Vendredi 5 juin 2020

«La première attitude indispensable est d’être capable de se mettre à la place de l’autre. Si je peux me mettre à la place de l’autre, alors nous pouvons réfléchir ensemble.»
Amin Maalouf

Amin Maalouf est né en 1949 à Beyrouth, dans une famille d’intellectuels de confession melkite, c’est-à-dire une petite communauté chrétienne du Liban.

Il a d’abord été journaliste comme son père, puis il est devenu écrivain.

Il a notamment reçu le Prix Goncourt en 1993 pour «Le Rocher de Tanios», et a été élu à l’Académie française en 2011.

Pour ma part j’ai découvert cet auteur par l’essai « Les Croisades vues par les Arabes » qu’il a publié en 1983 qui a été à la fois une révélation et un choc pour moi.

Entendre le point de vue des arabes sur ces grandes expéditions des occidentaux en Palestine, à Jérusalem et plus largement dans les pays de l’Islam entre 1096 et 1291 m’ouvrit d’autres horizons et me fit comprendre qu’il faut accueillir le point de vue de l’autre pour comprendre un évènement dans toute sa dimension.

Dans cet essai Amin Maalouf s’inspire des historiens et des chroniqueurs arabes de l’époque pour raconter comment fut ressenti, dans la civilisation islamique raffinée et sophistiquée de cette époque, l’arrivée des chrétiens pillant, massacrant et ne reculant devant aucune horreur par rapport à « l’autre » qui était « l’infidèle » celui qui ne partageait pas la même religion.

Amin Maalouf fait partie de ces intellectuels qui se révèlent dans le livre « Comprendre de Monde » élaboré à partir de la Revue XXI.

L’entretien qui a été mené par Maxime Amieux et Myriam Blal a été publié dans le N°26 de la revue XXI paru au printemps 2014. Il avait pour titre « Se mettre à la place de l’autre »

Il évoque d’abord son enfance au Liban, tant il est vrai que beaucoup se joue pendant l’enfance.

« Mon père était un homme très doux. Ma mère avait peur pour nous, elle nous protégeait plus que nous le voulions. […]. J’ai toujours vécu à la maison au milieu des journaux et des livres. Mon père recevait la plupart des quotidiens du pays. Le matin, nous recevions toute la presse quotidienne. Depuis mes 7 ans, nous nous installions ensemble avec un peu de café et nous parcourions l’actualité.

Mon père enseignait, comme certains de ses frères et sœurs. Enfant, je l’ai vu journaliste et enseignant. La sœur de mon père, dont nous étions proches, était professeur à l’université américaine de Beyrouth. Elle venait souvent nous raconter la vie de l’université. Le savoir et l’information étaient très présents. J’ai grandi dans une maison où mon père écrivait, je l’ai toujours vu écrire et, pour moi, travailler c’était écrire. La vie a fait que j’ai écrit plus que d’autres, mais je savais que j’allais avoir un métier d’écriture. J’en étais certain »

Ses parents organisent de nombreuses réceptions avec l’élite intellectuelle du Liban et de Beyrouth. Une divergence de point de vue allait naître entre Amin est ses parents.

« Oui, ces réceptions commencent à partir de 1963. Mon père, Rushdi, vient de fonder son journal. Il loue avec ma mère un très bel appartement de cinq cents mètres carrés à Beyrouth. Nous venons de quitter le quartier cosmopolite de Ras-Beyrouth pour nous installer dans un quartier à majorité chrétienne. Des ministres, des députés, des directeurs de journaux, des intellectuels […] viennent à la maison et je participe à ces activités mondaines avec mes sœurs. Mais à partir de 1964, mes idées commencent à différer de celles de mes parents. Je suis révolté contre le système communautaire au Liban, contre les inégalités, contre le colonialisme.

Mes parents reçoivent les notables du pays, et moi, je me mets à recevoir et organiser des réunions d’étudiants de gauche, dans l’esprit de ce que connaîtra la France en 1968. C’est ainsi que je rencontre des militants venus d’ailleurs : des Erythréens, des Sud-Africains. Olivier Tambo, alors président du Congrès national africain, le parti de Nelson Mandela, est venu une fois, j’avais 17 ans. Notre maison était grande, il était pratique de s’y réunir à plusieurs. Je faisais partie des dizaines d’étudiants libanais militants, mais je n’ai jamais eu de véritable rôle.

Mon père acceptait le fait que nous ne soyons pas d’accord, même s’il était mal à l’aise que je critique son entourage. Cela n’a pas affecté nos relations, mais nous étions en tension.»

Mais la guerre civile éclate au Liban, sous ses fenêtres, le 13 avril 1975. Ce qui va le conduire à quitter son pays natal pour venir en France :

« C’était un dimanche. Je rentrais de reportage. Je m’étais rendu au Bangladesh, en Thaïlande et au Vietnam où j’avais assisté au début de la bataille de Saïgon. J’avais quitté le Vietnam le 10 avril, pour me rendre à New Delhi où j’ai rencontré Mme Gandhi.[…] Le lendemain, un samedi, je suis monté ) à bord du Pan American 001, qui assurait la liaison New Delhi-Karachi-Téhéran-Beyrouth. On croit rêver aujourd’hui ! C’était un vol de nuit. Je suis arrivé à Beyrouth le matin du 13 avril 1975. Vers midi, j’étais chez moi avec ma femme et notre fils. C’est alors que nous avons entendu des tirs puis des cris. Nous avons sorti la tête pour regarder par la fenêtre de notre chambre et aperçu un autobus arrêté à un carrefour, à une centaine de mètres de chez nous. Il y avait un attroupement d’individus autour du car, qui discutaient avec des personnes armées. Soudain, nous entendons des tirs. Nous nous cachons derrière le mur. Au bout d’une dizaine de secondes, silence. Nous sortons discrètement nos têtes à travers la fenêtre. Il devait y avoir une vingtaine de cadavres au sol. J’ai appelé mon père pour le prévenir que nous ne pouvions aller déjeuner chez lui. Je me souviens lui avoir dit : « Je crois que la guerre a commencé. » Le soir même, notre quartier était sous les bombes. »

C’est donc ainsi que la guerre a éclaté entre les communautés du Liban. Le Liban qui avait la réputation d’être la Suisse du proche orient.

La<guerre du Liban> qui s’est déroulée de 1975 à 1990 a fait entre 130 000 et 250 000 victimes pour un pays de 5 000 000 d’habitants. Comme toute guerre civile, elle fut le théâtre de massacres et d’horreurs.

Amin Maalouf et sa famille ont voulu rester au Liban, mais le déchainement de la violence a été trop intense. Ils ont finalement quitté le Liban en juin 1976.

