{"id":1030,"date":"2015-03-11T01:00:00","date_gmt":"2015-03-10T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/lemotdujour.fr\/?p=1030"},"modified":"2017-05-08T13:24:54","modified_gmt":"2017-05-08T11:24:54","slug":"mercredi-11-mars-2015","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lemotdujour.fr\/?p=1030","title":{"rendered":"Mercredi 11 mars 2015"},"content":{"rendered":"<div class=\"mdjDate\">Mercredi 11 mars 2015<\/div>\n<div class=\"mdjTexte\">\u00ab Ce ne sera peut-\u00eatre pas joyeux, mais ce sera un bon d\u00e9part. \u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjAuteur\">Fabienne Bidaux<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Une nouvelle proposition de Loi sur la fin de vie est pr\u00e9sent\u00e9e, \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e nationale, par deux d\u00e9put\u00e9s Alain Claeys (PS, Vienne) et Jean Leonetti (UMP, Alpes-Maritimes)<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Ce texte n\u2019autorise ni euthanasie ni suicide assist\u00e9 mais instaure un droit \u00e0 une s\u00e9dation \u00ab profonde et continue \u00bb jusqu\u2019au d\u00e9c\u00e8s pour les malades en phase terminale, ainsi que des directives anticip\u00e9es contraignantes.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Le Monde a publi\u00e9 deux textes que j&rsquo;ai mis en pi\u00e8ces jointes.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">L&rsquo;un est une tribune publi\u00e9e par Le Monde lundi 9 mars par cinq repr\u00e9sentants des trois grandes religions monoth\u00e9istes qui disent leur opposition \u00e0 l\u2019emploi de la s\u00e9dation pour donner la mort.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Ils \u00e9crivent notamment : <\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">\u00ab Nous, repr\u00e9sentants des trois grandes traditions religieuses monoth\u00e9istes, conscients des \u00e9volutions qui traversent notre soci\u00e9t\u00e9, des nouvelles situations qu\u2019elles g\u00e9n\u00e8rent et de la n\u00e9cessit\u00e9 de rechercher des adaptations, voire des am\u00e9liorations, des dispositifs l\u00e9gislatifs et r\u00e9glementaires pour accompagner ces \u00e9volutions, consid\u00e9rons qu\u2019une telle recherche doit \u00eatre le fruit d\u2019un d\u00e9bat serein, d\u00e9mocratique et respectueux de la personne humaine et de sa dignit\u00e9.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Le contexte actuel manque de lisibilit\u00e9, et la p\u00e9riode que nous traversons est difficile, secou\u00e9e par des crises \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, politique, \u00e9conomique, financi\u00e8re et morale. Un nouveau d\u00e9bat sur la fin de vie risque d\u2019y ajouter de la confusion.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Il y a moins de dix ans, la R\u00e9publique fran\u00e7aise avait tranch\u00e9 la question par la voix unanime de ses parlementaires, quand fut vot\u00e9e la loi Leonetti, le 22 avril 2005.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">\u00ab Rien ne pourra jamais justifier le droit de donner la mort \u00e0 un homme \u00bb : ni sa sant\u00e9, ni son inconscience, ni son extr\u00eame vuln\u00e9rabilit\u00e9, ni m\u00eame son d\u00e9sir de mourir.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Le caract\u00e8re inviolable de la vie humaine avait franchi une nouvelle \u00e9tape. Et c\u2019est sur ce socle commun que s\u2019est consolid\u00e9 l\u2019acte m\u00e9dical face \u00e0 l\u2019euthanasie.<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">[&#8230;]<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Dans le d\u00e9bat qui s\u2019ouvre aujourd\u2019hui surgit en effet une nouvelle tentation : celle de donner la mort, sans l\u2019avouer, en abusant de la \u00ab s\u00e9dation \u00bb. S\u2019il peut \u00eatre utile ou n\u00e9cessaire d\u2019endormir un patient, \u00e0 titre exceptionnel, l\u2019usage de cette technique est d\u00e9natur\u00e9 d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agit, non plus de soulager le patient, mais de provoquer sa mort. Ce serait un acte d\u2019euthanasie. [&#8230;]<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Il s\u2019agit d\u2019un enjeu majeur pour notre soci\u00e9t\u00e9, pour le lien entre les g\u00e9n\u00e9rations, pour la confiance entre les soignants et les soign\u00e9s et, plus profond\u00e9ment, pour servir la grandeur de la m\u00e9decine, l\u2019esprit de la civilisation, et notre plus grande humanit\u00e9. \u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Le 8 mars, le m\u00eame journal avait publi\u00e9 le