{"id":10066,"date":"2020-11-12T00:30:59","date_gmt":"2020-11-11T23:30:59","guid":{"rendered":"http:\/\/lemotdujour.fr\/?p=10066"},"modified":"2020-11-12T00:30:59","modified_gmt":"2020-11-11T23:30:59","slug":"jeudi-12-novembre-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lemotdujour.fr\/?p=10066","title":{"rendered":"Jeudi 12 novembre 2020"},"content":{"rendered":"<div class=\"mdjTexte\">\u00ab Ce que Jacques ramenait du lyc\u00e9e \u00e9tait inassimilable, et le silence grandissait entre sa famille et lui \u00bb<\/div>\n<div class=\"mdjAuteur\">Albert Camus, \u00ab Le premier homme \u00bb, Page 186. Pour exprimer la s\u00e9paration du monde du lyc\u00e9e et de sa famille<\/div>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">La famille d&rsquo;Albert Camus faisait partie des fran\u00e7ais d&rsquo;Alg\u00e9rie. Mais des fran\u00e7ais pauvres, car il existait des fran\u00e7ais pauvres en Alg\u00e9rie.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">La ville d&rsquo;Alger \u00e9tait majoritairement habit\u00e9e par des europ\u00e9ens, je veux dire des fran\u00e7ais. Les photos d&rsquo;alors nous montrent un Alger couvert d&rsquo;immeubles Haussmannien, comme Paris. Mais c&rsquo;\u00e9tait pour les fran\u00e7ais riches. Le quartier Belcourt \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux familles pauvres.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et c&rsquo;\u00e9tait dans ce quartier que le petit Albert habitait avec sa famille, rue de Lyon au <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/belcourtois.com\/index.php\/ou-habitait-il-exactement\/\">num\u00e9ro 93<\/a><\/span>.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">La famille maternelle, comme la famille paternelle \u00e9taient pauvres. Mais la situation avait empir\u00e9 quand le p\u00e8re d&rsquo;Albert dut partir d&rsquo;Alg\u00e9rie pour rejoindre l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">D\u00e8s son d\u00e9part, la m\u00e8re handicap\u00e9e n&rsquo;a pu faire autrement que rejoindre sa m\u00e8re, la tyrannique Marie Cardona-Sintes qui habitait cette adresse du quartier Belcourt.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Camus dans \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/emissions-speciales\/lenvers-et-lendroit\"><span style=\"color: #0000ff;\">l&rsquo;Envers et l&rsquo;Endroit\u00a0<\/span><\/a>\u00bb, d\u00e9crit cette maison tout en parlant de lui \u00e0 la troisi\u00e8me personne\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\"><em>\u00ab\u00a0Ce quartier, cette maison ! Il n&rsquo;y avait qu&rsquo;un \u00e9tage et les escaliers n&rsquo;\u00e9taient pas \u00e9clair\u00e9s. Maintenant encore, apr\u00e8s de longues ann\u00e9es, il pourrait y retourner en pleine nuit. Il sait qu&rsquo;il grimperait l&rsquo;escalier \u00e0 toute vitesse sans tr\u00e9bucher une seule fois. Son corps m\u00eame est impr\u00e9gn\u00e9 de cette maison. Ses jambes conservent en elles la mesure exacte de la hauteur des marches. Sa main, l&rsquo;horreur instinctive, jamais vaincue, de la rampe d&rsquo;escalier. Et c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 cause des cafards.\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/em><\/span><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"https:\/\/lemotdujour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/111120_2324_Jeudi12nove1.png\" alt=\"\" align=\"left\" \/><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Dans ce petit trois-pi\u00e8ces pouilleux vivaient donc la grand-m\u00e8re, la m\u00e8re, son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, Lucien, et \u00e9galement l&rsquo;oncle, fr\u00e8re de la m\u00e8re, sourd aussi. Oncle avec lequel il avait une relation affectueuse et qu&rsquo;il rejoignait parfois dans l&rsquo;usine de tonnellerie dans laquelle il travaillait.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et cette situation de pauvret\u00e9 qu&rsquo;il a v\u00e9cue, va donner \u00e0 Camus les mots pour faire comprendre ce que cela signifie.