Jeudi 26 novembre 2020

« Il y a des êtres qui justifient le monde, qui aident à vivre par leur seule présence. »
Albert Camus, « Le premier homme », Page 39

Et je finirai cette série de mots du jour sur Albert Camus en tirant, une dernière fois, « une pépite » du « premier homme ».

Elle s’adresse à de rares homo sapiens, Albert Camus est probablement l’un d’eux.

Cette phrase est extraite du chapitre 3 : « St Brieuc et Malan (J. G.) » et qui dans le manuscrit était accompagné de cette annotation : « chapitre à écrire et à supprimer. »

Jacques Cormery visite son vieil ami et maître Victor Malan, et dîne avec lui.

Cet épisode suit la découverte par Cormery de la tombe de son père dans le carré militaire de Saint Brieuc.

Dans la vraie vie Victor Malan, est probablement Jean Grenier. A dix-sept ans, élève au lycée d’Alger, Albert Camus eut comme professeur de philosophie Jean Grenier qui le poussera à l’écriture. Camus lui dédiera son premier livre : « L’envers et l’endroit. ».

Ils devinrent amis et entreprirent une correspondance qui a été publiée. Jean Grenier consacrera un livre à son ancien élève après sa mort, en 1968  : « Albert Camus, souvenirs »

Il lui parle de sa quête de recherche du père. Malan est plutôt dubitatif et lui objecte la difficulté de connaître même nos proches.

Jacques déclare son amitié à Malan

« Parce que je vous aime, dit calmement Cormery
Malan tira vers lui le saladier de fruits rafraichis et ne répondit rien
– Parce que, continua Cormery, lorsque j’étais très jeune, très sot et très seul, vous vous êtes tourné vers moi, et vous m’avez ouvert sans y paraître les portes de tout ce que j’aime en ce monde.
– Oh ! Vous êtes doué.
– Certainement. Mais aux plus doués il faut un initiateur. Celui que la vie un jour met sur votre chemin, celui-là doit être pour toujours aimé et respecté, même s’il n’est pas responsable. C’est là ma foi ! »
Page 38

Et un peu plus loin, ils entament une discussion sur la vie et la mort qui se conclut ainsi :

« – Il y a des êtres qui justifient le monde, qui aident à vivre par leur seule présence (Cormery)
– Oui, et ils meurent. (Malan)
Pendant leur silence, le vent souffla un peu plus fort autour de la maison. »
Page 39

Je ne sais pas à qui s’adresse cette phrase. A son ami ? à son père ? à d’autres ?

Mais je crois qu’on peut aujourd’hui la reprendre pour Albert Camus.

Jean Daniel qui était aussi ami de Camus a écrit :

« Reste que l’influence de Camus a été considérable mais que c’est pourtant aujourd’hui seulement que l’on en voit les traces. Le combat contre l’absolu, la révolte à l’échelle humaine, l’acceptation que l’homme doit faire son métier d’homme sans certitude de réussite et sans promesse de salut sont des idées qui nourrissent plus ou moins directement les œuvres de nombre de penseurs et d’essayistes de tous pays. »

Michel Onfray qui a écrit des ouvrages sur Sartre, Freud et Camus donne le jugement suivant dans un article d’un journal canadien <La Presse.CA> :

« Je tiens pour une impossibilité de séparer la vie et l’œuvre, la pensée et l’existence. Une philosophie ne m’intéresse que si le philosophe a tâché de la vivre et ne s’est pas contenté de rêver sa pensée. L’histoire de la philosophie est pleine de faussaires qui ont enseigné une chose et pratiqué l’inverse… […] De fait, si l’on tire le fil de la pelote Freud ou Sartre, par exemple, on ne trouve que des occasions de déception tant la création de leur légende par ces gens assoiffés de célébrité a conduit leur vie et leur œuvre. Avec Camus, on découvre une même cohérence, mais dans le sens inverse : la fidélité aux gens modestes, aux sans-voix qui constituent son milieu familial. Rien ne permet de prendre Camus en défaut de droiture, de moralité, de rectitude, pas un seul faux-pas, nulle bassesse… Catherine Camus, sa fille, me rapporte que de temps en temps, elle découvre encore des histoires concernant son père : toutes vont dans le même sens : une grandeur modeste, une discrétion vraie, une pudeur certaine. Camus a fait beaucoup de belles choses dont il ne s’est jamais vanté – aider concrètement des gens dans le besoin, intervenir pour libérer des prisonniers, solliciter des demandes de grâce pour une centaine de condamnés à mort du FLN par exemple […]

dire de Camus qu’il eut un trajet impeccable pendant la guerre, qu’il cherche à s’engager à deux reprises en 1939, qu’on le refuse parce qu’il est tuberculeux, qu’à Oran, il donne des cours à des enfants juifs privés de scolarité par le régime de Vichy, qu’il entre en résistance, rédige les Lettres à un ami allemand, publie des textes dans de revues clandestines, travaille à La peste, grand roman antifasciste, dirige Combat, journal clandestin, y écrit […]. Sartre n’a pas lutté contre les fascismes européens, il a légitimé tous les fascismes de gauche jusqu’à sa mort, Camus a combattu contre toutes les formes prises par la peine de mort. On peut préférer l’un à l’autre en dehors de toute détestation ou vénération … »

Et en conclusion je donnerai la parole à André Brink, l’auteur sud-africain, grande figure de la lutte contre l’apartheid et proche de Nelson Mandela a écrit :

« Camus le juste […]

Camus a fourni une définition du « héros » de notre temps à laquelle toute une génération a pu s’identifier de par le monde, de James Dean à Vladimir et Estragon, et de Vaclav Havel et Lech Walesa à Barack Obama : non pas l’homme qui conquiert ou qui triomphe, mais celui qui persiste. Yes, we can.

Il n’est pas étonnant que le « révolté » de Camus définisse sa conception de la dignité humaine, et des droits de l’homme : « Je me révolte, donc nous sommes. » Dans un monde qui a connu Auschwitz et le Rwanda, la Somalie et la Birmanie, « l’Homme révolté » est devenu une figure plus emblématique encore qu’à l’époque où Camus en brossa le portrait. La révolte d’une poignée de jeunes gens « égarés » dans « les Justes» finira par conduire à la chute des tsars ; et ironiquement – absurdement – leur chute rendra inévitable celle de leurs successeurs, partout dans le monde.

J’ai vu le carrefour de Sarajevo où fut assassiné l’archiduc François-Ferdinand. J’ai contemplé les ruines du mur de Berlin. J’ai vu Mandela, la tête haute, sortir de prison. Et je sais que chaque fois c’est une nouvelle fin, un nouveau commencement. Rien n’est jamais définitif. Mais cela ne saurait nous retenir d’exiger toujours plus. Camus est encore parmi nous.

A la fin des « Justes » figure un bref épisode qui est à mes yeux le plus grand moment de la pièce : Stepan – Stepan le dur, le pragmatique, l’impitoyable ! – raconte à Dora – Dora la douce, la féminine, l’émotive – les derniers instants de Yanek avant sa pendaison. Il est resté absolument immobile tandis qu’on lui lisait son arrêt de mort, à l’exception d’un geste infime: «Une fois seulement, il a secoué sa jambe pour enlever un peu de boue qui tachait sa chaussure.» Que peut-on imaginer de plus insignifiant, de plus dérisoire, de plus absurde ?

Et pourtant, c’est en débarrassant le monde d’une infime tache de boue, puis d’une autre, que l’on peut prouver que les hommes ne sont pas faits pour être souillés. Et que le monde n’est pas censé être un lieu de poussière et de boue, mais de pureté et de lumière.

Voilà pourquoi, dans ce monde sali, Camus nous demeure aussi indispensable qu’il le fut de son vivant.»

Il y a des êtres qui justifient le monde, qui aident à vivre par leur seule présence.

<1496>

Lundi 9 novembre 2020

« C’est absurde de mourir dans un accident de voiture. »
Albert Camus

C’était il y a 60 ans en 1960, mais au début de l’année : le 4 janvier 1960 dans l’Yonne sur le territoire de la commune de Villeblevin, un peu au sud de Fontainebleau

A 13h55, à pleine vitesse, la voiture conduite par Michel Gallimard arrête sa course dans un platane situé le long de la nationale 5 et se disloque.

Albert Camus, assis à la place qu’on appelle «la place du mort», perd la vie immédiatement, à 46 ans.

Michel Gallimard, transporté d’urgence dans un hôpital, mourra six jours plus tard.

A l’arrière de la voiture se trouvait l’épouse de Michel : Janine et leur fille Anne

Les deux femmes sortiront miraculeusement indemnes.

Michel est le neveu de Gaston Gallimard, l’éditeur d’Albert Camus.

Michel et son épouse sont des intimes de Camus. Michel, qui dirige la célèbre collection La Pléiade, est tuberculeux, comme Albert, ce qui crée un lien très fort entre eux.

Le philosophe de l’absurde meurt dans un accident de voiture. Lui qui a dit souvent qu’il trouvait absurde de mourir dans un accident de voiture. C’est ce que révèle ce remarquable documentaire réalisé par Georges-Marc Benamou : « Les vies d’Albert Camus ».

Comment s’est-il trouvé dans cette voiture, une Facel Vega, avec son ami Michel ?

En 1957, il avait reçu le prix Nobel de littérature et grâce au chèque de l’académie de Stockholm, il avait acheté une belle maison dans le Lubéron, une ancienne magnanerie, ces fermes où l’on élevait des vers à soie. C’était dans une petite rue de la commune de Lourmarin, village du Vaucluse. Petite rue qui s’appelait pourtant « la Grand-Rue » et qui depuis a été rebaptisée « rue Albert Camus ».

