Mercredi 4 novembre 2020

« La nuit américaine »
Expression à multiples facettes

J’avais déjà parlé de la nuit américaine lors du mot du jour du <7 octobre 2014> qui rendait hommage à François Truffaut et à son film qui portait ce nom.

J’expliquais alors que « la nuit américaine » est le nom d’une technique, au cinéma, qui consiste à tourner des scènes nocturnes en plein jour.

Par chance je n’avais pas utilisé cette expression comme exergue, elle est donc disponible pour décrire cette nuit qui s’achève et au cours de laquelle les résultats des présidentielles américaines nous arrivent peu à peu.

Au moment où j’écris cet article, je ne connais rien du résultat.

France Inter a donné pour titre à l’émission qu’elle consacre à cet évènement « la nuit américaine ».

Il peut aussi être donné un autre sens à cette expression.

Le 20 janvier 2017, Donald Trump prenait les clés de la Maison Blanche.

J’avais écrit un mot du jour le <23 janvier 2017> en m’appuyant sur un dessin.

Dessin dans lequel, Obama sort de la pièce et éteint la lumière.

Les Etats-Unis étaient plongés dans la nuit.

Quatre ans sont passés.

Il n’y a pas eu de guerre provoquée par Trump, heureusement.

Mais pour le reste ce fut un désastre pour l’intelligence, pour la vérité, pour la décence, pour la raison . La première vraie crise qu’il a eu à traverser fut celle du COVID 19. Il a alors montré toutes les limites de ses méthodes et de sa manière d’agir.

J’espère profondément qu’il n’y aura pas de quatre ans de plus de Trump.

Je sais bien que Biden, s’il est élu, ne fera pas jaillir une lumière éclatante chassant l’obscurité. Mais il mettra un peu de décence dans tous ce chaos.

Lors du mot du jour du 23 janvier je concluais de manière optimiste :

« Trump est déjà impopulaire, il ne sera probablement qu’une parenthèse dans le temps long de l’Histoire. »

Mais comme je l’avais dit tantôt, les prévisions sont périlleuses, surtout lorsqu’elle concerne l’avenir.

Et je crois que si Trump est battu, les problèmes et la colère profonde d’une partie des citoyens blancs américains ne cessera pas.

Daniel, dans un commentaire récent a écrit :

« Je ne suis pas totalement sûr que Trump soit le problème de la division de l’Amérique, je pense plutôt qu’il en est le symptôme »

Je crois qu’il a raison, même si l’attitude, le comportement, la personnalité de Trump en tant que président des Etats-Unis est un problème en soi.

Mais les éléments de symptômes qui ont conduit à l’élection de Trump resteront après cette élection qu’elle que soit le résultat de ces élections transatlantique.

Sur le site de la Radiotélévision Belge, divers intervenants essayent d’expliquer le trumpisme et les symptômes de cette maladie.

D’abord qu’est ce que le trumpisme ?

« Le trumpisme c’est un style, un mode de gouvernance, lié à la personnalité de Donald Trump. Selon Bernard Rimé, professeur de psychologie sociale à l’UCLouvain, “aux enfants on apprend certaines règles qui permettent de maintenir le consensus social. Chez Trump il y a une recherche de la satisfaction immédiate, c’est un comportement infantile, il n’y a pas de contrôle interne. Son comportement viole un certain consensus social, un consensus qui impose certaines règles donc un renoncement mais ça, renoncer, cela demande un certain effort. […] Normalement on intériorise ces règles mais chez lui c’est inexistant. […] un autre trait de caractère qui définit la personnalité de Donald Trump, c’est le narcissisme. »

Mais d’où vient le trumpisme ?

« “Donald Trump semble être un symptôme plutôt qu’une cause, il n’est pas arrivé là par hasard, et les conditions de son élection de 2016 sont toujours là”, décrypte Hélène Landemore.

Le contexte est favorable à l’émergence d’un “populiste” comme Donald Trump, estiment de nombreux observateurs. En effet, beaucoup estiment que les Etats-Unis sont en train de traverser une crise profonde à plusieurs niveaux : identitaire, une crise de la mondialisation, et une crise institutionnelle qui remet en cause un système favorable aux élites. Et cette crise qui a rendu possible l’élection de Donald Trump en 2016, n’a pas été créé par lui. […]

Selon Bertrand Badie, professeur émérite à Science-Po Paris, la crise identitaire est profonde, “il y a une peur de l’évolution démographique, une peur de devenir minoritaire, de l’inversion de la majorité”. A cela s’ajoute “une découverte qui est vraie. Les classes moyennes s’aperçoivent qu’elles n’ont pas profité de la mondialisation, qu’elles ne se sont pas enrichies”. Et d’ajouter, “avec Trump c’est le versant populiste du républicanisme”.

Et c’est ce versant qui fonctionne car il y a “une vague de dégagisme liée à une vraie perte de confiance dans les élites. Lorsque l’on regarde, par exemple, la composition du Congrès aux Etats-Unis, on se rend compte que 82% de la population est représentée par 10% des plus riches. […] 90% des gens n’obtiennent pas les politiques publiques liées à leurs préférences, ce qui crée un fossé”, analyse Hélène Landemore. »

Trump me semble, en effet, répondre à 3 sentiments de l’Amérique profonde :

  • Le constat par la classe moyenne américaine que la globalisation lui est devenu défavorable ;
  • La crainte par les hommes blancs de perdre le leadership au profit des autres habitants des Etats-Unis ;
  • L’hystérie d’évangélistes et de conservateurs qui veulent aller aussi loin que possible dans le maintien voire le retour en arrière vers des valeurs religieuses et familiales archaïques.

Bien sûr si Trump est le symptôme; il n’a pas le début d’une solution à moyen et long terme pour régler ces problèmes et apaiser la société américaine.

<1482>

Jeudi 1er octobre 2020

« Alors ce que nous devons à la Grèce, la Démocratie et la Philosophie seraient ensemble dans une même scène apaisée. Mais cela ne s’est pas du tout passé comme cela !»
Patrick Boucheron qui raconte le Procès de Socrate dans l’émission « Quand l’Histoire fait date »

Nous sommes donc tombés encore plus bas que lors du débat entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron.

Le débat entre Trump et Biden a été pire que ce que l’on pouvait imaginer

Pour l’éditorialiste Dan Balz, du Washington Post :

« Aucune personne vivante n’avait jamais assisté à un débat comme celui-ci. Un festival de cris inconvenants, d’interruptions et d’insultes personnelles. C’était une insulte au public et un triste exemple de l’état de la démocratie américaine, cela cinq semaines avec les élections ».

Pour le site « Politico » le débat fut un « moment épique de honte nationale ».

« Annulez les deux prochains débats » supplie le magazine « Time »

Le chaos est presqu’uniquement imputable à l’occupant actuel de la Maison Blanche. Il est arrivé à rendre Joe Biden sympathique. Et quand ce dernier l’a traité de « clown », de « menteur », de « raciste » et surtout quand il a fini par lâcher : « Tu vas la fermer, mec ? » (« Will you shut up, man », en anglais), nous ne pouvions que l’approuver.

Il y a encore plus inquiétant lorsque Trump refuse de s’engager à reconnaître le résultat du scrutin, laissant entendre que s’il perd cela ne peut être qu’en raison de tricheries de ses adversaires.

Et il prépare les ferments de guerre civile en refusant de condamner les milices d’extrême droite qu’on appelle les suprémacistes et même encore plus grave quand il envoie, en plein débat, ce message explicite à l’organisation d’extrême droite : «Proud Boys, mettez-vous en retrait, tenez-vous prêts». <Le Figaro> explique qui sont ces hommes misogynes, racistes et amateurs d’armes à feu.

Est-ce ainsi que les démocraties finissent ?

Parallèlement j’ai regardé un nouvel épisode de cette remarquable série que Diffuse ARTE et dans laquelle l’historien Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, nous raconte les dates marquantes de l’Histoire. Mais il ne raconte pas seulement ce qui s’est passé à cette date, mais aussi avant et après, le contexte qui explique ce qui s’est passé et les conséquences jusqu’à nos jours de cet évènement : <Quand l’Histoire fait dates>.

Cette fois la date étudiée se situait il y a 2400 ans, plus exactement 2419 ans en -399, dans la cité d’Athènes. <-399, le procès de Socrate | Quand l’histoire fait dates | ARTE>

Il introduit son sujet ainsi

« De quoi sommes-nous redevables à l’Athènes du 5ème siècle. De ce passé ancien, ensoleillé.
On dirait deux choses : La philosophie d’une part, la Démocratie, d’autre part.
On aimerait tant que ce soit la Philosophie et la Démocratie, la Philosophie avec la Démocratie.
On aimerait tant voir Socrate converser avec des citoyens qui l’interpelleraient et lui répondrait.
Et de ce dialogue naîtrait un rapport raisonnable qu’on appellerait la Politique

Alors tout serait raccordé
Alors ce que nous devons à la Grèce, la Démocratie et la Philosophie seraient ensemble dans une même scène apaisée.
Mais cela ne s’est pas du tout passé comme cela ! »

Patrick Boucheron va développer son propos pendant une demi-heure : <-399, le procès de Socrate | Quand l’histoire fait dates | ARTE>

Le procès de Socrate est l’un des procès les plus célèbres de l’Histoire.

Il était accusé de corrompre la jeunesse, de nier les dieux de la cité et d’introduire des divinités nouvelles. Pour cette raison il sera condamné à mort, il avait 70 ans. Contrairement aux demandes pressantes de ses amis, il refusera de s’enfuir et se soumettra à la décision du Tribunal de la démocratie athénienne, il boira la cigüe.

Nous connaissons cette histoire par le récit qu’ont en fait deux de ses disciples Platon et Xénophon, dans leur Apologie de Socrate respective.

Évidemment nous n’entendons ainsi qu’une partie au Procès. Platon développera des thèses très anti-démocratiques, la démocratie a tué son maître et l’homme qu’il admirait le plus.