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Pauvre, veut \u00e9videmment dire qu&rsquo;on s&rsquo;inqui\u00e8te du lendemain, de ce que l&rsquo;on va pouvoir manger, des habits qu&rsquo;on pourra se mettre ou qu&rsquo;il faudra remplacer, du co\u00fbt des soins en cas de p\u00e9pin de sant\u00e9. Tout cet aspect mat\u00e9riel est essentiel et on y songe spontan\u00e9ment quand on est \u00e9pargn\u00e9 de ces soucis et qu&rsquo;on pense \u00e0 un pauvre.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Mais Camus nous \u00e9claire davantage sur les cons\u00e9quences psychiques, l&rsquo;enfermement et la s\u00e9paration avec le monde de la culture.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Ainsi, il d\u00e9crit un \u00e9change avec sa m\u00e8re dans sa recherche du p\u00e8re pour arriver \u00e0 capter des souvenirs, mieux comprendre qui \u00e9tait son p\u00e8re.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Il interroge sa m\u00e8re, la presse de questions. Elle ne r\u00e9pond pas de mani\u00e8re pr\u00e9cise. Il constate qu&rsquo;elle se contredit, alors il la bouscule un peu plus par d&rsquo;autres interrogations en la confrontant \u00e0 ses incoh\u00e9rences.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et puis\u2026<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Il s&rsquo;arr\u00eate et il \u00e9crit ceci\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0Elle disait oui, c&rsquo;\u00e9tait peut-\u00eatre non, il fallait remonter dans le temps \u00e0 travers une m\u00e9moire ent\u00e9n\u00e9br\u00e9e, rien n&rsquo;\u00e9tait s\u00fbr.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">La m\u00e9moire des pauvres d\u00e9j\u00e0 est moins nourrie que celles des riches, elle a moins de rep\u00e8res aussi dans le temps d&rsquo;une vie uniforme et grise. Bien s\u00fbr, il y a la m\u00e9moire du c\u0153ur dont on dit qu&rsquo;elle est la plus s\u00fbre, mais le c\u0153ur s&rsquo;use \u00e0 la peine et au travail, il oublie vite sous le poids des fatigues.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Le temps perdu ne se retrouve que chez les riches. Pour les pauvres, il marque seulement les traces vagues du chemin de la mort. Et puis, pour bien supporter, il ne faut pas trop se souvenir, il fallait se tenir tout pr\u00e8s des jours, heure apr\u00e8s heure, comme le faisait sa m\u00e8re, un peu par force sans doute, puisque cette maladie de jeunesse l&rsquo;avait laiss\u00e9e sourde et avec un embarras de parole, puis l&rsquo;avait emp\u00each\u00e9 d&rsquo;apprendre ce qu&rsquo;on enseigne m\u00eame aux plus d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s, et forc\u00e9e donc \u00e0 la r\u00e9signation muette, mais c&rsquo;\u00e9tait aussi la seule mani\u00e8re qu&rsquo;elle ait trouv\u00e9e de faire face \u00e0 sa vie, et que pouvait-elle faire d&rsquo;autre, qui \u00e0 sa place aurait trouv\u00e9 autre chose ? \u00bb<br \/>\n<em>Page 79<br \/>\n<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">C&rsquo;est bouleversant.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">La m\u00e9moire des pauvres est moins nourrie que celles des riches et elle a moins de rep\u00e8res.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Avec son ami Pierre qui sera aussi un excellent \u00e9l\u00e8ve, ils aiment l&rsquo;\u00e9cole et leur instituteur, M Bernard dans le livre et M Germain dans la vraie histoire. L&rsquo;\u00e9cole leur permet de sortir du monde de l&rsquo;enfermement de la pauvret\u00e9.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">L\u00e0 encore, les mots de Camus sont d&rsquo;une justesse et d&rsquo;une \u00e9motion sans pareille\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0Seule l&rsquo;\u00e9cole donnait \u00e0 Jacques et \u00e0 Pierre ces joies. Et sans doute ce qu&rsquo;ils aimaient si passionn\u00e9ment en elle, c&rsquo;est ce qu&rsquo;ils ne trouvaient pas chez eux, o\u00f9 la pauvret\u00e9 et l&rsquo;ignorance rendaient la vie plus dure, plus morne, comme referm\u00e9e sur elle-m\u00eame\u00a0: la mis\u00e8re est une forteresse sans pont-levis.