{"id":10476,"date":"2020-12-22T01:20:00","date_gmt":"2020-12-22T00:20:00","guid":{"rendered":"http:\/\/lemotdujour.fr\/?p=10476"},"modified":"2020-12-22T09:16:28","modified_gmt":"2020-12-22T08:16:28","slug":"mardi-22-decembre-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lemotdujour.fr\/?p=10476","title":{"rendered":"Mardi 22 d\u00e9cembre 2020"},"content":{"rendered":"<div class=\"mdjTexte\">\u00ab\u00a0Ce sourd entendait l&rsquo;infini\u00a0\u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjAuteur\">Victor Hugo \u00e9voquant Ludwig van Beethoven<\/div>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Quand un g\u00e9ant parle d&rsquo;un autre g\u00e9ant&#8230;<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab Ce sourd entendait l&rsquo;infini.<br \/>\nPench\u00e9 sur l&rsquo;ombre, myst\u00e9rieux voyant de la musique, attentif aux sph\u00e8res, cette harmonie zodiacale que Platon affirmait, Beethoven l&rsquo;a not\u00e9e.<br \/>\nLes hommes lui parlaient sans qu&rsquo;il les entend\u00eet ; il y avait une muraille entre eux et lui ; cette muraille \u00e9tait \u00e0 claire-voie pour les m\u00e9lodies de l&rsquo;immensit\u00e9.<br \/>\nIl a \u00e9t\u00e9 un grand musicien, le plus grand des musiciens, gr\u00e2ce \u00e0 cette transparence de la surdit\u00e9.<br \/>\nL&rsquo;infirmit\u00e9 de Beethoven ressemble \u00e0 une trahison ; elle l&rsquo;avait pris \u00e0 l&rsquo;endroit m\u00eame o\u00f9 il semble qu&rsquo;elle pouvait tuer son g\u00e9nie, et, chose admirable, elle avait vaincu l&rsquo;organe, sans atteindre la facult\u00e9.<br \/>\nBeethoven est une magnifique preuve de l&rsquo;\u00e2me.<br \/>\nSi jamais l&rsquo;inadh\u00e9rence de l&rsquo;\u00e2me et du corps a \u00e9clat\u00e9, c&rsquo;est dans Beethoven.<br \/>\nCorps paralys\u00e9, \u00e2me envol\u00e9e.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Ah ! vous doutez de l&rsquo;\u00e2me ?<br \/>\nEh bien ! \u00e9coutez Beethoven. Cette musique est le rayonnement d&rsquo;un sourd.<br \/>\nEst-ce le corps qui l&rsquo;a faite ?<br \/>\nCet \u00eatre qui ne per\u00e7oit pas la parole engendre le chant.<br \/>\nSon \u00e2me, hors de lui, se fait musique. Que lui importe l&rsquo;absence de l&rsquo;organe !<br \/>\nLe verbe est l\u00e0, toujours pr\u00e9sent. Beethoven, tous les pores de l&rsquo;\u00e2me ouverts, s&rsquo;en p\u00e9n\u00e8tre.<br \/>\nIl entend l&rsquo;harmonie et fait la symphonie.<br \/>\nIl traduit cette lyre par cet orchestre.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Les symphonies de Beethoven sont des voix ajout\u00e9es \u00e0 l&rsquo;homme.<br \/>\nCette \u00e9trange musique est une dilatation de l&rsquo;\u00e2me dans l&rsquo;inexprimable.<br \/>\nL&rsquo;oiseau bleu y chante ; l&rsquo;oiseau noir aussi.<br \/>\nLa gamme va de l&rsquo;illusion au d\u00e9sespoir, de la na\u00efvet\u00e9 \u00e0 la fatalit\u00e9, de l&rsquo;innocence \u00e0 l&rsquo;\u00e9pouvante.<br \/>\nLa figure de cette musique a toutes les ressemblances myst\u00e9rieuses du possible.<br \/>\nElle est tout. Profond miroir dans une nu\u00e9e. Le songeur y reconna\u00eetrait son r\u00eave, le marin son orage, \u00c9lie son tourbillon o\u00f9 il y a un char, Erwyn de Steinbach sa cath\u00e9drale, le loup sa for\u00eat.<br \/>\nParfois elle a des entre-croisements imp\u00e9n\u00e9trables.<br \/>\nAvez-vous vu dans la For\u00eat-Noire ces branchages d\u00e9mesur\u00e9s o\u00f9 la nuit est prise comme un \u00e9pervier dans un filet et se r\u00e9signe sinistrement, ne pouvant s&rsquo;en aller ?<br \/>\nLa symphonie de Beethoven a de ces halliers inextricables.