De très nombreux ouvrages ont discuté de ce procès.

Boucheron aborde un sujet développé ces dernières années qui est l’opinion de Socrate sur la démocratie avant le procès. Parce ce que les chefs d’accusation sont la corruption de la jeunesse et une question sur les dieux de la cité. Dans l’apologie de Socrate il n’est pas question d’une atteinte à la démocratie athénienne. Mais il semble qu’il y a aussi un conflit sous-jacent à ce sujet.

Car la cité d’Athènes est une démocratie qui se trouve en difficulté au moment du Procès de Socrate.

Athènes est durant le Ve siècle la cité la plus puissante du monde grec. Mais la guerre du Péloponnèse contre Sparte et ses alliés, commencée en -431, se termine par une terrible défaite.

À la fin de la guerre, c’est le régime démocratique lui-même qui est mis en cause.

Il y eut une première tentative pour renverser la démocratie en 411 et en 404, une nouvelle tentative, dirigée par Théramène, institue le régime des Trente qui est un régime oligarchique.

La défaite fut attribuée à une prétendue perte des valeurs traditionnelles. Ce n’est pas très éloigné des blancs qui font le succès de Trump et qui pense que l’Amérique est en train de perdre la guerre de la mondialisation, parce qu’elle a abandonné ses valeurs originelles. C’est exactement les thèses défendues par les suprémacistes.

Pour revenir à Socrate et son opinion par rapport à la démocratie, on lit dans <Wikipedia>

« Les opinions politiques qu’on lui attribue et qu’ont embrassées certains de ses disciples n’aident pas sa défense. Critias, un ancien élève de Socrate, a été l’un des chefs de file des Trente tyrans, un groupe d’oligarques favorables à Sparte qui dirige Athènes durant un peu plus de sept mois, de mai 404 à janvier 403, après la fin de la guerre du Péloponnèse. Durant cette même guerre, Alcibiade, un des principaux disciples de Socrate durant sa jeunesse, a trahi Athènes en rejoignant le camp des spartiates. De plus, d’après les portraits laissés par des disciples de Socrate, ce dernier épouse ouvertement certaines vues anti-démocratiques, estimant que ce n’est pas l’opinion de la majorité qui donne une politique correcte, mais plutôt le savoir et la compétence professionnelle, qualités que peu d’hommes possèdent. Platon le décrit aussi comme très critique envers les citoyens les plus importants et les plus respectés de la démocratie athénienne ; il le montre affirmant que les responsables choisis par le système athénien de gouvernement ne peuvent être regardés de façon crédible comme des bienfaiteurs, car ce n’est pas un groupe nombreux qui bénéficie de leur politique, mais « un seul homme […] ou alors un tout petit nombre ». Enfin Socrate est connu pour louer les lois des régimes non démocratiques de Sparte et de la Crète. »

L’historien , Paulin Ismard a écrit un livre en 2013 « L’événement Socrate » : dans lequel il revient sur « l’affaire » Socrate et pose la question : <Socrate, ennemi de la démocratie ?>

Dans l’entretien au Point il explique :

« Mais sa condamnation s’explique aussi en partie par le contexte politique athénien de la charnière des Ve et IVe siècles. A la fin de la guerre du Péloponnèse (431-404), les partisans du régime oligarchique profitent du soutien des troupes spartiates pour renverser le régime démocratique et instaurer durant quelques mois ce qui s’avère rapidement être une pure tyrannie, connue sous le nom de régime des Trente. Le procès de Socrate se déroule quatre ans après ces événements, à un moment où le camp démocrate, désormais tout-puissant, désire solder ses comptes avec ses anciens adversaires. A cette date, Socrate est clairement assimilé aux anciens partisans de l’oligarchie dans la mesure où plusieurs de ses disciples (dont Critias, l’idéologue des Trente) ont participé à son instauration. Socrate lui-même, contrairement à de nombreux Athéniens, était resté dans la ville durant les heures les plus sombres du régime des Trente, ce qui devait apparaître aux yeux de nombreux citoyens comme un témoignage de soutien.

[…] Incontestablement, la philosophie politique socratique, d’après ce qu’en rapporte l’ensemble de ses disciples, était hostile aux principes fondamentaux du régime démocratique, le cœur du différend portant sur la place octroyée au savoir dans l’exercice du pouvoir. Socrate pouvait apparaître comme un promoteur du gouvernement des experts, alors que le régime démocratique athénien refusait que la compétence technique puisse être un titre à gouverner. ».

Ce sont finalement des débats très actuels.

Si la démocratie conduit à ce que le peuple souverain élise un type comme Trump, ne faut-il remettre en cause la démocratie ?

Et comme le pense le philosophe Socrate donner le pouvoir à ceux qui savent ?

C’est un peu ce que l’Union européenne, essaye de mettre en place et qui est dénoncé par Emmanuel Todd ou Michel Onfray.

J’avais évoqué ce sujet lors de mots du jour. Par exemple mercredi 21 octobre 2015 : « Mon mandat ne provient pas du peuple européen. » qui est une phrase qu’a tenue Cécilia Malmström, la commissaire européenne, en 2015, chargée du commerce et donc des négociations du TTIP ou TAFTA, ou celui du mercredi 25 mars 2015 qui rapportait les propos d’un fonctionnaire européen : «Ne vous inquiétez pas, en Europe nous avons le système qui permet de ne pas tenir compte des élections.»

Sommes-nous condamnés à choisir entre un gouvernement des experts ou un gouvernement à la Trump ?

N’est ce pas des gouvernements d’experts qui ont conduit à élire des gens comme Trump ?

Boucheron prétend que nous ne sommes pas encore remis de cette divergence initiale entre la philosophie et la démocratie qui a eu lieu il y a 2400 ans.

<-399, le procès de Socrate | Quand l’histoire fait dates | ARTE>

<1465>

 

Jeudi 2 juillet 2020

«Quand j’achète quelque chose, quand tu achètes toi, on ne le paye pas avec de l’argent. On le paye avec du temps de vie qu’il a fallu dépenser pour gagner cet argent.»
José Mujica, Président de l’Uruguay de 2010 à 2015

Le documentaire « Human » dont je parlais hier, présente presqu’exclusivement des femmes et hommes inconnues du monde médiatique.

Il y a quelques exceptions et je voudrai revenir sur une de ces exceptions. Il s’agit de José Mujica, surnommé Pepe Mujica. Il a été Président de l’Uruguay de 2010 à 2015.

Il a été remarqué par son refus des avantages octroyés par sa fonction de président de la République.

Vous vous souvenez que François Hollande avait voulu être un « Président normal ». Et beaucoup en découvrant José Mujica ont pensé que c’était lui « Le président normal ». C’est pour cette raison que je lui ai déjà consacré un mot du jour, celui du < 5 novembre 2013>

Il a été guérillero des Tupamaros dans les années 60-70 et pour cette raison il a été détenu par la dictature entre 1973 et 1985.

Pendant sa présidence, il n’a pas seulement été normal et soucieux de rester très simple. <Wikipedia> nous apprend que

« La part des dépenses sociales dans le total des dépenses publiques passe ainsi de 60,9 % à 75,5 % entre 2004 et 2013. Durant cette période, le taux de chômage passe de 13 % à 7 %, le taux de pauvreté national de 40 % à 11 % et le salaire minimum a été rehaussé de 250 %.

Il soutient par ailleurs le renforcement des syndicats. D’après la Confédération syndicale international, l’Uruguay est devenu le pays le plus avancé d’Amérique en matière de respect « des droits fondamentaux du travail, en particulier la liberté syndicale, le droit à la négociation collective et le droit de grève » […] En octobre 2012, le Parlement vote la légalisation de l’avortement. Contrairement à son prédécesseur, qui avait mis son veto à cette légalisation, Mujica fait approuver la loi. L’Uruguay devient ainsi le deuxième pays d’Amérique latine à autoriser l’avortement après Cuba. En avril 2013, les parlementaires approuvent définitivement une loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe. »

Il reversait aussi la quasi-totalité de ses revenus à un programme de logement social.

Certains libéraux expriment un bilan plus critique sur sa présidence en insistant sur le fait qu’il a fait augmenter la dette du pays.

Dans le documentaire indiqué hier, il n’apparait que 2 minutes. Mais dans son cas, il existe en ligne un extrait de cet entretien plus long. Il dure environ 10 minutes : <L’interview de José Mujica – URUGUAY>

Il commence ainsi son entretien :

« J’ai été paysan pour gagner ma vie.
Puis je me suis engagé dans la lutte pour transformer et améliorer la vie de ma société.
Aujourd’hui je sui Président et demain comme tout le monde je ne serai qu’un tas d’asticots et je disparaîtrai. »

Mais ce que je voudrais surtout partager se situe à partir de 1’30. C’est aussi cet extrait qui a été repris dans le documentaire :

« J’ai beaucoup réfléchi à tout cela.
J’ai passé plus de 10 ans dans un cachot.
J’ai eu le temps de réfléchir.
J’ai passé plus de 7 ans sans ouvrir un livre.
Et voilà ce que j’ai découvert.

Soit on est heureux avec peu de choses, sans s’encombrer, car le bonheur on l’a en soi. Soit on n’arrive à rien.

Je ne fais pas l’apologie de la pauvreté mais de la sobriété.

Mais nous avons inventé la société de consommation en quête perpétuelle de croissance. Pas de croissance, c’est le drame.

On s’est inventé une montagne de besoins superflus. Il faut constamment jeter, acheter, jeter et c’est notre vie qu’on dilapide.

Quand j’achète quelque chose, quand tu achètes toi, on ne le paye pas avec de l’argent.

On le paye avec du temps de vie qu’il a fallu dépenser pour gagner cet argent.

A cette différence près que la vie, elle ne s’achète pas. La vie ne fait que s’écouler.

Et il est lamentable de gaspiller sa vie à perdre sa liberté. »

Pour consommer, et pour beaucoup acheter du futile ou du superflu, on paie formellement avec de l’argent, mais en réalité c’est du temps de vie que nous donnons. Le temps de vie nécessaire pour pouvoir acquérir l’argent de la consommation.