Cette terrible expérience l’a conduit aux réflexions sur la place de l’autre et la nécessité de le comprendre pour s’entendre.

Cet homme issu de la communauté chrétienne du Liban et qui évoque souvent le monde chrétien comme le monde musulman manifeste une relation singulière à la spiritualité et aux croyances. Il répond à la question : Êtes vous croyant ?

« Si l’on entend par croyant être adepte d’une religion particulière, pas vraiment. Le dogme ne m’intéresse pas. Est-ce que je crois en revanche que le monde ne fonctionne que par des forces matérielles ? Non plus. Je ne suis pas un athée, je ne pense pas que monde soit arrivé par un jeu de molécules. Nous avons besoin d’une dimension spirituelle. Un des drames du XXème siècle est d’avoir laissé fleurir des idéologies totalitaires qui ont cherché à expulser la religion. Cela a abouti à des désastres. »

La partie la plus importante à mon sens de cet entretien consiste à cet appel de sagesse de se mettre à la place de l’autre. Amin Maalouf tire cette intelligence d’abord de sa position de minoritaire au Liban et aussi de sa double appartenance au Liban et à la France.

Ayant grandi au Liban, j’ai conscience depuis ma naissance de faire partie d’une minorité. En France, les recherches liées aux origines ethniques et à la religion sont interdites, ce qui est compréhensible et honorable. Mais au Liban, c’est impensable : là-bas, chacun connaît sa communauté d’appartenance. C’est inscrit sur les papiers d’identité, ça détermine l’école où chacun ira. Nous naissons avec la conscience d’appartenir à une communauté.

A partir de cette conscience communautaire, certains vont développer des attitudes hostiles envers les autres communautés, d’autres vont rêver d’établir des rapports harmonieux et vont consacrer leur vie à essayer de bâtir des passerelles. La question du vivre ensemble est une interrogation présente depuis ma naissance. Elle ne se pose pas de la même manière au Liban, en Bosnie, en France ou ailleurs, mais elle se pose partout.

Je viens d’une petite communauté. Et j’ai appris que lorsqu’on appartient à une petite minorité, on ne cherche pas à dominer, mais à mettre de l’huile dans les rouages. C’est dans une société réconciliée que nous vivons le mieux. Quand il y a des conflits, les petites communautés sont les premières victimes et les premières à fuir. Les plus faibles ont peur d’être écrasés ; les plus forts, peur d’être envahis.

Mais le monde change, il est devenu pluriel. Nous sommes chacun devenus les minoritaires des autres. De fait, personne ne peut plus considérer qu’il peut tout dicter. […]

Quand je suis avec des amis libanais, je parle du Liban comme si j’étais libanais.

Quand je suis avec des amis français, parle de politique intérieur en tant que Français. Mais, dans un cas comme dans l’autre, personne n’ignore, ne serait ce qu’à cause de mon accent, que je viens d’ailleurs et que mon regard est celui de quelqu’un d’extérieur. […]

Lorsque nous essayons d’établir des relations harmonieuses, la première attitude indispensable est d’être capable de se mettre à la place de l’autre. Si je peux me mettre à la place de l’autre, alors nous pouvons réfléchir ensemble. Si chacun reste à sa place, aucun de nous ne peut comprendre les besoins et les préoccupations de son interlocuteur. Il n’y a pas uniquement « moi » et « l’autre ». En « moi », il y a un peu de « l’autre », et en « l’autre », il y a un peu de « moi ». Se mettre à la place de « l’autre », c’est le commencement de la sagesse.

Et il finit par un exemple tout simple de la vie quotidienne et intime :

Dans l’intimité, nous pouvons ressentir les besoins de l’autre. Ma femme, Andrée, sait que l’écriture est essentielle pour moi, qu’elle est ma vie, que je pourrais passer ma vie entière à écrire. Mais elle sait également que lorsqu’elle m’exprime un besoin important, elle est prioritaire sur tout. »

C’est avec cet invitation à se mettre à la place de l’autre que je finis cette série de mots du jour que j’ai tirée du livre « Comprendre le monde » qui récapitulait certain des grands entretiens que la Revue XXI avait réalisé et publié avant fin 2016, date de la publication de cet ouvrage.

Amin Maalouf comme Tobie Nathan, dont j’ai parlé vendredi 29 mai, font partie de ces éclaireurs qui s’intéressent aux autres, d’abord par respect, puis pour comprendre et avancer ensemble, enfin pour s’enrichir spirituellement.

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Jeudi 31 octobre 2019

« Le crépuscule [de l’utopie] du Rojava »
Eric Biegala journaliste à la rédaction internationale de Radio France

Bien sûr, il y aurait encore tant de choses à écrire sur le peuple Kurde et la lutte qu’il mène pour obtenir sinon un Etat ou au moins une autonomie plus grande.

Parler par exemple du <Kurdistan irakien> qui est une entité politique autonome du nord de l’Irak, reconnue par la constitution irakienne, adoptée le 15 octobre 2005 par un référendum populaire. Cette région autonome qui est l’endroit du monde où les kurdes disposent de la plus grande latitude pour se gouverner. Il ne s’agit pas encore d’un État mais on s’en approche. Les Kurdes d’Irak ont su profiter des erreurs de Saddam Hussein et des guerres que les États-Unis ont mené contre ce dictateur pour obtenir cette situation enviable par rapport aux autres kurdes des trois autres pays.

Selon Wikipédia la répartition des kurdes entre les quatre États serait la suivante :

  • Turquie de 12 à 15 000 000
  • Iran de 6 à 9 200 000
  • Irak de 5 à 7 000 000
  • Syrie environ 2 800 000

On constate donc que la Syrie est celui des quatre qui possède la communauté kurde nettement la moins importante. L’Allemagne compterait 1 000 000 de kurdes sur son sol et la France 150 000.

Il serait aussi possible de parler de l’éphémère État du Kurdistan iranien proclamé en janvier 1946 : <La République de Mahabad>. En réalité c’était plutôt une région autonome qui s’appuyait sur le soutien de l’armée soviétique qui occupait le nord de la Perse. Mais dès que les troupes soviétiques se sont retirées, l’armée iranienne a repris le contrôle de la région et les chefs de la République ont été pendus. Sauf l’un d’entre eux qui s’est enfui en URSS : Moustapha Barzani.

C’est son fils Massoud Barzani qui est né en août 1946 durant les derniers mois d’existence de la République, qui est l’actuel président du Gouvernement Régional du Kurdistan (KRG) en Irak

La République de Mahabad n’aura duré qu’une petite année mais elle demeure dans l’imaginaire kurde la première entité politique indépendante, le premier Kurdistan.