Ce village, ce lieu lui rappelait son Algérie natale qu’il aimait tant et pour laquelle il avait rêvé un autre destin que celui qui allait advenir 2 ans et demi plus tard : l’indépendance.

Lui avait ce rêve utopique d’une Algérie définitivement liée à la France, mais avec des droits strictement identiques entre ceux qu’on appelait les indigènes et les français « européens ». Il aurait voulu aussi une aide massive pour aider les algériens et notamment les kabyles à sortir de la pauvreté.Il avait publié un reportage, resté célèbre, du 5 au 15 juin 1939, dans le quotidien algérois, «Alger Républicain» fondé en 1938 par son ami Pascal Pia : «Misère de la Kabylie»

Nous comprenons, 60 ans après, que cette utopie de Camus n’avait aucune chance à prospérer.

Il aimait donc ce lieu du Lubéron loin des polémiques parisiennes, de l’ostracisme auquel l’avait condamné Jean-Paul Sartre et son clan de staliniens haineux et intolérants qui régnaient alors dans le monde intellectuel de gauche de la capitale.

<Cet article de l’Express> narre :

« Loin du ballet protocolaire du Nobel, des polémiques avec Sartre et des intrigues de couloirs de la maison Gallimard, l’auteur de L’Etranger revit dans ce pays de soleil et de vignes, qui lui rappelle son Algérie natale. On le croise régulièrement au bord du terrain de foot, encourageant la Jeunesse sportive lourmarinoise, ou à la terrasse du café Ollier. Comme en paix avec lui-même. “J’y ai passé quelques semaines en juillet 1959, se souvient sa fille Catherine, qui avait 14 ans à l’époque […]. Il était dans son élément, en adéquation avec ce ciel, cette terre. Il s’y déplaçait avec le naturel d’un chat. »

C’est dans cette ambiance que pour Noël 1959, Albert Camus est rejoint par son épouse Francine et leurs deux enfants, les jumeaux Catherine et Jean, pour les vacances.

La vie sentimentale d’Albert Camus est compliquée, comme le montre le documentaire de Georges-Marc Benamou. Ce dernier réveillon de Noël, comme le nouvel an, se passe avec sa famille.

Le 2 janvier, Francine, Catherine et Jean prennent le train à la gare d’Avignon pour rejoindre Paris. Albert Camus avait également acheté un billet de retour en train. Il avait prévu de rentrer par le chemin de fer, deux jours plus tard, en compagnie de son ami René Char.

« C’est absurde de mourir dans un accident de voiture ».

Il vaut mieux rentrer en train, mais ce billet de train pour Paris, il ne l’utilisera pas.

Car entre-temps sont arrivés à Lourmarin – au volant d’une Facel Vega… – Michel et Janine Gallimard, accompagnés de leur fille Anne.

Et Albert Camus décidera de rentrer en voiture avec ses amis.

Et je cite le même <article de l’Express> qui raconte le départ le 3 janvier au matin :

« On fait un dernier plein à la station Shell du village et le garagiste en profite pour se faire dédicacer son exemplaire de L’Etranger : « A monsieur Baumas, qui contribue à me faire revenir souvent dans le beau Lourmarin », écrit Camus… Puis ce sont les adieux à la fidèle Suzanne Ginoux. Tout le monde – Michel, au volant, Janine, Anne, Camus et Floc (le chien des Gallimard) – grimpe dans la voiture. […]

Nationale 7, déjeuner à Orange, puis remontée vers la Bourgogne, discussions animées sur les velléités théâtrales d’Anne Gallimard, encouragées par Camus, nationale 6 et, enfin, halte pour la nuit au Chapon fin, deux étoiles au Michelin, à Thoissey, un peu avant Mâcon. Le dîner est joyeux : on célèbre les 18 ans d’Anne Gallimard.

Au matin du 4 janvier, on repart tranquillement vers Paris. […]

Les amis s’arrêtent à Sens pour un bref déjeuner à l’hôtel de Paris et de la Poste. Puis c’est la nationale 5 jusqu’à Paris (autre signe du destin, la construction de l’autoroute du Sud, qui aurait peut-être pu éviter le drame, commencera cette même année 1960…), Camus est assis sur le siège passager, sans ceinture de sécurité (non obligatoire à l’époque), les deux femmes à l’arrière. La voiture vient de passer Champigny-sur-Yonne et aborde une longue ligne droite bordée de platanes. Que s’est-il exactement produit à cet instant ? La Facel Vega sort de la route, frappe de plein fouet un premier arbre puis rebondit 13 mètres plus loin sur un second platane, autour duquel le châssis s’enroule. Les débris de la voiture, littéralement coupée en deux, sont éparpillés sur des dizaines de mètres[…]. Les gendarmes, qui penchent pour un pneu éclaté et, sans doute, une vitesse excessive, relèvent une trace de 63 mètres de long. On n’a, semble-t-il, signalé aucun autre véhicule ni obstacle imprévu à proximité du drame. »

« C’est absurde de mourir dans un accident de voiture ».

Des décombres, maculée de boue, on extrait la serviette d’Albert Camus.

Il y avait glissé, quelques photographies, un exemplaire du Gai Savoir, de Nietzsche, une édition scolaire d’Othello et les 144 feuillets du manuscrit de son chef d’œuvre « Le Premier Homme »

Lors du mot du jour du <2 octobre 2017, j’avais déjà cité un extrait du premier homme, une citation de son père : « Non, un homme ça s’empêche. Voilà ce qu’est un homme, ou sinon… »

Jeune, Camus ne me « parlait » pas. J’avais étudié à l’école « L’Etranger », comme tout le monde, je pense.

Rien ne m’avait accroché, alors.

Mais depuis que l’âge permet de monter chaque jour un peu plus, les marches de la maturation, Camus m’apparait chaque jour, un peu plus, comme un de ces géants qui nous permet de progresser et de réduire notre manque d’intelligence.

J’ai appris que l’expression « des nains sur des épaules de géants » (en latin : nani gigantum humeris insidentes) est une métaphore attribuée à Bernard de Chartres, maître du XIIe siècle, utilisée pour montrer l’importance pour tout homme ayant une ambition intellectuelle de s’appuyer sur les travaux des grands penseurs du passé (les « géants »).

J’ai plusieurs fois cité Albert Camus dans les mots du jour. En partant des plus récents :

  • <jeudi 17 octobre 2019> : « Quand ils ont peur, c’est pour eux-mêmes. Mais leur haine est pour les autres. »
  • <mardi 12 juin 2018> : «Ce que je sais de la morale, c’est au football que je le dois… »
  • <vendredi 6 octobre 2017: « Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé »
  • <jeudi 22 août 2013> : « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde. »
  • <mardi 18 décembre 2012> : « L’amitié est la science des hommes libres. »

La pause de l’été m’a permis de lire « Le premier homme » et les vacances d’octobre, d’avant le deuxième confinement, m’ont conduit à lire ce que tout le monde conseillait : « La peste ».

A partir de ces lectures et peut être davantage, si l’inspiration me vient, je vais entamer une série de mots du jour sur Albert Camus.

Je vous redonne le lien vers cet admirable documentaire de Georges-Marc Benamou : « Les vies d’Albert Camus ».

<1484>

Jeudi 1er octobre 2020

« Alors ce que nous devons à la Grèce, la Démocratie et la Philosophie seraient ensemble dans une même scène apaisée. Mais cela ne s’est pas du tout passé comme cela !»
Patrick Boucheron qui raconte le Procès de Socrate dans l’émission « Quand l’Histoire fait date »

Nous sommes donc tombés encore plus bas que lors du débat entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron.

Le débat entre Trump et Biden a été pire que ce que l’on pouvait imaginer

Pour l’éditorialiste Dan Balz, du Washington Post :

« Aucune personne vivante n’avait jamais assisté à un débat comme celui-ci. Un festival de cris inconvenants, d’interruptions et d’insultes personnelles. C’était une insulte au public et un triste exemple de l’état de la démocratie américaine, cela cinq semaines avec les élections ».

Pour le site « Politico » le débat fut un « moment épique de honte nationale ».

« Annulez les deux prochains débats » supplie le magazine « Time »

Le chaos est presqu’uniquement imputable à l’occupant actuel de la Maison Blanche. Il est arrivé à rendre Joe Biden sympathique. Et quand ce dernier l’a traité de « clown », de « menteur », de « raciste » et surtout quand il a fini par lâcher : « Tu vas la fermer, mec ? » (« Will you shut up, man », en anglais), nous ne pouvions que l’approuver.

Il y a encore plus inquiétant lorsque Trump refuse de s’engager à reconnaître le résultat du scrutin, laissant entendre que s’il perd cela ne peut être qu’en raison de tricheries de ses adversaires.

Et il prépare les ferments de guerre civile en refusant de condamner les milices d’extrême droite qu’on appelle les suprémacistes et même encore plus grave quand il envoie, en plein débat, ce message explicite à l’organisation d’extrême droite : «Proud Boys, mettez-vous en retrait, tenez-vous prêts». <Le Figaro> explique qui sont ces hommes misogynes, racistes et amateurs d’armes à feu.

Est-ce ainsi que les démocraties finissent ?

