{"id":13492,"date":"2022-06-01T00:09:00","date_gmt":"2022-05-31T22:09:00","guid":{"rendered":"https:\/\/lemotdujour.fr\/?p=13492"},"modified":"2022-06-01T00:13:50","modified_gmt":"2022-05-31T22:13:50","slug":"mercredi-1-juin-2022","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lemotdujour.fr\/?p=13492","title":{"rendered":"Mercredi 1 juin 2022"},"content":{"rendered":"<div class=\"mdjTexte\">\u00ab\u00a0L&rsquo;\u00e9lection n&rsquo;est plus qu&rsquo;un permis de gouverner\u00a0\u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjAuteur\">Pierre Rosanvallon<\/div>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">L&rsquo;immense majorit\u00e9 des analystes politiques ont interpr\u00e9t\u00e9 le r\u00e9sultat du premier tour des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles 2022 par la description d&rsquo;une tripartition de la vie politique fran\u00e7aise.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Tripartition qui reprend l&rsquo;image de l&rsquo;omelette \u00e9voqu\u00e9e hier\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<ul>\n<li><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Au centre, un parti de la raison regroupant une grande part \u00ab\u00a0des vieux\u00a0\u00bb et des gagnants de la mondialisation<br \/>\n<\/span><\/li>\n<li><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">A droite, l&rsquo;extr\u00eame droite nationaliste, regroupant une grande part des jeunes actifs habitant hors des grandes m\u00e9tropoles ayant des r\u00e9mun\u00e9rations modestes, s&rsquo;estimant victime de la mondialisation et rendant responsable en grande partie de leur malheur une \u00ab\u00a0immigration massive et non ma\u00eetris\u00e9e\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/li>\n<li><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">A gauche, la gauche radicale des fonctionnaires, des cadres moyens se sentant d\u00e9class\u00e9s souvent habitant les m\u00e9tropoles et des fran\u00e7ais issus de l&rsquo;immigration musulmane.<br \/>\n<\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Il ne faudrait cependant pas oublier les abstentionnistes qui sont le premier parti de France. Ils repr\u00e9sentent 28\u00a0% des inscrits contre 20\u00a0% pour le candidat de l&rsquo;extr\u00eame centre qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Ces abstentionnistes qui regroupent la masse des indiff\u00e9rents, des d\u00e9courag\u00e9s, des populations marginalis\u00e9es et quelques intellectuels comme Michel Onfray ou Emmanuel Todd qui conceptualisent l&rsquo;inutilit\u00e9 des \u00e9lections dans un pays qui a perdu sa souverainet\u00e9 mon\u00e9taire et se trouve ench\u00e2ss\u00e9 dans une toile d&rsquo;araign\u00e9e de directives de l&rsquo;Union europ\u00e9enne.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">L&rsquo;historien et sociologue <strong>Pierre Rosanvallon<\/strong>, chantre de la deuxi\u00e8me gauche, d\u00e9veloppe dans l&rsquo;<strong>Obs<\/strong> une analyse diff\u00e9rente et int\u00e9ressante : &lt;<a href=\"https:\/\/www.nouvelobs.com\/idees\/20220430.OBS57856\/pierre-rosanvallon-l-election-n-est-plus-qu-un-permis-de-gouverner.html\"><span style=\"color: #0000ff;\">L&rsquo;\u00e9lection n&rsquo;est plus qu&rsquo;un permis de gouverner<\/span><\/a>&gt;<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Il constate, comme je l&rsquo;ai \u00e9voqu\u00e9 hier, que l&rsquo;\u00e9lecteur qui accepte de voter prend d\u00e9sormais en compte la perversit\u00e9 de notre syst\u00e8me politique pour choisir le bulletin qu&rsquo;il va mettre dans l&rsquo;urne. Il parle de \u00ab l&rsquo;\u00e9lecteur strat\u00e8ge \u00bb\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0Cette \u00e9lection a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par la mont\u00e9e de \u00ab l&rsquo;\u00e9lecteur strat\u00e8ge \u00bb, qui d\u00e9cide en fonction des sondages et tente de conjurer ce qu&rsquo;il identifie comme des dangers sous-jacents au processus \u00e9lectoral.