Mais je souhaite arrêter cette série sur les kurdes en revenant sur l’organisation et les règles que le PYD : le Partiya Yekita Demokrat et les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) que j’avais évoqué lors du mot du jour précédent avaient commencé à mettre en œuvre dans le nord-est de la Syrie après que les troupes de Damas se soient retirés. Cette région de la Syrie appelée le « Rojava » ou « Rojavayê Kurdistanê »

Pour ce faire j’ai regardé cette très intéressante émission : <ARTE : Le Rojava l’utopie des Kurdes>

L’article d’Eric Biegala sur le site de France Culture, déjà cité hier, donne aussi des informations très intéressantes : <Kurdes de Syrie le crépuscule du Rojava.>

Il situe son analyse après la violente intervention turque.

De même que cet article plus court de la Croix En Syrie les Kurdes voient sombrer leur projet Rojava>

Quand on voit l’émission d’Arte, ce qui frappe d’abord c’est la présence féminine très importante à la fois dans les unités combattantes et aussi dans les organes dirigeants mis en place. Cette présence est vraiment remarquable dans une partie du monde qui réserve encore aux femmes un rôle limité aux tâches domestiques et un état de soumission à l’ordre mâle. Ces femmes, en outre, portent rarement le voile alors qu’en Turquie depuis la prise de pouvoir d’Erdogan, le voile fait un retour en force, en pleine régression par rapport à l’État d’Atatürk.

Ils ont mis aussi en pratique une sorte d’utopie sociale dont une partie a été inspirée par les réflexions d’Abdullah Öcalan, le chef emprisonné du PKK : Il s’agit d’une organisation sociale et sociétale en « communes », communautés réduites d’individus s’administrant eux-mêmes et promouvant «le développement de coopératives autogérées au sein des municipalités», le tout pour “mettre en place un modèle économique diamétralement opposé au productivisme et au capitalisme mondialisé”, résume le politologue Olivier Grojean dans son dernier ouvrage consacré au PKK.

Et l’article d’Eric Biegala précise que

« La dimension anticapitaliste, issue du marxisme, demeure fondamentale mais elle est associée à un rejet des structures d’un État comme de celles d’une Nation. Il ne s’agit donc pas de constituer en Syrie un Kurdistan autogéré sur le modèle de l’Etat-Nation. D’ailleurs, les références ethniques kurdes disparaissent peu à peu du Rojava. Celui-ci est rebaptisé Fédération Démocratique de la Syrie du Nord, laquelle se dote d’une Constitution en décembre 2016. Fin 2017, les représentants de plus de 3 000 “communes” y sont élus. »

Les analystes ont donné pour nom à cette organisation le « communalisme démocratique »

Les deux autres principes fondamentaux sur lesquels repose cette organisation sont l’écologie et ce qui m’a frappé lors de l’émission d’Arte « l’égalité stricte des sexes ».

Chaque président de commune, chaque cadre administratif ou politique y est doublé d’un co-président ou d’un alter-ego du sexe opposé. A côté des YPG, un contingent de femmes combattantes (YPJ) participe à toutes les batailles contre l’organisation Etat Islamique.

Rien que cet aspect me rend sympathique les Kurdes du Rojava.

Bien sûr tout n’était pas parfait dans cette organisation.

Eric Biegala rapporte :

« Ce n’est pas une démocratie parfaite, concède encore Nadim Houry ; l’opposition politique, quand elle existe, est mal tolérée ; la justice est rudimentaire… Il n’en reste pas moins que l’administration fonctionne effectivement et que le Rojava a réussi à maintenir sur son territoire une vraie forme de sécurité ; ce sont les cantons de Syrie où le taux de criminalité est le plus bas du pays.”

En résumé, le niveau de liberté et de sécurité dans le Rojava est sans commune mesure avec ce que l’on peut trouver ailleurs en Syrie, qu’il s’agisse des territoires tenus par le régime ou la rébellion, sans parler bien sûr des djihadistes. Le “Communalisme” de cette Fédération Démocratique de la Syrie du Nord soutient sans doute aussi la comparaison avec le niveau de liberté garanti par quelques-uns des États de la région : l’Iran, l’Irak et même peut-être avec une démocratie formelle comme la Turquie, surtout depuis que le régime de cette dernière dérive vers l’autoritarisme d’un seul homme. Ce n’est d’ailleurs pas tout à fait un hasard si cette dérive est concomitante de l’avènement du Rojava en Syrie. »

Le journal « La Croix » rapporte les propos de Président de l’association Espoir Afrin, Hassan Hamdoche :

« Nous avions trouvé une espérance, un lieu dans lequel le peuple kurde pouvait se gérer, construire un début de démocratie laïque et égalitaire qui tranchait avec l’obscurantisme de la région […] Tout n’était pas parfait, mais nous étions sur la bonne voie. »

Toutefois certains analystes considèrent qu’il y avait une partie d’affichage dans cette présentation : « Ses représentants à l’étranger connaissent tous les mots-clés – démocratie locale, égalité, écologie, etc – pour obtenir des financements de l’Union européenne ».

Certaines parties de la société syrienne du nord et certains villages de la région restent très réticents par rapport au rôle que les femmes jouent dans ce communalisme.

Pourtant ; ce qui avait été mis en place dans cette région constituait une immense modernité par rapport à l’archaïsme qui règne dans la plupart des pays musulmans du moyen-orient.

Il faut en parler au passé puisque les hordes barbares turques sont en train de mettre à bas cette organisation.

Mais l’Histoire n’est pas encore écrite, rien ne dit que les plans d’Erdogan se réaliseront selon ses souhaits.

En tout cas il faut regarder l’émission d’Arte <ARTE : Le Rojava l’utopie des Kurdes>.

On trouve d’autres vidéos sur le rôle des femmes dans le Rojava. Par exemple cet autre reportage d’Arte : <Syrie : Rojava, la révolution par les femmes>.

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Jeudi 24 octobre 2019

« Trump est en train de mettre en pièces tout le réseau d’alliances, politiques et militaires, patiemment mis en place par ses prédécesseurs. »
Shlomo Ben-Ami, ancien ministre israélien des Affaires étrangères

Les américains ont lâché les Kurdes de Syrie et ont permis à la Turquie d’Erdogan de se déchaîner contre eux.

Le Canard Enchaîné qui trouve les mots justes, a titré : « Les Kurdes victimes d’un meurtrier en Syrie ».

Quand il a fallu se battre contre les fous de Dieu de Daesh, les Américains et leurs alliés occidentaux ont bien voulu bombarder, envoyer des troupes spéciales et des formateurs. Mais se battre sur le terrain, envoyer de l’infanterie étaient beaucoup trop dangereux. C’est alors les hommes et aussi les femmes combattantes kurdes qui se sont battues et ont vaincu sur le terrain Daesh, malgré le jeu trouble de la Turquie d’Erdogan, qui a toujours considéré que les Kurdes étaient plus dangereux pour la Turquie que l’État islamique.

