{"id":10187,"date":"2020-11-23T02:15:12","date_gmt":"2020-11-23T01:15:12","guid":{"rendered":"http:\/\/lemotdujour.fr\/?p=10187"},"modified":"2020-11-23T09:43:58","modified_gmt":"2020-11-23T08:43:58","slug":"lundi-23-novembre-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lemotdujour.fr\/?p=10187","title":{"rendered":"Lundi 23 novembre 2020"},"content":{"rendered":"<div class=\"mdjTexte\">\u00ab&nbsp;Nous \u00e9tions brouill\u00e9s, lui et moi \u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjAuteur\">Jean-Paul Sartre \u00e0 propos de Camus, le lendemain de son accident mortel<\/div>\n<p><a href=\"https:\/\/bibliobs.nouvelobs.com\/essais\/20120111.OBS8521\/camus-par-sartre.html\"><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"color: #0000ff;\">&lt;L&rsquo;Obs&gt;<\/span><\/span><\/a><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\"> a republi\u00e9 le texte dans lequel Sartre essayait de rendre hommage \u00e0 Camus le lendemain de sa mort. Cet hommage commence ainsi&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;Nous \u00e9tions brouill\u00e9s, lui et moi une brouille, ce n&rsquo;est rien &#8211; d\u00fbt-on ne jamais se revoir -, tout juste une autre mani\u00e8re de vivre ensemble et sans se perdre de vue dans le petit monde \u00e9troit qui nous est donn\u00e9.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">D\u00e9crite ainsi, cette brouille pourrait para\u00eetre \u00abgentille\u00bb. <\/span><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Mais elle ne le fut pas du tout. Ce fut plut\u00f4t un lynchage, un ostracisme du monde intellectuel parisien.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Car \u00e0 cet \u00e9poque, Sartre dominait le monde intellectuel parisien et il est courant d&rsquo;exprimer cette phrase qui serait de Jean Daniel&nbsp;: \u00ab&nbsp;<strong>J&rsquo;aime mieux avoir tort avec Sartre que raison avec Raymond Aron<\/strong> \u00bb. Parce que Raymond Aron \u00e9tait class\u00e9 \u00e0 droite. Mais ce qui opposait Raymond Aron et Sartre \u00e9tait fondamentalement le m\u00eame sujet que Camus et Sartre : Sartre d\u00e9fendait co\u00fbte que co\u00fbte les r\u00e9gimes communistes alors que Raymond Aron et Camus les vilipendaient en raison de leurs atteintes incommensurables \u00e0 la libert\u00e9 et aux droits humains. Raymond Aron leur reprochait aussi leur inefficacit\u00e9 \u00e9conomique.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Dans un &lt; <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.liberation.fr\/debats\/2017\/07\/02\/raymond-aron-avait-raison-helas_1581053\">article de Lib\u00e9ration publi\u00e9 en juillet 2017<\/a><\/span>&gt;, le journaliste Philippe Douroux, s&rsquo;est rang\u00e9 comme toute la gauche responsable derri\u00e8re ce constat&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;Raymond Aron avait raison, h\u00e9las !&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/112220_2215_Lundi23nove1.jpg\" alt=\"\" width=\"416\" height=\"312\" align=\"left\"><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Apr\u00e8s avoir v\u00e9cu quelques temps \u00e0 Oran avec son \u00e9pouse Francine Faure, Camus va rejoindre, en pleine guerre, Paris. Il rencontrera Sartre et Simone de Beauvoir et ils furent bons amis. Mais alors que Camus entre dans la r\u00e9sistance et dirige le journal \u00ab <strong>Combat&nbsp;<\/strong>\u00bb, Sartre et Beauvoir ne s&rsquo;engagent pas dans l&rsquo;action contre les nazis. Selon &lt;<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/livres\/la-tentative-d-assassinat-de-sartre-contre-camus-13-01-2012-1418511_37.php\">Michel Onfray<\/a><\/span>&gt; ils participeront m\u00eame \u00e0 des m\u00e9dias collaborationnistes :<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00abCamus fut un adversaire philosophique terrible et Sartre a l\u00e2ch\u00e9 les chiens contre lui. Sartre n&rsquo;a rien compris \u00e0 la politique : il n&rsquo;a rien vu de la mont\u00e9e du nazisme, bien que vivant en Allemagne ; en 1933, il profite d&rsquo;une offre faite par les fascistes italiens pour partir en vacances en compagnie de Beauvoir avec des billets \u00e0 prix r\u00e9duits ; il passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la R\u00e9sistance ; il publie dans Comoedia, un journal collaborationniste, en 1941 et en 1944 ; il pistonne Beauvoir \u00e0 Radio Vichy, o\u00f9 elle travaille, etc.\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Un article de &lt;<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.telerama.fr\/livre\/sartre,-camus-et-le-communisme,n6590566.php\">TELERAMA<\/a><\/span>&gt; d\u00e9taille la gen\u00e8se et les m\u00e9andres de la querelle qui va les s\u00e9parer.