<br \/>\nCe comportement s&rsquo;est manifest\u00e9 d\u00e8s le premier tour, avec les votes \u00ab utiles \u00bb en faveur de Jean-Luc M\u00e9lenchon et de Marine Le Pen. D&rsquo;ordinaire, le premier tour permet d&rsquo;exprimer des pr\u00e9f\u00e9rences objectives. Il a \u00e9t\u00e9 cette fois-ci un vote d&rsquo;anticipation. Le sens m\u00eame de l&rsquo;\u00e9lection s&rsquo;en trouve modifi\u00e9. Classiquement, la pr\u00e9sidentielle ouvrait une porte vers un chemin trac\u00e9 : un choix politique, nettement dessin\u00e9, qui s&rsquo;appuyait sur des \u00e9vidences sociologiques (le monde des cadres, des professions lib\u00e9rales et des entrepreneurs contre celui des salari\u00e9s, des fonctionnaires et des ouvriers) et id\u00e9ologiques (le plan, le travail et le public contre le march\u00e9, le capital, le priv\u00e9). Tout cela est termin\u00e9.\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et il tire les le\u00e7ons et les cons\u00e9quences de cette attitude pour notre vie d\u00e9mocratique, notre capacit\u00e9 de faire de la politique et de r\u00e9aliser les r\u00e9formes n\u00e9cessaires pour notre avenir\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\"><strong>\u00ab\u00a0Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;\u00e9lection n&rsquo;est plus qu&rsquo;un permis de gouverner. Elle ne tranche rien<\/strong>.<br \/>\nToutes les questions restent ouvertes : quelle sera la capacit\u00e9 de gouverner ? Quelle sera la majorit\u00e9 ? Quel sera le programme de gouvernement en fonction des attentes sociales ? Les d\u00e9cisions prises seront-elles accept\u00e9es par le pays ?<br \/>\nPrenez la r\u00e9forme des retraites. Beaucoup des gens qui ont vot\u00e9 pour le pr\u00e9sident sont en d\u00e9saccord radical avec sa proposition. Il lui faudra trouver une solution.\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Le journaliste qui l&rsquo;interroge rappelle la promesse de Macron en 2017 de faire reculer l&rsquo;extr\u00eame droite. Manifestement il n&rsquo;a pas r\u00e9ussi.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Rosanvallon tout en pr\u00e9cisant qu&rsquo;Emmanuel Macron n&rsquo;est pas le seul responsable, lui attribue quand m\u00eame une partie de l&rsquo;\u00e9chec\u00a0 :<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0 Le pr\u00e9sident a incarn\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la caricature le sentiment de m\u00e9pris social dont s&rsquo;est nourri le Rassemblement national.<br \/>\nMarine Le Pen n&rsquo;a eu de cesse de souligner son \u00ab arrogance \u00bb, ce qui lui a permis d&rsquo;attirer une partie des classes socialement d\u00e9favoris\u00e9es.<br \/>\nLa gauche a aussi sa part de responsabilit\u00e9 dans ce basculement des pauvres vers le vote d&rsquo;extr\u00eame droite. Jean-Luc M\u00e9lenchon r\u00e9alise d&rsquo;excellents scores dans l&rsquo;ancienne banlieue rouge parce qu&rsquo;il a compris ce qu&rsquo;\u00e9tait la r\u00e9alit\u00e9 des discriminations, fond\u00e9es sur l&rsquo;origine et la couleur de peau, dans notre pays. En revanche, il n&rsquo;a pas r\u00e9ussi \u00e0 s&rsquo;adresser aux classes populaires \u00ab traditionnelles \u00bb, issues du monde ouvrier, celles des petites villes ou des campagnes. Fran\u00e7ois Ruffin, lui, a tent\u00e9 de parler \u00e0 cette cat\u00e9gorie de la population, \u00e0 travers son film \u00ab Debout les femmes ! \u00bb, qui raconte le quotidien des aides-soignantes, des personnels de m\u00e9nage, etc.