Le cinéaste serbe Emir Kusturica a tourné un documentaire sur cet homme étonnant. <Cet article> d’un journal canadien parle de cette rencontre.

<1449>

Jeudi 25 juin 2020

«Le point Godwin»
L’instant dans un débat ou dans une discussion où apparait la comparaison avec Hitler ou les nazis

Au commencement, il n’était pas question de « point » mais de Loi Godwin et cette dernière s’appliquait aux discussions en ligne. Reprenons cela.

C’est un avocat américain qui s’appelle Mike Godwin qui a énoncé cette Loi empirique en 1990 :

« Plus une discussion en ligne dure, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de un. »

Ce qui signifie que la probabilité qu’elle se réalise est proche de 100%

Xavier de La Porte avait consacré une chronique en 2014 à ce sujet : <Pour en finir avec le point Godwin>. Il rappelle que Mike Godwin a réalisé ses observations sur Usenet qui constituait des prémices de l’Internet .

C’est pourquoi cette règle s’appliquera facilement à Internet dans une logique de continuité.

Xavier de La Porte fait remonter cette Loi à un philosophe allemand :

« En fait, Mike Godwin applique aux conversations en ligne un phénomène identifié dès le début des années 1950 par le philosophe Léo Strauss sous le nom de « reductio ad hitlerum » (« réduction à Hitler »), et qui consiste à disqualifier l’argumentation de l’adversaire en l’associant à Hitler, au Nazi ou à toute autre idéologie honnie de l’Histoire. »

<Wikipedia> est une nouvelle fois d’un grand secours et permet d’apporter à la fois des nuances et des précisions.

Dans son application première, la Loi de Godwin entend conceptualiser ce moment où l’argument disparaît pour être transformé en des analogies extrêmes essayant de discréditer la position de l’adversaire. Il constitue aussi l’arrêt de la discussion puisque les arguments cessent.

La nuance est que la comparaison avec les nazis n’est pas toujours une figure rhétorique mais peut être légitime quand des paroles ou des actions peuvent rappeler l’époque nazi. C’est le cas lorsque certains commencent à évoquer des discriminations ethniques ou religieuses.

Par exemple, Mike Godwin est intervenu lui-même dans la presse au cours des manifestations de Charlottesville d’août 2017 (rassemblant des supremacistes blancs, des néonazis et d’autres branches de l’alt-right américaine) pour dire que, bien sûr, les participants aux marches pouvaient être comparés à des nazis :

Mais ce n’est pas dans ce cas que la Loi Godwin est pertinente. Il faut plutôt que le sujet de la discussion soit très éloigné d’un quelconque débat idéologique, une comparaison de ce genre est alors considérée comme un signe d’échec de la discussion.

Wikipedia précise :

« Selon Mike Godwin, « le point Godwin » est une expression qui s’est développée dans les milieux francophones : « Pour être tout à fait clair, j’ai inventé la « loi de Godwin », pas « le point Godwin » – cette expression s’est développée chez les francophones. Ceux-ci parlent de « point Godwin » quand ils atteignent, dans la discussion, le stade de la comparaison avec les nazis : ils se décernent mêmes des « points Godwin » par dérision ! J’apprécie cette inventivité linguistique mais, à ma connaissance, cette expression est propre aux francophones.»

C’est pourquoi je trouve intéressant de parler de « point » à partir duquel il est temps de clore le débat, dont il ne sortira plus rien de pertinent.

On dit que l’on a atteint le « point Godwin » de la discussion. Wikipedia analyse :

« Bien que le point Godwin ait originellement le sens de « point de non-retour », les francophones jouent sur deux sens du mot « point », qui peut désigner :

  • soit le moment de la discussion auquel le dérapage survient ; dans ce sens du terme, on atteint le point Godwin ;
  • soit le point en tant que récompense ou mauvais point attribué au participant qui aura permis de vérifier la loi de Godwin en venant mêler Adolf Hitler, le nazisme ou toute idéologie extrémiste à une discussion dont ce n’est pas le sujet ; dans ce sens du terme, on marque ou gagne un point Godwin.»

Recevoir un point Godwin devrait faire réaliser qu’on a été ridicule dans son argumentation.

Il existerait même des « remises de prix » publiques de points Godwin.

Depuis, le point Godwin s’est étendu à d’autres sphères qu’internet.

Par exemple le domaine politique : Le chef d’Etat Recep Tayyip Erdogan, en 2017 a comparé les Pays-Bas et l’Allemagne aux nazis parce que ces deux pays européens avaient refusé l’organisation de meeting turc sur leur territoire.

Pourquoi je parle aujourd’hui du point Godwin ?

Parce que je n’en ai jamais parlé et que cela étend encore les sujets évoqués par le mot du jour.

Mais aussi, parce qu’il a été atteint dans les élections municipales et métropolitaines à Lyon.

Vous savez qu’il est possible que les écologistes s’emparent de la mairie de Lyon et aussi de la métropole de Lyon. C’est pour cette raison que Gérard Collomb s’est associé à la Droite pour éviter ce résultat.

Dans un premier temps, assez naturellement Collomb et ses alliés ont traité les écologistes d’incompétents.

Puis, ils sont allés plus loin, comme le rapporte de journal <Les Echos> Ils les ont traités « d’extrémistes »

« Son camp et celui de la droite dénonçaient le « péril rouge-vert » et « l’extrémisme écologiste ». »

Puis des textes et des mails ont circulé, Annie en a reçu, dans les milieux économiques pour appeler à faire barrage aux écologistes.

Ils se sont nommés « des Acteurs de Lyon ». Ce collectif revendique l’anonymat, de peur d’exposer leurs entreprises qui dépendent parfois de la commande publique.

On peut lire par exemple :

« Les écologistes, c’est la décroissance et la misère. »

Une étape plus loin, Christophe Marguin, président des Toques Blanches lyonnaises qui est une associations de cuisiniers opérant à Lyon, a traité les électeurs des écologistes de « connards ».

Cet homme inélégant est lui-même chef cuisinier du restaurant « Le Président », il est aussi candidat sur la liste LR dans la circonscription Lyon Nord.

Et enfin…

Le Point Godwin a été atteint par un bijoutier lyonnais : Jean-Louis Maier

<Lyon Capitale> rapporte :

« Jean-Louis Maier a franchi un nouveau cap dans un podcast d’Arte Radio publié ce mercredi en comparant les Verts à Adolf Hitler. “Hitler est arrivé au pouvoir démocratiquement. Ce n’était pas une bonne idée”, lâche-t-il. “Le danger est au même niveau entre l’arrivée de Bruno Bernard à la tête de la métropole et celle d’Adolf Hitler pour la population lyonnaise ?”, le reprend le journaliste. “Oui. Quand vous avez perdu la démocratie vous ne la retrouvez pas facilement”, répond, le ton presque inquiet, Jean-Louis Maier. »

Je pense que nous pouvons attribuer le Point Godwin à Monsieur Jean-Louis Maier.

Je me demande quand même si toutes ces agitations ne sont pas contreproductives et ne vont pas conduire des électeurs moins convaincus à voter vert pour rejeter tous ces excès.

Et je ne résiste pas à finir ce mot du jour par une affiche d’antan

Gérard Collomb n’avait pas expliqué, à cette époque, qu’il était pour la retraite à 60 ans …
pour les autres …

Il a fêté le 20 juin ses 73 ans. Dans 6 ans à la fin du mandat qui commencera après les prochaines élections il en aura 79.

<1445>

Mercredi 17 juin 2020

«Les pays gouvernés par des femmes ont eu cinq fois moins de morts du coronavirus que les pays dirigés par des hommes.»
Edito du New York Times

C’est la revue de Presse de Claude Askolovitch de lundi, le 15 juin, qui a rappelé cette information de première importance:
« Je lis dans un bel édito du New York Times que les pays gouvernés par des femmes ont eu cinq fois moins de morts du coronavirus que les pays dirigés par des hommes. »

Le New York Times confirme donc ou répond à la question que posait le site de TV5 Monde le 20 avril qui lui-même rapportait une question de FORBES  : « Covid-19 : les pays dirigés par des femmes gèrent-ils mieux la crise ? »

« De Taiwan à l’Islande, en passant par l’Allemagne ou la Nouvelle-Zélande, quelques pays sont parvenus à limiter le bilan de la pandémie de coronavirus. Qu’ont-ils en commun ?

« Ils sont dirigés par des femmes », titre le magazine Forbes, daté du 13 avril 2020. Et elles ont fait face en déployant sans tergiverser franchise, détermination, empathie, réactivité et anticipation, qui sont aussi les clés d’une gestion efficace. Et sans jamais prononcer le mot “guerre”… »

Reprenons chacun de ces cas.

D’abord l‘Islande.

« Anticiper pour ne pas se laisser prendre de court – tel semble avoir été le mot d’ordre du gouvernement de Katrín Jakobsdóttir. Lorsque le premier malade est confirmé sur son territoire, le 28 février 2020, l’Islande dépistait déjà depuis un mois, ayant commencé alors que la maladie causée par le coronavirus n’était même pas encore baptisée Covid-19, ni la pandémie déclarée. »

Dans ce pays selon Wikipedia, au 22 avril 2020, le nombre total de cas enregistrés était de 1 785, dont 1 462 se sont rétablis et 10 sont décédés. Le taux d’infection est d’un cas pour 245 habitants, l’un des plus élevés au monde. Mais avec un taux de létalité lié au Covid-19 qui est le deuxième plus bas au monde, en avril.

J’ai trouvé cette mise à jour au 16 juin :

« Avec 1 810 infections dont seulement quatre en juin, l’Islande a presque éradiqué le Covid-19 de son territoire grâce à une politique de dépistages massifs. »

Au 16 juin, le nombre de décédés était resté à 10 soit un taux de létalité pour un pays de 362 860 habitants de 27,5 pour 1 000 000 d’habitants. En France nous en sommes à 435 pour 1 000 000 d’habitants

Voilà donc le bilan de Katrín Jakobsdóttir !