<br \/>\nEt. tout \u00e0 coup, si le rossignol \u00e9tait l\u00e0, il se mettrait \u00e0 \u00e9couter, croyant que c&rsquo;est quelqu&rsquo;un comme lui qui chante.<br \/>\nLe rossignol se tromperait, c&rsquo;est mieux que lui. Il n&rsquo;est que dans l&rsquo;ombre, Beethoven est dans le myst\u00e8re.<br \/>\nLa m\u00e9lodie du rossignol n&rsquo;est que nocturne, celle de Beethoven est magique.<br \/>\nIl y a dans l&rsquo;\u00e2me des jeunes filles une fleur qui chante ; c&rsquo;est celle fleur-l\u00e0 qu&rsquo;on entend dans Beethoven. De l\u00e0 une suavit\u00e9 incomparable.<br \/>\nPlus qu&rsquo;un chant, une incantation. Cependant la vie r\u00e9elle entre brusquement dans ce songe. Au milieu de son monstrueux et charmant po\u00e8me, Beethoven donne un bal, il improvise une f\u00eate, il secoue des castagnettes, il tape sur un tambourin ; toutes les danses tournoient et passent, depuis la valse jusqu&rsquo;au jal\u00e9o ; les bras entrelac\u00e9s serrent les seins contre les poitrines; \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart, dans la clairi\u00e8re, le jeune homme rougissant salue une \u00e9toile o\u00f9 il voit une vierge ; des sourires de belles filles apparaissent, montrant des dents pleines de lumi\u00e8re ; des enfants et des moineaux jasent, les troupeaux b\u00ealent, on entend la clochette des vaches rentrantes ; il y a des chaumi\u00e8res sous des saules ; et c&rsquo;est l\u00e0 le bonheur, la famille, la nature, la prairie, la floraison d&rsquo;ao\u00fbt, la jeunesse, la joie, l&rsquo;amour, avec l&rsquo;horreur secr\u00e8te d&rsquo;Irminsul debout l\u00e0-bas, sous des arbres, dans les t\u00e9n\u00e8bres.<br \/>\nPuis vient le tutti, le finale, le d\u00e9nouement ; le mirage se d\u00e9forme, se d\u00e9chire, s&rsquo;ouvre, il s&rsquo;y fait une profondeur. et l&rsquo;on croit \u00eatre au jour du Rosch-Aschana, et l&rsquo;on croit voir les innombrables t\u00eates d&rsquo;Isra\u00ebl soufflant, joues gonfl\u00e9es, dans les cuivres et l&rsquo;on assiste, \u00e9bloui par cette gloire, \u00e0 la f\u00eate furieuse des trompettes.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Les symphonies de Beethoven sont des resplendissements d&rsquo;harmonie. Les r\u00e9pliques de la m\u00e9lodie \u00e0 l&rsquo;harmonie font de cette musique un intraduisible dialogue de l&rsquo;\u00e2me avec la nature. Ce bruit-l\u00e0 pense. Dans cette v\u00e9g\u00e9tation il y a le nid, dans cette \u00e9glise il y a le pr\u00eatre, dans cet orchestre il y a le c\u0153ur humain. Cette grandeur sert \u00e0 faire aimer.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Insistons-y, et finissons par o\u00f9 nous avons commenc\u00e9. Ces symphonies \u00e9blouissantes, tendres, d\u00e9licates et profondes, ces merveilles d&rsquo;harmonie, ces irradiations sonores de la note et du chant, sortent d&rsquo;une t\u00eate dont l&rsquo;oreille est morte.<br \/>\nIl semble qu&rsquo;on voie un dieu aveugle cr\u00e9er des soleils. \u00bb<br \/>\n(<em>texte destin\u00e9 primitivement \u00e0 William Shakespeare ; cote B.N. N.a.f. 24776, folio 85 ; \u0152uvres compl\u00e8tes, volume \u00ab Chantiers \u00bb, Robert Laffont, 1985, p. 1015-1016)<br \/>\n<\/em><\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.francemusique.fr\/emissions\/la-chronique-de-julie-depardieu\/la-chronique-de-julie-depardieu-du-mardi-18-septembre-2018-64651\"><span style=\"font-family: Arial;\">&lt;<span style=\"color: #0000ff;\">Julie Depardieu lit de larges extraits de ce texte<\/span>&gt;<\/span><\/a><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\"> sur les ondes de France Musique.