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Je n&rsquo;en tire qu&rsquo;un court extrait&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;Ce qui va s\u00e9parer Sartre et Camus est la question communiste, la grande question de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre. Camus, \u00e0 Alger, a \u00e9t\u00e9 communiste ; il conna\u00eet le Parti, sa grandeur quand il s&rsquo;agit des militants pris individuellement, son dogmatisme bureaucratique quand il s&rsquo;agit de l&rsquo;appareil ; il se m\u00e9fie des dirigeants, de leur soumission \u00e0 Staline. Sartre, lui, n&rsquo;a aucune exp\u00e9rience de l&rsquo;action, il se pose des questions de principes et de th\u00e9orie, en intellectuel.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Un article r\u00e9cent du philosophe Roger-Pol Droit publi\u00e9 dans le journal \u00ab&nbsp;<strong>Les Echos<\/strong>&nbsp;\u00bb en diss\u00e8que les contradictions et les points saillants : <a href=\"https:\/\/www.lesechos.fr\/weekend\/livres-expositions\/camus-sartre-on-refait-toujours-le-match-1213615\"><span style=\"color: #0000ff;\">&lt;Camus-Sartre, on refait toujours le match&gt;<\/span><\/a><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;Entre lui et Jean-Paul Sartre, l&rsquo;amiti\u00e9 avait laiss\u00e9 place \u00e0 un conflit aigu entre deux conceptions de la politique et du r\u00f4le des intellectuels. [\u2026] leur querelle a marqu\u00e9 en profondeur, et jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours, l&rsquo;histoire intellectuelle et politique.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">A l&rsquo;origine une r\u00e9elle admiration r\u00e9ciproque les rapprochait&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;Avant de se rencontrer, ils ont commenc\u00e9 par se lire et s&rsquo;appr\u00e9cier, et m\u00eame s&rsquo;admirer, par romans interpos\u00e9s. Le jeune Camus, encore en Alg\u00e9rie, s&rsquo;enthousiasme, en 1938, pour le premier roman de Sartre, La Naus\u00e9e. Il en rend compte avec ferveur dans l&rsquo;Alger r\u00e9publicain, le journal progressiste dans lequel il \u00e9crit. De son c\u00f4t\u00e9, Sartre lit L&rsquo;Etranger d\u00e8s sa parution en 1942. Il ne cache pas son engouement pour le jeune \u00e9crivain, parle abondamment de son talent, contribue \u00e0 le faire conna\u00eetre dans les cercles influents. Sartre, de huit ans l&rsquo;a\u00een\u00e9 de Camus, commence ainsi par faire de ce jeune homme ardent, un peu sauvage, artiste plus qu&rsquo;intellectuel, son prot\u00e9g\u00e9 dans le petit monde litt\u00e9raire de Paris occup\u00e9.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Catherine Camus la fille d&rsquo;Albert nous apprend que Sartre traitait Camus de \u00ab petit voyou d&rsquo;Alger \u00bb, lui qui \u00e9tait issu de la bourgeoisie parisienne, n\u00e9 dans le XVI\u00e8me arrondissement. C&rsquo;\u00e9tait dans le temps de l&rsquo;amiti\u00e9, un sobriquet affectueux. Par la suite, dans le temps du conflit ce sera un motif de sup\u00e9riorit\u00e9, Camus n&rsquo;ayant pas les m\u00eames lettres de noblesse que Sartre qui l&rsquo;accusera de ne rien comprendre \u00e0 la philosophie.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">La dispute viendra de la publication de \u00ab&nbsp;L&rsquo;homme r\u00e9volt\u00e9&nbsp;\u00bb de Camus et de la position devant le stalinisme&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;Leur entente philosophique et politique va se d\u00e9liter, peu \u00e0 peu, sous l&rsquo;effet de la guerre froide. Un clivage aigu va bient\u00f4t s\u00e9parer les amis des communistes, enclins \u00e0 tout pardonner des pires m\u00e9thodes de Staline, et les d\u00e9fenseurs des droits de l&rsquo;homme, pour qui la r\u00e9volution et ses lendemains enchant\u00e9s ne peuvent justifier ni le totalitarisme de la dictature du prol\u00e9tariat ni les meurtres de masse qui en d\u00e9coulent. Cette fracture, de plus en plus profonde entre Sartre et Camus, n&rsquo;est pas visible d&rsquo;un seul coup. Le foss\u00e9 va se creuser par \u00e9tapes.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright\" src=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/112220_2215_Lundi23nove2.jpg\" alt=\"\" width=\"165\" height=\"250\" align=\"left\"><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Le premier clivage vient de leur appr\u00e9hension diff\u00e9rente d&rsquo;un livre que j&rsquo;ai lu et qui d\u00e9nonce avec force l&rsquo;horreur et l&rsquo;imposture du totalitarisme&nbsp;: \u00ab<span style=\"color: #0000ff;\">&nbsp;<\/span><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Le_Z%C3%A9ro_et_l%27Infini\"><span style=\"color: #0000ff;\">Le Z\u00e9ro et l&rsquo;infini<\/span>&nbsp;<\/a>\u00bb d&rsquo;Arthur Koestler. Le z\u00e9ro est l&rsquo;individu, l&rsquo;infini est le Parti&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;Camus soutient [ce livre]. En Alg\u00e9rie, il a vu de pr\u00e8s, comment fonctionne la discipline communiste. Il refuse de passer sous silence les crimes des staliniens &#8211; \u00e9liminations, lavages de cerveau, proc\u00e8s truqu\u00e9s, d\u00e9portations\u2026 Sartre, au contraire, choisit bient\u00f4t de soutenir co\u00fbte que co\u00fbte l&rsquo;Union sovi\u00e9tique et le parti communiste, f\u00fbt-ce au d\u00e9triment de la justice et de la morale. Un soir, chez Boris Vian, Camus exc\u00e9d\u00e9 claque la porte. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;un premier signe.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et en 1951, Camus publie \u00ab&nbsp;<strong>L&rsquo;homme r\u00e9volt\u00e9<\/strong>&nbsp;\u00bb&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/112220_2215_Lundi23nove3.jpg\" alt=\"\" width=\"224\" height=\"327\" align=\"left\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab Dans ce ma\u00eetre-livre, il explique de mani\u00e8re incomparablement simple et forte comment toute r\u00e9volte renferme un d\u00e9sir de justice, incarne une mani\u00e8re de se dresser contre la soumission, l&rsquo;humiliation, la domination. Mais les r\u00e9volutions confisquent ce d\u00e9sir. Elles renforcent le pouvoir de l\u2019\u00c9tat, qui tue la r\u00e9volte.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">La Russie est ainsi devenue une \u00ab terre d&rsquo;esclaves balis\u00e9e de miradors \u00bb. La seule issue : se r\u00e9volter contre la nouvelle oppression qui s&rsquo;installe. \u00ab Tout r\u00e9volutionnaire finit en oppresseur ou en h\u00e9r\u00e9tique \u00bb, souligne Camus. La r\u00e9volte, qui semble d&rsquo;abord un mouvement individuel, devient \u00e0 ses yeux le fondement du collectif : \u00ab Je me r\u00e9volte, donc nous sommes \u00bb, \u00e9crit le philosophe.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Ceci va conduire non \u00e0 une bataille d&rsquo;arguments mais \u00e0 une mise au ban, Camus n&rsquo;est qu&rsquo;un tra\u00eetre, un ren\u00e9gat, un transfuge parti rejoindre le camp de la bourgeoisie et des ennemis du prol\u00e9tariat.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et c&rsquo;est un de ses aveugles qui adorait avoir tort avec Sartre qui va porter l&rsquo;estocade :<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;En mai 1952, Francis Jeanson se charge d&rsquo;ex\u00e9cuter L&rsquo;Homme r\u00e9volt\u00e9 dans la revue de Sartre et de Simone de Beauvoir. Sa critique consiste \u00e0 faire de Camus une \u00ab belle \u00e2me \u00bb sans ancrage dans l&rsquo;histoire r\u00e9elle : sa conception de la r\u00e9volte ne tient aucun compte des \u00ab infrastructures \u00bb, comme dit le jargon de l&rsquo;\u00e9poque, les bases \u00e9conomiques de la production, donc de la soci\u00e9t\u00e9 et de la politique.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Sartre finira par proclamer que<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab Tout anticommuniste est un chien \u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Vingt ans plus tard, un autre aveugle, Jean-Jacques Brochier donnera comme titre \u00e0 un de ses ouvrages \u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.lexpress.fr\/culture\/livre\/le-philosophe-albert-camus_844709.html\"><strong><span style=\"color: #0000ff;\">Camus, philosophe pour classes terminales !<\/span><\/strong><\/a><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>&nbsp;<\/strong><\/span>\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Pierre Bourdieu choisira le m\u00eame camp&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial; font-size: 11pt;\">\u00ab&nbsp;Que l&rsquo;on pense simplement au Camus de L&rsquo;homme r\u00e9volt\u00e9, ce br\u00e9viaire de philosophie \u00e9difiante sans autre unit\u00e9 que le vague \u00e0 l&rsquo;\u00e2me \u00e9gotiste qui sied aux adolescences hypokh\u00e2gneuses et qui assure \u00e0 tout coup une r\u00e9putation de belle \u00e2me.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<em>(La distinction, p. 379.)<br \/>\n<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Aujourd&rsquo;hui pour Michel Onfray, la victoire de Camus est totale.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Elle est aussi inscrite dans les chiffres&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<ul>\n<li><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Exemplaires de livre de Camus vendus\u00b7: 26 millions, Sartre : 15 millions<br \/>\n<\/span><\/li>\n<li><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Livre le plus vendu de chacun : \u00ab L&rsquo;Etranger \u00bb Camus : 9 millions \u00ab Huis Clos \u00bb, Sartre : 3 millions<br \/>\n<\/span><\/li>\n<li><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Traductions\u00b7de Camus : 70 langues, tous titres confondus, Sartre : 47 langues, tous titres confondus.