Parallèlement j’ai regardé un nouvel épisode de cette remarquable série que Diffuse ARTE et dans laquelle l’historien Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, nous raconte les dates marquantes de l’Histoire. Mais il ne raconte pas seulement ce qui s’est passé à cette date, mais aussi avant et après, le contexte qui explique ce qui s’est passé et les conséquences jusqu’à nos jours de cet évènement : <Quand l’Histoire fait dates>.

Cette fois la date étudiée se situait il y a 2400 ans, plus exactement 2419 ans en -399, dans la cité d’Athènes. <-399, le procès de Socrate | Quand l’histoire fait dates | ARTE>

Il introduit son sujet ainsi

« De quoi sommes-nous redevables à l’Athènes du 5ème siècle. De ce passé ancien, ensoleillé.
On dirait deux choses : La philosophie d’une part, la Démocratie, d’autre part.
On aimerait tant que ce soit la Philosophie et la Démocratie, la Philosophie avec la Démocratie.
On aimerait tant voir Socrate converser avec des citoyens qui l’interpelleraient et lui répondrait.
Et de ce dialogue naîtrait un rapport raisonnable qu’on appellerait la Politique

Alors tout serait raccordé
Alors ce que nous devons à la Grèce, la Démocratie et la Philosophie seraient ensemble dans une même scène apaisée.
Mais cela ne s’est pas du tout passé comme cela ! »

Patrick Boucheron va développer son propos pendant une demi-heure : <-399, le procès de Socrate | Quand l’histoire fait dates | ARTE>

Le procès de Socrate est l’un des procès les plus célèbres de l’Histoire.

Il était accusé de corrompre la jeunesse, de nier les dieux de la cité et d’introduire des divinités nouvelles. Pour cette raison il sera condamné à mort, il avait 70 ans. Contrairement aux demandes pressantes de ses amis, il refusera de s’enfuir et se soumettra à la décision du Tribunal de la démocratie athénienne, il boira la cigüe.

Nous connaissons cette histoire par le récit qu’ont en fait deux de ses disciples Platon et Xénophon, dans leur Apologie de Socrate respective.

Évidemment nous n’entendons ainsi qu’une partie au Procès. Platon développera des thèses très anti-démocratiques, la démocratie a tué son maître et l’homme qu’il admirait le plus.

De très nombreux ouvrages ont discuté de ce procès.

Boucheron aborde un sujet développé ces dernières années qui est l’opinion de Socrate sur la démocratie avant le procès. Parce ce que les chefs d’accusation sont la corruption de la jeunesse et une question sur les dieux de la cité. Dans l’apologie de Socrate il n’est pas question d’une atteinte à la démocratie athénienne. Mais il semble qu’il y a aussi un conflit sous-jacent à ce sujet.

Car la cité d’Athènes est une démocratie qui se trouve en difficulté au moment du Procès de Socrate.

Athènes est durant le Ve siècle la cité la plus puissante du monde grec. Mais la guerre du Péloponnèse contre Sparte et ses alliés, commencée en -431, se termine par une terrible défaite.

À la fin de la guerre, c’est le régime démocratique lui-même qui est mis en cause.

Il y eut une première tentative pour renverser la démocratie en 411 et en 404, une nouvelle tentative, dirigée par Théramène, institue le régime des Trente qui est un régime oligarchique.

La défaite fut attribuée à une prétendue perte des valeurs traditionnelles. Ce n’est pas très éloigné des blancs qui font le succès de Trump et qui pense que l’Amérique est en train de perdre la guerre de la mondialisation, parce qu’elle a abandonné ses valeurs originelles. C’est exactement les thèses défendues par les suprémacistes.

Pour revenir à Socrate et son opinion par rapport à la démocratie, on lit dans <Wikipedia>

« Les opinions politiques qu’on lui attribue et qu’ont embrassées certains de ses disciples n’aident pas sa défense. Critias, un ancien élève de Socrate, a été l’un des chefs de file des Trente tyrans, un groupe d’oligarques favorables à Sparte qui dirige Athènes durant un peu plus de sept mois, de mai 404 à janvier 403, après la fin de la guerre du Péloponnèse. Durant cette même guerre, Alcibiade, un des principaux disciples de Socrate durant sa jeunesse, a trahi Athènes en rejoignant le camp des spartiates. De plus, d’après les portraits laissés par des disciples de Socrate, ce dernier épouse ouvertement certaines vues anti-démocratiques, estimant que ce n’est pas l’opinion de la majorité qui donne une politique correcte, mais plutôt le savoir et la compétence professionnelle, qualités que peu d’hommes possèdent. Platon le décrit aussi comme très critique envers les citoyens les plus importants et les plus respectés de la démocratie athénienne ; il le montre affirmant que les responsables choisis par le système athénien de gouvernement ne peuvent être regardés de façon crédible comme des bienfaiteurs, car ce n’est pas un groupe nombreux qui bénéficie de leur politique, mais « un seul homme […] ou alors un tout petit nombre ». Enfin Socrate est connu pour louer les lois des régimes non démocratiques de Sparte et de la Crète. »

L’historien , Paulin Ismard a écrit un livre en 2013 « L’événement Socrate » : dans lequel il revient sur « l’affaire » Socrate et pose la question : <Socrate, ennemi de la démocratie ?>

Dans l’entretien au Point il explique :

« Mais sa condamnation s’explique aussi en partie par le contexte politique athénien de la charnière des Ve et IVe siècles. A la fin de la guerre du Péloponnèse (431-404), les partisans du régime oligarchique profitent du soutien des troupes spartiates pour renverser le régime démocratique et instaurer durant quelques mois ce qui s’avère rapidement être une pure tyrannie, connue sous le nom de régime des Trente. Le procès de Socrate se déroule quatre ans après ces événements, à un moment où le camp démocrate, désormais tout-puissant, désire solder ses comptes avec ses anciens adversaires. A cette date, Socrate est clairement assimilé aux anciens partisans de l’oligarchie dans la mesure où plusieurs de ses disciples (dont Critias, l’idéologue des Trente) ont participé à son instauration. Socrate lui-même, contrairement à de nombreux Athéniens, était resté dans la ville durant les heures les plus sombres du régime des Trente, ce qui devait apparaître aux yeux de nombreux citoyens comme un témoignage de soutien.

[…] Incontestablement, la philosophie politique socratique, d’après ce qu’en rapporte l’ensemble de ses disciples, était hostile aux principes fondamentaux du régime démocratique, le cœur du différend portant sur la place octroyée au savoir dans l’exercice du pouvoir. Socrate pouvait apparaître comme un promoteur du gouvernement des experts, alors que le régime démocratique athénien refusait que la compétence technique puisse être un titre à gouverner. ».

Ce sont finalement des débats très actuels.

Si la démocratie conduit à ce que le peuple souverain élise un type comme Trump, ne faut-il remettre en cause la démocratie ?

Et comme le pense le philosophe Socrate donner le pouvoir à ceux qui savent ?

C’est un peu ce que l’Union européenne, essaye de mettre en place et qui est dénoncé par Emmanuel Todd ou Michel Onfray.

J’avais évoqué ce sujet lors de mots du jour. Par exemple mercredi 21 octobre 2015 : « Mon mandat ne provient pas du peuple européen. » qui est une phrase qu’a tenue Cécilia Malmström, la commissaire européenne, en 2015, chargée du commerce et donc des négociations du TTIP ou TAFTA, ou celui du mercredi 25 mars 2015 qui rapportait les propos d’un fonctionnaire européen : «Ne vous inquiétez pas, en Europe nous avons le système qui permet de ne pas tenir compte des élections.»

Sommes-nous condamnés à choisir entre un gouvernement des experts ou un gouvernement à la Trump ?

N’est ce pas des gouvernements d’experts qui ont conduit à élire des gens comme Trump ?

Boucheron prétend que nous ne sommes pas encore remis de cette divergence initiale entre la philosophie et la démocratie qui a eu lieu il y a 2400 ans.

<-399, le procès de Socrate | Quand l’histoire fait dates | ARTE>

<1465>

 

Mardi 29 septembre 2020

«Un baiser d’amour pour mourir ? Je veux bien cela…
Violette, une grand-mère de 92 ans qui veut que ses petit-enfants l’embrassent et la touchent malgré la COVID 19

Beaucoup de questions se posent sur cette pandémie qui envahit notre espace, nos vies nos relations.

Michelle a posé beaucoup d’interrogations dans un commentaire au mot du jour d’hier.

Nous constatons qu’il y a des contradictions entre les scientifiques, mais cela nous savons que c’est normal. D’autres interrogations se portent sur certaines incohérences dans les décisions et la stratégie des pouvoirs publics.

Poser des questions est toujours une bonne démarche. Poser les bonnes questions constitue une quête.

J’ai aussi beaucoup de questions, mais j’ai si peu de réponses. Je ne sais pas, telle est la vérité

Mais il y a quand même une question pour laquelle j’ai l’intuition d’un début de réponse.

André Comte-Sponville, depuis plusieurs mois maintenant, alerte sur ce qu’il considère comme une erreur, celle de faire de la santé une valeur suprême :

« La santé n’est pas une valeur du tout, c’est un bien ! »

Et il continue

« Et si on la considère comme une valeur suprême nous avons tendance à tout déléguer à la médecine. Déléguer non seulement la gestion de nos maladies, ce qui est normal, mais aussi la gestion de nos vies et de notre société »

Il dit cela par exemple dans cette <vidéo> de deux minutes où il explique aussi la différence entre la générosité et la solidarité.

Et dans <celle-ci> il parle de Montaigne, il vient de publier un livre sur ce philosophe « Dictionnaire amoureux de Montaigne ».