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0<strong>Il semble qu&rsquo;on voie un dieu aveugle cr\u00e9er des soleils<\/strong>\u00a0\u00bb aurait aussi pu \u00eatre l&rsquo;exergue de ce mot du jour ou \u00ab\u00a0<strong>\u00c9coutez Beethoven. Cette musique est le rayonnement d&rsquo;un sourd<\/strong>.\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Hugo fr\u00e9quentait Liszt qui avait transcrit toutes les symphonies de Beethoven pour piano. Il jouait aussi toutes les \u0153uvres de piano de Beethoven. Liszt a fait aimer Beethoven \u00e0 Hugo et lui a aussi fait d\u00e9couvrir Schubert.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">&lt;<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.symphozik.info\/victor-hugo-1802-1885-et-la-musique,424,dossier.html\">Ce site<\/a><\/span>&gt; en dit davantage. Je lui emprunte la reproduction d&rsquo;un tableau de Joseph Danhauser, repr\u00e9sentant Alexandre Dumas, Victor Hugo, George Sand, Niccol\u00f2 Paganini, Gioacchino Antonio Rossini et Marie d&rsquo;Agoult, tous r\u00e9unis autour du piano sur lequel joue Liszt, piano surmont\u00e9 d&rsquo;un buste de Beethoven.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/122120_0920_Mardi22dcem1.jpg\" alt=\"\" \/><a href=\"https:\/\/www.nouvelobs.com\/bibliobs\/20200509.OBS28584\/ce-sourd-entendait-l-infini-beethoven-vu-par-les-ecrivains.html\"><span style=\"font-family: Arial;\">&lt;<span style=\"color: #0000ff;\">L&rsquo;Obs<\/span>&gt;<\/span><\/a><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\"> signale aussi ce texte et \u00e9voque d&rsquo;autres \u00e9crivains parlant de Beethoven.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Je remets tous ces \u00e9crivains et musiciens dans leur existence chronologique\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/122120_0920_Mardi22dcem2.png\" alt=\"\" \/><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\"><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Victor Hugo parle des symphonies. <\/span><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Julie Depardieu \u00e9tait accompagn\u00e9e par la 6<sup>\u00e8me<\/sup> symphonie.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Hugo \u00e9crit\u00a0 \u00abBeethoven donne un bal, il improvise une f\u00eate, il secoue des castagnettes, il tape sur un tambourin ; toutes les danses tournoient et passent, depuis la valse jusqu&rsquo;au jal\u00e9o\u00bb. Wagner a appel\u00e9 la 7<sup>\u00e8me<\/sup> symphonie \u00ab<strong>l&rsquo;apoth\u00e9ose de la danse<\/strong>\u00bb. C&rsquo;est pourquoi, je propose l&rsquo;allegretto de la 7<sup>\u00e8me<\/sup> symphonie, interpr\u00e9t\u00e9 par &lt;<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=3xeuqbi-CPU\"><span style=\"color: #0000ff;\">L&rsquo;orchestre Philharmonique de Berlin et Karajan<\/span><\/a>&gt;<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et pour la version int\u00e9grale, \u00e9coutez &lt;<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=2Sw97NzvvsE\">L&rsquo;orchestre du Concertgebouw d&rsquo;Amsterdam et Carlos Kleiber<\/a><\/span>&gt;. Interpr\u00e9tation \u00e9poustouflante d&rsquo;un chef d&rsquo;orchestre g\u00e9nial maniant une gestique inhabituelle.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">La 7<sup>\u00e8me<\/sup> symphonie date de <strong>1812<\/strong>, 10 ans apr\u00e8s le Testament d&rsquo;Heiligenstadt.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">&lt;1512&gt;<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Ce sourd entendait l&rsquo;infini\u00a0\u00bb Victor Hugo \u00e9voquant Ludwig van Beethoven Quand un g\u00e9ant parle d&rsquo;un autre g\u00e9ant&#8230; \u00ab Ce sourd entendait l&rsquo;infini. 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