<br \/>\n<em>page137<\/em>\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\"><strong>Une forteresse sans pont-levis<\/strong>, c&rsquo;est-\u00e0-dire dont on ne sort pas.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Mais le plus terrible c&rsquo;est quand Pierre et Jacques vont quitter l&rsquo;\u00e9cole, quitter leur quartier pour aller au lyc\u00e9e du centre-ville. Avant cela, ils vivaient entre eux, la pauvret\u00e9 \u00e9tait leur univers. Ils consid\u00e9raient que c&rsquo;\u00e9tait la normalit\u00e9.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Mais au lyc\u00e9e, ils vont s&rsquo;apercevoir que la plupart des enfants qui s&rsquo;y trouve ne sont pas pauvres comme eux. Il se dessine une s\u00e9paration\u00a0: deux mondes. Le monde du lyc\u00e9e dont Camus ne pouvait pas parler dans sa famille car elle ne pouvait pas comprendre ce qui se passait au lyc\u00e9e. Et le monde de sa famille qui ne pouvait \u00eatre expliqu\u00e9 au lyc\u00e9e.\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0Pierre et lui s&rsquo;aper\u00e7urent tr\u00e8s vite qu&rsquo;ils \u00e9taient seuls. M. Bernard, lui-m\u00eame, que d&rsquo;ailleurs ils n&rsquo;osaient pas d\u00e9ranger, ne pouvait rien leur dire sur ce lyc\u00e9e qu&rsquo;il ignorait. Chez eux, l&rsquo;ignorance \u00e9tait encore plus totale.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Pour la famille de Jacques, le latin par exemple \u00e9tait un mot qui n&rsquo;avait rigoureusement aucun sens.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Qu&rsquo;il y ait eu (en dehors des temps de la bestialit\u00e9, qu&rsquo;ils pouvaient au contraire imaginer) des temps o\u00f9 personne ne parlait fran\u00e7ais, que des civilisations (et le mot m\u00eame ne signifiait rien pour eux) se fussent succ\u00e9d\u00e9 dont les usages et la langue fussent \u00e0 ce point diff\u00e9rents, ces v\u00e9rit\u00e9s n&rsquo;\u00e9taient pas parvenues jusqu&rsquo;\u00e0 eux. Ni l&rsquo;image, ni la chose \u00e9crite, ni l&rsquo;information parl\u00e9e, ni la culture superficielle qui na\u00eet de la banale conversation ne les avaient atteints.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Dans cette maison, o\u00f9 il n&rsquo;y avait pas de journaux, ni, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que Jacques en import\u00e2t, de livres, pas de radio non plus, o\u00f9 il n&rsquo;y avait que des objets d&rsquo;utilit\u00e9 imm\u00e9diate, o\u00f9 l&rsquo;on ne recevait que la famille, et que l&rsquo;on ne quittait que rarement et toujours pour rencontrer des membres de la m\u00eame famille ignorante, ce que Jacques ramenait du lyc\u00e9e \u00e9tait inassimilable, et le silence grandissait entre sa famille et lui.\u00a0\u00bb<br \/>\n<em>Page 186<\/em><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Deux mots pour exprimer cette incompr\u00e9hension\u00a0: <strong>inassimilable<\/strong> et le <strong>silence<\/strong><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Je pense qu&rsquo;il s&rsquo;agit encore d&rsquo;un probl\u00e8me actuel o\u00f9 certaines familles ne peuvent pas assimiler ce qui se passe au lyc\u00e9e ou pendant les \u00e9tudes et qui conduisent \u00e0 des enfants qui se sentent \u00e9cartel\u00e9s entre deux mondes.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Car du c\u00f4t\u00e9 du lyc\u00e9e, il y a aussi s\u00e9paration.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0Au lyc\u00e9e m\u00eame, il ne pouvait parler de sa famille, dont il sentait la singularit\u00e9 sans pouvoir la traduire, si m\u00eame il avait triomph\u00e9 de l&rsquo;invincible pudeur qui lui fermait la bouche sur ce sujet.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Ce n&rsquo;\u00e9tait m\u00eame pas la diff\u00e9rence des classes qui les isolait. Dans ce pays d&rsquo;immigration, d&rsquo;enrichissement rapide et de ruines spectaculaires, les fronti\u00e8res entre les classes \u00e9taient moins marqu\u00e9es qu&rsquo;entre les races. Si les enfants avaient \u00e9t\u00e9 arabes, leur sentiment e\u00fbt \u00e9t\u00e9 plus douloureux et plus amer. Du reste, alors qu&rsquo;ils avaient des camarades arabes \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole communale, les lyc\u00e9ens arabes \u00e9taient l&rsquo;exception, et ils \u00e9taient toujours des fils de notables fortun\u00e9s.