{"id":10201,"date":"2020-11-24T00:20:22","date_gmt":"2020-11-23T23:20:22","guid":{"rendered":"http:\/\/lemotdujour.fr\/?p=10201"},"modified":"2020-11-24T12:32:56","modified_gmt":"2020-11-24T11:32:56","slug":"mardi-24-novembre-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lemotdujour.fr\/?p=10201","title":{"rendered":"Mardi 24 novembre 2020"},"content":{"rendered":"<div class=\"mdjTexte\">\u00ab\u00a0En ce moment on lance des bombes dans les tramways d&rsquo;Alger. Ma m\u00e8re peut se trouver dans un de ces tramways. Si c&rsquo;est cela la justice, je pr\u00e9f\u00e8re ma m\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjAuteur\">Albert Camus, conf\u00e9rence \u00e0 la maison des \u00e9tudiants \u00e0 Stockholm le 12 d\u00e9cembre 1957<\/div>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Quand Camus re\u00e7oit le Prix Nobel en 1957, il est ostracis\u00e9 par l&rsquo;intelligentsia parisienne domin\u00e9e par Sartre. Il lui reste quelques rares amis : <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Louis_Guilloux\">Louis Guilloux<\/a><\/span>, Ren\u00e9 Char, Jules Roy et Roger Martin du Gard. Tous les autres sont contre lui, \u00e0 le d\u00e9nigrer, \u00e0 attendre la moindre maladresse ou pr\u00e9tendue telle pour s&rsquo;en prendre \u00e0 lui<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/112320_2306_Mardi24nove1.jpg\" alt=\"\" width=\"226\" height=\"372\" align=\"left\" \/><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Apr\u00e8s son remarquable discours de r\u00e9ception du prix Nobel, sur lequel je reviendrai demain, il participe \u00e0 diverses r\u00e9unions \u00e0 Stockholm.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il participe \u00e0 une rencontre, le 12 d\u00e9cembre 1957, \u00e0 la Maison des \u00c9tudiants \u00e0 Stockholm, au milieu d&rsquo;\u00e9tudiants su\u00e9dois. Mais des jeunes du FLN alg\u00e9rien sont aussi pr\u00e9sents. Et un de ces jeunes va l&rsquo;interpeller assez brutalement sur ce qui se passe en Alg\u00e9rie et lui demander de prendre parti pour l&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;Alg\u00e9rie.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Pour comprendre cet \u00e9pisode, il faut savoir quelques pr\u00e9cisions sur la vision de Camus du conflit alg\u00e9rien.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Dans ma s\u00e9rie de mots du jour, je n&rsquo;en ai consacr\u00e9 aucun \u00e0 l&rsquo;Alg\u00e9rie et \u00e0 la position si singuli\u00e8re de Camus qui se heurtait au train de l&rsquo;Histoire. Lui r\u00eavait d&rsquo;une Alg\u00e9rie et d&rsquo;une France unies dans une grande f\u00e9d\u00e9ration dont tous les citoyens auraient les m\u00eames droits. Il avait en 1957 lanc\u00e9 \u00e0 Alger \u00ab <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/L%27Appel_pour_une_Tr%C3%AAve_Civile\">L&rsquo;appel pour une tr\u00eave civile<\/a> <\/span>\u00bb dans lequel il entendait que cesse \u00e0 la fois la r\u00e9pression f\u00e9roce de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise et les attentats des ind\u00e9pendantistes alg\u00e9riens. Les deux camps l&rsquo;ont alors injuri\u00e9 et il a d\u00fb quitter l&rsquo;Alg\u00e9rie car sa vie \u00e9tait menac\u00e9e. A partir de ce moment il a d\u00e9cid\u00e9 de se taire au sujet de l&rsquo;Alg\u00e9rie, il comprenait que l&rsquo;ind\u00e9pendance \u00e9tait in\u00e9luctable.