Les États-Unis ont donc trahi les Kurdes.

Les États sont des monstres froids.

Leurs trahisons sont multiples. Les américains ont abandonné de la même manière, à la vindicte des Nord-Vietnamiens triomphants, les Sudvietnamiens qui avaient combattus à leurs côtés.

Notre pays a agi de même avec les Harkis qui avaient choisi la France et qui étaient donc des traîtres pour le FLN, ils n’ont pas été défendus ou protégés par le pays qu’ils croyaient être le leur.

Plus récemment les Français ont abandonné leurs traducteurs afghans <Les interprètes afghans, un scandale français>. Il semble que depuis la France ait un peu assoupli sa politique de visa pour ceux qui l’ont aidée dans leur guerre contre les talibans.

Il ne fallait pas beaucoup d’américains, 2000 ont été rapatriés, pour retenir les Turcs d’attaquer, ces derniers ne pouvant se permettre de risquer de blesser ou tuer un soldat américain.

Mais l’homme cynique et connaissant si peu des leçons d’Histoire que les états-uniens ont mis à leur tête, a décidé de rapatrier les troupes américaines.

L’allié français, Emmanuel Macron a été informé par un tweet comme tout le monde.

Par la suite, l’hôte de la maison blanche a tenu des propos décousus, ignobles, stupides.

« Nous sommes en train de quitter la Syrie, mais nous n’avons absolument pas abandonné les Kurdes qui sont des gens formidables et de merveilleux combattants » <ICI>

Puis il menace : « Si la Turquie fait quoi que ce soit qui dépasse les bornes je détruirais son économie » et ajoute pathétique et grotesque : « Si cela dépasse les bornes selon ma grande et inégalable sagesse ».

Puis, dans un autre tweet, il affirme que les Kurdes ont reçu énormément d’argent.

Puis il a affirmé « [les kurdes] ne nous ont pas aidés pendant la Deuxième Guerre mondiale, ils ne nous ont pas aidés en Normandie ! ».  A priori pendant la seconde guerre mondiale, c’étaient des États qui combattaient et les Kurdes n’avaient pas d’État mais devait se soumettre à l’autorité des quatre États dont ils étaient une minorité.
Puis il a dit : « Nous devons entretenir de bonnes relations avec les membres de l’OTAN et la Turquie est un membre de l’OTAN ».

Et il a écrit à Erdogan dans un langage de cour de récréation : « Ne jouez pas au dur ! Ne faites pas l’idiot ! »

Pour finalement se ranger totalement derrière Erdogan : « Le PKK est une menace terroriste pire que Daech ». Rappelons que le PKK est l’organisation kurde en Turquie qui se bat pour obtenir sinon une indépendance au moins une autonomie qui lui a toujours été refusé, peuple sans état, trahi par les traités le lendemain de la première guerre mondiale. La principale organisation des kurdes « YPG « de Syrie est accusée par Erdogan d’être l’allié du PKK

Et quand ses envoyés en Turquie obtiennent une suspension de l’attaque turque de 5 jours en contrepartie de l’acceptation par les kurdes de se soumettre aux objectifs de guerre d’Erdogan et de se retirer de trente kilomètres sur une terre qu’ils habitent et qu’ils peuvent considérer être la leur, sans même avoir eu la possibilité d’exprimer leur avis, Trump déclare :

« C’est un grand jour pour la civilisation, pour les Etats-Unis, la Turquie et les Kurdes. Nous avons obtenu tout ce dont nous aurions pu rêver ».

Cet homme inculte sait-il ce qu’est une civilisation ?

Comprend-il ce qu’il dit ? Ou se croit-il toujours dans une émission de télé-réalité dans laquelle les mots n’ont pas grande portée ?

Brice Couturier qui lit les auteurs autres que français rapporte des avis qui pensent qu’il fait une grande bêtise : <La trahison déraisonnable d’un allié stratégique>

Il cite ainsi Shlomo Ben-Ami, ancien ministre israélien des Affaires étrangères et intellectuel de notoriété internationale :

« La décision précipitée du président Donald Trump de retirer les troupes américaines de Syrie, dégageant la voie à une offensive turque contre les Kurdes, constitue la trahison déraisonnable d’un allié stratégique. Une telle malhonnêteté, on aurait pu l’attendre d’un régime fasciste ou dictatorial et pourtant, ce sont les Etats-Unis – leader mondial doté, paraît-il d’idéaux élevés – qui ont ainsi émergé comme empire de perfidie. […]

Trump est en train de mettre en pièces, tout le réseau d’alliances, politiques et militaires, patiemment mis en place par ses prédécesseurs. Il déclare la guerre commerciale à ses alliés européens. Il dit se laver les mains du retour en Europe des djihadistes de Daesh, jusqu’à présent gardés par les forces kurdes de l’YPG. »

Et en effet, énième saillie du milliardaire golfeur et président  il a déclaré en conférence de presse.

« Bon, ils vont s’échapper vers l’Europe, c’est là qu’ils veulent aller. Ils veulent rentrer chez eux ».

Et Brice Couturier de conclure :

« Les alliés des Etats-Unis sont amenés à des révisions déchirantes. L’Inde se tourne vers la Chine et la Russie. La Corée du Sud, constatant que Washington a perdu tout intérêt pour empêcher le « petit rocket man » de se doter d’un arsenal nucléaire, envisage des concessions préjudiciables à son dangereux voisin. Taïwan, qui se sent abandonnée, va être contrainte de se rapprocher de la Chine continentale. L’Arabie saoudite, consciente du peu de valeur de l’alliance américaine, entame des négociations urgentes avec l’Iran – qui lui fait si peur… »

Richard Haass, diplomate, ancien membre important de l’administration de George W Bush et aujourd’hui président d’un des principaux think tank américains, « le Council on Foreign Relations », juge l’abandon des Kurdes catastrophique. Parce qu’il renforce les doutes que pouvaient nourrir les alliés des Américains à travers le monde sur la fiabilité de ce partenaire. Il analyse :

« Ce que faisaient les Etats-Unis dans le Nord de la Syrie était intelligent et efficace .Ils se contentaient de fournir aux forces kurdes un soutien logistique, de l’entraînement et de l’information. Mais la seule présence d’un millier d’Américains sur place suffisait à dissuader les Turcs, les Syriens, les Russes ou les Iraniens de s’attaquer au territoire ainsi gagné par les Kurdes et leurs alliés arabes sur le soi-disant « Etat islamique ».

