qui est en fait n\u00e9 d&rsquo;une exp\u00e9rience religieuse. Les puritains qui ont fond\u00e9 les premi\u00e8res colonies \u00e9taient des sortes de talibans.\u2009\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">En face de ce r\u00e9gime th\u00e9ocratique assassin se dresse la R\u00e9publique Unie qui est la conjonction de la pens\u00e9e transhumaniste de la Silicon Valley et d&rsquo;un courant socialiste et wokiste qui est tout aussi terrifiant dans son organisation et son contr\u00f4le de la soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Dans la m\u00eame revue l&rsquo;auteur explique\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0En fait, la R\u00e9publique unie est un syst\u00e8me autoritaire light, dot\u00e9 d&rsquo;un pr\u00e9sident tr\u00e8s malin, qui a d\u00e9cid\u00e9 qu&rsquo;il allait s\u00e9duire des gens comme vous et moi en mettant l&rsquo;accent sur l&rsquo;\u00e9ducation, la culture, le r\u00e9tablissement de belles architectures. J&rsquo;ai trouv\u00e9 \u00e7a int\u00e9ressant. Notamment, parce qu&rsquo;on peut imaginer les conversations chez ceux qui le subissent\u00a0: \u00ab\u2009OK, ce n&rsquo;est pas id\u00e9al, mais c&rsquo;est toujours mieux qu&rsquo;en face.\u2009\u00bb\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Genevi\u00e8ve Simon \u00e9crit sur le site de la \u00ab\u00a0<strong>Libre Belgique<\/strong>\u00a0\u00bb\u00a0: <strong>\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.lalibre.be\/culture\/2023\/06\/14\/douglas-kennedy-campe-des-etats-desunis-dans-une-dystopie-eloquente-LZLML5XDMJDLRDJAIF5HFY7NOA\/\"><span style=\"color: #0000ff;\">Un roman mordant qui d\u00e9roule un sc\u00e9nario plausibl<\/span>e<\/a><\/strong> \u00bb. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Denis Cosnard \u00e9crit sur le site \u00a0\u00ab\u00a0<strong>Le Monde\u00a0<\/strong>\u00bb un article \u00ab\u00a0\u2026<a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/livres\/article\/2023\/06\/04\/et-c-est-ainsi-que-nous-vivrons-douglas-kennedy-prophete-de-malheur_6176112_3260.html\"><span style=\"color: #0000ff;\">proph\u00e8te de malheur<\/span>\u00a0<\/a>\u00bb dans lequel il juge aussi que \u00ab L\u2019\u00e9crivain pr\u00e9dit la dislocation des \u00c9tats-Unis dans une dystopie vraisemblable et caustique \u00bb.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">A la fin de l&rsquo;ouvrage, Douglas Kennedy finit, comme le faisait La Fontaine dans ses fables, par la morale de cette histoire :<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab A l&rsquo;image des cellules biologiques qui nous composent, il est dans notre nature de nous diviser. L&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9, \u00adindividuelle et collective, n&rsquo;est qu&rsquo;une longue succession de schismes et de ruptures. Nous brisons nos familles, nos couples. Nous brisons nos nations. Et nous rejetons la faute les uns sur les autres. C&rsquo;est un besoin inh\u00e9rent \u00e0 la condition humaine : celui de trouver un ennemi proche de nous afin de l&rsquo;exclure en pr\u00e9textant ne pas avoir le choix. Vivre, c&rsquo;est diviser. \u00bb<br \/>\n<\/span><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\"><em>Et c&rsquo;est ainsi que nous vivrons, page 332<br \/>\n<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">&lt;1758&gt;<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0L&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9, \u00adindividuelle et collective, n&rsquo;est qu&rsquo;une longue succession de schismes et de ruptures.\u00a0\u00bb Douglas Kennedy dans \u00ab\u00a0Et c&rsquo;est ainsi que nous vivrons\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Et c&rsquo;est ainsi que nous vivrons\u00a0\u00bb de Douglas Kennedy, dans sa traduction de Chlo\u00e9 Royer est<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[65,41,3,34],"class_list":["post-14823","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-motdujour","tag-etats-unis","tag-liberte","tag-politique","tag-religion"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14823","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=14823"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14823\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14849,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14823\/revisions\/14849"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=14823"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=14823"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=14823"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}