t\u00e9moignage \u00ab\u00a0posthume\u00a0\u00bb de Fabienne Bidaux, qui souffrait d&rsquo;un cancer g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, t\u00e9moignage dont j&rsquo;ai tir\u00e9 le mot du jour. <\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Le 22 janvier, elle avait t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 au journal : \u00ab C\u2019est maintenant une question de quelques petites semaines, j\u2019arrive sur le parcours final. \u00bb et avait d\u00e9cid\u00e9 de se confier au Monde pour apporter \u00ab sa contribution posthume au d\u00e9bat sur la fin de vie\u00bb. <\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">\u00a0<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">\u00ab Je n\u2019ai pas pris cette d\u00e9cision d\u2019aller mourir en Suisse par caprice ou mauvaise humeur \u00bb, [&#8230;]<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Elle assure \u00eatre \u00ab soulag\u00e9e \u00bb \u00e0 l\u2019id\u00e9e de ne pas terminer sa vie sur un lit d\u2019h\u00f4pital. \u00ab Quand je serai dans le train, je serai proche du but, j\u2019aurai gagn\u00e9 sur la maladie. \u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Cette d\u00e9cision, c\u2019est l\u2019\u00e9pilogue de son combat contre le cancer m\u00e9tastas\u00e9 \u00ab non gu\u00e9rissable \u00bb qui a \u00e9t\u00e9 diagnostiqu\u00e9 trop tardivement, en 2010, apr\u00e8s deux ann\u00e9es de douleurs h\u00e9patiques. Du sein, il s\u2019est progressivement \u00e9tendu aux poumons, aux os, au foie, \u00e0 la pl\u00e8vre, au p\u00e9ritoine\u2026 C\u2019est aussi une cons\u00e9quence de son choix, en 2012, d\u2019arr\u00eater tous ses traitements, puis de sa d\u00e9cision de pouvoir, le jour venu, \u00ab mourir debout \u00bb. <\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">\u00a0<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">\u00ab Paradoxalement, remarque-t-elle, Dignitas, l\u2019association qui va provoquer ma mort, m\u2019a sauv\u00e9 la vie. Savoir que cette solution existait m\u2019a permis de vivre ces derniers mois avec joie et l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. \u00bb <\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Depuis l\u2019obtention du \u00ab feu vert provisoire \u00bb de l\u2019association, au mois d\u2019avril 2014, synonyme pour elle de droit \u00e0 mourir, Fabienne Bidaux dit s\u2019\u00eatre chaque jour demand\u00e9 si elle saurait reconna\u00eetre le moment o\u00f9 elle devrait se d\u00e9cider. \u00ab Comment choisir la bonne date ? Pour que ce ne soit ni trop t\u00f4t ni trop tard&#8230; \u00bb Ce moment est finalement apparu comme une \u00e9vidence. \u00ab Je pr\u00e9sentais les premiers sympt\u00f4mes de la d\u00e9gradation finale des organes \u00bb, dit-elle, en d\u00e9signant son ventre ballonn\u00e9, signe d\u2019une h\u00e9morragie interne li\u00e9e \u00e0 son foie malade. \u00ab Attendre plus longtemps, c\u2019\u00e9tait prendre le risque d\u2019\u00eatre hospitalis\u00e9e, d\u2019avoir des perfusions, de ne plus avoir le contr\u00f4le. \u00bb [\u2026]<\/div>\n<div class=\"mdjCiter\">Les derni\u00e8res heures, c\u2019est Jean-Yves Mesl\u00e9, un ami proche, qui nous les a racont\u00e9es. Le trajet en train jusqu\u2019en Suisse. Caen-Zurich, via Paris. Avec sa m\u00e8re et un cousin d\u2019abord, rejoints \u00e0 Paris par deux couples d\u2019amis. \u00ab On n\u2019allait pas \u00e0 un enterrement \u00bb, raconte-t-il, gardant le souvenir d\u2019un voyage \u00e0 la fois \u00ab tr\u00e8s fort \u00bb et \u00ab \u00e9tonnamment ordinaire \u00bb. Lorsque le soir, apr\u00e8s le dernier repas au restaurant de l\u2019h\u00f4tel, tout le monde est parti se coucher, \u00ab on s\u2019est tous dit, en lui disant bonne nuit, que c\u2019\u00e9tait la derni\u00e8re fois \u00bb, soupire-t-il. Le lendemain matin, lundi 16 f\u00e9vrier, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 rejoint par d\u2019autres proches, c\u2019est un cort\u00e8ge d\u2019une petite vingtaine de personnes qui a parcouru les 500 m\u00e8tres qui s\u00e9parent l\u2019h\u00f4tel de la \u00ab maison bleue \u00bb de Dignitas. En t\u00eate de la procession, Fabienne Bidaux, au bras de son fr\u00e8re. \u00ab A ce moment, la brume s\u2019est lev\u00e9e, le soleil est apparu \u00bb, se souvient Jean-Yves Mesl\u00e9. Apr\u00e8s \u00eatre entr\u00e9 dans la maison, il lui a fallu, en tant que t\u00e9moin, pr\u00e9senter sa pi\u00e8ce d\u2019identit\u00e9, signer diff\u00e9rents papiers, attester que son amie n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 contrainte de se suicider. [\u2026] Apr\u00e8s avoir absorb\u00e9 une boisson l\u00e9tale, Fabienne Bidaux est morte \u00e0 12 h 40, \u00ab sereine, apais\u00e9e et souriante, entour\u00e9e des gens qu\u2019elle aimait \u00bb. \u00ab Sa m\u00e8re lui tenait une main, je tenais l\u2019autre, elle s\u2019est endormie, et \u00e7a s\u2019est termin\u00e9 comme \u00e7a, exactement comme elle l\u2019avait souhait\u00e9 \u00bb, t\u00e9moigne Jean-Yves Mesl\u00e9. \u00ab Ce ne sera peut-\u00eatre pas joyeux, mais ce sera un bon d\u00e9part. \u00bb Elle en avait fait le pari.