<br \/>\nCet effort \u00e9tait exemplaire, mais il est rest\u00e9 relativement isol\u00e9 au sein de La France insoumise. La gauche n&rsquo;a pas \u00ab abandonn\u00e9 \u00bb les classes populaires, comme on l&rsquo;entend souvent. Il me semble plut\u00f4t qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas trouv\u00e9 la bonne fa\u00e7on de leur parler. Dire que l&rsquo;on va augmenter le smic, sans plus, ne r\u00e9pond pas au sentiment d&rsquo;\u00eatre m\u00e9pris\u00e9 ou d\u00e9consid\u00e9r\u00e9, au d\u00e9sir de reconnaissance et de dignit\u00e9. Tant que l&rsquo;on parle le langage des statistiques, \u00e7a reste abstrait. Tout le monde est scandalis\u00e9 par l&rsquo;enrichissement des milliardaires. Mais ce qui r\u00e9volte le plus les gens, c&rsquo;est le sentiment de m\u00e9pris et de sup\u00e9riorit\u00e9 que renvoie cette classe sociale. La d\u00e9mocratie, c&rsquo;est la capacit\u00e9 de donner un langage \u00e0 ce que vivent les gens. Certains romanciers, comme Nicolas Mathieu avec \u00ab Leurs enfants apr\u00e8s eux \u00bb et \u00ab Connemara \u00bb, y ont r\u00e9ussi. Ce n&rsquo;est pas encore le cas de la gauche politique.\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Savoir parler aux gens et aussi les \u00e9couter constituent la premi\u00e8re action du politique. C&rsquo;est ce que nos responsables politiques ont de plus en plus de mal \u00e0 r\u00e9aliser. Ils \u00ab communiquent \u00bb et pensent que si les citoyens ne sont pas contents c&rsquo;est parce qu&rsquo;on leur a mal expliqu\u00e9 ce qu&rsquo;on fait.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et il donne sa vision alternative \u00e0 l&rsquo;analyse des trois blocs\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0Non. Il n&rsquo;y a pas eu, dans cette \u00e9lection, trois blocs, mais trois personnalit\u00e9s majeures, qui sont d&rsquo;ailleurs arriv\u00e9es en t\u00eate du premier tour. J&rsquo;y ajouterais Eric Zemmour, bien s\u00fbr, mais aussi Jean Lassalle. Cette mention peut surprendre, mais ce candidat a r\u00e9ussi \u00e0 convaincre presque autant d&rsquo;\u00e9lecteurs que le PS et le PCF r\u00e9unis !<br \/>\nLui est parvenu \u00e0 parler de la ruralit\u00e9 en des termes qui ont touch\u00e9 les premiers concern\u00e9s. Le grand probl\u00e8me des R\u00e9publicains et des socialistes, c&rsquo;est tout b\u00eatement que leurs candidats \u00ab n&rsquo;imprimaient \u00bb pas. Hidalgo et P\u00e9cresse ne savent pas emporter les foules ou tenir en haleine une salle comme peuvent le faire M\u00e9lenchon, Macron et m\u00eame Le Pen. [&#8230;]. Au-del\u00e0 de la capacit\u00e9 tribunitienne des uns ou des autres, au-del\u00e0 m\u00eame de tout ce que l&rsquo;on a dit sur le populisme qui consiste \u00e0 agr\u00e9ger des demandes contradictoires par le pouvoir de la parole, cette supr\u00e9matie des personnalit\u00e9s est li\u00e9e au d\u00e9clin des partis. \u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et il d\u00e9crit tr\u00e8s bien ce qu&rsquo;est en pratique le Parti du Pr\u00e9sident\u00a0: une coquille sans colonne vert\u00e9brale, sans doctrine, une simple machine \u00e0 soutenir les initiatives du chef. Ce qui est aussi le cas des deux autres mouvements qui sont r\u00e9put\u00e9s former avec le parti pr\u00e9sidentiel la tripartition \u00e9lectorale de la France\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0La R\u00e9publique en Marche, ce n&rsquo;est pas un parti, ce sont les followers d&rsquo;Emmanuel Macron. M\u00eame chose pour La France insoumise qui n&rsquo;existe qu&rsquo;\u00e0 travers son leader. Il n&rsquo;y a pas de congr\u00e8s, pas de votes, pas de tendances autoris\u00e9es \u00e0 s&rsquo;exprimer dans ce mouvement qui se qualifie lui-m\u00eame de \u00ab gazeux \u00bb. Autrefois, les militants, \u00e0 partir de la base, \u00e9laboraient des id\u00e9es et choisissaient des personnes pour les repr\u00e9senter. Aujourd&rsquo;hui, tout part du sommet.