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Michel Onfray explique il me semble assez pr\u00e9cis\u00e9ment la pens\u00e9e de Camus sur ce sujet dans &lt;<a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/livres\/la-tentative-d-assassinat-de-sartre-contre-camus-13-01-2012-1418511_37.php\"><span style=\"color: #0000ff;\">un article de 2012 du Point<\/span><\/a>&gt;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0Personne n&rsquo;a autant aim\u00e9 l&rsquo;Alg\u00e9rie qu&rsquo;Albert Camus, dont c&rsquo;\u00e9tait la terre natale. C&rsquo;\u00e9tait aussi celle de sa famille depuis 1830. Il n&rsquo;a jamais soutenu le r\u00e9gime colonial, il l&rsquo;a m\u00eame clairement attaqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 Sartre ne sait m\u00eame pas qu&rsquo;il existe ! En 1935, \u00e0 Alger, il entre au Parti communiste pour rester fid\u00e8le \u00e0 son milieu, mais aussi parce qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque le PC campe sur une ligne anticolonialiste, antifasciste et antimilitariste. Lorsque, pour des raisons strat\u00e9giques, le PCF change de ligne et remise l&rsquo;anticolonialisme au nom de l&rsquo;antifascisme, Camus, fid\u00e8le \u00e0 ses id\u00e9es, quitte un PC infid\u00e8le \u00e0 sa ligne. Nous sommes en 1937.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Cette m\u00eame ann\u00e9e, il soutient la cause arabe en prenant fait et cause pour le projet Blum-Viollette issu du Front populaire. Ce projet propose aux populations musulmanes alg\u00e9riennes une \u00e9galit\u00e9 citoyenne avec les Fran\u00e7ais du continent. Camus d\u00e9fend ce projet et travaille \u00e0 Alger r\u00e9publicain, un journal cr\u00e9\u00e9 pour d\u00e9fendre ce combat [\u2026] En 1939, il publie une s\u00e9rie d&rsquo;articles dans Alger r\u00e9publicain sous le titre \u00ab\u00a0Mis\u00e8re de la Kabylie\u00a0\u00bb. Il d\u00e9nonce la surpopulation, la mis\u00e8re, le froid, la faim, l&rsquo;exploitation, la mortalit\u00e9 infantile, le ch\u00f4mage, les salaires mis\u00e9rables, la dur\u00e9e du travail, l&rsquo;illettrisme, l&rsquo;esclavage, le travail des enfants&#8230; Il \u00e9crit : ce r\u00e9gime \u00ab\u00a0est un r\u00e9gime colonial\u00a0\u00bb &#8211; il l&rsquo;accable.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Camus ne se contente pas d&rsquo;\u00eatre n\u00e9gatif : il propose \u00e9galement une issue : \u00ab\u00a0le douar-commune\u00a0\u00bb, autrement dit une formule du communalisme libertaire. Camus propose l&rsquo;autogestion des Kabyles par eux-m\u00eames, pour eux-m\u00eames. [&#8230;]<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Camus d\u00e9fend la m\u00eame id\u00e9e lors des \u00e9v\u00e9nements d&rsquo;Alg\u00e9rie. Cette troisi\u00e8me c\u00e9l\u00e9bration de l&rsquo;Alg\u00e9rie r\u00e9cuse l&rsquo;enfermement sartrien. Loin d&rsquo;Alger, \u00e0 Saint-Germain-des-Pr\u00e9s, Sartre pense les choses en termes binaires : les Blancs sont tous colons, exploiteurs, esclavagistes, fascistes, dominateurs ; les musulmans, tous colonis\u00e9s, exploit\u00e9s, esclaves, martyrs, domin\u00e9s. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, les bourreaux ; de l&rsquo;autre, les victimes. Ici, les salauds ; l\u00e0, les h\u00e9ros. Ne pas choisir le camp de l&rsquo;un, c&rsquo;est faire partie du camp de l&rsquo;autre. Sur le papier, la chose est terrible ; dans les faits, cette fiction conceptuelle entra\u00eene des massacres sans nom de part et d&rsquo;autre.