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Comment conclure ces deux points de vue si diff\u00e9rents ?<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Les arguments de ceux qui veulent une r\u00e8gle simple : \u00ab\u00a0ne pas tuer sont forts\u00bb. On peut tout craindre, quand le calcul \u00e9conomique, la conscience de l&rsquo;\u00e9picier se d\u00e9veloppent partout, m\u00eame dans les plus hautes sph\u00e8res de l&rsquo;Etat ou dans l&rsquo;H\u00f4pital, que cette porte ouverte vers une fin ma\u00eetris\u00e9e puisse aussi \u00eatre une ouverture vers un calcul sordide des co\u00fbts du maintien de vie. Et puis l&rsquo;injonction : \u00ab\u00a0on ne tue pas\u00a0\u00bb est univoque, ne pose pas la question qui fait peur, la question ultime.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">L&rsquo;autre position est plus difficile, quand ? le faut-il vraiment ? La d\u00e9cision est-elle prise avec toute la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 n\u00e9cessaire ?<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">La proposition de loi fran\u00e7aise, telle qu&rsquo;elle est annonc\u00e9e est plus proche de la premi\u00e8re position que de la seconde.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">La France n&rsquo;est jamais \u00e0 l&rsquo;avant garde de ces combats.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Elle n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re ni pour abolir la peine de mort, ni pour permettre la contraception, ni l&rsquo;avortement, ni d\u00e9p\u00e9naliser l&rsquo;homosexualit\u00e9, ni permettre le mariage homosexuel, ni interdire les ch\u00e2timents corporels pour les enfants.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Mais il me semble bien que cette \u00e9volution, comme les autres, est in\u00e9luctable.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Les religions monoth\u00e9istes n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9, dans toutes ces \u00e9volutions, dans ce sens de l&rsquo;Histoire, probablement que c&rsquo;est leur vocation.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Mais j&rsquo;avoue qu&rsquo;ici, plus qu&rsquo;ailleurs, l&rsquo;esprit f\u00e9cond du doute m&rsquo;envahit.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Nous sommes au plus profond du myst\u00e8re de l&rsquo;humanit\u00e9, de cette question qui nous taraude d\u00e8s que la conscience nous est donn\u00e9e, celle dont on parle peu, qu&rsquo;on craint d&rsquo;aborder, celle que souvent on fuit : celle de notre finitude.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Car oui ! nous n&rsquo;avons pas, ici-bas, de demeure permanente.<\/div>\n<div class=\"mdjComplements\">Et la d\u00e9cision de partir vers l&rsquo;inconnu plut\u00f4t que d&rsquo;attendre que notre souffle de vie s&rsquo;\u00e9teigne par lui-m\u00eame ou par la volont\u00e9 de forces sup\u00e9rieures, nous entra\u00eene plus que vers la partie la plus intime de notre \u00eatre : l&rsquo;essence m\u00eame de notre \u00eatre.<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mercredi 11 mars 2015 \u00ab Ce ne sera peut-\u00eatre pas joyeux, mais ce sera un bon d\u00e9part. \u00bb Fabienne Bidaux Une nouvelle proposition de Loi sur la fin de vie est pr\u00e9sent\u00e9e, \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e nationale, par deux d\u00e9put\u00e9s Alain Claeys<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1030","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-motdujour"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1030","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1030"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1030\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1031,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1030\/revisions\/1031"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1030"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1030"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1030"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}