{"id":10177,"date":"2020-11-20T01:36:10","date_gmt":"2020-11-20T00:36:10","guid":{"rendered":"http:\/\/lemotdujour.fr\/?p=10177"},"modified":"2020-11-19T23:51:27","modified_gmt":"2020-11-19T22:51:27","slug":"vendredi-20-novembre-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lemotdujour.fr\/?p=10177","title":{"rendered":"Vendredi 20 novembre 2020"},"content":{"rendered":"<div class=\"mdjTexte\">\u00ab Ils savaient maintenant que s&rsquo;il est une chose qu&rsquo;on puisse d\u00e9sirer toujours et obtenir quelquefois, c&rsquo;est la tendresse humaine. \u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjAuteur\">Albert Camus, extrait de \u00ab\u00a0La Peste\u00a0\u00bb<\/div>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Il fallait donc lire \u00ab\u00a0<strong>La Peste<\/strong>\u00a0\u00bb puisque nous \u00e9tions en confinement.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/111920_2236_Vendredi19n1.jpg\" alt=\"\" width=\"352\" height=\"559\" align=\"left\" \/><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Alors j&rsquo;ai lu \u00ab\u00a0<strong>La Peste<\/strong>\u00a0\u00bb, ce roman qui d\u00e9crit l&rsquo;apparition de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie dans la ville d&rsquo;Oran, la lente prise de conscience du danger, la fermeture des portes de la ville, le confinement, la lutte contre l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie avec au premier plan le docteur Rieux courageux, rationnel, r\u00e9sistant au d\u00e9couragement et puis finalement la fin de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie qui se termine avec son cort\u00e8ge de morts qu&rsquo;elle a emport\u00e9, la joie et l&rsquo;all\u00e9gresse des oranais devant la fin de l&rsquo;\u00e9preuve et les portes de la ville qui s&rsquo;ouvre.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et c&rsquo;est ainsi que se termine \u00ab\u00a0<strong>La Peste<\/strong>\u00a0\u00bb\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0Du port obscur mont\u00e8rent les premi\u00e8res fus\u00e9es des r\u00e9jouissances officielles. La ville les salua par une longue et sourde exclamation. Cottard, Tarrou, ceux et celle que Rieux avait aim\u00e9s et perdus, tous, morts ou coupables, \u00e9taient oubli\u00e9s. Le vieux avait raison, les hommes \u00e9taient toujours les m\u00eames. Mais c&rsquo;\u00e9tait leur force et leur innocence et c&rsquo;est ici que, par-dessus toute douleur, Rieux sentait qu&rsquo;il les rejoignait. Au milieu des cris qui redoublaient de force et de dur\u00e9e, qui se r\u00e9percutaient longuement jusqu&rsquo;au pied de la terrasse, \u00e0 mesure que les gerbes multicolores s&rsquo;\u00e9levaient plus nombreuses dans le ciel, le docteur Rieux d\u00e9cida alors de r\u00e9diger le r\u00e9cit qui s&rsquo;ach\u00e8ve ici, pour ne pas \u00eatre de ceux qui se taisent, pour t\u00e9moigner en faveur de ces pestif\u00e9r\u00e9s, pour laisser du moins un souvenir de l&rsquo;injustice et de la violence qui leur avaient \u00e9t\u00e9 faites, et pour dire simplement ce <strong>qu&rsquo;on apprend au milieu des fl\u00e9aux, qu&rsquo;il y a dans les hommes plus de choses \u00e0 admirer que de choses \u00e0 m\u00e9priser.<br \/>\n<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\"><strong>Mais il savait cependant que cette chronique ne pouvait pas \u00eatre celle de la victoire d\u00e9finitive.<\/strong> Elle ne pouvait \u00eatre que le t\u00e9moignage de ce qu&rsquo;il avait fallu accomplir et que, sans doute, devraient accomplir encore, contre la terreur et son arme inlassable, malgr\u00e9 leurs d\u00e9chirements personnels, <strong>tous les hommes qui, ne pouvant \u00eatre des saints et refusant d&rsquo;admettre les fl\u00e9aux, s&rsquo;efforcent cependant d&rsquo;\u00eatre des m\u00e9decins<\/strong>. \u00c9coutant, en effet, les cris d&rsquo;all\u00e9gresse qui montaient de la ville, Rieux se souvenait que cette all\u00e9gresse \u00e9tait toujours menac\u00e9e. Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu&rsquo;on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne dispara\u00eet jamais, qu&rsquo;il peut rester pendant des dizaines d&rsquo;ann\u00e9es endormi dans les meubles et le linge, qu&rsquo;il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-\u00eatre, le jour viendrait o\u00f9, pour le malheur et l&rsquo;enseignement des hommes, la peste r\u00e9veillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cit\u00e9 heureuse.\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Cette conclusion est si contrast\u00e9e\u00a0: la ville d&rsquo;Oran exprime l&rsquo;all\u00e9gresse de la fin du fl\u00e9au mais Rieux se souvient de toutes celles et de tous ceux qu&rsquo;il a aim\u00e9 et qu&rsquo;il a perdu dans cette douloureuse \u00e9preuve.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Il porte cependant l&rsquo;humanisme de Camus, sa croyance dans la solidarit\u00e9 possible entre les hommes pour des causes qui les d\u00e9passent. Et il affirme que finalement le positif l&#8217;emporte sur le n\u00e9gatif\u00a0: <strong>\u00ab\u00a0on apprend au milieu des fl\u00e9aux, qu&rsquo;il y a dans les hommes plus de choses \u00e0 admirer que de choses \u00e0 m\u00e9priser.\u00a0\u00bb<\/strong><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et qu&rsquo;en face des \u00e9preuves, les hommes malgr\u00e9 leurs faiblesses font face\u00a0:<strong> \u00ab\u00a0tous les hommes qui, ne pouvant \u00eatre des saints et refusant d&rsquo;admettre les fl\u00e9aux, s&rsquo;efforcent cependant d&rsquo;\u00eatre des m\u00e9decins.\u00a0\u00bb<\/strong><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Mais il y a aussi l&rsquo;avertissement que l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie peut revenir, car il n&rsquo;y a pas de victoire d\u00e9finitive.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">C&rsquo;est une chronique en temps de crise. Elle se lit avec int\u00e9r\u00eat et il est difficile de l\u00e2cher ce roman avant de l&rsquo;avoir fini.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Nous suivons la qu\u00eate du docteur Rieux dans son sacerdoce la\u00efc du m\u00e9decin qui soigne, qui perd beaucoup de combats contre la mort et qui continue \u00e0 soigner sans jamais l\u00e2cher prise. Il cherche aussi \u00e0 entra\u00eener d&rsquo;autres pour former une \u00e9quipe qui peut lutter contre l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Mais la lecture, au temps du COVID, surprend quand m\u00eame. On ne voit pas tr\u00e8s bien comment Rieux et les autres soignants se prot\u00e8gent contre cette maladie si infectieuse, beaucoup plus l\u00e9tale que celle qui nous assaille aujourd&rsquo;hui. Les th\u00e9\u00e2tres, les restaurants et les bars, contrairement \u00e0 l&rsquo;Europe de la COVID 19, restent ouverts et les habitants de la ville s&rsquo;y rendent en nombre.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Le sujet de la peste \u00e0 Oran est totalement invent\u00e9 par Camus, elle ne correspond \u00e0 aucune r\u00e9alit\u00e9 proche qui se rapprocherait d&rsquo;une telle \u00e9pid\u00e9mie dans une ville.