Ensuite Taiwan

« Dès le mois de janvier, soit bien avant que l’alerte ne soit lancée à l’échelle mondiale et que l’OMS reconnaisse la transmission humaine du virus, et 21 jours avant la détection du premier cas de personnes contaminées à Taiwan, la présidente Tsai Ing-wen avait imposé 124 mesures fortes pour bloquer l’épidémie. Des prises de température sont mises en place à l’atterrissage de tous les vols en provenance de Wuhan dès le 31 décembre 2019, par exemple. Bilan à ce jour, 6 décès et moins de 400 personnes contaminées pour près de 24 millions de Taiwanais, et ce sans confinement de la population. »

J’ajoute que Taiwan est vraiment tout près de la source de l’épidémie : la Chine. Elle a donc de bien meilleurs résultats que la Chine totalitaire avec un régime démocratique !

Une information du 16 juin porte le bilan de Taiwan à 445 personnes contaminées et sept décès.

Voilà donc le bilan de Tsai Ing-wen

Pour l‘Allemagne je n’insiste pas, nous avons eu suffisamment de précisions qui nous renvoyaient à nos faiblesses françaises.

Le bilan de Angela Merkel est remarquable, concernant ce point précis du COVID-19.

Juste une petite précision Merkel n’a pas parlé de guerre à ses concitoyens mais dès le 11 mars elle a fait cette déclaration solennelle

« La situation est sérieuse, alors prenez-la au sérieux. »

C’est que les Allemands ont fait, suivant à la lettre les ordres de leur dirigeante.

En Norvège :

Au 16 juin le nombre de décédés pour le coronavirus est de 242 soit un taux de létalité de 45 pour 1 000 000 d’habitants..

Erna Solberg, n’a pas non plus parlé de guerre. Elle s’est en revanche adressé directement aux enfants à la télévision pour leur dire :

« Je sais que ça fait peur et c’est normal d’avoir peur quand tout est bousculé, comme en ce moment »

En Finlande

Au 16 juin le nombre de décès s’élevait à 326 soit un taux de létalité de 59 pour 1 000 000 d’habitants.

TV5 donne ces informations :

« En décembre 2019, Sanna Marin devenait la plus jeune cheffe d’Etat du monde, à la tête d’une coalition exclusivement composée de femmes. Consciente que les médias traditionnels et les communiqués gouvernementaux ne sont pas les plus porteurs, surtout parmi les plus jeunes, elle a fait établir une liste d’influenceurs à suivre – bloggeurs, rappeurs, chroniqueurs, instagrameurs…. Sana Marin fait appel à ces “key workers” (acteurs essentiels) pour l’aider à partager l’information destinée à juguler la pandémie.

Les messages du gouvernement sont distribués au réseau de quelque 1500 influenceurs, qui restent libres de les relayer, ou non, à leur manière. La plupart ont eu à cœur de participer à cet effort national à leur échelle et se sont prêtés au jeu sans songer à demander de contrepartie, à l’instar d’Inari Fernández, une influenceuse professionnelle avec 34 000 followers sur Instagram. »

Au Danemark

Le taux de létalité est un peu plus élevé à 102 pour 1 000 000 d’habitants. Mais au Royaume-Uni du flamboyant Boris Johnson nous en sommes à 630 !

Le pays a fermé ses frontières dès le 13 mars, puis les autorités ont fait confiance aux Danois et cela a marché : “Les commerces ne sont pas engorgés et la distance sociale de deux mètres est respectée, y compris dans les parcs. Même à un feu, les piétons et les cyclistes reculent d’eux-même s’ils sont trop près les uns des autres,” expliquait un journaliste sur France Info le 13 avril.

C’est le bilan de Mette Frederiksen

Il reste la Nouvelle-Zélande de Jacinda Ardem

« Solidarité, proximité, empathie – les qualités que la Première ministre néozélandaise déploie dans la gestion de la crise sanitaire sont aussi celles qui avaient été remarquées il y a un an, dans l’onde de choc de la tragédie de Christchurch.

Jacinda Ardern et ses ministres ont décidé de réduire leurs rémunérations de 20 % en solidarité avec les victimes de la pandémie en Nouvelle-Zélande.

Dès les six premiers cas détectés, la Première ministre a ordonné la fermeture des frontières et le confinement. Elle a clairement annoncé à ses compatriotes le pourquoi et le comment de l’état d’alerte maximum dans lequel elle plaçait le pays. Il semble que l’intégrité de ses décisions et sa détermination ait épargné à son pays des milliers de morts : mi-avril la Nouvelle-Zélande ne déplorait que 4 décès dus au Covid-19 sur une population de 4,8 millions. »

Au 16 juin le bilan est monté à 22 décès, d’où un taux de létalité de 4 pour 1 millions.

Cependant, une information datant de quelques heures, au moment de cette rédaction, font état de nouveaux cas en Nouvelle Zélande après 25 jours de répit.

Comme le rappelle TV5, Jacinda Ardem est devenu célèbre dans le monde entier après la tragédie de Christchurch. Le 15 mars 2019, un suprémaciste blanc australien de 28 ans est entré dans deux mosquées de Christchurch a tué 51 personnes et blessé plusieurs dizaines d’autres.

Elle a su à la fois allier fermeté et une extraordinaire empathie pour ses compatriotes musulmans.

Elle a décidé d’aller à leur rencontre en portant le voile par signe de solidarité.

Quand Donald Trump lui a demandé ce qu’il pouvait faire pour la Nouvelle Zélande, elle a répondu :

« Avoir de la compassion pour les musulmans néo-zélandais »

Vous pouvez lire cet article de l’Obs : « L’appel de Christchurch » : 10 choses à savoir sur Jacinda Ardern, Première ministre de la Nouvelle-Zélande :

« Son attitude exemplaire après les attentats de Christchurch contre deux mosquées avait été saluée dans le monde entier. »

Ou cet article de France 24 : « Jacinda Ardern, première ministre, « le réconfort et l’acier » de la Nouvelle-Zélande »

Et encore cet article du Monde « Après les attentats de Christchurch, les Néo-Zélandais unis derrière Jacinda Ardern »

Plus globalement sur la capacité des femmes à bien gouverner, je partage cette conclusion de TV5Monde pleine de nuance et de pertinence :

« Est-ce qu’être une femme prédispose à la bonne gestion de crise ? Le syllogisme serait sexiste et, comme le souligne le quotidien britannique The Guardian, “une corrélation n’est pas un lien de cause à effet. Etre une femme ne donne pas automatiquement l’avantage dans la gestion d’une pandémie mondiale. Cela ne fait pas non plus de vous un meilleur chef d’Etat.” D’autres facteurs entrent en compte, souligne le Guardian, comme les politiques de santé mises en place par les gouvernements précédents ou la situation géographique d’un pays – moins il a de frontières terrestres, plus il est épargné. […] Il n’en reste pas moins que la gestion de crise exemplaire de certaines dirigeantes politiques devrait s’inscrire dans les annales. Et puis les femmes, dans un milieu politique majoritairement dominé par les hommes, ne doivent-elles pas être meilleures pour y arriver… ? »

Et puis quand même elles n’ont pas toujours le mot «guerre» et «combat» à la bouche, elles sont probablement plus pragmatiques et savent elles mieux ce que «prendre soin» veut dire

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Mardi 12 mai 2020

«J’ai vu un chef d’État affirmer ses idées et agir en conséquence»
Curtis Roosevelt à propos de l’action de son grand-père Franklin D. Roosevelt

Je reprends le livre « Comprendre le monde – Les grands entretiens de la Revue XXI »

La semaine dernière j’avais évoqué le destin et la vision du monde de cette étonnante chinoise née en Mandchourie et devenue éditrice de bande dessinées à Paris : Xu Ge Fei.

Puis j’avais évoqué la figure de l’Islam des lumières : Malek Chebel

Pour continuer je vais évoquer aujourd’hui l’inventeur du New Deal : Franklin Delano Roosevelt.. Bien sûr une revue créée en 2008 n’a pas pu s’entretenir avec un homme mort le 12 avril 1945.

L’entretien mené par la journaliste Hélène Desplanques a été donc réalisé avec Curtis Roosevelt qui est son petit-fils. Curtis Roosevelt est né en 1930 à New York, un an après le krach financier d’octobre 1929 et en pleine Grande Dépression, Avec sa sœur et sa mère, il vécut douze ans à la Maison Blanche en compagnie d’un grand-père placé au premier rang des grandes crises du XXe siècle.

Sa mère, Anna Roosevelt était la fille de Franklin D. Roosevelt. Il a tenu divers postes de fonctionnaire international au Secrétariat des Nations unies à New York. Il prit sa retraite en 1983 et vécut ensuite dans le sud de la France, intervenant régulièrement dans les médias français en tant que commentateur politique.

Il participa, en mars 2012, à la constitution du Collectif Roosevelt qui plaidait pour une relance de l’économie française, par des réformes économiques et sociales et qui fut fondé par Stéphane Hessel, Susan George, Pierre Larrouturou, Edgar Morin et Cynthia Fleury. Michel Rocard y participa aussi.

Ce Collectif a été dissout le 17 novembre 2018. Il n’a, semble-t’il, pas survécu à l’élection d’Emmanuel Macron.

L’entretien date de 2013, depuis Curtis Roosevelt est décédé, le 26 septembre 2016 à Saint-Bonnet-du-Gard.

Il était bien sûr fort jeune quand suite à l’élection de son grand père et le divorce difficile entre sa mère et son père, il a rejoint, avec sa mère et sa sœur, Roosevelt à la Maison Blanche. Mais il a beaucoup étudié le parcours de son grand-père et peut donc en parler savamment.