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Parce qu&rsquo;il conna\u00eet l&rsquo;Alg\u00e9rie et que son p\u00e8re, blanc, \u00e9tait ouvrier agricole et sa m\u00e8re, blanche, femme de m\u00e9nage, tous deux exploit\u00e9s par les colons richissimes, arrogants et suffisants, il sait que le probl\u00e8me est plus complexe que ne l&rsquo;imagine un intellectuel dans son bureau parisien. Le colonialisme est \u00e0 abattre, pas les Blancs parce qu&rsquo;ils sont blancs. L&rsquo;origine europ\u00e9enne n&rsquo;a pas \u00e0 \u00eatre pens\u00e9e comme un p\u00e9ch\u00e9 originel que les descendants devraient expier \u00e9ternellement : Camus n&rsquo;a pas choisi, voulu, d\u00e9cid\u00e9, contribu\u00e9 \u00e0 la colonisation de l&rsquo;Alg\u00e9rie. Et, la plupart du temps, les colons furent &#8211; le sait-on ? &#8211; des pauvres, des mis\u00e9reux, des quarante-huitards exil\u00e9s par le pouvoir parisien, des orphelins ou des mendiants r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s par la police, qui remplissait les bateaux de ces \u00e9migr\u00e9s qui n&rsquo;avaient rien du conqu\u00e9rant tel qu&rsquo;on le repr\u00e9sente dans les romans&#8230;<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Camus \u00e9crit : \u00ab\u00a0Quatre-vingts pour cent des Fran\u00e7ais d&rsquo;Alg\u00e9rie ne sont pas des colons, mais des salari\u00e9s ou des commer\u00e7ants\u00a0\u00bb (Actuelles III. Chroniques alg\u00e9riennes, 1939-1958, \u0152uvres compl\u00e8tes, Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, t. IV, p. 359). Mais, \u00e0 Paris, dans les salons, on n&rsquo;a que faire de l&rsquo;Histoire, de la sociologie et de la v\u00e9rit\u00e9, on d\u00e9clare de fa\u00e7on p\u00e9remptoire que le Blanc essentialis\u00e9 est l&rsquo;ennemi \u00e0 abattre et \u00e0 \u00e9gorger, comme y invite Sartre dans sa pr\u00e9face aux Damn\u00e9s de la terre. \u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">L&rsquo;article est beaucoup plus long mais je pense qu&rsquo;ainsi le d\u00e9cor est plant\u00e9 et il est possible de parler de cette conf\u00e9rence et de l&rsquo;interpellation du jeune alg\u00e9rien.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Un journaliste du Monde, Dominique Birmann est pr\u00e9sent. Il va \u00e9crire un article qui sera publi\u00e9 le 14 d\u00e9cembre 1957\u00a0: &lt; <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/archives\/article\/1957\/12\/14\/albert-camus-a-expose-aux-etudiants-suedois-son-attitude-devant-le-probleme-algerien_2337114_1819218.html\"><span style=\"color: #0000ff;\">Albert Camus a expos\u00e9 aux \u00e9tudiants su\u00e9dois son attitude devant le probl\u00e8me alg\u00e9rien<\/span><\/a>&gt; et que nous pouvons toujours lire dans les archives du Monde.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et c&rsquo;est par cet article que le microcosme parisien va apprendre que Camus pr\u00e9f\u00e8re sa m\u00e8re \u00e0 la justice.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/112320_2306_Mardi24nove2.jpg\" alt=\"\" width=\"338\" height=\"337\" align=\"left\" \/><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Voici ce qu&rsquo;\u00e9crit l&rsquo;article\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0Un repr\u00e9sentant du F.L.N. \u00e0 Stockholm demanda alors \u00e0 Camus pourquoi il intervenait si volontiers en faveur des Europ\u00e9ens de l&rsquo;Est mais ne signait jamais de p\u00e9tition en faveur des Alg\u00e9riens. A partir de ce moment le dialogue devint confus