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Camus lui-m\u00eame n&rsquo;\u00e9tait pas convaincu par ce livre. Dans une lettre \u00e0 son ami Louis Guilloux et que reproduit &lt;<a href=\"https:\/\/bibliobs.nouvelobs.com\/documents\/20130917.OBS7208\/albert-camus-la-peste-est-un-livre-totalement-manque-et-autres-confidences.htm\"><span style=\"color: #0000ff;\">L&rsquo;Obs<\/span><\/a>&gt;, il \u00e9crit\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\"><em>\u00ab\u00a012 septembre 1946<br \/>\n<\/em>Je suis bien coupable, mais les choses ne vont pas fort pour moi. [&#8230;] Au bout du compte, j&rsquo;ai fini \u00ab\u00a0la Peste\u00a0\u00bb. Mais j&rsquo;ai l&rsquo;id\u00e9e que ce livre est totalement manqu\u00e9, que j&rsquo;ai p\u00e9ch\u00e9 par ambition et cet \u00e9chec m&rsquo;est tr\u00e8s p\u00e9nible. Je garde \u00e7a dans mon tiroir, comme quelque chose d&rsquo;un peu d\u00e9go\u00fbtant. [&#8230;] \u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Son biographe Olivier Todd <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2009\/11\/20\/olivier-todd-il-faut-garder-camus-vivant-il-permet-de-reflechir_1269897_3232.html\"><span style=\"color: #0000ff;\">&lt;dit&gt;<\/span><\/a> de m\u00eame au d\u00e9tour d&rsquo;une phrase dans laquelle il parle du conflit de Camus avec les Sartriens\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0Il y avait pourtant eu, dans Les Temps modernes, deux articles plus que laudatifs sur les h\u00e9ros de La Peste &#8211; livre que je n&rsquo;aime gu\u00e8re.\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">En r\u00e9alit\u00e9, Camus n&rsquo;a pas fait le roman d&rsquo;un probl\u00e8me sanitaire, de quelque chose qui ressemble \u00e0 ce qui nous arrive.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Pierre Assouline dans un article de mai 2020 dans le mensuel \u00ab\u00a0L&rsquo;Histoire\u00a0\u00bb\u00a0:<span style=\"color: #0000ff;\"> <a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.lhistoire.fr\/carte-blanche\/%C2%AB-la-peste-%C2%BB-et-le-pangolin\">\u00ab La Peste \u00bb et le pangolin<\/a> <\/span>explique<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0Avec la crise du coronavirus le livre de Camus est devenu un best-seller mondial. Donnant un tour inattendu au 60e anniversaire de la mort de l&rsquo;\u00e9crivain.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">On ne sait jamais ce qu&rsquo;un anniversaire nous r\u00e9serve. La co\u00efncidence avec l&rsquo;esprit du temps demeure une surprise. Elle peut changer du tout au tout le visage des c\u00e9r\u00e9monies comm\u00e9moratives, l&rsquo;ampleur de leur impact et le souvenir que l&rsquo;opinion en conservera. Ainsi du 60e anniversaire de la mort d&rsquo;Albert Camus \u00e0 46 ans.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Il a d\u00e9marr\u00e9 en fanfare d\u00e8s le d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e (l&rsquo;\u00e9crivain est mort un 4 janvier) avec la diffusion de deux remarquables documentaires : l&rsquo;un de Georges-Marc Benamou, Les Vies d&rsquo;Albert Camus (France 3), portrait intime, riche d&rsquo;images in\u00e9dites ; l&rsquo;autre de Fabrice Gardel et Mathieu Weschler, Albert Camus, l&rsquo;ic\u00f4ne de la r\u00e9volte (Public S\u00e9nat), lui aussi f\u00e9cond en t\u00e9moignages. [\u2026] les droits de traduction de L&rsquo;\u00c9tranger ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 ce jour c\u00e9d\u00e9s \u00e0 une soixantaine de pays, mais encore parce que La Peste est, depuis quelques semaines, \u00ab le \u00bb livre qu&rsquo;il faut d\u00e9sormais avoir lu si l&rsquo;on veut comprendre le mal qui ronge l&rsquo;Europe. Il est la meilleure vente de Gallimard depuis mars, suivi par Le Hussard sur le toit de Jean Giono. D&rsquo;innombrables articles lui sont partout consacr\u00e9s, tandis qu&rsquo;en Espagne, notamment, les librairies \u00e9tant ferm\u00e9es, on se d\u00e9p\u00eache de le publier pour la premi\u00e8re fois en e-book.