Et il parle de la réaction de son grand-père après la grande crise de 1929 :

« Mon père a été ruiné et mon grand-père avait bien conscience des difficultés. Dès son discours d’investiture, il a été très clair. Il faut le relire. Il désigne sans fard les responsables de la crise de 1929 et dénonce les « pratiques des usuriers sans scrupules » qui, « devant le tribunal de l’opinion publique » sont « rejetées aussi bien par les cœurs que par les âmes des hommes ». Ses mots sont forts : les «usuriers sans scrupules », dit-il, « ne connaissent que les règles d’une génération d’égoïstes » : « ils n’ont aucune vision et, sans vision, le peuple meurt. »

Mais il ne s’arrête pas là, il donne le cap de sa politique : « Notre première tâche la plus importante, est de remettre les gens au travail.. Cela peut être accompli en traitant le problème comme nous traiterions l’urgence d’une guerre. » […]

Il disait ; « Ce que réclame cette nation, c’est de l’action tout de suite ! » C’est dans cette atmosphère que j’ai grandi. J’ai vu un chef d’État affirmer ses idées et agir en conséquence. »

Bien sûr, nous aurions tous envie d’avoir un tel chef d’État dans la période de crise qui se dresse avec de nouveaux « usuriers » et des «égoïstes » qui captent la richesse du monde. Nous ne sommes plus dans le même contexte, nous sommes dans un univers mondialisé et interdépendant. En plus nous ne sommes pas les États-Unis d’Amérique mais un petit pays à l’échelle de cet univers mondialisé. Mais je pense que même un président des Etats-Unis ne pourrait plus agir comme Roosevelt, parce que même les Etats-Unis dépendent des autres.

Mais on peut quand même apprendre et rappeler comment Roosevelt a agi. Curtis Roosevelt raconte la différence entre son grand-père et son prédécesseur Herbert Hoover.

« Herbert Hoover avait convoqué tous les directeurs des grandes banques. C’était la fin de son mandat, un des pires moments de la grande dépression, et Hoover voulait leur faire la leçon. Très bon économiste, il avait sorti ses graphiques devant les banquiers et leur avait démontré qu’ils avaient fabriqué une catastrophe. Il leur avait ensuite expliqué ce qu’ils devaient faire pour sortir le pays du marasme, « mais je ne vous impose rien, c’est à vous de prendre les mesures ». Tous les banquiers s’étaient alors levés et leur représentant avait pris la parole : « Merci, monsieur le Président, je pense que vous avez fait preuve de beaucoup de bon sens. » Et ils étaient partis sans rien changer !

Quand il s’agit d’argent, le volontariat et la coopération ne marchent pas. Hoover avait compté sur le bonne volonté des banquiers, mais celle-ci n’existe pas dans les affaires »

Cet épisode raconté par Curtis Roosevelt me rappelle une anecdote que Bernard Maris a racontée plusieurs fois. Vincent Auriol ne fut pas que le dernier président de la 4ème république, il fut aussi le ministre de l’économie du gouvernement de Léon Blum. Et selon Maris, il aurait dit alors :

« Les banques je les ferme, les banquiers je les enferme ! »

Je ne sais pas si la solution est d’enfermer les banquiers, mais il ne faut certainement pas les laisser libre d’agir à leur guise sans régulation forte.

Curtis Roosevelt raconte aussi comment son grand père est arrivé à gagner la confiance des américains notamment par « les causeries au coin du feu » pendant lesquelles il s’efforçait de dire la réalité simplement et le plus justement possible.

Et il donne la solution pour qu’un Président puisse disposer de la confiance de son peuple :

« La majorité des américains avaient le sentiment qu’il se préoccupait d’eux, qu’il était proche d’eux et qu’il travaillait dans leur intérêt »

Qu’il travaillait dans leur intérêt !

Et pour ce faire il s’est mis les riches à dos. Roosevelt parlait de haine à son encontre :

« Il n’exagère pas du tout. Les très riches n’aiment pas Roosevelt, et c’est encore vrai aujourd’hui aux Etats-Unis. Il reste celui qui a fortement soumis à l’impôt. Roosevelt voulait que les privilégiés paient leur part et, leur part étant forcément plus élevée que celle des gens ordinaires, l’impôt sur la plus haute tranche des revenus est monté jusqu’à 90%. Oui 90% ! Il a également institué l’impôt sur les successions.

Pendant ses mandats, les riches ont été imposés comme jamais. Roosevelt a aussi œuvré à une réglementation du monde des affaires, les banques et les institutions financières en particulier. Le dispositif qu’il a bâti a perduré jusqu’aux années 1980, jusqu’à ce que le président Ronald Reagan commence à supprimer les règles mises en place. Cette déréglementation a mené à la crise financière de 2008 »

Il me semble que Bill Clinton a joué également un grand rôle dans la déréglementation qui a contribué à la crise financière.

En tout cas Roosevelt, contrairement à beaucoup de gouvernants d’aujourd’hui a estimé qu’une politique qui devait aller dans l’intérêt du plus grand nombre devait contraindre les riches et qu’il ne pouvait donc pas être aimé d’eux.

Et pourtant, il n’était pas socialiste. C’était un libéral qui défendait les lois du marché mais en combattait les excès.

Le discours qui a le plus marqué son petit-fils, est celui du Madison Square Garden, dernier discours avant sa réélection en 1936. Dans ce discours il dit :

« Nous savons maintenant qu’il est tout aussi dangereux d’être gouverné par l’argent organisé que par le crime organisé. […] Jamais dans notre histoire, ces forces n’ont été aussi unies contre un candidat qu’elles ne le sont aujourd’hui. Elles sont unanimes dans leur haine contre moi, et leur haine me fait plaisir »

Curtis Roosevelt avait écrit un livre sur son enfance à la maison blanche : « Trop près du soleil »

Dans cet interview du Figaro, Curtis Roosevelt explique ce titre :

« Ces années à la Maison-Blanche furent à la fois merveilleuses et désastreuses. Elles ont fichu en l’air mon identité pendant longtemps. «Trop près du soleil» signifie que je me suis brûlé les ailes, exposé comme je l’étais à ce pouvoir. Mais je n’étais pas le seul, tout le monde était «trop près». Ainsi, ma mère n’a longtemps existé que comme «la fille du président» ; quand les gens ne la reconnaissaient pas, elle avait l’impression de ne pas avoir d’identité! Moi-même, cette proximité m’a inhibé, empêché de mener une carrière digne de ce nom. Il a fallu attendre mes 60 ans, quand je me suis mis à écrire, pour que je me débarrasse enfin de cette espèce de complexe. »

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Lundi 23 mars 2020

« L’obéissance est la condition de la liberté »
Pierre-Henri Tavoillot

La France est donc confinée.

Des règles strictes ont été édictées et si on peut penser que le grand nombre les applique, tout le monde ne le fait pas.

Alors, des critiques apparaissent sur l’impréparation des gouvernants, sur les masques de protection qui ont disparu ou n’ont pas été renouvelés, sur les tests qui sont mal organisés ou pas assez nombreux, sur des décisions qui n’ont pas été prises assez rapidement.

Toutes ces questions sont à poser et seront à résoudre lorsque la crise aura été surpassée.

Mais ce n’est pas le temps d’aujourd’hui.

Et je voudrais, aujourd’hui, partager la réflexion du philosophe Pierre-Henri Tavoillot, l’auteur de l’essai : « Comment gouverner un peuple-roi ? »

Invité du grand entretien du matin sur France Inter <Le 7 février 2020> il a parlé de

« L’extraordinaire difficulté de gouverner une démocratie aujourd’hui.

Aujourd’hui c’est la démocratie qui est complexe

Il faut écouter les gens, les individus, faire preuve de sollicitude, écouter les experts, prendre en compte les contraintes internationales et autres.

Il n’a jamais été plus difficile de gouverner dans l’histoire de l’Humanité qu’aujourd’hui [dans les démocraties libérales]. […]

L’art de gouverner est aussi un art d’être gouverné.
C’est un art d’obéir, à condition bien sûr que l’obéissance ne soit pas perçue comme la servitude.

L’étymologie d’obéissance c’est « ob » « audire » c’est-à-dire « prêter l’oreille ». J’écoute les autres.

Jean-Jacques Rousseau disait : « Un peuple libre obéit mais ne sert pas. Il a des chefs mais il n’a pas de maître ».

Très important comme formule.

L’obéissance est la condition de la liberté. Vous ne pouvez pas vivre avec les autres si vous n’obéissez pas à un certain nombre de règles.

La citoyenneté ne se définit pas comme la désobéissance mais comme l’obéissance pour être libre. »

Je crois ces paroles d’une profonde sagesse. Dans un monde d’individualisme sans règle, ou ce qui est la même chose de règles non respectées, la vie devient rapidement intenable.

Il faut savoir obéir aux règles si on veut faire société.

J’entends et je lis que ce serait Macron le responsable de tous les problèmes.

De manière très tranquille j’affirme qu’on peut remplacer Macron et les problèmes resteront.

Le 18 mars, Pierre-Henri Tavoillot, écrivait sur son <Blog>

« Le danger qui nous guette est de déplacer l’objet de notre haine sur nos gouvernants.

On l’entend déjà : « ils n’ont pas pris les décisions à temps » ; « ils nous ont menti » ; « ils sont nuls » ; « ils sont focalisés sur leurs intérêts politiciens ».

Cette haine, si elle se poursuit, sera délétère, car elle nuira à la confiance indispensable à la bonne conduite de la lutte sanitaire. Le défaitisme alors l’emportera.

Or nous entrons dans une période tragique telle que notre pays n’en a pas connu depuis 80 ans.

Ce qui caractérise la tragédie, c’est qu’il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises décisions ; dans le meilleur des cas, il y en a des mauvaises et des pires.