et d\u00e9g\u00e9n\u00e9ra en un monologue fanatique du repr\u00e9sentant du F.L.N., qui lan\u00e7a slogans et accusations, emp\u00eacha l&rsquo;\u00e9crivain de Prendre la parole et l&rsquo;insulta grossi\u00e8rement. Cette pol\u00e9mique p\u00e9nible, \u00e0 laquelle Camus, ne se d\u00e9partant pas un instant de sa mesure ni de sa dignit\u00e9, se refusa, scandalisa l&rsquo;auditoire su\u00e9dois. La cause du F.L.N., d\u00e9j\u00e0 desservie \u00e0 plusieurs reprises par les maladresses et les outrances de plusieurs de ses propagandistes, a d\u00e9finitivement subi une lourde d\u00e9faite morale hier \u00e0 Stockholm, d&rsquo;autant plus que l&rsquo;incident a \u00e9t\u00e9 repris et d\u00e9favorablement comment\u00e9 par la presse de la capitale. Camus parvint enfin, non sans peine, \u00e0 se faire entendre. \u00a0\u00bb Je n&rsquo;ai jamais parl\u00e9 \u00e0 un Arabe ou \u00e0 l&rsquo;un de vos militants comme vous venez de me parler publiquement\u2026 Vous \u00eates pour la d\u00e9mocratie en Alg\u00e9rie, soyez donc d\u00e9mocrate tout de suite et laissez-moi parler&#8230; Laissez-moi finir mes phrases, car souvent les phrases ne prennent tout leur sens qu&rsquo;avec leur fin&#8230; \u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 le seul journaliste fran\u00e7ais oblig\u00e9 de quitter l&rsquo;Alg\u00e9rie pour en avoir d\u00e9fendu la population musulmane, le laur\u00e9at Nobel ajouta : \u00a0\u00bb Je me suis tu depuis un an et huit mois, ce qui ne signifie pas que j&rsquo;aie cess\u00e9 d&rsquo;agir. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 et suis toujours partisan d&rsquo;une Alg\u00e9rie juste, o\u00f9 les deux populations doivent vivre en paix et dans l&rsquo;\u00e9galit\u00e9. J&rsquo;ai dit et r\u00e9p\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;il fallait faire justice au peuple alg\u00e9rien et lui accorder un r\u00e9gime pleinement d\u00e9mocratique, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la haine de part et d&rsquo;autre soit devenue telle qu&rsquo;il n&rsquo;appartenait plus \u00e0 un intellectuel d&rsquo;intervenir, ses d\u00e9clarations risquant d&rsquo;aggraver la terreur. Il m&rsquo;a sembl\u00e9 que mieux vaut attendre jusqu&rsquo;au moment propice d&rsquo;unir au lieu de diviser. Je puis vous assurer cependant que vous avez des camarades en vie aujourd&rsquo;hui gr\u00e2ce \u00e0 des actions que vous ne connaissez pas. C&rsquo;est avec une certaine r\u00e9pugnance que je donne ainsi mes raisons en public. J&rsquo;ai toujours condamn\u00e9 la terreur. Je dois condamner aussi un terrorisme qui s&rsquo;exerce aveugl\u00e9ment, dans les rues d&rsquo;Alger par exemple, et qui un jour peut frapper ma m\u00e8re ou ma famille. Je crois \u00e0 la justice, mais je d\u00e9fendrai ma m\u00e8re avant la justice. \u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Cette phrase sera imm\u00e9diatement simplifi\u00e9e : \u00ab <strong>Entre la justice et ma m\u00e8re, je choisis ma m\u00e8re<\/strong>\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Le directeur du Monde Hubert Beuve-M\u00e9ry <a href=\"https:\/\/www.telerama.fr\/livre\/albert-camus,-lhomme-fragmente,n6590549.php\"><span style=\"color: #0000ff;\">dira<\/span><\/a>\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab J&rsquo;\u00e9tais tout \u00e0 fait certain que Camus dirait des conneries \u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et cela, c&rsquo;\u00e9tait la version paternaliste. Les sartriens d\u00e9verseront un flot d&rsquo;immondices verbaux devant ce d\u00e9fenseur des petits blancs qui a d\u00e9finitivement vers\u00e9 dans la droite r\u00e9actionnaire.