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Cette chronique d&rsquo;une \u00e9pid\u00e9mie \u00e0 Oran avait connu un grand succ\u00e8s \u00e0 sa parution en 1947. <strong>Sauf qu&rsquo;il ne reposait pas, comme aujourd&rsquo;hui, sur un malentendu, puisque les lecteurs savaient parfaitement de quoi il retournait : une all\u00e9gorie du nazisme, peste brune.<\/strong> Il ne lui fut pas moins reproch\u00e9 de diffuser une \u00ab morale de Croix-Rouge \u00bb.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">&lt;<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/La_Peste\">Wikipedia<\/a><\/span>&gt; rapporte, en outre, une pol\u00e9mique entre Roland Barthes et Albert Camus sur ce sujet\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">En f\u00e9vrier 1955, Roland Barthes r\u00e9dige un article sur <em>La Peste<\/em> o\u00f9 il qualifie la r\u00e9f\u00e9rence au contexte de la Seconde Guerre mondiale comme un \u00ab\u00a0malentendu\u00a0\u00bb.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Camus lui r\u00e9pond dans une lettre ouverte en ces termes\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0<em>La Peste<\/em>, dont j&rsquo;ai voulu qu&rsquo;elle se lise sur plusieurs port\u00e9es, a cependant comme contenu \u00e9vident la lutte de la r\u00e9sistance europ\u00e9enne contre le nazisme. La preuve en est que cet ennemi qui n&rsquo;est pas nomm\u00e9, tout le monde l&rsquo;a reconnu, et dans tous les pays d&rsquo;Europe. Ajoutons qu&rsquo;un long passage de <em>La Peste<\/em> a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 sous l&rsquo;Occupation dans un recueil de <a title=\"Combat (journal)\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Combat_(journal)\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">Combat<\/span><\/em><\/a> et que cette circonstance \u00e0 elle seule justifierait la transposition que j&rsquo;ai op\u00e9r\u00e9e. <em>La Peste<\/em>, dans un sens, est plus qu&rsquo;une chronique de la r\u00e9sistance. Mais assur\u00e9ment, elle n&rsquo;est pas moins.\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Ce livre ne parle donc pas de la lutte contre une maladie dont il faut se prot\u00e9ger, mais de la r\u00e9sistance \u00e0 la \u00ab\u00a0Peste brune\u00a0\u00bb dont l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie ne constitue qu&rsquo;une all\u00e9gorie.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Mais <a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/litterature\/comment-albert-camus-a-ecrit-la-peste\"><span style=\"color: #0000ff;\">&lt;France Culture&gt;<\/span><\/a> rappelle que ce roman a vu ses ventes s&rsquo;envoler au fil de nos angoisses \u00e9pid\u00e9miques.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Camus h\u00e9site sur le titre \u00e0 donner \u00e0 ce roman\u00a0: \u00ab\u00a0Les S\u00e9par\u00e9s\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Les Prisonniers\u00a0\u00bb sont envisag\u00e9s puis abandonn\u00e9s.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Sur cette page, vous trouverez aussi une analyse des manuscrits originaux de \u00ab\u00a0La Peste\u00a0\u00bb par <strong>Ana\u00efs Dupuy-Olivier,<\/strong> conservatrice, responsable des manuscrits d&rsquo;Albert Camus \u00e0 la BnF\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0Camus a 25 ans quand germe en lui l&rsquo;id\u00e9e, sans doute inspir\u00e9e par Antonin Artaud, d&rsquo;\u00e9crire un roman autour d&rsquo;une \u00e9pid\u00e9mie. \u00c0 ce moment, il n&rsquo;a pas encore \u00e9crit \u00ab\u00a0L&rsquo;Etranger\u00a0\u00bb et l&rsquo;Europe n&rsquo;est pas encore envahie par les