Le problème, souligne Haass, c’est que, comme souvent, Trump apparaît en phase avec une grande partie de l’opinion américaine. Beaucoup d’électeurs ont été séduits par son précédent slogan de campagne « America First ». Ils estiment que les besoins de leur pays dans les domaines de la santé, de l’éducation, du logement ont été, dans le passé, sacrifiés aux besoins de financement de guerres lointaines qui n’ont apporté que des ennuis. Une vague isolationniste traverse à présent les Etats-Unis. Et c’est sur elle que Trump entend surfer pour obtenir une réélection qui se présente mal.

Mais l’histoire nous apprend, poursuit Haass, que les périodes de repli sur soi finissent souvent par des chocs violents, qui obligent les Etats-Unis à se lancer dans de nouvelles odyssées risquées. Croire qu’il suffit de se retrancher dans la “citadelle Amérique” pour éviter les périls est une illusion. Les attentats du World Trade Center et du Pentagone devraient servir de leçon…

Et pour les européens la leçon est amère. Brice Couturier dit lucidement : :

« Les Européens, qui avaient misé sur le renversement du régime sanguinaire de Bachar Al-Assad comme d’ailleurs, la Turquie d’Erdogan, peuvent renoncer au rêve d’une Syrie démocratique. Ce sont les Russes, les Iraniens et les Turcs qui vont régler entre eux l’avenir de la Syrie. L’Europe est aux abonnés absents… comme souvent. Elle n’a encore rien compris au XXI° siècle. »

Et il est vrai que Poutine et Erdogan se sont rencontrés, mardi, à Sotchi et semblent s’être bien entendu sur le dos des Kurdes et des occidentaux mais pour le plus grand intérêt de la Russie, de la Turquie et du régime de Bachar Al Assad.

<Syrie: Erdogan et Poutine imposent leur paix dans le nord du pays>

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Mardi 25 juin 2019

« Il a bien fallu que quelqu’un, un jour, fasse le geste de mettre un grain en terre ! »
Patricia Anderson & George Willcox, chercheurs au CNRS « L’Histoire » N°193 de novembre 1995

Et il y eut la « Révolution du Néolithique », «le nouvel âge de la pierre». Ce lien conduit à un diaporama publié par l’académie de Grenoble pour une classe de CE2.

Le climat se réchauffe. L’homme découvre l’agriculture, puis l’élevage et se sédentarise.

Ceci se produit il y a 10 000 ans au Moyen-Orient, au sein du croissant fertile, entre 3 Fleuves : L’Euphrate, Le Tigre et le Nil. C’est-à-dire en Mésopotamie (pays entre les deux fleuves) et en Égypte.

Wikipedia nous donne une carte de cette région, permettant de visualiser le « croissant fertile ».

Donc l’homme invente l’agriculture et une population de plus en plus immense sur terre devient paysanne.

C’est la plus grande partie de l’Humanité pendant des millénaires.

Michel Serres définissait le XXème siècle comme celui de la sortie du « Néolithique » le pourcentage de paysans dans le monde passe sous la barre des 50%.

En France, <Ce site> nous apprend qu’en 1856, la proportion de la population active qui était agriculteur était de 51,4%, en 1906 ce taux était tombé à 43,2% représentant à peu près 9 000 000 de paysans.

<Ce rapport parlementaire de 2005> nous explique que la population active agricole, composée des travailleurs salariés et non-salariés ayant une activité principale agricole, compte 929 000 personnes en 2004, soit moins de 4 % de la population active totale, contre 13 % en 1970.

Dans le monde cependant, en 2012 l’agriculture employait encore plus de 1,3 milliards de personnes, soit près de 40 % de la population active mondiale. Dans une cinquantaine de pays, l’agriculture employait la moitié de la population, voire jusqu’à 75 % pour les plus pauvres.

Mais cette histoire de la naissance de l’agriculture est complexe et finalement, il y a assez peu de certitudes et beaucoup de questions non résolues.

Pourquoi ? Comment ?

Qu’est ce qui fut premier : l’élevage ou l’agriculture ? La sédentarisation ou l’agriculture ?

Toutes ces questions sont largement débattues, mais les réponses données sont diverses.

Par exemple Jacques Attali, dans la première émission (nous en sommes toujours à la première émission sur huit) de la série « De quoi manger est-il le nom ? » affirme que c’est l’élevage qui fut premier et que ce sont les éleveurs qui ont inventé l’agriculture.

Souvent on considère que le terme agriculture comprend à la fois la culture des sols et la culture des animaux dont le synonyme est l’élevage. C’est en effet l’acceptation générale.

Mais dans la rigueur des principes et des mots : « ager » signifie « champ » en latin, l’agriculture est donc en premier la culture des champs. Il peut donc être légitime de distinguer l’agriculture et l’élevage.

Mais de quoi est-on certain ?

Il y eut bien un terme au cycle des glaciations du début du Quaternaire à ce moment. La dernière a pour nom « la glaciation de Würm » (- 125 000 à – 11 430).

Dès lors, le climat va se réchauffer et permettre à une flore et une faune nouvelles (forêt tempérée peuplée d’aurochs, cerfs, chevreuils et sangliers) de remplacer les étendues herbeuses de climat froid et sec comme la steppe ou la toundra qui nourrissaient les rennes, rhinocéros laineux, bisons.

Les premières traces de culture de plantes et de domestication d’animaux à des fins alimentaires sont originaires du Moyen-Orient. Les premières traces de ville se trouvent sur le lieu actuel de Jéricho, ville actuel de Cisjordanie. A l’époque Néolithique elle était un port au bord d’une mer qui n’était pas encore morte.

C’est encore dans la revue l’Histoire : « De l’Euphrate à la Chine : les premiers agriculteurs » que j’ai trouvé les explications les plus complètes et les plus nuancées sur ce sujet.

Notamment que si l’Europe n’a rien inventé à ce stade et n’a pu entrer dans l’agriculture que parce que des « sachants » du Croissant fertile ont migré vers notre continent pour apporter la connaissance, l’agriculture a été inventée dans le monde à d’autres endroits sans apport de la science du moyen orient :

« Car c’est sur plusieurs continents à la fois, au cours de très lentes mutations qui ont duré parfois des millénaires, que l’homme a vu se modifier son rapport à la nature. Cette nouvelle approche du phénomène est aujourd’hui au cœur des travaux des préhistoriens.

Ces sites des rives de l’Euphrate, des Andes ou de la Chine n’ont rien de spectaculaire : on y voit des fosses, des trous de poteaux… Il y traîne des pierres taillées et des déchets de taille, souvent des pilons et des mortiers, des os d’animaux. Des fragments de végétaux carbonisés sont parfois restés au fond des fosses. Loin de ce qu’on appelle les « splendeurs des grandes civilisations », ce sont de simples villages paysans. Mais dont les plus anciens témoignent du plus grand changement que les sociétés humaines n’aient jamais connu avant la révolution industrielle : la naissance de l’agriculture.