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Mais Camus n&rsquo;a pas dit les choses ainsi. Depuis nous avons &lt;<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"http:\/\/www.gallimard.fr\/catalog\/entretiens\/01002289.htm\">la version<\/a><\/span>&gt; de <strong>Carl Gustav Bjurstr\u00f6m<\/strong> qui fut le traducteur su\u00e9dois, tout au long du s\u00e9jour de Camus en Su\u00e8de.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0La formulation \u00ab\u00a0Entre la justice et ma m\u00e8re, je choisis ma m\u00e8re\u00a0\u00bb est \u00e0 la fois inexacte et tronqu\u00e9e. Si ma m\u00e9moire est bonne, il a dit\u00a0: <strong>\u00ab\u00a0En ce moment on lance des bombes dans les tramways d&rsquo;Alger. Ma m\u00e8re peut se trouver dans un de ces tramways. Si c&rsquo;est cela la justice, je pr\u00e9f\u00e8re ma m\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/strong> C&rsquo;est vrai qu&rsquo;il est \u00ab\u00a0sentimental\u00a0\u00bb de dire qu&rsquo;on pr\u00e9f\u00e8re sa m\u00e8re \u00e0 la justice. En tant qu&rsquo;\u00e9crivain, l&rsquo;expression de sa position \u00e9tait beaucoup plus nette\u00a0: que ce soit pour une bonne cause ou pour une mauvaise, le terrorisme reste le terrorisme. Lancer des bombes au milieu de gens dont le seul tort est d&rsquo;exister est inadmissible. Cela dit, je crois que, sur le coup, cette phrase est pass\u00e9e inaper\u00e7ue dans le mouvement du d\u00e9bat. Et personne n&rsquo;a alors pr\u00e9vu l&rsquo;exploitation qu&rsquo;on allait en faire. En France, c&rsquo;\u00e9tait diff\u00e9rent\u00a0: l&rsquo;affaire d&rsquo;Alg\u00e9rie avait d\u00e9j\u00e0 provoqu\u00e9 un ressentiment contre Camus, \u00e0 qui on reprochait une attitude tr\u00e8s timor\u00e9e. Ainsi retranscrits, ses propos ont fait l&rsquo;effet d&rsquo;une bombe.\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et il ajoute qu&rsquo;il ne s&rsquo;est trouv\u00e9 personne \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque pour r\u00e9tablir la v\u00e9rit\u00e9 en diffusant la r\u00e9ponse int\u00e9grale de Camus.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Camus n&rsquo;opposait pas la justice \u00e0 sa m\u00e8re, mais d\u00e9non\u00e7ait le terrorisme et la violence aveugle.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Il revient toujours au mot de son p\u00e8re \u00ab\u00a0<strong>un homme \u00e7a s&#8217;emp\u00eache<\/strong>\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Dans les \u00ab\u00a0<strong>El\u00e9ments pour Le premier homme<\/strong>\u00a0\u00bb il a \u00e9crit son attachement visc\u00e9ral \u00e0 sa m\u00e8re :<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab Aux Arabes. Je vous d\u00e9fendrai \u00e0 n&rsquo;importe quel prix, sauf au prix de ma m\u00e8re, parce qu&rsquo;elle a connu, plus que vous, l&rsquo;injustice et la douleur. Et, si dans votre rage aveugle, vous touchez \u00e0 elle ou risquez d&rsquo;y toucher, je serai votre ennemi jusqu&rsquo;au bout. \u00bb<br \/>\n(<em>Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade IV, p. 918<\/em>.)<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fichier:Tombe_Albert_Camus_et_%C3%A9pouse.