En citant Montaigne, il parle de la COVID19 et appelle à ne pas continuer à nous laisser dominer par la peur :

« Ce dont j’ai le plus peur, c’est de la peur »

Et il ajoute que c’est une formule qu’il s’est souvent répété ces jours-ci.

Alors, il précise bien qu’il porte le masque et respecte les gestes barrières, mais il y a une sorte d’excès qu’il dénonce.

Elie Semoun n’est pas philosophe, mais humoriste.

Il vient de perdre son père qui est mort en Ehpad, dans le 8ème arrondissement de Lyon, pas loin de mon domicile.

Et il n’est pas content : « Le confinement a tué mon père » :

« La lecture des nouvelles mesures me met en colère, écrit l’acteur sur son compte Instagram. Il est très douloureux pour moi de l’écrire, mais le confinement a tué mon père. »

[…] Mais je dois rendre publique que l’arrêt obligatoire de nos visites à son Ehpad durant deux mois a accéléré son déclin déjà fragilisé par Alzheimer.

C’est quasi criminel d’empêcher nos anciens d’être entouré de l’amour de leurs proches. Parce qu’un Je t’aime, un baiser, un geste, valent mieux que la solitude dans laquelle nous plonge la peur de ce virus. »

Dans le même article, le journaliste donne aussi la parole à Nicolas et Victoria les enfants de Guy Bedos. Victoria dit :

« J’en veux [au] coronavirus, [au] confinement qui nous a éloignés de toi avec Nicolas. Pendant deux mois, on n’a pas pu te voir par peur de te tuer en t’embrassant. Et on t’a tué en ne venant pas t’embrasser, finalement. Tu as cessé de manger, de marcher, de lutter. À quoi bon puisque mes enfants ne m’aiment plus ? »

Nous t’avons tué en ne venant pas t’embrasser !

Et je veux partager avec vous <cette vidéo> dans laquelle une psychothérapeute raconte sa rencontre par le canal numérique avec une vieille grand-mère de 92 ans qu’elle appelle Violette.

Cette psychothérapeute, Gislaine Duboc, qui annonce aussi d’autres compétences plus spirituelles, a donc reçu en consultation la vieille Dame parce que cette dernière voulait qu’elle joue le rôle de médiatrice ou même qu’elle tranche le différend qui existait entre elle et ses petits-enfants.

Les enfants et les petits enfants venaient voir régulièrement Violette, ils étaient masqués, ne s’approchaient pas d’elle et par voie de conséquence ne la touchait pas, ce que Violette trouvait insupportable. Les petits enfants lui rétorquaient qu’il leur était impossible de risquer de lui apporter la mort, et que si tel était le cas il porterait cette culpabilité pour le restant de leurs jours.

Dans ces conditions la grand-mère ne voulait plus les voir, ce que les petits enfants trouvaient très injustes, car ils aimaient venir voir leur grand-mère.

Violette a demandé à Gislaine Duboc de trouver les mots pour convaincre ses petits-enfants de se ranger à ses arguments. Gislaine Duboc qui dit comprendre la position des deux, se dit incapable de jouer ce rôle mais elle demande à Violette de dire avec ses mots ce qu’elle désire. Et Violette parle :

« Je n’ai pas peur [de la mort]. Je sens que c’est la fin. Vous savez je suis à la fin de l’hiver, je le sens. Mes jours, mes mois ne seront pas très longs. Je vais avoir 92 ans, pour moi je suis à la fin de ma vie. Et c’est bien comme cela.

Mais je ne veux pas être privée des baisers. Je ne veux pas être privée des bras de mes enfants et de mes petit-enfants.

Je suis quelqu’un qui les touche depuis toujours […] Je caresse toujours […] j’ai besoin de toucher.

Et là depuis des semaines, j’ai l’impression de rentrer dans un froid incroyable.

Alors si je dois mourir dans le froid ça, ça ne va pas. Que j’aille vers le froid d’accord, mais pas mourir de froid.[…]

Comprenez bien, la mort elle vient par où elle veut. Tout est messager pour la faire venir. Eh bien, moi si c’est l’amour de mes enfants qui m’amène la mort, un baiser d’amour pour mourir, je veux bien cela. »

« Un baiser d’amour pour mourir ? je veux bien cela ! ». En quelques mots l’essentiel est dit.

Il y a un temps où ce qui compte c’est la qualité, la chaleur du lien et de la vie et non pas la quantité froide d’une vie dont on aurait extrait la substance.

Il faut regarder la vidéo c’est beaucoup plus émouvant que ce que je peux raconter.

Merci Violette pour cette leçon de vie dont la mort fait partie.

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Mardi 22 septembre 2020

«Sutor, ne supra crepidam»
Apelle de Cos

Un mot du jour court, mais plein de sens, au temps du COVID19 et d’autres incertitudes. Cette période que nous vivons et dans laquelle tant de gens deviennent compétents en moins de temps qu’il ne faut pour le dire et sur des sujets d’une diversité et d’une complexité que manifestement ils ne perçoivent pas.

J’ai entendu cette expression dans une émission de radio, mais l’explication m’a été donnée par Wikipedia auquel je viens de réitérer un don, car je crois qu’il s’agit vraiment d’une œuvre d’utilité publique dans un monde du numérique triomphant.

Apelle de Cos, était un célèbre peintre grec qui a vécu au IVe siècle av. J.-C.. Il était le contemporain d’Alexandre le Grand dont il a peint des portraits.

Aucune de ses peintures, n’a été conservée. Mais elles ont été décrites et louées par des grands écrivains anciens : Ovide, Cicéron et Pline l’ancien

Ainsi d’après Cicéron (De Officiis, III, II, 10), personne n’osa terminer la Vénus qu’Apelle peignit pour les habitants de l’île de Cos, et qu’il avait laissée inachevée en mourant :

« La beauté du visage en effet ôtait l’espoir d’y égaler le reste du corps. »

Et c’est Pline l’Ancien qui dans son ouvrage « l’Histoire naturelle » [XXXV, 851 (Loeb IX, 323–325)] raconte l’histoire de cette parole de sagesse.

Apelle, lorsqu’il exposait ses peintures à l’étal, avait coutume de se tenir derrière les tableaux et d’écouter les commentaires des passants. Il arriva un jour qu’un cordonnier critiquât la manière dont Appelle avait peint une sandale : dans la nuit qui suivit, l’artiste retoucha l’œuvre.

Le cordonnier, constatant le lendemain les changements apportés, et fier de ce que son jugement ait convaincu le peintre, se mit à critiquer d’autres points de la peinture qui lui déplaisait.

Et c’est alors que le peintre lui rétorqua :

« Sutor, ne supra crepidam »

Ce qui signifie :

« Cordonnier, pas plus haut que la sandale »

Dans d’autres versions on lit « Ne sutor ultra crepidam » (« que le cordonnier ne juge pas au-delà de la sandale »).

Ou encore « nē suprā crepidam sūtor iūdicāret » (« un cordonnier ne devrait pas donner son avis plus haut que la chaussure »).

C’est un conseil très sage qui invite de rester dans sa zone de compétence et qui s’adresse à chacun de nous.

Cette locution latine a donné naissance à un terme français « ultracrepidarianisme » qui est donc le comportement qui consiste à donner son avis sur des sujets sur lesquels on n’a pas de compétence crédible ou démontrée.

Pour le reste, rien n’interdit de poser des questions pertinentes ou ingénues, mais il serait pertinent de s’abstenir de réponses, surtout péremptoires.

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Jeudi 2 juillet 2020

«Quand j’achète quelque chose, quand tu achètes toi, on ne le paye pas avec de l’argent. On le paye avec du temps de vie qu’il a fallu dépenser pour gagner cet argent.»
José Mujica, Président de l’Uruguay de 2010 à 2015

Le documentaire « Human » dont je parlais hier, présente presqu’exclusivement des femmes et hommes inconnues du monde médiatique.

Il y a quelques exceptions et je voudrai revenir sur une de ces exceptions. Il s’agit de José Mujica, surnommé Pepe Mujica. Il a été Président de l’Uruguay de 2010 à 2015.

Il a été remarqué par son refus des avantages octroyés par sa fonction de président de la République.

Vous vous souvenez que François Hollande avait voulu être un « Président normal ». Et beaucoup en découvrant José Mujica ont pensé que c’était lui « Le président normal ». C’est pour cette raison que je lui ai déjà consacré un mot du jour, celui du < 5 novembre 2013>

Il a été guérillero des Tupamaros dans les années 60-70 et pour cette raison il a été détenu par la dictature entre 1973 et 1985.

Pendant sa présidence, il n’a pas seulement été normal et soucieux de rester très simple. <Wikipedia> nous apprend que

« La part des dépenses sociales dans le total des dépenses publiques passe ainsi de 60,9 % à 75,5 % entre 2004 et 2013. Durant cette période, le taux de chômage passe de 13 % à 7 %, le taux de pauvreté national de 40 % à 11 % et le salaire minimum a été rehaussé de 250 %.

Il soutient par ailleurs le renforcement des syndicats. D’après la Confédération syndicale international, l’Uruguay est devenu le pays le plus avancé d’Amérique en matière de respect « des droits fondamentaux du travail, en particulier la liberté syndicale, le droit à la négociation collective et le droit de grève » […] En octobre 2012, le Parlement vote la légalisation de l’avortement. Contrairement à son prédécesseur, qui avait mis son veto à cette légalisation, Mujica fait approuver la loi. L’Uruguay devient ainsi le deuxième pays d’Amérique latine à autoriser l’avortement après Cuba. En avril 2013, les parlementaires approuvent définitivement une loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe. »

Il reversait aussi la quasi-totalité de ses revenus à un programme de logement social.