En effet, voici une humanité qui, durant deux à trois millions d’années – depuis qu’elle existe -, a toujours vécu en ramassant, cueillant, chassant ou péchant. Et un beau jour, la voilà qui change son mode de vie : sa nourriture, au lieu de la prélever, elle se met à la produire. C’est au cours des mêmes millénaires, entre 10 000 et 7 000 ans av. J.-C, qu’apparaissent en plusieurs régions du monde l’agriculture, l’élevage et les premiers villages sédentaires. Les hommes cultivent des champs et élèvent des troupeaux. Leur attitude à l’égard de la nature et du territoire se modifie radicalement. Dans les temps qui suivent, la population se multiplie par cent et l’histoire commence à se faire turbulente. Villes, temples, rois et guerres se devinent à l’horizon de la Mésopotamie, de l’Égypte, de la Chine. En se mettant à changer le monde, l’humanité a aussi changé de monde.»

On trouve sur Wikipédia cette carte qui montre l’apparition de l’agriculture dans différentes régions du monde. Dans un temps court au regard de l’échelle préhistorique.


Beaucoup de théories se succèdent en se contredisant. La concomitance de l’invention de l’agriculture, de la sortie du modèle chasseur-cueilleur et de la sédentarisation n’apparait plus comme une évidence.

Il semble selon cet article que depuis cinquante ans, une multitude de découvertes et de travaux a remis en cause l’idée d’une évolution linéaire, valable pour l’humanité entière. En effet, dans les diverses régions du monde où l’agriculture est apparue, on voit que cultures, élevage, sédentarisation et invention de la poterie s’enchaînent dans un ordre différent :

« Les villages ? Loin d’avoir été un résultat de l’agriculture, ils paraissent bien l’avoir précédée dans certaines régions. [sur] le site de Mallaha […] les habitants de ce village, sédentaires, vivaient en chasseurs-pêcheurs-collecteurs dans la meilleure tradition paléolithique. Ils disposaient d’un environnement assez riche en ressources diverses pour n’avoir pas à se déplacer, et péchaient beaucoup. Ces villages sans agriculture sont un des caractères essentiels de la civilisation appelée « natoufienne » qui s’est étendue au Proche-Orient, du Neguev à l’Euphrate entre 12 500 et 10 000 ans av. J.-C, avant les premières civilisations agricoles.

Les villages non agricoles ont été nombreux en Amérique aussi. Il y en avait dans la vallée de Mexico vers 7000 av. J.-C, dans un environnement de forêts et de lacs. Il a existé de vrais villages préhistoriques de pêcheurs le long des côtes du Pacifique depuis les États-Unis jusqu’au Chili.

A l’inverse, dans certaines régions, la sédentarisation n’a eu lieu que plusieurs milliers d’années après l’apparition des premières cultures. Au sud du Mexique, dans la vallée de Tehuacan, on a découvert au début des années 1960 que les premières cultures avaient précédé de quatre mille ans les premières communautés sédentaires. De même, dans les régions andines, les premières domestications, aussi bien d’animaux que de plantes, ont été le fait de groupes nomades ou semi nomades – et qui le sont restés longtemps. »

Les hommes du néolithique n’ont donc pas fait une « grande découverte » qui en aurait entraîné d’autres, mais plusieurs, en ordre dispersé.

Et l’article de conclure :

« Les recherches montrent donc que cette fameuse invention n’en a pas été une. Bien des sociétés paraissent s’être glissées dans le monde de la production sans en avoir eu conscience. »

Un encart de cet article m’a donné l’occasion de trouver l’exergue de ce mot du jour :

« La tracéologue Patricia Anderson et le paléobotaniste George Willcox se sont lancés depuis 1985 dans l’étrange expérience de cultiver du blé et de l’orge sauvages à la commanderie de Jalès, en Ardèche (base de l’Unité propre de recherche 7537 du CNRS). Tous les étés, ils récoltent (à la faucille de silex), tous les automnes (ou au printemps) ils sèment ; et prennent des notes. Ils ont ainsi pu voir que les grains récoltés verts avaient déjà leur pouvoir germinateur et qu’on pouvait les semer. Ils envisagent donc une période de culture de céréales sauvages antérieure à la transformation de ces plantes et qui a dû être longue : la sélection des épis qui conservaient leurs grains à maturité a pu se faire par la suite sans que les hommes le veuillent, au fil des siècles.

Mais une énigme demeure : l’action de semer suppose une décision et représente une rupture, la rupture… Même si les ramasseurs ou ramasseuses laissaient tomber quelques épis en chemin et si les premières ébauches de champs ont, elles aussi, été involontaires, il a bien fallu que quelqu’un, un jour, fasse le geste de mettre un grain en terre ! »

Mais <la révolution néolithique> implique d’autres transformations que simplement semer des graines. Au cours des millénaires suivants, elle transforme les petits groupes chasseurs-cueilleurs mobiles en sociétés sédentarisées qui modifient radicalement leur environnement au moyen de techniques agricoles de plus en plus sophistiquées.

Cette révolution va bien sûr avoir des conséquences essentielles sur l’alimentation, mais aussi sur l’organisation sociale et politiques des humains, sur la culture et le sacré !

Elle favorise le développement de grandes densités de population, d’une division du travail complexe, des économies de production puis de commerce, de structures administratives et politiques centralisées.

On inventera l’écriture pour compter la production puis pour écrire des livres sacrés.

Plus tard, l’effet fortement multiplicateur de l’irrigation sur le rendement a favorisé le développement d’une population nombreuse dans les vallées des grands fleuves, tandis qu’une forte densité de population était nécessaire à l’entretien et à l’extension des digues et canaux. Les premières grandes civilisations sont apparues le long de ces fleuves : le Nil, le Tigre, l’Euphrate, l’Indus et le fleuve Jaune.

On créera des empires, des hiérarchies, des guerriers des prêtres et des paysans asservis aux premiers.

Les premières plantes qui furent plantées étaient des céréales : le blé amidonnier (ancêtre du blé), le petit épeautre, l’orge, la lentille, le pois chiche, un peu plus tard les carottes et des salsifis

Le Moyen-Orient fut aussi la source de nombreux animaux domesticables tels que les chèvres et les cochons. Cette région fut également la première à domestiquer les dromadaires.

Au cours des millénaires, l’agriculture sélectionnera et hybridera les plantes les plus productives et transformera totalement notre alimentation.

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Lundi 19 novembre 2018

«La commission King Crane»
Une commission d’enquête américaine au Moyen-Orient à la fin de la guerre 14-18 et après l’effondrement de l’empire Ottoman

Après avoir évoqué le démantèlement de l’Empire Austro Hongrois, il est normal de parler de celui de l’Empire Ottoman.