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/112320_2306_Mardi24nove3.jpg\" alt=\"\" width=\"426\" height=\"319\" align=\"left\" border=\"0\" \/><\/a><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Nous connaissons maintenant la fin de l&rsquo;Histoire. Le jeune homme qui interpella Camus se nomme <strong>Sa\u00efd Kessal.<\/strong><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Jos\u00e9 Lenzini a \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0<strong>Les Derniers Jours de la vie d&rsquo;Albert Camus<\/strong>\u00a0\u00bb (Actes Sud).<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Bernard Pivot a consacr\u00e9 un article \u00e0 ce livre et \u00e0 Jos\u00e9 Lenzini dans le JDD du 21 novembre 2009\u00a0: &lt; <a href=\"https:\/\/www.lejdd.fr\/Chroniques\/Bernard-Pivot\/Albert-Camus-et-l-Algerien-de-Stockholm-152144\"><span style=\"color: #0000ff;\">Albert Camus et l&rsquo;Alg\u00e9rien de Stockholm<\/span><\/a>&gt;\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0[\u2026] l&rsquo;Alg\u00e9rien est aujourd&rsquo;hui octog\u00e9naire. Il habite toujours Stockholm. Il s&rsquo;appelle Sa\u00efd Kessal. Jos\u00e9 Lenzini l&rsquo;a r\u00e9cemment retrouv\u00e9 et interview\u00e9. [\u2026] Sa\u00efd Kessal, l&rsquo;Alg\u00e9rien de Stockholm retrouv\u00e9 par Jos\u00e9 Lenzini, s&rsquo;\u00e9tait senti humili\u00e9 par la fa\u00e7on dont Camus lui avait r\u00e9pondu. Il ne connaissait pas alors son \u0153uvre. Il a d&rsquo;abord lu Mis\u00e8re de la Kabylie. \u00ab\u00a0Ce fut un choc pour le Kabyle que je suis.\u00a0\u00bb De la lecture de tous les livres de Camus il est sorti \u00ab\u00a0boulevers\u00e9\u00a0\u00bb. Il d\u00e9cida ensuite de le rencontrer. \u00ab\u00a0Je suis all\u00e9 voir Jules Roy, qui m&rsquo;a dit qu&rsquo;il venait de se tuer en voiture. Alors, je suis descendu \u00e0 Lourmarin et j&rsquo;ai d\u00e9pos\u00e9 des fleurs sur sa tombe.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">La m\u00e8re de Camus s&rsquo;appelait <strong>Catherine H\u00e9l\u00e8ne Sint\u00e8s<\/strong>. Elle \u00e9tait n\u00e9e en novembre 1882. Quand on lui apprit la mort de son fils elle dit simplement :<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\"> \u00ab\u00a0C&rsquo;est trop jeune pour mourir\u00a0\u00bb.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Elle quittera le monde des vivants la m\u00eame ann\u00e9e qu&rsquo;Albert Camus, en septembre 1960.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">&lt;1494&gt;<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0En ce moment on lance des bombes dans les tramways d&rsquo;Alger. Ma m\u00e8re peut se trouver dans un de ces tramways. Si c&rsquo;est cela la justice, je pr\u00e9f\u00e8re ma m\u00e8re.\u00a0\u00bb Albert Camus, conf\u00e9rence \u00e0 la maison des \u00e9tudiants \u00e0 Stockholm<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[187,17,9],"class_list":["post-10201","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-motdujour","tag-algerie","tag-histoire","tag-litterature"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10201","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10201"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10201\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10204,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10201\/revisions\/10204"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10201"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10201"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10201"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}