<br \/>\n<\/span><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">(Donn\u00e9es Gallimard)<br \/>\n<\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Camus est dans l&rsquo;\u00e9thique de la responsabilit\u00e9&nbsp;: M\u00eame pour une cause juste il n&rsquo;est pas possible de tout faire, de tout accepter. Il revient ainsi au message de son p\u00e8re, un des seuls qu&rsquo;il a recueilli&nbsp;: \u00ab <strong>Non, un homme \u00e7a s&#8217;emp\u00eache. Voil\u00e0 ce qu&rsquo;est un homme, ou sinon\u2026<\/strong> \u00bb.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Sinon ce n&rsquo;est pas un homme.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Sartre fait partie de ces hommes qui consid\u00e8rent que les institutions notamment du capitalisme sont violentes et que les combattre permet d&rsquo;excuser quelques d\u00e9bordements.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">C&rsquo;est aussi une mani\u00e8re d&rsquo;excuser la violence qui peut exister en nous.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">C&rsquo;est enfin croire que tous les probl\u00e8mes qui se dressent devant nous sont de la responsabilit\u00e9 d&rsquo;autres, d&rsquo;un ou de plusieurs autres. C&rsquo;est ainsi une fuite devant nos responsabilit\u00e9s propres.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Dans mon esprit, il y a peu de doute que le combat de Camus est le bon combat.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Certains consid\u00e8rent que ce n&rsquo;est pas aussi simple. Ainsi Ronald Aronson \u00e9crit&nbsp;: \u00ab <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-cites-2005-2-page-53.htm\"><span style=\"color: #0000ff;\">Sartre contre Camus : le conflit jamais r\u00e9solu<\/span>&nbsp;<\/a>\u00bb.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/112220_2215_Lundi23nove4.jpg\" alt=\"\" width=\"205\" height=\"339\" align=\"left\"><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et le biographe de Camus, Olivier Todd, est aussi <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2009\/11\/20\/olivier-todd-il-faut-garder-camus-vivant-il-permet-de-reflechir_1269897_3232.html\"><span style=\"color: #0000ff;\">plus indulgent<\/span><\/a> pour Sartre&nbsp;:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab&nbsp;Toute sa vie, Camus a \u00e9t\u00e9 un homme du doute, incertain de son talent. Sartre, lui, croyait en son g\u00e9nie. Politiquement &#8211; aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est facile -, je suis plus proche de Camus. J&rsquo;aimerais aussi qu&rsquo;on se souvienne que Sartre, crypto-communiste, ne s&rsquo;est pas toujours tromp\u00e9. Par exemple, sur Isra\u00ebl et les Palestiniens, sur le Biafra. Il faut cesser de dire qu&rsquo;il nous a tromp\u00e9s. On s&rsquo;est tromp\u00e9 avec lui. J&rsquo;ai de l&rsquo;admiration pour Camus et je garde de l&rsquo;affection pour Sartre. J&rsquo;ai toujours aim\u00e9 leurs livres.&nbsp;\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">M\u00eame dans cette r\u00e9action mesur\u00e9e d&rsquo;Olivier Todd, je garde ma proximit\u00e9 avec Camus car je crois le doute tr\u00e8s pr\u00e9f\u00e9rable aux certitudes qui sont l&rsquo;essence m\u00eame de l&rsquo;intol\u00e9rance et du totalitarisme.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #800000; font-family: Arial;\">&lt;1493&gt;<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Nous \u00e9tions brouill\u00e9s, lui et moi \u00bb Jean-Paul Sartre \u00e0 propos de Camus, le lendemain de son accident mortel &lt;L&rsquo;Obs&gt; a republi\u00e9 le texte dans lequel Sartre essayait de rendre hommage \u00e0 Camus le lendemain de sa mort. Cet hommage<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[15,54,55],"class_list":["post-10187","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-motdujour","tag-france","tag-humanisme","tag-idees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10187","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10187"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10187\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10197,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10187\/revisions\/10197"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10187"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10187"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lemotdujour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10187"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}