C’est encore plus compliqué et je vais le faire en deux articles, celui de demain étant consacré au noyau de l’empire ottoman qui est devenu la Turquie.

A ce stade, je n’ai pas encore donné le lien vers un site que vous connaissez peut-être et qui a été créé par la mission du centenaire : <http://www.centenaire.org/fr>

Sur ce site il existe une page : <1918, un monde en révolutions> qui renvoie vers une série d’émissions qui a été réalisée par France Inter et le journaliste Ali Baddou et surtout le remarquable historien Nicolas Offenstadt, spécialiste, entre autre, de la Grande Guerre. A ce titre, il est membre du comité scientifique des commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale.

Point à souligner, il a participé à la rédaction d’un rapport sur la réintégration des fusillés de ce conflit dans la mémoire collective, qui a notamment conduit à créer des espaces consacrés aux 639 fusillés à l’hôtel des Invalides.

Un livre sur ce sujet a été publié <Nicolas Offenstadt : Les Fusillés de la Grande Guerre> et peut être acheté ou consulté. Il a d’ailleurs écrit d’autres ouvrages sur la Grande Guerre.

La série d’émissions dont je parle comptait 8 épisodes et a été diffusé en juillet août 2018. Il s’agit d’émissions absolument passionnantes qui éclairent ce qui s’est passé après 1918 et ce qui subsiste aujourd’hui de tous ces évènements, drames et massacres car il y eut encore des massacres après 1918.

Les titres des 8 émissions sont les suivants :

  • 1918 en Allemagne : Défaite, Révolutions et République
  • 1918 en Chine : Nationalisme et communisme
  • 1918. La Russie en révolutions : le pain et la paix
  • 1918 en Autriche et en Hongrie : la fin d’un monde
  • Des Slaves du Sud à la Yougoslavie : naissance d’un Etat
  • 1918 en Italie : de la guerre au Fascisme
  • 1918 en Syrie et en Palestine : après la chute de l’Empire Ottoman, le long héritage des mandats
  • 1918. Entre Russie et Turquie : la première République d’Arménie

Ces émissions sont bien sûr toujours écoutables en podcast : Le lien se trouve sur la page <1918, un monde en révolutions> déjà cité.

Tous ces sujets sont particulièrement intéressants et remarquablement traités.

Pour le mot du jour d’aujourd’hui, je me suis largement inspiré de l’avant dernière émission <1918 en Syrie et en Palestine : après la chute de l’Empire Ottoman, le long héritage des mandats>.

Je vais donc parler du moyen orient.

Et pour rester pédagogique, voici une carte de cette région en 1914 que le Monde Diplomatique avait publié dans un article en 1992.


Cette carte montre que l’Empire Ottoman a beaucoup reculé depuis 1800, puisqu’on voit sur la carte qu’elles étaient les limites un siècle avant (en vert).

On voit d’ailleurs qu’il y avait tout une partie de l’Europe, la Grèce et les Balkans qui étaient à cette époque-là sous la domination ottomane. La Grèce a été en grande partie ottomane, dès avant la prise de Constantinople en 1453, de même que les balkans. La guerre d’indépendance grecque s’acheva au début des années 1830. Pour les pays balkaniques ce fut plus tardif, mais ce n’est pas le sujet d’aujourd’hui.

Concernant le Moyen-Orient, il y a encore deux choses à noter :

  • La très grande présence des britanniques à proximité de cette région : en Egypte, au Soudan et à ce qui aujourd’hui s’appelle le Yémen et Oman. Parallèlement la France est absente ou très loin, au Maghreb. Une petite exception depuis 1884, la France est à Djibouti dans la Corne de l’Afrique c’est-à-dire le côté africain du golfe d’Aden. Mais globalement, ce sont les britanniques qui sont là-bas et qui vont faire la guerre, notamment en se servant du nationalisme arabe pour affronter les troupes ottomanes. Et tous ceux qui ont vu le film « Lawrence d’Arabie » de David Lean qui est très proche de la réalité historique comprendront comment cela s’est passé.
  • Le Centre de l’Arabie, le Nedj avec pour capitale Ryad et pour famille régnante la famille des Séoud, ne se trouve pas dans l’empire Ottoman.

Je vais essayer de résumer :

1° Les anglais et notamment grâce à l’officier des services de renseignements militaires britanniques arabophiles Thomas Edward Lawrence vont se servir des arabes pour vaincre les Ottomans. C’est lui qui parvient à gagner la confiance du chérif de La Mecque d’Hussein ibn Ali de la dynastie hachémite et va combattre directement avec les troupes arabes sous le commandement de Fayçal ibn Hussein fils du Chérif de la Mecque. Les arabes souhaitaient se débarrasser des ottomans mais pour qu’is collaborent si étroitement avec les anglais il fallait que ces derniers leur fassent quelques promesses alléchantes. Ils ont donc promis qu’une fois la guerre gagnée, un immense Etat arabe sous la direction de la famille régnante à la Mecque verrait le jour. Il n’est pas certain que le gouvernement britannique n’ait jamais vraiment considéré que ce fût une solution qu’il fallait mettre en place, mais Lawrence d’Arabie y croyait et sa hiérarchie l’a laissé croire. Comme il était le principal interlocuteur des chefs arabes de la Mecque, il a su être particulièrement persuasif à leur égard.

2° Les anglais vont conclure, en mai 1916, avec les français, les accords secrets Sykes-Picot. J’ai développé longuement cet évènement lors du mot du jour du <12 mai 2016>
Dans ces accords, il n’est pas question d’offrir aux Arabes un grand Etat indépendant mais de se partager le moyen orient en zone d’influence. Ce qui sera fait via la procédure des mandats internationaux par lesquels la France exercera un protectorat sur le Liban et la Syrie et les britanniques sur tout le reste et notamment la Palestine, ce dernier point n’était pas prévu au début. La position privilégiée des britanniques évoquées ci-dessus va permettre qu’ils tirent un bien meilleur bénéfice de ces accords que les français. Les arabes se sentiront floués et le colonel Lawrence aussi. Il se retirera de toutes les actions publiques, écrira son célèbre livre les « 7 Piliers de la sagesse » et se tuera dans des circonstances étranges lors d’un accident de moto à l’âge de 46 ans. La péninsule arabique échappa d’ailleurs à la famille hachémite pour revenir après une guerre éclair au souverain de Ryad : Ibn Séoud qui créera le seul Etat du monde dont le nom contient le nom de la famille régnante : l’Arabie Saoudite. J’ai également consacré un mot du jour à «La maison des Saoud» le < 21 Janvier 2015>

3° Et puis «last but not least » comme disent les sujets de la Perfide Albion, qui n’a jamais aussi bien porté son nom que dans ces épisodes de sortie de la grande guerre au moyen orient, le gouvernement britannique a produit « La déclaration Balfour ». Un mot du jour assez détaillé y a été consacré le 17 mars 2015.