nazis. Camus, qui vit \u00e0 Oran, en Alg\u00e9rie, se documente abondamment sur les grandes pestes de l&rsquo;Histoire, et lit les romans incontournables des \u00e9pid\u00e9mies [\u2026]<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-10176 alignleft\" src=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/111920_2236_Vendredi19n2.jpg\" alt=\"\" width=\"318\" height=\"446\" srcset=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/111920_2236_Vendredi19n2.jpg 654w, https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/111920_2236_Vendredi19n2-214x300.jpg 214w\" sizes=\"auto, (max-width: 318px) 100vw, 318px\" \/>[\u2026] Pendant l&rsquo;ann\u00e9e 1941, il commence \u00e0 mettre par \u00e9crit ses id\u00e9es, des plans du roman qu&rsquo;il barre au fur et \u00e0 mesure, des listes de personnages, des bribes de phrases, des brouillons qui sont souvent tr\u00e8s ratur\u00e9s, qui sont \u00e9crits, on le voit bien, avec beaucoup de rapidit\u00e9, sans application, on voit bien que c&rsquo;est une pens\u00e9e en train de se faire. [\u2026]<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Le d\u00e9barquement alli\u00e9 en Afrique du Nord et l&rsquo;entr\u00e9e des Allemands en zone Sud l&#8217;emp\u00eachent de rentrer en Alg\u00e9rie, chez lui : \u00ab\u00a0Comme des rats !\u00a0\u00bb s&rsquo;exclame-t-il dans ses Carnets, et quelques pages plus loin, d\u00e9but 1943 : \u00ab\u00a0Je veux exprimer au moyen de la peste l&rsquo;\u00e9touffement dont nous avons tous souffert<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Camus a 30 ans [1943] quand il termine une premi\u00e8re version de ce qui est devenu La Peste. Il n&rsquo;en est pas content. [\u2026] des multiples corrections [sont] visibles sur le manuscrit original de La Peste : \u00ab\u00a0Albert Camus est revenu sur ce qu&rsquo;il avait \u00e9crit : en annotant, en barrant des mots qui lui semblaient inadapt\u00e9s, en ajoutant des notes en marge\u2026\u00a0\u00bb Pendant trois ans, il b\u00fbche sur une deuxi\u00e8me version : des personnages disparaissent, sept chapitres sont supprim\u00e9s, dix ajout\u00e9s. Il passe d&rsquo;une juxtaposition de points de vue \u00e0 un narrateur unique, le Dr. Rieux, qui nous interroge sur le sens de l&rsquo;existence.\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et cet article de France Culture d&rsquo;insister que<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0Le roman d&rsquo;une \u00e9pid\u00e9mie \u00e0 Oran devient clairement une all\u00e9gorie de la r\u00e9sistance au nazisme, \u00ab\u00a0la peste brune\u00a0\u00bb. Camus y \u00e9num\u00e8re les r\u00e9actions d&rsquo;une collectivit\u00e9 face \u00e0 un fl\u00e9au : l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme du quotidien, la r\u00e9invention de l&rsquo;amour, les profiteurs du march\u00e9 noir, le d\u00e9sespoir, la lutte.\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et comme cela a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9, Camus n&rsquo;est pas content de son roman qu&rsquo;il donne pourtant \u00e0 Gallimard pour une publication en juin 1947. Ce sera un \u00e9norme succ\u00e8s populaire. Il est sur le podium du titre le plus vendu des Editions Gallimard, la m\u00e9daille d&rsquo;or est toujours \u00ab\u00a0<strong>Le Petit Prince<\/strong>\u00a0\u00bb, la m\u00e9daille d&rsquo;argent est d\u00e9j\u00e0 pour Camus avec \u00ab\u00a0<strong>L&rsquo;\u00e9tranger<\/strong>\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Camus se dit&#8230; \u00ab\u00a0<span style=\"color: #c00000;\">d\u00e9concert\u00e9<span style=\"color: #777777;\">\u00a0\u00bb.