\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et il donne son explication de la mont\u00e9e continuelle de l&rsquo;extr\u00eame droite\u2026<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0Elle n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 banalis\u00e9e, elle s&rsquo;est m\u00e9tamorphos\u00e9e. Toute une s\u00e9rie de glissements s\u00e9mantiques a permis d&rsquo;euph\u00e9miser ce qui reste sa matrice : la haine de l&rsquo;\u00e9tranger et le d\u00e9placement de la question sociale sur le terrain de l&rsquo;exclusion. [&#8230;] En surface, Marine Le Pen est parvenue \u00e0 reformuler, dans le vocabulaire de la souverainet\u00e9, bon nombre de th\u00e8mes chers \u00e0 l&rsquo;anticapitalisme. Son mouvement appara\u00eet d\u00e9sormais comme le pourfendeur de l&rsquo;individualisme contemporain. [\u2026] Bien qu&rsquo;elle puisse flatter un \u00e9lectorat de gauche, cette conception entra\u00eene une remise en cause des avanc\u00e9es dites \u00ab soci\u00e9tales \u00bb \u2013 la PMA ou les nouvelles formes de mariage \u2013 d\u00e9finies comme des expressions mortif\u00e8res de l&rsquo;ultra-individualisme. Le talent de Marine Le Pen est de faire passer ce nationalisme d&rsquo;exclusion pour un combat anticapitaliste.\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Les \u00e9lites qui ne savent plus parler le langage des gens, exasp\u00e8rent toute une partie des Fran\u00e7ais. Je me souviens lors du d\u00e9bat de second tour de l&rsquo;\u00e9change entre les deux candidats : Marine Le Pen, de mani\u00e8re assez d\u00e9magogique, parlait des difficult\u00e9s et des souffrances des gens humbles. Le Pr\u00e9sident candidat lui a r\u00e9pondu en disant qu&rsquo;il menait une politique remarquable et qui fonctionnait, la preuve est la multiplication des licornes en France pendant son quinquennat. Le premier propos \u00e9tait compris, le second paraissait probablement pour beaucoup hors sol et peut \u00eatre m\u00eame incompr\u00e9hensible. Cette distance, ce langage du monde des start up est interpr\u00e9t\u00e9 comme du m\u00e9pris de classe, cr\u00e9ant une haine des \u00e9lites et du Pr\u00e9sident qui en est un symbole :<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0C&rsquo;est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui me semble important. Val\u00e9ry Giscard d&rsquo;Estaing avait pu susciter une forme de d\u00e9testation, \u00e0 cause de son \u00e9locution et de son c\u00f4t\u00e9 Louis XV, tr\u00e8s monarchique. Nicolas Sarkozy a lui aussi cristallis\u00e9 des oppositions tr\u00e8s virulentes. Mais il y a quelque chose de sp\u00e9cifique dans la haine qui se noue autour d&rsquo;Emmanuel Macron. Il n&rsquo;a pourtant pas peur de rencontrer des citoyens qui lui sont tr\u00e8s oppos\u00e9s. Peu d&rsquo;hommes ou de femmes politiques vont m\u00eame aussi facilement \u00ab au contact \u00bb. Pourtant il n&rsquo;y va pas pour les \u00e9couter mais pour leur expliquer ! Ce fut la m\u00eame chose quand il a fait venir des intellectuels \u00e0 l&rsquo;Elys\u00e9e. A l&rsquo;\u00e9poque, j&rsquo;ai refus\u00e9 de m&rsquo;y rendre et j&rsquo;ai eu raison. Ce fut un long monologue : il a invit\u00e9 des philosophes, des \u00e9conomistes, des sociologues pour leur expliquer sa vision politique ! On a sans cesse l&rsquo;impression que pour lui, la France est une salle de classe, que les gens ne comprennent pas, qu&rsquo;il faut les prendre par la main et, de temps en temps, leur taper sur les doigts. On touche \u00e0 un