Certains libéraux expriment un bilan plus critique sur sa présidence en insistant sur le fait qu’il a fait augmenter la dette du pays.

Dans le documentaire indiqué hier, il n’apparait que 2 minutes. Mais dans son cas, il existe en ligne un extrait de cet entretien plus long. Il dure environ 10 minutes : <L’interview de José Mujica – URUGUAY>

Il commence ainsi son entretien :

« J’ai été paysan pour gagner ma vie.
Puis je me suis engagé dans la lutte pour transformer et améliorer la vie de ma société.
Aujourd’hui je sui Président et demain comme tout le monde je ne serai qu’un tas d’asticots et je disparaîtrai. »

Mais ce que je voudrais surtout partager se situe à partir de 1’30. C’est aussi cet extrait qui a été repris dans le documentaire :

« J’ai beaucoup réfléchi à tout cela.
J’ai passé plus de 10 ans dans un cachot.
J’ai eu le temps de réfléchir.
J’ai passé plus de 7 ans sans ouvrir un livre.
Et voilà ce que j’ai découvert.

Soit on est heureux avec peu de choses, sans s’encombrer, car le bonheur on l’a en soi. Soit on n’arrive à rien.

Je ne fais pas l’apologie de la pauvreté mais de la sobriété.

Mais nous avons inventé la société de consommation en quête perpétuelle de croissance. Pas de croissance, c’est le drame.

On s’est inventé une montagne de besoins superflus. Il faut constamment jeter, acheter, jeter et c’est notre vie qu’on dilapide.

Quand j’achète quelque chose, quand tu achètes toi, on ne le paye pas avec de l’argent.

On le paye avec du temps de vie qu’il a fallu dépenser pour gagner cet argent.

A cette différence près que la vie, elle ne s’achète pas. La vie ne fait que s’écouler.

Et il est lamentable de gaspiller sa vie à perdre sa liberté. »

Pour consommer, et pour beaucoup acheter du futile ou du superflu, on paie formellement avec de l’argent, mais en réalité c’est du temps de vie que nous donnons. Le temps de vie nécessaire pour pouvoir acquérir l’argent de la consommation.

Le cinéaste serbe Emir Kusturica a tourné un documentaire sur cet homme étonnant. <Cet article> d’un journal canadien parle de cette rencontre.

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Mardi 28 avril 2020

«Si on est conscient que la paresse est aussi la condition à un certain renouvellement des idées, nécessaire à la productivité qu’on recherche, on peut avancer dans le bon sens.»
Gwenaëlle Hamelin

La paresse n’a pas bonne presse.

Elle fait partie de l’ensemble des 7 péchés capitaux que la religion catholique et Thomas d’Aquin ont répertorié comme les « vices » qui entrainent tous les autres.

A l’école non plus la paresse n’est pas appréciée. « Paresseux » constitue souvent une critique très lourde à porter. « Dispose de potentialités, mais…la paresse l’emporte » et voilà un élève stigmatisé…

Dans la société comme dans le monde de l’emploi la réputation de paresse est quasi unanimement considérée comme un défaut. Et même un défaut impardonnable, parce que non excusable, dû uniquement à un manque de volonté.

Par rapport aux hikikomori décrits hier, plus que la réclusion chez leurs parents, ce qui est considéré comme le plus honteux est certainement le fait qu’ils se complaisent dans l’oisiveté et qu’ils sont donc paresseux.

Le confinement actuel, pour certains et pour certains seulement, peut conduire à une douce indolence, une paresse coupable voire des rêves fous d’un autre monde.

Le Centre patronal suisse s’en inquiète et veut lutter avec fermeté contre les effets nocifs du confinement :

« Il faut éviter que certaines personnes soient tentées de s’habituer à la situation actuelle, voire de se laisser séduire par ses apparences insidieuses: beaucoup moins de circulation sur les routes, un ciel déserté par le trafic aérien, moins de bruit et d’agitation, le retour à une vie simple et à un commerce local, la fin de la société de consommation… Cette perception romantique est trompeuse, car le ralentissement de la vie sociale et économique est en réalité très pénible pour d’innombrables habitants qui n’ont aucune envie de subir plus La mise à l’arrêt de nombreuses activités économiques, mais aussi sociales et politiques, a permis de limiter l’épidémie de coronavirus, mais elle a aussi un énorme coût financier et humain. Il faut maintenant – et le Conseil fédéral en est conscient – planifier un retour progressif à la normale »

Bernard Pivot, du haut de sa sagesse que lui donne son grand âge ne partage pas cette crainte : < Le confinement dans la paresse > et citent de nombreux auteurs qui en font l’éloge : Kundera, Baudelaire, Perec, Sagan, Kessel…

Il commence ainsi son article :

« Le plus célèbre des confinés de tous les temps, Robinson Crusoé, n’est pas tombé dans l’oisiveté. Pour survivre, il a été dans l’obligation de faire travailler son imagination et ses bras. Il n’en est pas de même pour les deux milliards de personnes tenues de rester chez elles pour lutter contre la propagation du coronavirus. Hormis celles et ceux qui ont la possibilité de recourir au télétravail et les mères et pères de famille nombreuse, les autres sont plus ou moins confinés dans l’inaction. Cela est insupportable pour certains. D’autres, au contraire, s’en accommodent, découvrant les plaisirs du temps à meubler, du temps à laisser filer, du temps à perdre. Ils pénètrent dans le monde enchanté, jusqu’alors inaccessible pour eux, de la paresse. »

J’avais déjà consacré un mot du jour à la paresse. C’était pour évoquer le livre du gendre de Karl Marx, Paul Lafargue, « Le droit à la paresse ». Livre qu’il avait écrit alors qu’il était incarcéré à la prison Sainte-Pélagie pour propagande révolutionnaire.

Un jour lors d’une des formations que j’ai suivie au cours de ma carrière, il m’avait été demandé de trouver un point de vue à défendre pour approfondir la capacité d’argumentation. J’avais alors défendu l’ide que c’était les paresseux qui avait fait avancer le monde.

J’avais à peu près tenu ce langage.

La société humaine est constamment écartelée par l’action de deux types de personnes : les paresseux et les besogneux.

Les besogneux travaillent, travaillent beaucoup sans se poser de questions. Ils font ce qu’il y a faire et veulent toujours faire plus.

Le paresseux voit faire les besogneux et il sent que la pression sociale l’oblige à réaliser à peu près le même boulot.

Alors le paresseux réfléchit et trouve la solution pour faire le même boulot que le besogneux mais en se fatigant moins.

C’est ainsi que c’est un paresseux qui a inventé la roue, parce qu’il ne supportait plus de porter de lourdes charges comme le besogneux.

C’est ce qu’on appelle le progrès.

Seulement, le besogneux est tapi dans l’ombre et c’est un copieur. Il s’est alors emparé de l’idée du paresseux pour porter des charges de plus en plus lourdes jusqu’à ce qu’un paresseux trouve l’idée du moteur etc.

J’avais tenu dix minutes à multiplier les exemples qui montrent ce balancement entre le progrès et le « toujours plus » dont nous souffrons aujourd’hui.

Alors j’ai été ravi d’apprendre que Bill Gates, le fondateur de Microsoft, disait :

« Je choisis une personne paresseuse pour un travail difficile, car une personne paresseuse va trouver un moyen facile de le faire ».

C’est ce que j’ai appris en écoutant l’émission de France Culture que j’ai évoqué hier et qui fait partie de la même série que « les hikikomori ».

Car en réalité je n’ai découvert les hikikomori que dans un second temps, j’ai été attiré par l’émission qui avait pour titre : < Cherchons F/H paresseux pour un poste de directeur>

Nous sommes donc dans le monde de l’entreprise.

L’invitée était la psychologue du travail Gwenaëlle Hamelin, spécialiste du stress au travail et du burn out.

Le site de France Culture a mis sur la page de cette émission une photo de cette psychologue avec une peluche représentant un paresseux.

Je vous invite à écouter cette émission. J’en tire quelques extraits :

Elle insiste d’abord sur ce qui permet de déployer sa force de travail :

« L’énergie cela ne se décrète pas. L’énergie cela se puise dans le désir, dans l’envie. Et ça ce sont des valeurs qui ne s’apprennent pas, qui ne se décident pas, qui s’écoutent et c’est pour cela qu’il faut une certaine paresse et c’est cela que j’essaie de vivre au quotidien, qui me guide, qui me donne de l’énergie et que j’essaie d’essaimer quand j’interviens en entreprise ou quand je fais mes conférences. »

Alors évidemment dans l’entreprise ce n’est pas facile de dire qu’on a besoin de paresser un peu. C’est plutôt le contraire qui se passe et la psychologue pointe que souvent le salarié est complice de trop de travail.

« Aujourd’hui personne n’assume de dire qu’il accepte de se reposer, qu’il accepte de dire non. Même si on n’est pas surmené, souvent on véhicule l’image de quelqu’un qui l’est parce que c’est mieux pour sa carrière. C’est toujours bon de dire qu’on a travaillé tard, qu’on a travaillé le week end. Il y a une sorte de paradoxe à savoir si le travailler trop est subi ou choisi. Et même dans le burn out, il y a cette dualité : en effet il y avait un environnement qui poussait à travailler toujours plus et qui vous a fait exploser en vol. Et en même temps, on trouve en soi, un certain plaisir pour accepter ce challenge. »

Les personnes moins concentrées et moins productives seront plus à même d’observer et de repérer les signes. Adopter une certaine forme de paresse c’est diminuer son exposition au stress et au risque de burn-out.