<br \/>\n<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Il s&rsquo;exprimera ainsi \u00e0 la RDF, en 1950 :<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0Ceux de mes livres qui ont plu m&rsquo;exprimaient mal et ne me ressemblaient pas.\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Un an avant sa mort, il reviendra dans un entretien pour la t\u00e9l\u00e9vision fran\u00e7aise sur la solitude de l&rsquo;\u00e9crivain avant la publication de son \u0153uvre\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0Un \u00e9crivain travaille solitairement. Est jug\u00e9 dans la solitude. Surtout se juge lui-m\u00eame dans la solitude. Cela n&rsquo;est pas bon, ni sain.\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Pour finir, j&rsquo;ai cherch\u00e9 comme exergue, une de ses phrases que sait distiller Camus dans ses \u0153uvres.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0<strong>Les S\u00e9par\u00e9s<\/strong> \u00bb fut un des titres possibles. Il pouvait repr\u00e9senter toute la population d&rsquo;Oran qui \u00e9tait s\u00e9par\u00e9e du reste du monde. Mais le docteur Rieux est aussi s\u00e9par\u00e9 de sa femme tout au long du roman. Elle part en d\u00e9but de roman se faire soigner \u00e0 la montagne parce qu&rsquo;elle est atteinte de tuberculose comme Camus. Elle ne reviendra pas.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et puis, il y a <strong>le journaliste Rambert de Paris<\/strong>, qui est venu \u00e0 Oran et qui s&rsquo;y trouve malencontreusement au moment o\u00f9 les portes de la ville se ferment. Or, il vient d&rsquo;entamer une histoire d&rsquo;amour avec une femme \u00e0 Paris. Il n&rsquo;aura qu&rsquo;un objectif c&rsquo;est de quitter la ville par tous les moyens, forc\u00e9ment ill\u00e9gaux, pour rejoindre sa compagne. En attendant le moment propice, il aide le docteur Rieux. Et quand le plan de fuite peut enfin se r\u00e9aliser, sa fascination pour le d\u00e9vouement du docteur Rieux, un appel int\u00e9rieur de son humanit\u00e9, le font renoncer \u00e0 rejoindre sa douce. Ils restent s\u00e9par\u00e9s et il continue \u00e0 s&rsquo;occuper des pestif\u00e9r\u00e9s d&rsquo;Oran. Il ne se trouve pas parmi les martyrs quand l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie s&rsquo;ach\u00e8ve et c&rsquo;est sa compagne qui le rejoint.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et le r\u00e9cit du docteur Rieux \u00e9crit par Camus trouve alors ces mots\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0Mais d&rsquo;autres, comme Rambert, que le docteur avait quitt\u00e9 le matin m\u00eame en lui disant\u00a0: \u00ab\u00a0Courage, c&rsquo;est maintenant qu&rsquo;il faut avoir raison\u00a0\u00bb avaient retrouv\u00e9s l&rsquo;absent qu&rsquo;ils avaient cru perdu. Pour quelque temps au moins, ils seraient heureux. Ils savaient maintenant que s&rsquo;il est une chose qu&rsquo;on puisse d\u00e9sirer toujours et obtenir quelquefois, c&rsquo;est la tendresse humaine\u00a0\u00bb.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">C&rsquo;est peut-\u00eatre cette phrase qui est la plus utile, la plus consolatrice, la plus n\u00e9cessaire de ce roman pour notre compr\u00e9hension des temps pr\u00e9sents du confinement.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: maroon; font-family: Arial;\">&lt;1492&gt;<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Ils savaient maintenant que s&rsquo;il est une chose qu&rsquo;on puisse d\u00e9sirer toujours et obtenir quelquefois, c&rsquo;est la tendresse humaine. \u00bb Albert Camus, extrait de \u00ab\u00a0La Peste\u00a0\u00bb Il fallait donc lire \u00ab\u00a0La Peste\u00a0\u00bb puisque nous \u00e9tions en confinement. 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