Je trouve dans les Mémoires du Chancelier allemand Schröder cette juste définition du tragique. C’était à l’occasion du très vif débat sur l’intervention militaire allemande au Kosovo (1999) : « Le mouvement de 68 nous a apporté beaucoup de nouveautés et beaucoup de bonnes choses. Mais il en a aussi enseveli certaines, notamment le sens du tragique. Nous en sommes venus à qualifier de « tragique » tout ce qui est triste. Non, une situation est tragique si l’on se rend coupable quoi qu’on fasse. Bien sûr qu’on devient coupable quand on largue des bombes. Mais la seule question qui vaille, c’est de savoir comment on peut se rendre plus coupable encore. »

Un gouvernement ou un président, par définition, est coupable, car il prend des décisions ; et décider, c’est trancher dans le vif du réel. Faut-il le lui reprocher ? Faut-il le haïr pour cela ? Non, car on finirait ainsi par se condamner à l’impuissance et in fine à se haïr soi-même.

Quand le temps sera venu, pour lui, de rendre des comptes, alors on pourra évaluer s’il a fait les choix les plus judicieux ou les plus malheureux.

En attendant, il faut accepter ses mauvaises décisions, forcément mauvaises … »

Il n’y a pas que le problème des gouvernants, il y aussi celui des gouvernés.

C’est cette réflexion féconde, absolument non démagogique ni populaire de Pierre-Henri Tavoillot qu’il me semblait utile de partager.

Si vous voulez en savoir davantage sur ce philosophe : il existe cet article de la <Revue Politique et parlementaire> qui analyse son ouvrage : « Comment gouverner un peuple roi ? »

Etienne Klein a partagé ce dimanche une nouvelle anagramme de Jacques Perry-Salkow :

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Lundi 16 mars 2020

« Le risque n’est pas individuel mais populationnel. »
Philippe Devos

Nous avons vécu un week-end étonnant.

Samedi soir Edouard Philippe a annoncé la fermeture de tous les commerces « non indispensables ».

Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, interrogé sur France 2, a dit hier à 19h30 : «La situation se détériore pour nos compatriotes.».

Christian Jacob, le président de LR a été testé positif au coronavirus, la nouvelle a été connue ce dimanche. Or, ce responsable politique, parmi d’autres, a insisté pour que le premier tour des municipales ait lieu. Il qualifiait de <coup d’état> la possibilité de reporter le scrutin.

Sur son fil twitter, il a publié plusieurs photos le 13 mars, soit 2 jours avant le scrutin, dans lesquelles il s’affichait fièrement à côté des candidats LR. Comme ici, assis à côté de Rachida Dati, dans un exercice de promiscuité sociale.

Les élections municipales ont donc eu lieu. Le second tour n’aura probablement pas lieu.

Bien sûr, j’ai essayé de comprendre et de trouver des informations.

J’ai d’abord trouvé cette note américaine traduite en français et vers laquelle renvoie un article de Mediapart.

Il s’agit d’un article du 13 mars de Tomas Pueyo, un ancien de l’École centrale et de l’université de Stanford, établi en Californie. C’est un texte disposant de nombreux calculs et graphiques alarmants qui a beaucoup circulé parmi les scientifiques et dans la communauté du numérique.

Cette note qui semble très argumentée, conclut qu’il faut immédiatement appliquer « la distanciation sociale ».

Mais du point de vue pédagogique je n’ai rien trouvé de plus remarquable que cette émission de « Arrêt sur Images » qui m’a été indiquée par mon ami Anny.

Arrêt sur Images est un site payant, mais a décidé que compte tenu de la gravité de la situation, l’émission de vendredi soir consacrée au coronavirus, avec les médecins Francois Salachas, du collectif inter-hôpitaux, et Philippe Devos, intensiviste en Belgique pouvait être visionnée gratuitement.

Je vous engage à la regarder : « Coronavirus : On doit se préparer à l’ouragan ! »

Ces deux médecins sont très intéressants

Je voudrais surtout relever cette intervention de Philippe Devos. Elle répond à une question du producteur de l’émission, Daniel Schneidermann, qui après avoir montré diverses interventions de médecins, en janvier, qui minimisait la dangerosité de COVID-19 lui demandait pourquoi se sont-ils trompés ?

« En fait ce que ces gens n’ont pas compris, c’est que le risque n’est pas individuel, mais populationnel.

Si on regarde une personne 40 ans, le risque de décéder de ce virus est de 0,1%, c’est très faible.

La problématique de ce virus c’est qu’il va toucher énormément de gens et qu’il va être très agressif pour des personnes très âgées qu’il faudra prendre en réanimation et que ce phénomène va saturer nos structures de réanimation et qu’il va générer des morts indirects parce qu’on ne pourra plus soigner d’autres personnes.

Le risque, il est au niveau de la population, le virus va mettre les hôpitaux à terre, le risque individuel est faible, mais il est au niveau de la population. Et beaucoup de médecins se concentrent sur l’individu, parce qu’ils ne soignent que des individus.

Il faut avoir une réflexion au niveau épistémologique et en terme de risque de groupe pour comprendre ce qui se passe. »

Et, en effet je n’ai jamais compris de manière plus claire ce qui était en train de se passer.

Le VIH s’attaque à notre système immunitaire.

Le coronavirus s’attaque à notre système de soins en le saturant. Dès lors, le système de soins n’est plus en mesure de faire face au besoin de soins et les gens vont mourir de ce que François Salachas appelle « une mort illégitime », dans la mesure où si le patient avait pu être pris en charge de manière correcte il ne serait pas mort.

Et cela se passe de manière massive.

Vous trouverez sur cette page la démonstration que la France est en train de suivre, avec un décalage de 9 jours, la courbe d’infection et de décès de l’Italie.

Je ne reproduis pas cette courbe ici, mais je précise qu’elle est exponentielle. Ce dimanche, l’Italie a de nouveau battu son record de morts par jour, on annonçait 368 décès pour un total de plus de 1800. En France, nous en étions à un total de 127. Il y a 9 jours, le 6 mars,  l’Italie en était à 197 morts.

Ce qui explique que des journalistes français et francophones établis en Italie lancent un cri d’alarme à la lumière de ce qu’ils ont observé ces derniers jours de la progression fulgurante de la maladie :

« Journalistes en Italie pour des médias français et francophones, nous couvrons depuis le début la crise épidémique du coronavirus dans la Péninsule. Nous avons pu constater la progression fulgurante de la maladie et avons recueilli les témoignages du personnel de santé italien. Beaucoup nous font part de la situation tragique dans les hôpitaux, les services de thérapie intensive saturés, le triage des patients, ceux – les plus faibles – que l’on sacrifie faute de respirateurs artificiels suffisants.

Par conséquent, nous considérons qu’il est de notre responsabilité d’adresser un message aux autorités publiques françaises et européennes pour qu’elles prennent enfin la mesure du danger. Tous, nous observons en effet un décalage spectaculaire entre la situation à laquelle nous assistons quotidiennement dans la péninsule et le manque de préparation de l’opinion publique française à un scénario, admis par l’énorme majorité des experts scientifiques, de propagation importante, si ce n’est massive, du coronavirus. Hors d’Italie aussi, il n’y a plus de temps à perdre.

Nous estimons qu’il est de notre devoir de sensibiliser la population française. Souvent, les retours qui nous arrivent de France montrent qu’une grande partie de nos compatriotes n’a pas changé ses habitudes. Ils pensent qu’ils ne sont pas menacés, surtout lorsqu’ils sont jeunes. Or, l’Italie commence à avoir des cas critiques relevant de la réanimation dans la tranche d’âge 40-45 ans. Le cas le plus éclatant est celui de Mattia, 38 ans, sportif et pourtant à peine sorti de 18 jours de thérapie intensive. Il est le premier cas de Codogno, fin février, au coeur de la zone rouge dans le sud de la Lombardie.

Par ailleurs, certains Français n’ont pas conscience qu’en cas de pathologie grave, autre que le coronavirus, ils ne seront pas pris en charge correctement faute de places, comme c’est le cas en Italie depuis plusieurs jours. Soulignons aussi que le système sanitaire impacté aujourd’hui est celui du Nord, soit le meilleur d’Italie, un des meilleurs en Europe.

La France doit tirer les leçons de l’expérience italienne. »

Très loin, du fantasme des transhumanistes qui ne parlent que de techniques sophistiquées, d’intelligence artificielle et de big data pour soigner, nous sommes revenus à des principes simples pour éviter la catastrophe : se laver les mains et pratiquer « la distanciation sociale »

L’auteur de « Demain » Cyril Dion se désole que les français aient autant de mal d’apprivoiser ce comportement de bon sens.

Ce coronavirus nous apprend que l’individualisme doit être dépassé et que nous ne pouvons être heureux et vivre bien que si nous tenons compte de l’autre.

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Mercredi 11 mars 2020

« La plus grande menace qui nous guette, c’est une coronapanique »
Philippe Juvin chef de service des urgences de l’hôpital Georges-Pompidou de Paris

Certes, c’est une épidémie, certes on n’a pas de vaccin, certes on n’a pas vraiment de médicament pour guérir cette maladie du Covid19 qui a débuté en décembre 2019 dans la ville de Wuhan en Chine.

Maladie qui est provoquée par le coronavirus SARS-CoV-2.

Mais quand même !

Je ne suis pas certain que nous sommes en face d’un grave danger de santé publique, mais je suis certain que nous sommes entré dans une très grave crise économique en raison des réactions très fortes des autorités pour essayer d’éviter que le virus ne pénètre sur le territoire nationale (c’est raté !), ne se propage (c’est raté aussi !) et aujourd’hui ne se propage trop vite.

Dans son émission <Mediapolis> Olivier Duhamel a passé une interview sur LCI dans laquelle : Philippe Juvin chef de service des urgences de l’hôpital Georges-Pompidou de Paris s’exprimait :

« La plus grande menace qui nous guette, c’est une coronapanique. Quand les bus ne circulent pas, les infirmières et les médecins ne peuvent peut pas venir travailler. Quand le centre 15 est submergé d’appels de gens qui ont peur qu’est ce qui se passe en pratique ? Eh bien, si vous faites un infarctus et que vous appelez les secours, vous allez devoir attendre au moins une heure avant d’avoir un médecin. Ou si vous avez un problème de crise d’asthme grave, vous n’allez pas pouvoir joindre les secours. Et là, vous êtes en vrai danger. Notre système est en train de basculer assez dangereusement vers une forme de désorganisation parce que vraiment, parfois, on en fait trop. Evidemment, on parle d’une maladie grave, mais le plus grand danger du coronavirus, c’est la désorganisation du système de soins. C’est devenu un vrai risque. »

Le magazine de l’Obs renvoie vers un article de <businessinsider> qui donne les taux de mortalité du coronavirus selon les tranches d’âge.