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Non, ce qui les s\u00e9parait, et plus encore Jacques que Pierre, parce que cette singularit\u00e9 \u00e9tait plus marqu\u00e9e chez lui que dans la famille de Pierre, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;impossibilit\u00e9 o\u00f9 il \u00e9tait de la rattacher \u00e0 des valeurs ou des clich\u00e9s traditionnels.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Aux interrogations du d\u00e9but d&rsquo;ann\u00e9e, il avait pu r\u00e9pondre certainement que son p\u00e8re \u00e9tait mort \u00e0 la guerre, ce qui \u00e9tait en somme une situation sociale, et qu&rsquo;il \u00e9tait pupille de la nation, ce qui s&rsquo;entendait de tous.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Mais, pour le reste, les difficult\u00e9s avaient commenc\u00e9. Dans les imprim\u00e9s qu&rsquo;on leur avait remis, il ne savait que mettre \u00e0 la mention \u00ab profession des parents \u00bb. Il avait d&rsquo;abord mis \u00ab\u00a0m\u00e9nag\u00e8re\u00a0\u00bb pendant que Pierre avait mis \u00ab employ\u00e9e des P.T.T. \u00bb.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Mais Pierre lui pr\u00e9cisa que m\u00e9nag\u00e8re n&rsquo;\u00e9tait pas une profession mais se disait d&rsquo;une femme qui gardait la maison et faisait son m\u00e9nage. \u00ab Non, dit Jacques, elle fait le m\u00e9nage des autres et surtout celui du mercier d&rsquo;en face. Eh bien, dit Pierre, en h\u00e9sitant, je crois qu&rsquo;il faut mettre domestique \u00bb.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">Cette id\u00e9e n&rsquo;\u00e9tait jamais venue \u00e0 Jacques pour la simple raison que ce mot, trop rare, n&rsquo;\u00e9tait jamais prononc\u00e9 chez lui. Pour la raison aussi que personne chez eux, n&rsquo;avait le sentiment qu&rsquo;elle travaillait pour les autres, elle travaillait d&rsquo;abord, pour ses enfants. Jacques se mit \u00e0 \u00e9crire le mot, s&rsquo;arr\u00eata et d&rsquo;un seul coup, connut la honte et la honte d&rsquo;avoir eu honte\u00a0\u00bb<br \/>\n<em>Pages 186 &amp; 187<br \/>\n<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">La honte puis la honte d&rsquo;avoir eu honte.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Et aussi une appr\u00e9hension diff\u00e9rente du monde, un autre regard : dans la famille de Camus on pensait que la m\u00e8re travaillait pour ses enfants, chez les \u00e9rudits on jugeait qu&rsquo;elle travaillait pour les autres.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">L&rsquo;enfant est mal \u00e0 l&rsquo;aise dans ce lyc\u00e9e dans lequel la quasi-totalit\u00e9 des lyc\u00e9ens n&rsquo;est pas comme lui. Parce que l&rsquo;enfant se d\u00e9finit par rapport aux adultes, \u00e0 sa famille. Albert Camus ajoute\u00a0:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-left: 28pt;\"><span style=\"color: #c00000; font-family: Arial;\">\u00ab\u00a0Un enfant n&rsquo;est rien par lui-m\u00eame, ce sont ses parents qui le repr\u00e9sentent. C&rsquo;est par eux qu&rsquo;il se d\u00e9finit, qu&rsquo;il est d\u00e9fini aux yeux du monde. C&rsquo;est \u00e0 travers eux qu&rsquo;il se sent jug\u00e9 vraiment, c&rsquo;est-\u00e0-dire jug\u00e9 sans pouvoir faire appel.\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #777777; font-family: Arial;\">Le \u00ab\u00a0<strong>premier homme<\/strong>\u00a0\u00bb est un chef d&rsquo;\u0153uvre.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: maroon; font-family: Arial;\">&lt;1486&gt;<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Ce que Jacques ramenait du lyc\u00e9e \u00e9tait inassimilable, et le silence grandissait entre sa famille et lui \u00bb Albert Camus, \u00ab Le premier homme \u00bb, Page 186. 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