« Aujourd’hui, on parle beaucoup de burn-out et on a oublié que cela existait déjà et qu’on appelait cela le surmenage. Il y a une différence, aujourd’hui on en parle et on comprend que c’est un phénomène menaçant, contre lequel il faut lutter et avoir des politiques de prévention. Alors qu’avant quand on parlait de surmenage c’était l’apanage du faible. Dans les offres d’emplois on pouvait même lire que dans les qualités recherchées il fallait une résistance importante au stress. Aujourd’hui personne ne s’autoriserait à marquer dans une offre d’emploi qu’il faudrait de la résistance au stress. Parce que cela véhiculerait une image de l’entreprise qui ferait partir les meilleurs candidats. […] Il y a donc une évolution des mentalités »

Toutefois Gwenaëlle Hamelin pense qu’il reste beaucoup à faire.

« Il y a une prise de conscience qui est en train de se dessiner. Les gens veulent du bien être avant toute chose. Et le bien-être, c’est s’autoriser une certaine paresse. Si on est conscient que cette paresse est aussi la condition à un certain renouvellement des idées, nécessaire à la productivité qu’on recherche, on peut avancer dans le bon sens. »

A ce stade l’émission renvoie vers une étude menée, en 2016, au Japon par le professeur Hasegawa . Il a fait une étude sur les parallèles entre des colonies de fourmis et les entreprises. Il a constaté que de 20% à 30% des fourmis ne font rien qui rentre dans la catégorie travail. Elles sont toutefois précieuses car elle dispose d’une réserve de force et prendront le relais de manière plus productive que les travailleuses en cas d’urgence.

Et c’est ainsi qu’on peut comprendre que les éléments considérés comme paresseux sont les seuls à être réactifs aux situations d’urgence. Les paresseux savent considérer et jouer habilement avec le temps, pour pouvoir être plus efficaces ensuite. Ils savent prioriser. En période de crise, ils ne se perdent pas dans les détails et se concentrent sur ce qui compte vraiment.

En outre le temps de paresse est aussi un temps de créativité.

Quand un salarie est toujours en activité, engluer à faire ce qu’il sait faire le plus vite possible sans s’arrêter, il ne reste aucun temps pour réfléchir, pour être créatif. Certes par entrainement, il est possible de faire de plus en plus vite ce que l’on sait faire. Mais on ne sort pas de là, on fait toujours la même chose, et ce n’est pas ainsi qu’on progresse et qu’on fait progresser l’entreprise.

Et la psychologue de rappeler le fameux « euréka » qu’Archimède a lancé en ayant compris la mécanique des fluides. Cette découverte scientifique majeure, il l’a découverte en paressant calmement dans son bain.

Bon je vous laisse écouter cette émission de moins d’une demi-heure : < Cherchons F/H paresseux pour un poste de directeur>

Il ne s’agit pas de ne rien faire, mais de se laisser du temps de réflexion, de paresse pour laisser murir sa créativité.

Comme le faisait si souvent l’inoubliable Gaston Lagaffe, créé en 1957 par André Franquin.


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Lundi 20 avril 2020

«Je me fais plus de soucis pour l’avenir professionnel de mes enfants que pour ma santé de presque septuagénaire.»
André-Comte Sponville

André-Comte Sponville est un de nos grands philosophe. Il a donné une interview dans un journal belge : « L’écho » : «J’aime mieux attraper le Covid-19 dans un pays libre qu’y échapper dans un État totalitaire »

Dans cet entretien, il tire comme enseignements positifs de cette crise :

« J’en vois trois principaux. D’abord l’importance de la solidarité: se protéger soi, c’est aussi protéger les autres, et réciproquement.

Ensuite le goût de la liberté: quel plaisir ce sera de sortir de cette “assignation à résidence”” qu’est le confinement!

Enfin l’amour de la vie, d’autant plus précieuse quand on comprend qu’elle est mortelle. Gide l’a dit en une phrase qui m’a toujours frappé: « Une pas assez constante pensée de la mort n’a donné pas assez de prix au plus petit instant de ta vie.» Le Covid-19, qui fait que nous pensons à la mort plus souvent que d’habitude, pourrait nous pousser à vivre plus intensément, plus lucidement, et même – lorsqu’il sera vaincu – plus heureusement. »

Il aborde surtout cette crise sous un angle de vue intéressant : notre rapport à la mort.

Edouard Philippe a réexpliqué, ce dimanche, très pédagogiquement, l’unique raison pour laquelle la décision de confinement a été prise. Cette raison n’a pas été cachée par le gouvernement, mais il semblerait parfois qu’elle est perdue de vue, tant parfois on a l’impression que certains se croit en danger de mort immédiat s’ils ont le malheur de rencontrer le virus. Ce qui est totalement faux. On peut mourir de ce virus, mais ce n’est pas et de loin la conséquence la plus probable si on l’attrape.

L’unique raison du confinement est d’éviter la saturation des hôpitaux et particulièrement des services de soins intensifs. Cette saturation qui entrainerait pour conséquence l’impossibilité de soigner des patients atteint de symptômes graves et obligerait donc à les laisser mourir alors qu’avec des moyens de soins il serait possible d’en sauver une grande partie. C’est cela qu’on a voulu éviter, à cause du prix qu’on donne à la santé et à la vie. C’était aussi créer une tension et une pression insupportable pour les personnels soignants devant ce désastre sanitaire : ne pas être en mesure de sauver des vies en raison d’un manque de moyens, de lits, de personnel.

Car l’article de « l’Echo » rappelle que la grippe de 1968 – « grippe de Hong Kong » – a fait environ un million de morts, dans l’indifférence quasi générale. André Compte-Sponville ajoute la grippe dite « asiatique », en 1957-1958, en avait fait encore plus, et tout le monde l’a oubliée.

Il y a eu donc évolution, le philosophe a cette analyse :

«  J’y vois trois raisons principales. D’abord la mondialisation, dans son aspect médiatique: nous sommes désormais informés en temps réel de tout ce qui se passe dans le monde, par exemple, chaque jour, du nombre de morts en Chine ou aux États-Unis, en Italie ou en Belgique… Ensuite, la nouveauté et le “biais cognitif” qu’elle entraîne: le Covid-19 est une maladie nouvelle, qui, pour cette raison, inquiète et surprend davantage. Enfin une mise à l’écart de la mort, qui la rend, lorsqu’elle se rappelle à nous, encore plus inacceptable.

[La mort] l’a toujours été, mais comme on y pense de moins en moins, on s’en effraie de plus en plus, lorsqu’elle s’approche. Tout se passe comme si les médias découvraient que nous sommes mortels! Vous parlez d’un scoop! On nous fait tous les soirs, sur toutes les télés du monde, le décompte des morts du Covid-19. 14.000 en France, à l’heure actuelle, plus de 4.000 en Belgique… C’est beaucoup. C’est trop. C’est triste. Mais enfin faut-il rappeler qu’il meurt 600.000 personnes par an en France? Que le cancer, par exemple, toujours en France, tue environ 150.000 personnes chaque année, dont plusieurs milliers d’enfants et d’adolescents? Pourquoi devrais-je porter le deuil des 14.000 mors du Covid 19, dont la moyenne d’âge est de 81 ans, davantage que celui des 600.000 autres? Encore ne vous parlais-je là que de la France. À l’échelle du monde, c’est bien pire. La malnutrition tue 9 millions d’êtres humains chaque année, dont 3 millions d’enfants. Cela n’empêche pas que le Covid-19 soit une crise sanitaire majeure, qui justifie le confinement. Mais ce n’est pas une raison pour ne parler plus que de ça, comme font nos télévisions depuis un mois, ni pour avoir en permanence “la peur au ventre”, comme je l’ai tant entendu répéter ces derniers jours. Un journaliste m’a demandé – je vous jure que c’est vrai – si c’était la fin du monde! Vous vous rendez compte? Nous sommes confrontés à une maladie dont le taux de létalité est de 1 ou 2% (sans doute moins, si on tient compte des cas non diagnostiqués), et les gens vous parlent de fin du monde. »

Alors le philosophe accepte d’interroger cette affirmation d’Emmanuel Macron dans son dernier discours que « la santé était la priorité ».

La santé est-elle devenue la valeur absolue dans nos sociétés?

« Hélas, oui! Trois fois hélas! En tout cas c’est un danger, qui nous menace. C’est ce que j’appelle le pan-médicalisme: faire de la santé (et non plus de la justice, de l’amour ou de la liberté) la valeur suprême, ce qui revient à confier à la médecine, non seulement notre santé, ce qui est normal, mais la conduite de nos vies et de nos sociétés. Terrible erreur! La médecine est une grande chose, mais qui ne saurait tenir lieu de politique, de morale, ni de spiritualité. Voyez nos journaux télévisés: on ne voit plus que des médecins. Remercions-les pour le formidable travail qu’ils font, et pour les risques qu’ils prennent. Mais enfin, les experts sont là pour éclairer le peuple et ses élus, pas pour gouverner. Pour soigner les maux de notre société, je compte moins sur la médecine que sur la politique. Pour guider ma vie, moins sur mon médecin que sur moi-même.