Ce site précise :

« Tout le monde n’est pas égal face au Covid-19. C’est ce que démontre une récente étude du Centre chinois pour le contrôle et la prévention des maladies : le virus affecte plus gravement les personnes âgées ayant des problèmes de santé préexistants. En outre, des recherches avancent qu’environ 80 % des cas de coronavirus seraient bénins.

Pour réaliser cette étude, les données concernant plus de 44 000 patients confirmés en Chine ont été recueillies jusqu’au 11 février. Il s’agit de l’une des plus larges représentations des effets du Covid-19 sur l’homme. Ces données suggèrent que les risques de mourir de la maladie augmentent avec l’âge. L’étude ne fait état d’aucun décès chez les enfants de moins de 10 ans, qui représentent moins d’1 % des patients. Les patients âgés de 10 à 19 ans auraient autant de risques de mourir que les trentenaires.

Voici le taux de mortalité pour chaque tranche d’âge, selon l’étude :

Le risque de mortalité serait nettement plus élevé chez les patients âgés de plus de 70 ans, probablement car nombre d’entre eux ont des problèmes de santé préexistants. Les patients atteints de coronavirus et de maladies cardiaques, par exemple, auraient un taux de mortalité d’environ 10 %, selon l’étude, tandis que ceux atteints de diabète auraient un taux de mortalité d’environ 7 %. Environ trois quarts des patients chinois n’avaient pas de problèmes de santé préexistants. Le taux de mortalité pour ce groupe serait légèrement inférieur à 1 % »

Lorsque des journaux ont annoncé un quatrième mort en France du coronavirus, âgé de 92 ans, j’ai réagi sur un réseau social pour dénoncer ce que j’ai appelé une fake news ou au minimum une information très exagérée.

Dans ma vision du monde, l’information exacte est :

« Un homme de 92 ans est mort de vieillesse dans le Morbihan.
On apprend que lors des dernières heures de vie, il a été détecté positif au virus Covid19. »

C’est tout de suite moins anxiogène, mais plus proche de la réalité.

Le même site qui donne ce tableau et ces analyses, compare la mortalité du COVID-19 (3,4%) aux autres coronavirus par exemple EBOLA 40,4% sur moins de pays (9) et d’autres dont la mortalité est encore plus importante mais sur des populations infectées beaucoup moins nombreuses.

Il en est qui estime qu’il est bon de paniquer. Et c’est notamment le cas de Nassim Nicholas Taleb

Nassim Nicholas Taleb s’est fait connaître dans le monde entier avec son livre “Le Cygne noir paru en 2007. Juste avant le déclenchement de la crise des subprimes, il expliquait la fragilité des modèles utilisés dans la finance et leur aveuglement face aux événements extrêmes, imprévisibles, mais qui se produisent toujours plus souvent qu’on ne le croit. Son livre a été l’essai le plus vendu dans le monde avec 3 millions d’exemplaires. Il est en quelque sorte le spécialiste des catastrophes. J’avais consacré un mot du jour de 2014 à son autre ouvrage : « Antifragile » dans lequel il développait la thèse des objets ou des êtres antifragiles que l’adversité ou les chocs renforçaient. Cela peut d’ailleurs être le cas d’un virus qui peut dans un environnement qui lui est hostile muter et devenir plus virulent.

Taleb écrit dans <Le Point> les réactions de panique sont rationnelles, car elles empêchent le pire d’advenir. Il précise d’ailleurs que s’il faut paniquer, il vaut mieux le faire au début quand il est possible d’agir et non à la fin où il est possible que ce soit trop tard.

Guillaume Erner résume la pensée de Nassim Taleb de la manière suivante :

« Taleb, c’est le papa du Cygne noir, le cygne noir, je veux parler de l’oiseau. Je vous explique le principe : Taleb affirme que les sociétés modernes sont exposées à des évènements de probabilités faibles mais aux conséquences dévastatrices. L’exemple type, c’est le 11 septembre 2001 : un attentat de cette ampleur a peu de chances de se produire, mais s’il se produit c’est une catastrophe à tous les niveaux, humaine bien sûr, mais aussi géopolitique, économique, etc.

Et pourquoi baptiser un évènement à la probabilité faible mais aux conséquences infinies un cygne noir ? Eh bien tout simplement parce que pendant longtemps les ornithologistes ont cru que tous les cygnes étaient blancs, puis ils en ont croisé un noir, et cette découverte les a conduits à réviser leur vision de cette espèce animale.

Mais là en l’occurrence, le cygne noir, c’est un virus — le covid 19 — et pour Taleb, il est aujourd’hui absolument rationnel de paniquer. Le philosophe cite même en exemple Singapour, la cité état est susceptible de décider de fermer ses frontières en 14 minutes, et c’est admirable car, selon lui, seuls les paranoïaques, en pareil cas survivent.

D’où cette interrogation sur la rationalité de la panique. Si par rationalité, on entend bonne raison de paniquer, alors oui nous avons une bonne raison, donc ce virus nouveau, un virus mal connu, contre lequel on dispose de peu de traitements. Oui, mais dans le même temps, cette panique entraîne des conséquences dévastatrices, sur le plan économique notamment, au point de se demander, s’il n’y a pas sur réaction, et si la vraie catastrophe n’est pas causée par cette sur réaction. Autrement dit, quelle est la rationalité de l’irrationalité, est-il raisonnable de paniquer, ou la panique est-elle créée par notre comportement déraisonnable ?

Oui mais, dans le même temps, si nous ne paniquons pas et si la situation devient paniquante, on nous reprochera bientôt d’avoir été déraisonnable au point d’avoir voulu rester raisonnable… C’est cela qui est compliqué avec la déraison, c’est que l’homme a toujours de bonnes raisons d’être déraisonnable. »

Je préfère cet article de l’Obs : « pourquoi il ne faut pas s’affoler face à l’épidémie (sans la sous-estimer) » :

« Quand quelqu’un de 85 ans meurt du coronavirus, ce n’est pas le coronavirus qui le tue », mais plus souvent « les complications qui atteignent des organes qui n’étaient pas en bon état.

[…] pour le professeur français Jean-Christophe Lucet, le risque concerne avant tout les patients atteints des formes sévères de ces maladies. « Il faut être extrêmement clair » sur ce point, souligne-t-il à l’AFP.

« Le patient qui a un diabète, le patient qui a une hypertension artérielle, c’est des patients qui ne sont pas des patients à risques », rassure-t-il. « Les patients à risques, ce sont ceux qui ont des maladies cardiaques graves, des maladies respiratoires sévères, par exemple des bronchopneumathies chroniques obstructives (BPCO) avancées. »

Mais la dangerosité d’une maladie ne dépend pas seulement du taux de mortalité dans l’absolu, mais aussi de sa faculté à se répandre plus ou moins largement. « Même si seuls 3 % des cas décèdent, ça peut faire des chiffres importants si 30 % ou 60 % d’une population sont infectés », souligne le Dr Simon Cauchemez, de l’Institut Pasteur à Paris. »

Alors bien évidemment, tous les conseils d’hygiène devant l’épidémie : éviter de se serrer la main et de s’embrasser, se laver les mains fréquemment, tousser ou éternuer dans le creux de son coude ou dans un mouchoir jetable, porter un masque si on est malade…, sont judicieux et rationnel.

Mais pour le reste, par exemple l’annulation de tous les spectacles regroupant 1000 personnes ou plus qui mettent en péril la survie d’organisateurs de spectacles ainsi que des métiers et services qui sont liés à cette activité, est ce bien raisonnable ?

Il semble que la crainte des autorités soient liée au risque, dans l’hypothèse d’une propagation rapide de l’épidémie, que les hôpitaux français soient débordés et ne disposent pas des moyens pour faire face aux cas les plus graves, notamment ceux nécessitant une aide respiratoire. Ce qui aurait la double conséquence de créer une surmortalité et de faire monter davantage encore la panique dans la population. Ce mot du jour n’a pas pour vocation de nier la gravité de l’épidémie mais de s’interroger sur un vent de panique entretenu par les médias qui risquent d’être contre productif du point de vue de la santé, d’autres malades graves n’accédant plus aux soins et de l’économie qui risque de créer d’autres problèmes graves.

Le coronavirus présente cependant plusieurs potentialités :

Il a montré davantage que de longs récits notre immense dépendance par rapport à la Chine.

Quand la Chine ne produit plus, nos industries sont en panne de produits, de matériaux indispensables à leurs cycles de production.

Et si je savais ce que nos smartphones, nos voitures et nos produits hi tech devaient aux usines chinoises, j’ignorais notre dépendance à la Chine concernant les médicaments.

<80% des produits actifs des médicaments> sont fabriqués en Chine. Cette situation nous met dans une situation de fragilité extrême.

La crise du coronavirus va probablement entraîner une évolution de cette situation.

Et une autre conséquence positive du COVID-19, si elle atteint de manière conséquente les Etats-Unis ,pourrait être de contribuer à faire battre Donald Trump. D’abord parce que cela dégraderait la situation économique dont Trump veut faire un levier pour sa réélection, ensuite parce qu’il a, comme d’habitude, raconté une myriade de stupidités qui pourraient lui nuire si les faits démontrent ses erreurs.

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Vendredi 6 mars 2020

« Du simple point de vue de l’équité et de la démocratie, pourquoi faudrait-il qu’il y ait indignation au-delà de l’Atlantique et résignation en deçà ? »
Robert Guédiguian, Philippe Meyer et Bertrand Tavernier

En raison des primaires démocrates, les médias parlent beaucoup des élections présidentielles américaines.