sentiment qui a \u00e9t\u00e9 le moteur de la R\u00e9volution fran\u00e7aise : celui d&rsquo;une coupure entre les \u00ab manants \u00bb et l&rsquo;\u00ab aristocratie \u00bb : 1789, ce n&rsquo;\u00e9tait pas un conflit entre les riches et les pauvres, mais entre ceux qui se sentaient m\u00e9pris\u00e9s et ceux qui \u00e9taient pris pour m\u00e9prisant. Partout, on a d\u00e9truit les blasons des grandes familles, qui symbolisaient cette arrogance, avec l&rsquo;espoir de faire \u00e9merger une \u00ab soci\u00e9t\u00e9 de semblables \u00bb pour reprendre le mot de Tocqueville. Or Emmanuel Macron donne le sentiment que nous ne sommes pas, ou que nous ne sommes plus, une soci\u00e9t\u00e9 de semblables.\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Pour Rosanvallon, il est urgent de changer, de revigorer la vie d\u00e9mocratique. Sortir du langage technocratique pour revenir au niveau de la d\u00e9mocratie, c&rsquo;est-\u00e0-dire un monde de semblables, dans lequel m\u00eame s&rsquo;il existe des in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques chacun est consid\u00e9r\u00e9 avec respect, sa parole prise en compte :<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0S&rsquo;il n&rsquo;y a pas de concertation et de compromis sous ce nouveau quinquennat, cette distance ressentie par des millions d&rsquo;\u00e9lecteurs ne peut que s&rsquo;accentuer. Ce qui se dessine est une soci\u00e9t\u00e9 de crise, mais cela ne nous m\u00e8ne pas m\u00e9caniquement \u00e0 la r\u00e9volution. Les sociologues d\u00e9crivent aussi des soci\u00e9t\u00e9s qui s&rsquo;effritent et se dissolvent. Pour \u00e9viter l&rsquo;implosion, la gauche doit redevenir le parti de la soci\u00e9t\u00e9 des semblables.\u00a0[\u2026]<br \/>\n\u00ab\u00a0Le propre de la d\u00e9mocratie est d&rsquo;\u00eatre un principe d&rsquo;interaction entre les pouvoirs et la soci\u00e9t\u00e9. Il faut que des institutions comme celles dont j&rsquo;ai parl\u00e9 fassent vivre ces \u00e9changes. C&rsquo;est ce qui fait la diff\u00e9rence entre la d\u00e9mocratie intermittente du suffrage universel et des r\u00e9f\u00e9rendums et la d\u00e9mocratie permanente de l&rsquo;\u00e9valuation et de la d\u00e9lib\u00e9ration. <strong>La d\u00e9mocratie est le r\u00e9gime qui oblige en permanence le pouvoir \u00e0 s&rsquo;expliquer<\/strong>.\u00a0[\u2026]<br \/>\n<\/span><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">on ne peut pas continuer \u00e0 diriger la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;en haut en pensant qu&rsquo;on conna\u00eet mieux ses int\u00e9r\u00eats qu&rsquo;elle-m\u00eame. Cela conduirait \u00e0 la catastrophe.\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">L&rsquo;article de Pierre Rosanvallon est plus large que les seuls extraits que j&rsquo;en ai tir\u00e9\u00a0: je renvoie vers cet article (pour lequel il faut \u00eatre abonn\u00e9)\u00a0: &lt;<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.nouvelobs.com\/idees\/20220430.OBS57856\/pierre-rosanvallon-l-election-n-est-plus-qu-un-permis-de-gouverner.html\">L&rsquo;\u00e9lection n&rsquo;est plus qu&rsquo;un permis de gouverner<\/a><\/span>&gt; <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\"><span style=\"color: #800000;\">&lt;1674&gt;<\/span><br \/>\n<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0L&rsquo;\u00e9lection n&rsquo;est plus qu&rsquo;un permis de gouverner\u00a0\u00bb Pierre Rosanvallon L&rsquo;immense majorit\u00e9 des analystes politiques ont interpr\u00e9t\u00e9 le r\u00e9sultat du premier tour des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles 2022 par la description d&rsquo;une tripartition de la vie politique fran\u00e7aise. 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