La priorité des priorités, à mes yeux, ce sont les jeunes. Nous avons peut-être les meilleurs hôpitaux du monde. Qui oserait dire que nous avons les meilleures écoles? Le moins de chômage dans la jeunesse? »

Et il ajoute :

« Finitude et vulnérabilité font partie de notre condition. […] L’incertitude, depuis toujours, est notre destin. »

Dans cet article, André Comte Sponville, rappelle quelque saine vérité :

« Parler d’une vengeance de la nature, c’est une sottise superstitieuse. En revanche, qu’il y ait un déséquilibre entre l’homme et son environnement, ce n’est que trop vrai. Cela s’explique à la fois par la surpopulation – nos enfants ne meurent plus en bas-âge: on ne va pas s’en plaindre – et la révolution industrielle, grâce à laquelle la famine a disparu de nos pays et a formidablement reculé dans le monde: là encore, on ne va pas s’en plaindre. Mais la conjonction de ces deux faits nous pose des problèmes énormes. Le réchauffement climatique fera beaucoup plus de morts que le Covid-19!

Ce n’est pas la mondialisation qui crée les virus. La peste noire, au 14e siècle, a tué la moitié de la population européenne, et la mondialisation n’y était pour rien. En revanche, ce que cette crise nous apprend, c’est qu’il est dangereux de déléguer à d’autres pays, par exemple à la Chine, les industries les plus nécessaires à notre santé. Bonne leçon, dont il faudra tenir compte! »

Et il remet en perspective cette maladie avec les conséquences économiques qu’il rapporte à son propre cas :

«  Je me fais plus de soucis pour l’avenir professionnel de mes enfants que pour ma santé de presque septuagénaire. La France prévoit des dépenses supplémentaires, à cause du Covid et du confinement, de 100 milliards d’euros. Je ne suis pas contre. Mais qui va payer? Qui va rembourser nos dettes? Nos enfants, comme d’habitude… Cela me donne envie de pleurer. »

Et puis il parle de nos ainés dans les EHPAD :

« Quant à nos aînés, leur problème ne commence pas avec le Covid-19. Vous êtes déjà allé dans un EHPAD? Le personnel y fait un travail admirable, mais quelle tristesse chez tant de résidents. Pardon de n’être pas sanitairement correct. En France, il y a 225.000 nouveaux cas de la maladie d’Alzheimer chaque année, donc peut-être dix fois plus que ce que le Covid-19, si le confinement fonctionne bien, risque de faire. Eh bien, pour ma part, je préfère être atteint par le coronavirus, et même en mourir, que par la maladie d’Alzheimer! »

En fin de compte, on a bien laissé mourir des patients du COVID-19 sans les prendre en charge dans les unités de soins des hôpitaux, c’était des personnes âgées qui étaient en EHPAD.

Mais le plus grave n’a t’il pas été qu’on a interdit, dans un premier temps, aux proches de les accompagner dans leurs derniers instants ainsi que dans la cérémonie funéraire ?

Et le philosophe nous invite à prendre du recul, plutôt que de nous laisser emporter par nos émotions – à commencer par la peur – et le politiquement correct.

<1403>

Mardi 31 mars 2020

« C’est au moment où on lâche, où on assume le rien, qu’on va aller puiser au cœur de soi, et qu’on va pouvoir le transformer. Ennuyons-nous ! »
Odile Chabrillac

Tout le monde n’est pas égal devant ce confinement qui nous est imposé et qu’heureusement, le plus grand nombre accepte.

Il en est qui sont en confinement mais aussi en télétravail avec des responsables qui ne comprennent rien au temps présent et qui les harcèlent par des demandes de rendez vous vidéo répétitifs et trop longs. A cela s’ajoute peut être des enfants à occuper, à enseigner, à nourrir…

Il se peut aussi que des tensions apparaissent entre les occupants du lieu de confinement.

Et lorsque le chat commence à grimper aux rideaux le comble de la patience est dépassée.

Il en est aussi qui sont dans des lieux de confinement trop étroits pour le nombre de présents, c’est alors très difficile.

Mais pour d’autres qui sont davantage sans occupation précise, le risque est rapidement d’être totalement dépassé par l’ensemble des activités proposées par de nombreuses personnes

Marianne nous a fait parvenir une <petite vidéo> dans laquelle un homme confiné, cherche à trouver avec un ami, un moment pendant lequel ils pourront échanger plus longuement. Il s’aperçoit rapidement qu’il n’a plus aucun créneau disponible, tant son emploi du temps du confinement est rempli.

Surtout ne pas s’ennuyer !

Pas un moment de vide ! Un moment sans divertissement.

Le Point a publié un entretien, le 29 mars, avec Odile Chabrillac qui est psychologue et naturopathe : <Tuer l’ennui, quelle drôle d’idée ! >

L’article recommence par un rappel des Pensées de Pascal :

« Rien n’est plus insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos, relevait Pascal, sans passion, sans affaire, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide. Incontinent, il sortira du fond de son âme l’ennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le dépit, le désespoir. »

Odile Chabrillac a publié un <Petit Éloge de l’ennui> (Éditions Jouvence, 2011).

Elle explique d’abord « l’ennui » :

«  L’ennui est un sentiment extrêmement désagréable auquel on résiste, presque physiquement. Il y a quelque chose en nous qui a très peur de cet espace de vacuité parce qu’il nous fait penser à la dépression, à la mort. Alors, on met en place des stratégies d’évitement, de divertissement – au sens pascalien du terme –, on s’agite tous azimuts pour ne surtout pas en arriver là.

Or, précisément, c’est au moment où on lâche, où on assume le rien, qu’on va aller puiser au cœur de soi, et qu’on va pouvoir le transformer. Ennuyons-nous !

C’est dans cet espace vide laissé par l’ennui que se trouvent l’essence, la sève, le potentiel de joie, de créativité, d’invention. C’est la différence entre le vide vide et le vide plein. Mais évidemment, avant d’en arriver là, il est nécessaire de passer par cette phase très mélancolique, quasi dépressive, cette phase qui nous rappelle irrémédiablement les dimanches après-midi de notre enfance, lorsqu’on n’avait personne avec qui jouer et que l’on passait des heures à attendre que quelque chose se passe, que les adultes sortent de table ou prennent notre désœuvrement en compte. Ces après-midi d’enfance où le temps semblait s’étirer indéfiniment… »

Alors bien sûr, il ne s’agit pas d’un après-midi de l’enfance, mais d’une période de confinement longue dont nous ignorons pour l’instant la sortie :

« L’absence de perspective vient en effet majorer le désagrément intérieur. Non seulement on se retrouve dans une situation qu’on n’a pas l’habitude de gérer, mais surtout on ne sait pas pour combien de temps. C’est comme une maladie : il faut s’en remettre à plus grand que soi, ce qui, on le sait, n’est pas le fort des humains, qui ont tendance à vouloir tout contrôler. On se doute bien que la période engendrera de grandes transformations, autant du point de vue collectif que personnel. Mais que d’incertitudes à l’arrivée ! Cela rajoute beaucoup d’angoisse à l’ennui. C’est comme rouler avec le frein à main au plancher, c’est coûteux en énergie. Comme après tout traumatisme, notre cerveau est en train de se reconfigurer. Il se réinitialise en quelque sorte. Je pense que c’est pour cela que chacun se sent étonnamment épuisé en se couchant le soir. Certains de mes patients me décrivent une fatigue complètement disproportionnée par rapport à leur baisse d’activité. C’est bien que le cerveau est en train de turbiner. Il doute, angoisse, cherche des dérivatifs, de quoi remplir le vide, ne se satisfait pas, recommence, puis abandonne. Lessivé. »

Mais nous sommes sollicités de toute part pour ne pas nous ennuyer, remplir le silence, remplir l’attente, de dizaines de choses à faire, partager, lire, regarder, agir.

D’ailleurs lire, pendant cette période n’est pas si simple : «  Pourquoi je n’arrive pas à lire de roman pendant le confinement»

« Dès lors qu’on se rend compte que les distractions sont paradoxalement trop nombreuses, qu’on ne sait plus où donner de la tête, c’est qu’on est sur la bonne voie. On peut s’adonner plusieurs jours d’affilée à la compulsion visuelle, se noyer dans les écrans et se nourrir d’images, mais cela ne peut pas tenir sur la durée. Le jour où, lassé, on éteint la télévision ou on supprime la vidéo que l’on vient de recevoir sans y avoir jeté un œil, là, le vide devient intéressant. Angoissant, je suis tout à fait lucide là-dessus, voire fragilisant pour certaines personnes – il faut une structure psychique forte pour résister – mais c’est là que l’imagination va s’épanouir. »

Accepter le rien, grandir dans le retour sur soi.

Le mot du jour du <3 octobre 2019> donnait la parole au docteur Richard Béliveau « Malheureusement, pour beaucoup de gens, la seule fois dans leur vie où ils seront face à eux-mêmes, c’est au moment de mourir. »

« Affectivement, émotionnellement, cet enfermement peut en effet s’avérer très difficile à vivre. Je connais plein de gens qui n’auront jamais passé autant de temps avec leur femme, leur mari, leur famille, leurs enfants. C’est une bombe atomique en puissance ! Je pense qu’on est en train de vivre une véritable initiation collective. C’est mon interprétation, mais le monde occidental est aujourd’hui confronté de plein fouet à son plus grand tabou : la mort. Pour la regarder collectivement droit dans les yeux, il faut l’expérimenter chacun symboliquement, en acceptant le rien. Cela permet l’invention, on dirait, de nouveaux rituels collectifs. C’est assez fascinant à analyser.  »

L’ennui qui devrait aussi permettre de se rendre compte que l’on peut vivre avec moins :

« C’est l’une de ses grandes vertus, en effet. On va réaliser que le vide, le silence, le fait de ne rien prévoir, n’est pas mortel. Mieux encore, que le renoncement, le dépouillement, a du bon. […] Ne vous inquiétez pas, les gens se mettent la pression au début, rangent tous leurs placards, font du tri, se mettent à lire Proust, mais ça ne peut pas tenir sur la durée. À partir de maintenant, nous allons entrer dans une phase de lâcher-prise et de renoncement. Certains en sortiront peut-être des œuvres de génie [qu’ils écriront comme les invite D’Ormesson] d’autres non. L’important, c’est la transformation collective que nous allons observer à l’arrivée. Mais en attendant, il faut traverser ! »

Un autre article du Point revient sur ce rejet de l’occupation à tout prix : <Michel Richard – Arrêtez avec vos conseils de lecture, de musique ou de visite !>.