Election américaine totalement incompréhensible pour nous autres français.

En 2016, Trump a été élu alors que 65 853 514 bulletins s’étaient portés vers Hillary Clinton et que le président élu n’avait eu que 62 984 828 voix.

Si on calcule de la manière française on constate que Clinton a obtenu 51,1% et Trump 48,9%.

C’est un scandale ! Un déni de démocratie.

Mais on nous a expliqué que c’était en raison du caractère fédéral des Etats-Unis et que ce contexte rend nécessaire que chaque Etat des Etats-Unis puisse jouer un rôle suffisamment important dans cette élection et qu’il n’est donc pas possible de simplement compter les voix individuels qui donnerait un trop grand poids aux Etats peuplés et marginaliserait totalement les petits Etats.

Et c’est ainsi que les étatsuniens ont eu cette idée

  • de faire élire le président par des grands électeurs
  • que chaque Etat choisit un candidat (Dans le Maine et le Nebraska cette règle s’applique à des arrondissements de l’Etat ce qui a pour conséquence que ces deux Etats peuvent envoyer des grands électeurs de plusieurs candidats)
  • et qu’alors tous les grands électeurs de l’Etat de ce candidat participeront au collège électoral qui élira le président.

Et le point fondamental étant que le nombre de grands électeurs de chaque État tient compte du nombre d’habitants mais de manière très pondérée.

La Californie qui a voté pour Clinton compte 55 grands électeurs, le Wyoming qui a voté Trump 3.

Mais la Californie compte 39 550 000 habitants ce qui fait qu’un grand électeur vaut 719 000 habitants et le Wyoming 577 000 habitants ce qui signifie qu’un grand électeur représente 192 000 habitants. Le rapport entre ces quotients est supérieur à 3,5.

Si on calcule par rapport aux nombres de votants : En Californie 8 753 788 électeurs ont voté Clinton chaque grand électeur pèse donc 159 160 électeurs alors que dans le Wyoming Trump a eu 174 419 voix et chaque grand électeur pèse alors 58 140 électeurs, le rapport entre les deux est de 2,7.

A la fin Trump a battu Clinton 304 grands électeurs à 227.

Dans le Wisconsin 22 748 voix séparaient Trump de Clinton soit 0,82% de l’ensemble voix que les deux ont obtenus. Cet Etat a donné 10 grands électeurs à Trump.

En Floride 112 911 voix séparaient Trump de Clinton sur les 9 122 861 que les deux avaient obtenus. Cet Etat a donné 29 grands électeurs à Trump.

L’inversion de ces deux Etats aurait donné 266 grands électeurs à Clinton et 265 à Trump.

C’est un mode d’élection donc totalement incompréhensible pour un français, une telle chose ne peut pas exister dans notre pays et nos traditions !

Descartes, Rousseau et Voltaire ne l’accepteraient pas.

Vous en êtes sûr ?

Connaissez-vous la Loi n° 82-1169 du 31 décembre 1982 relative à l’organisation administrative de Paris, Marseille, Lyon, dite « Loi PLM » (ça sonne mieux que PML)

Toujours en vigueur.

<Le Point> explique cette Loi.

D’abord il faut comprendre comment cela se passe dans les autres villes de France.

« Aux élections municipales, le mode de scrutin varie selon le nombre d’habitants. Dans les communes de moins de 1 000 habitants, il est majoritaire.

Dans celles comptant plus de 1 000 habitants, l’élection du maire est le résultat d’un scrutin proportionnel avec prime majoritaire. C’est-à-dire que la liste arrivée en tête emporte mécaniquement la moitié des sièges. L’autre moitié est répartie à la proportionnelle entre les listes ayant obtenu au moins 5 % des suffrages. »

Prenons un second tour où 3 listes s’affrontent. La liste A reçoit 40,1% des voix la B 39,9% et la C 20%.

Supposons, pour être simple que le Conseil municipal comporte 100 membres.

La prime majoritaire donne 50 sièges à la liste A.

Les 50 restants sont distribués à la proportionnelle. Donc 20 pour A, 20 pour B et 10 pour C.

La liste A a donc 70% des sièges pour 40 % des voix. C’est arithmétiquement faux mais politiquement efficace.

Passons à PLM :

« Un mécanisme électoral que l’on retrouve à Paris, Lyon et Marseille. À cette différence près que ces villes sont divisées en secteurs. Chaque secteur électoral correspond à un arrondissement de Paris ou de Lyon, mais à Marseille, on compte deux arrondissements par secteur. Cette division a été décidée en 1982 dans la loi PLM voulue par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Gaston Defferre, ancien maire de Marseille.

Les élections ont lieu au sein de chaque arrondissement suivant les règles du scrutin majoritaire comme dans les communes de plus de 1 000 habitants. Les inscrits élisent leurs conseillers d’arrondissement et leurs conseillers municipaux, qui siégeront pendant six ans au conseil de la ville. Ces derniers procèdent à l’élection du premier magistrat de la ville et de ses adjoints.

Un système « à l’américaine » où le maire est élu par son conseil municipal pourvu qu’il ait remporté un nombre suffisant d’arrondissements. Si ce mode d’élection permet de dégager une majorité claire, il ne rend pas certaine la victoire de la liste ayant remporté le plus de suffrages. En effet, de très bons résultats en voix mais limités à un nombre restreint d’arrondissements ne garantissent pas d’avoir le nombre suffisant de conseillers pour être élu maire. »

C’est tout à fait, dans notre beau pays un système à l’américaine.

Le maire est élu par les « grands électeurs » des secteurs électoraux.

Et que pensez-vous qu’il arriva ?

Cette fois, <Wikipedia> nous informe :

« En 1983, Gaston Defferre est réélu maire de Marseille avec moins de voix que Jean-Claude Gaudin, mais en étant majoritaire en secteurs remportés.

En 2001, Gérard Collomb est devenu pour la première fois maire de Lyon, alors qu’il était minoritaire en voix (10 000 voix de moins que la droite), en même temps que Bertrand Delanoë devenait pour la première fois maire de Paris, en étant lui aussi minoritaire en voix (4000 voix de moins que la droite), tous les deux étant par contre majoritaires en nombre d’arrondissements gagnés et en nombre total d’élus (grands électeurs) dans l’ensemble des arrondissements.

En 2014, Anne Hidalgo est élue maire de Paris dans les mêmes conditions.

Les élections municipales de 1983, de mars 2001 et de mars 2014 ont donc montré (et confirmé) que la loi PLM avait les mêmes propriétés à Paris, Lyon et Marseille, que le mode de scrutin présidentiel aux U.S.A., qui permet à un candidat d’être élu Président des États-Unis en étant minoritaire en voix, mais majoritaire en nombre d’états gagnés et en nombre total d’élus (Grands électeurs) dans l’ensemble des états » »

Notez que cette Loi de 1982 a pleinement joué son rôle pour la première fois à Marseille. Et celui qui a profité de la Loi, le maire de Marseille et le Ministre qui a porté cette Loi, le Ministre de l’Intérieur était une seule et même personne : Gaston Defferre !

Dans un article du <JDD> Robert Guédiguian, cinéaste marseillais, Philippe Meyer, journaliste parisien, et Bertrand Tavernier, cinéaste lyonnais, demandent l’abrogation de la loi PLM, qui fixe un statut administratif particulier aux trois premières villes de France :

« Les noms circulent. Les rumeurs enflent. Les experts extravaguent. Les doutes s’insinuent. Les fèques niouzent. Les couteaux s’aiguisent. Les alliances se dessinent : dans quelques mois, les Français éliront leurs maires. Les Français, mais ni les Lyonnais, ni les Marseillais ni les Parisiens. La loi PLM (acronyme fabriqué à partir de la première lettre du nom de leurs villes) leur en enlève le droit. Elle les met dans une situation d’exception dont on ne saurait dire qu’elle fait honneur à la démocratie, puisque dans ces trois villes, le maire n’est pas élu par les citoyens au suffrage universel direct mais par un collège issu des conseils d’arrondissement.

Rappelons que cette exception qu’est la loi PLM fut établie en novembre 1982 afin de sauver le regretté Gaston Defferre en grand péril à Marseille et, de fait, elle le sauva, puisque, en 1983, bien que minoritaire en voix, il retrouva son fauteuil de maire. La droite, qui avait protesté contre cette manipulation, l’adapta à ses propres besoins et, minoritaire en voix, en ajoutant deux nouveaux secteurs, elle parvint à faire élire maire de la même ville Jean-Claude Gaudin.

Ce système, qui permit naguère l’élection de maires minoritaires, requiert à présent des majorités qualifiées pour conquérir les hôtels de ville. Selon une étude de Bernard Dolez, professeur de droit public et chercheur au CNRS, “vu le découpage actuel des trois plus grandes villes françaises, [il faut] 53 % des voix pour remporter le siège de premier magistrat à Paris, et 52 % à Lyon. Tandis qu’à Marseille, le seuil de renversement est de 53%”. Il y a donc, en France, 2.146.587 citoyens qui sont placés hors du droit électoral commun, pour ne pas dire dans un droit électoral d’exception.

On peut remarquer que cette situation est comparable terme à terme à celle qui nous indigna si fort lorsque, aux États-Unis, Al Gore, majoritaire en suffrages exprimés, fut battu par le regrettable George Bush junior, majoritaire en grands délégués, et qu’elle se répéta en 2016 en faveur du non moins regrettable Donald Trump. Certes, nous ne craignons pas que la loi PLM produise des catastrophes aussi planétaires, mais, du simple point de vue de l’équité et de la démocratie, pourquoi faudrait-il qu’il y ait indignation au-delà de l’Atlantique et résignation en deçà ?

Nous le refusons et nous demandons l’abrogation de la loi PLM. »

Et j’ajouterais, nous n’avons même pas l’excuse américaine d’être un pays fédéral qui peut justifier qu’on donne un poids accru aux petits États.

C’est tout simplement injustifiable.

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