{"id":1350,"date":"2016-06-03T02:00:00","date_gmt":"2016-06-02T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/lemotdujour.fr\/?p=1350"},"modified":"2017-05-08T13:27:54","modified_gmt":"2017-05-08T11:27:54","slug":"vendredi-3-juin-2016","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lemotdujour.fr\/?p=1350","title":{"rendered":"Vendredi 3 juin 2016"},"content":{"rendered":"<div class=\"mdjDate\">Vendredi 3 juin 2016<\/div>\n<div class=\"mdjTexte\">\u00ab\u00a0Les fonds de Alexander Webster et Robert Wallace\u00a0\u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjAuteur\">Une autre histoire racont\u00e9e par Harari dans Sapiens pages 302 \u00e0 305<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Harari va nous raconter une nouvelle histoire de deux hommes de Dieu tr\u00e8s pr\u00e9voyants, si pr\u00e9voyants que pour les choses terrestres ils font assez peu confiance \u00e0 Dieu, mais beaucoup dans les math\u00e9matiques. <\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">\u00ab\u00a0En 1744, deux pasteurs presbyt\u00e9riens d\u2019\u00c9cosse, Alexander Webster et Robert Wallace, d\u00e9cid\u00e8rent de cr\u00e9er un fonds d\u2019assurance-vie qui verserait des pensions aux veuves et aux orphelins des eccl\u00e9siastiques morts. Ils propos\u00e8rent que chaque pasteur verse une petite fraction de son revenu au fonds, qui placerait leur argent. Si un pasteur mourrait, sa veuve toucherait des dividendes sur les profits r\u00e9alis\u00e9s par le fonds. Ainsi pourraient-elles vivre confortablement pour le restant de ses jours. <\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Mais pour d\u00e9terminer \u00e0 combien devait s\u2019\u00e9lever la cotisation des pasteurs pour que le fonds eut de quoi honorer ses obligations, Alexander Webster et Robert Wallace avaient besoin de pouvoir pr\u00e9dire\u00a0: <\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">\uf0b7\tcombien de pasteurs mourraient chaque ann\u00e9e\u00a0;<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">\uf0b7\tcombien de veuves et d\u2019orphelins ils laisseraient<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">\uf0b7\tet combien d\u2019ann\u00e9es les veuves survivraient \u00e0 leur \u00e9poux.\u00a0\u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">A ce stade, l\u2019auteur fac\u00e9tieux, rel\u00e8ve l\u2019attitude r\u00e9serv\u00e9e des deux pasteurs devant la providence et les textes sacr\u00e9s\u00a0:<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">\u00ab\u00a0Remarquez bien ce que les deux hommes d\u2019\u00e9glise ne firent pas. Ils n\u2019implor\u00e8rent pas Dieu dans leurs pri\u00e8res pour qu\u2019il leur r\u00e9v\u00e8le la r\u00e9ponse. Ils ne recherch\u00e8rent pas une r\u00e9ponse dans les saintes \u00e9critures ni dans les \u0153uvres des anciens th\u00e9ologiens. Ils n\u2019entr\u00e8rent pas non plus dans une dispute philosophique abstraite.\u00a0\u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Quand on s\u2019\u00e9loigne des livres sacr\u00e9s, il est possible de faire appel \u00e0 l\u2019intelligence et au raisonnement scientifique\u00a0:<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">\u00ab\u00a0\u00c9cossais, ils avaient le sens pratique. Ils contact\u00e8rent un professeur de math\u00e9matiques de l\u2019universit\u00e9 d\u2019\u00c9dimbourg, Colin Mac Laurin. Tous trois recueillirent les donn\u00e9es sur l\u2019\u00e2ge auquel les gens mouraient et s\u2019en servirent pour calculer combien de pasteurs \u00e9taient susceptibles de tr\u00e9passer chaque ann\u00e9e.