Michel Richard écrit : « Nous croulons sous leurs propositions pour occuper notre vie recluse. Ils nous gavent et ne comprennent pas que le temps nous manque. »

Nous avons compris : Ennuyons nous !

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Mercredi 25 mars 2020

« Le confinement, un temps pour balayer le superflu »
Carlo Ossola

Je ne connaissais par Carlo Ossola qui est né en 1946 à Turin et qui est un est un philologue, historien de la littérature et critique littéraire italien. J’apprends qu’il a été nommé en 2000, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire « Littératures modernes de l’Europe néo-latine » et qu’il l’est toujours.

« Philologue » vient du latin philologus (« lettré ») et du grec ancien philólogos (« qui aime parler, discourir ; savant érudit »), c’est un spécialiste des textes anciens et moins souvent, de textes modernes. Plus précisément la philologie, consiste en l’étude d’une langue et de sa littérature à partir de documents écrits

En octobre 2019, il a publié aux éditions des belles lettres un petit livre de 104 pages : « Les Vertus communes»

TELERAMA écrit à propos de ce livre :

« Ce livre redonne vie aux gestes oubliés qui adoucissent le quotidien : contre la violence et la brutalité des rapports humains, une écoute délicate, une manière de parler avec grâce, une bienveillance teintée d’indulgence… De quoi rendre ses lettres de noblesse à la gentillesse, qui a souvent tendance à passer pour un signe de stupidité. »

La table des matières donne la liste de ces vertus communes :

  • L’affabilité
  • La discrétion
  • La bonhomie
  • La franchise
  • La loyauté
  • La gratitude
  • La prévenance
  • L’urbanité
  • La mesure
  • La placidité
  • La constance
  • La générosité

Paré de ces vertus, il me semble plus simple de se faire aimer du plus grand nombre et d’affronter avec sérénité une longue période de confinement avec ses proches.

RFI avait interrogé l’auteur sur son livre lors d’une émission du <27 novembre 2019>

Pour ma part, c’est Claude Askolovitch qui lors de sa <revue de presse du 23 mars 2020> m’a fait découvrir cet homme de culture et de sagesse.

Concrètement Claude Askolovitch a renvoyé vers un article de <La Croix du 23 mars>.

Ce journal chrétien invite chaque jour, un grand témoin pour évoquer ce temps singulier du confinement.

Le titre de cet article :

« Le confinement, un temps pour balayer le superflu »

Carlo Ossola raconte :

« Je suis « confiné » dans mes collines turinoises depuis le 24 février. Ma fille médecin m’avait signalé que l’épidémie était sérieuse, difficile à endiguer et sous-estimée. J’ai donc pris la responsabilité d’annuler, dès le 25, mes cours au Collège de France et de les reporter pour ne pas soumettre mes auditeurs à des risques supplémentaires.

Cet « isolement collectif » – la formule paradoxale me paraît pourtant exacte – que nous vivons crée un grand silence, bien plus radical que dans le film de Philip Gröning du même nom sur la Grande-Chartreuse. Dans ce film, il y avait une exaltation du silence. Aujourd’hui en Italie, tout est étouffé, comme dans un gouffre de silence où les bruits s’évanouissent. Cette situation crée aussi des comportements sociaux nouveaux : ce week-end, par exemple, d’une fenêtre à l’autre des rues désertes, les Italiens ont sorti leurs instruments de musique et ont animé de notes harmoniques un espace urbain normalement sillonné par la cacophonie exaltée de la vitesse. »

Il remarque que cette crise liée à la pandémie remet certaines choses à l’endroit et notamment crée une autre hiérarchie des métiers indispensables à une société :

« Le travail « matériel » devient précieux, enfin !
Pour la première fois, au cours de ce siècle, un président du Conseil des ministres, en Italie, a remercié publiquement, dans la même phrase, les médecins et les ouvriers. Les structures profondes des sociétés, peut-être, renaissent : la santé, le travail, l’école. »

Le confinement correspond au fait de rester à un endroit, loin de ce désir d’ubiquité d’être partout à la fois, ou du moins de se déplacer rapidement d’un lieu vers l’autre, de ne jamais tenir en place. De ne pas suivre ce conseil de Pascal : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre. » :

« Je crois que nous vivons la fin du mythe de l’homme ubiquitaire. C’est salutaire. Il faut retrouver une « géographie propre » de l’humain, compatible avec les limites de nos corps. Je compte également sur la fin de la société liquide, vaporeuse, vouée à l’extension plutôt qu’à l’intériorisation. Ce parcours vers nous-mêmes évoque pour moi le Monde du silence, si bien décrit par le philosophe Max Picard (1888-1965). Max Picard parle du silence de la nature, des monuments, de ce qui est essentiel… Il le décrit comme une espèce de corde qui relie l’ensemble de l’univers. »

Les virus ne connaissent pas les frontières, les pauvres qui cherchent asile les subissent :

« L’Europe se relèvera-t-elle de cette crise, alors que les frontières nationales les unes après les autres se rétablissent ?
J’ose dire que cette parade de l’ainsi-dite « fermeture des frontières » est l’acte final de leur disparition au sens romantique célébré par le XIXe siècle et par la Première Guerre mondiale.
Aujourd’hui les frontières sont plus impalpables : le virus suit le trajet de nos avions.
Les frontières et les murs n’existent plus que pour les pauvres qui marchent à pieds nus cherchant un asile qu’ils ne trouvent que parcimonieusement chez nous.
Les frontières sont la représentation exacte de l’épaisseur de notre égoïsme : en Europe, comme en Israël, comme à la frontière entre États-Unis et Mexique. »

Et en partant de sa réflexion sur les vertus communes, il nous donne ces conseils, cette leçon :

« Pour traverser cette période, les « vertus communes », ces vertus de la vie quotidienne qui ne sont pas de « petites vertus », peuvent nous aider […]. Elles peuvent être comprises comme des vertus d’adoucissement. Elles sont un « remède dans le mal » dirait Jean Starobinski. Comme le dit Ovide « Nominibus mollire licet mala » : il faut assouplir la « douleur de vivre » par des noms qui « nomment mieux », parce que dans nos vies tout geste, acte de parole, est aussi une action.

Deux me semblent nécessaires dans les détresses que nous commençons à connaître : la mesure et la constance. Savoir tenir un rapport de confiance et d’équilibre et en même temps admettre que les temps seront longs et difficiles et qu’il faut prendre des habitudes de longue durée.

La discrétion peut aussi nous être utile dans une période qui génère beaucoup d’angoisse, des rumeurs et qui provoque aussi de la promiscuité liée au confinement.
La discrétion est l’art de garder patiemment en soi tout ce que l’on écoute, la force de mettre de côté le bourdonnement mondain. Elle est proche du discernement. Il faut réduire, j’ose le dire, l’espace de nos pertinences, l’extension de notre pouvoir d’agir.

Le philosophe Vladimir Jankélévitch le résume admirablement : « Le plus d’amour possible (…). Le moins de mots possible pour le plus de sens possible » (Le Paradoxe de la morale).

Quant à l’urbanité et la prévenance, certains se demanderont si elles peuvent encore se pratiquer alors que toute vie civile pratiquement disparaît.
Au contraire, elles deviennent plus précieuses, puisque nous ne pouvons plus « éviter » l’autre, le voisin de palier, la communauté – souvent ignorée – de l’immeuble. La vie de famille pourra gagner en qualité, si nous adoptons et déclinons dans notre quotidien le mot « moindre » : moins d’espace, un ton de voix retenu, pour développer un espace intérieur, plein de souvenirs, de projets, de rêves, mais surtout d’écoute.
Enfin, la vertu de gratitude peut s’exercer. Je l’espère en tout cas. Nous commençons à voir comment tout le quotidien est précieux, le plus usuel dans le quotidien, le plus humble du quotidien : remercier les hommes, demander pardon à la nature que nous avons si maltraitée et qui fait pourtant surgir, chaque jour, le soleil et le printemps.

À côté de ces vertus actives, nous sommes aussi invités à redécouvrir des vertus passives : la patience, le renoncement, le détachement
Non plus la prise, mais la déprise disait Roland Barthes. Pour les redécouvrir, le plus direct me semble d’adopter, chaque jour, un peu plus de Gelassenheit, de déprise par rapport aux objets.
Ce n’est pas un temps pour ramasser mais pour nettoyer, mieux encore balayer le superflu.
Et quand on commence, chaque petite promenade dans nos vies montre tellement d’incrustations de superflu… »

Claude Askolovitch a clos son propos sur cet article de « la Croix » en reprenant la citation de Wladimir Jankelevitch que fait Carlo Ossola :

« Le plus d’amour possible. Le moins de mots possible pour le plus de sens possible »

Je ne vois pas comment mieux conclure ce mot du jour.

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