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Leur travail se fondait sur diverses perc\u00e9es r\u00e9centes dans le domaine des statistiques et des probabilit\u00e9s, dont la loi des grands nombres de Jacob Bernoulli. Ce dernier avait codifi\u00e9 un principe : sans doute \u00e9tait-il est difficile de pr\u00e9dire avec certitude un fait unique, comme la mort d\u2019un particulier, mais il \u00e9tait possible de pr\u00e9dire avec une grande exactitude l\u2019occurrence moyenne de nombreux \u00e9v\u00e9nements semblables. Autrement dit, si Mac Laurin ne pouvait se servir des math\u00e9matiques\u00a0\u00bb pour dire si Alexander Webster et Robert Wallace mourraient l\u2019ann\u00e9e suivante, avec suffisamment de donn\u00e9es il pouvait leur dire combien de pasteurs presbyt\u00e9riens \u00e9cossais mourraient tr\u00e8s certainement l\u2019ann\u00e9e suivante \u00bb. <\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Par chance, ils avaient des donn\u00e9es toutes pr\u00eates dont ils pouvaient se servir. Les tables de mortalit\u00e9 qu\u2019Edmond Halley avait publi\u00e9es un demi-si\u00e8cle auparavant se r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent particuli\u00e8rement utiles. Halley avait analys\u00e9 les dossiers de 1238 naissances et 1174 d\u00e9c\u00e8s obtenus aupr\u00e8s de la ville de Breslau, en Allemagne. Les tableaux d\u2019Halley permettaient de voir par exemple, qu\u2019une personne de 20 ans a une chance sur 100 de mourir une ann\u00e9e donn\u00e9e, mais qu\u2019on passe \u00e0 une chance sur 39 pour une personne \u00e2g\u00e9e de 50 ans.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Partant de ces chiffres, Alexander Webster et Robert Wallace conclurent qu\u2019il y aurait en moyenne, \u00e0 tout moment, 930 pasteurs presbyt\u00e9riens \u00e9cossais vivants. Une moyenne de 27 mourrait chaque ann\u00e9e, dont 18 qui laisseraient une veuve. Cinq des pasteurs sans veuves laisseraient des orphelins, et deux des pasteurs quittant une veuve \u00e9plor\u00e9e laisseraient aussi\u00a0 des enfants n\u00e9s de pr\u00e9c\u00e9dents mariages qui n\u2019avaient pas encore atteint l\u2019\u00e2ge de seize ans. Ils calcul\u00e8rent, en outre combien de temps s\u2019\u00e9coulerait probablement avant qu\u2019une veuve ne meurt \u00e0 son tour ou se remarie (ces deux \u00e9ventualit\u00e9s suspendant le versement de la pension). <\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Ces chiffres permirent \u00e0 Alexander Webster et Robert Wallace de d\u00e9terminer le montant de la cotisation des pasteurs soucieux de pourvoir aux besoins des leurs. Avec 2 livres, 12 shillings et 2 pence par an, un pasteur avait la certitude que sa veuve toucherait au moins 10 livres chaque ann\u00e9e : une somme rondelette en ce temps-l\u00e0. S\u2019il estimait que cela ne suffisait pas, libre \u00e0 lui de cotiser davantage, jusqu\u2019\u00e0 six livres, onze shillings et trois pence par an, ce qui assurerait \u00e0 sa veuve la coquette somme de 25 livres par an.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">En 1765, suivant leurs calculs, le fonds de pr\u00e9voyance des enfants des pasteurs de l\u2019\u00e9glise d\u2019\u00c9cosse auraient un capital de 58\u00a0348 \u00a3. Leurs calculs se r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent d\u2019une exactitude stup\u00e9fiante. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, le capital du fonds s\u2019\u00e9levait \u00e0 58\u00a0347 \u00a3, soit une livre de moins que pr\u00e9vu !\u00a0\u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Cette \u0153uvre que les deux pasteurs ont d\u00e9marr\u00e9 en 1744, existe toujours\u00a0:<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, le fonds de Webster et Wallace,\u00a0 connu simplement sous le nom de \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.scottishwidows.co.uk\/\">Scottish Widows<\/a>\u00a0\u00bb est une des plus grandes compagnies d\u2019assurance du monde. Avec des actifs d\u2019une valeur de 100 milliards de livres sterling, elle assure non seulement les veuves \u00e9cossaises, mais quiconque veut souscrire une police d\u2019assurance.\u00a0\u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Bien s\u00fbr, Harari raconte une histoire vraie pour mieux comprendre l\u2019\u00e9volution de Sapiens<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">\u00ab\u00a0Les calculs de probabilit\u00e9 comme ceux qu\u2019utilis\u00e8rent nos deux pasteurs \u00e9cossais allaient devenir le fondement de la science actuarielle (qui est au centre du march\u00e9 des pensions et des assurances), mais aussi de la d\u00e9mographie (elle aussi fond\u00e9e par un homme d\u2019\u00e9glise, l\u2019anglican Robert Malthus). Et la d\u00e9mographie fut \u00e0 son tour la pierre d\u2019angle sur laquelle Charles Darwin (qui faillit devenir pasteur anglican) construisit sa th\u00e9orie de l\u2019\u00e9volution. [\u2026]<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Il suffit de regarder l\u2019histoire de l\u2019\u00e9ducation pour mesurer o\u00f9 ce processus nous a conduit. Pendant la majeure partie de l\u2019histoire, les math\u00e9matiques ont \u00e9t\u00e9 un domaine \u00e9sot\u00e9rique que m\u00eame les gens instruits \u00e9tudiaient rarement. <\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Dans l\u2019Europe m\u00e9di\u00e9vale, la logique, la grammaire et la rh\u00e9torique formaient le noyau dur de l\u2019\u00e9ducation, tandis que l\u2019enseignement des math\u00e9matiques allait rarement au-del\u00e0 de l\u2019arithm\u00e9tique \u00e9l\u00e9mentaire et de la g\u00e9om\u00e9trie. Personne n\u2019\u00e9tudiait les statistiques. La th\u00e9ologie \u00e9tait la reine incontest\u00e9e de toutes les sciences. [\u2026]<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Les cours de statistiques font d\u00e9sormais partie des mati\u00e8res obligatoires de base en physique et en biologie, mais aussi en psychologie, en sociologie, en \u00e9conomie et en sciences politiques. [\u2026]<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\"><strong>Confucius, bouddha, J\u00e9sus et Mahomet eussent \u00e9t\u00e9 interloqu\u00e9s si on leur avait dit que, pour comprendre l\u2019esprit humain et gu\u00e9rir ses maladies, il fallait commencer par \u00e9tudier les statistiques.\u00a0\u00bb<\/strong><\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Je trouve cette histoire ainsi que le d\u00e9veloppement final de Harari extr\u00eamement instructif\u00a0: ce sont des hommes d\u2019Eglise qui ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 faire appel \u00e0 la rationalit\u00e9 des calculs et des lois statistiques exp\u00e9riment\u00e9es par les hommes pour faire progresser la connaissance humaine et aussi adoucir les \u00e9preuves que nous connaissons sur cette terre par des m\u00e9canismes de solidarit\u00e9.<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vendredi 3 juin 2016 \u00ab\u00a0Les fonds de Alexander Webster et Robert Wallace\u00a0\u00bb Une autre histoire racont\u00e9e par Harari dans Sapiens pages 302 \u00e0 305 Harari va nous raconter une nouvelle histoire de deux hommes de Dieu tr\u00e8s pr\u00e9voyants, si pr\u00e9voyants<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1350","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-motdujour"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1350","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1350"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1350\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1351,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1350\/revisions\/1351"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1350"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1350"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1350"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}