Au cœur de cette déclaration on lit :

« Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif »

Par prudence, une petite phrase évoque que : «rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine ».

Si des esprits pervers avaient voulu créer le plus grand désordre dans cette région, il me semble qu’ils n’auraient pas pratiqué autrement que nos « amis » anglais. Les français bien qu’ils aient été largement bernés dans ces affaires moyen orientales par les anglais, n’ont rien fait pour empêcher cette confusion.

C’est à ce stade qu’intervient un épisode que relate Nicolas Offenstadt dans l’émission précitée « la commission King Crane »

Nicolas Offenstadt se penche sur le travail et le devenir de cette commission dans l’émission précitée.

Ce point est aussi développé sur un autre site d’historiens consacrés au Moyen Orient : « Les clés du Moyen-Orient ». C’est la fondatrice de cette publication Anne-Lucie Chaigne-Oudin, docteur en histoire de l’université Paris-IV Sorbonne qui a écrit cet article : « <Commission King-Crane >.:

Les américains et le Président Wilson ont :

« l’idée d’envoyer une commission dans les provinces arabes de l’ancien Empire ottoman […] afin d’enquêter sur place sur les volontés des populations. Le président Wilson souhaite que cette commission composée d’Américains, de Britanniques, de Français et d’Italiens enquête sur l’opinion des populations concernant leur avenir, dans tous les territoires liés par les accords Sykes-Picot.

Mais en dépit des souhaits de Wilson, la commission est finalement constituée uniquement par des Américains, issus des milieux missionnaires protestants. »

Les anglais et les français ne veulent évidemment pas participer à cette enquête qui pourrait être déstabilisante pour ceux qui avaient pris des décisions en chambre, entre diplomates et représentant des puissances coloniales.

« Présidée par le docteur Henri King, auteur d’ouvrages de théologie et de philosophie et par Charles Crane, industriel de Chicago, tous deux membres de la Conférence de la paix, la commission débute son enquête en mai 1919 et se rend dans la zone d’occupation britannique en Palestine (Jaffa, Jérusalem, Caza de Ramleh et de Lydda, région d’Hébron), dans la zone d’occupation arabe en Syrie (Damas, Déraa, Baalbeck, Homs, Hama), et dans la zone d’occupation française au Liban jusqu’à Alexandrette (Beyrouth, Djbail, Batroum, Bkerké, Saïda, Tyr, Ainab, Baadba, Zahlé, Tripoli, Alexandrette, Lattaquié) et en Cilicie, la Mésopotamie n’étant finalement pas incluse. Globalement, l’enquête met en évidence la volonté, dans les milieux musulmans de Syrie, du Liban et de Palestine, de l’unité arabe et de l’indépendance, et dans les milieux maronites et grecs-catholiques, de la présence française et de la création d’un Liban indépendant.

La commission sort son rapport à l’automne 1919.

Mais ses recommandations ne sont pas prises en compte, car dans le même temps, Wilson doit faire face à d’autres décisions et à un état de santé préoccupant. En outre, le sénat américain rejette le traité de Versailles et les responsables américains se retirent de la conférence de la paix.

Le rapport de la commission King-Crane n’est connu qu’en décembre 1922 et n’a aucune influence car les mandats ont déjà été attribués à la France sur la Syrie et le Liban et à la Grande-Bretagne sur la Palestine et l’Irak. »

En résumé et sous l’influence du Président Wilson, cette commission poursuit l’idée saugrenue d’interroger la population du Moyen-orient, cherche à connaître son avis sur les évolutions à venir et surtout vient enquêter sur place pour comprendre ce qui se passait et ce qui risquait de se passer.

Constatons qu’en face, les puissances coloniales Grande Bretagne et France n’ont interrogé personne, ont décidé selon leur bon vouloir, leurs intérêts. Elles ont décidé des frontières, des gouvernants et de la déstabilisation de la Palestine en encourageant une arrivée massive d’une population juive venant pour l’essentiel d’Europe.

Lors du démantèlement de l’empire austro hongrois, les alliés ont donné les clés du pouvoir des nouveaux États à des nationaux et surtout ont accepté que ces Etats soient souverains.

Rien de tel au Moyen-Orient.

Cette commission remet en cause le partage prévu par Sykes-Picot, préconise un grand Etat arabe et une limitation de l’émigration juive.

On ne sait pas, dit Nicolas Offenstadt, si les évènements se seraient déroulés très différemment et que la situation chaotique du Moyen-Orient d’aujourd’hui aurait pu être évitée si on avait poursuivi les réflexions de la commission King Crane.

Le fait que les Etats-Unis se soient retirés des instances internationales par le refus du Sénat américain de ratifier le Traité de Versailles rendait, en toute hypothèse, difficile de donner une suite à cette démarche. Les seuls maîtres du terrain restant les britanniques et les français.

En tout cas en 1920, la carte du Moyen Orient ressemble à cela :


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Jeudi 12 mai 2016

«Les accords Sykes-Picot»
Accords secrets franco-britannique signés le 16 mai 1916

Lundi, il y a 100 ans, le 16 mai 1916 ont été signés les accords secrets Sykes – Picot dont tout le monde parle encore aujourd’hui.

Quand les combattants de Daech ont ouvert la frontière entre l’Irak et la Syrie pour créer un territoire sur les deux pays, ils ont affirmé :

«Nous avons détruit la frontière Sykes-Picot.»

Dans une explication simpliste, on raconte que les Britanniques et les Français se sont mis d’accord pour se partager le Moyen-Orient et ont créé l’Irak la Syrie dans une réunion entre deux diplomates : un anglais Mark Sykes et un français François Georges-Picot.

Si Paris-Match, aborde ce sujet il vous précisera, en outre, que le diplomate François Georges Picot avait une sœur qui s’appelait Geneviève Georges-Picot. Que cette sœur a épousé Jacques Bardoux, un homme politique. Et que ce couple a eu plusieurs enfants, dont une fille Marthe Clémence qui est la mère de Valéry Giscard d’Estaing.

Mais les choses sont beaucoup plus complexes, les discussions entre Britanniques et Français ont été très longues et après l’accord il y a encore eu beaucoup de changements.

Prenons d’abord le plan de cet accord :

Si vous cherchez à retrouver les frontières actuelles de la Syrie, de l’Irak, de la Jordanie, du Liban, de la Palestine et d’Israël dans ce schéma, vous aurez beaucoup de mal.

Je confirme cela ne correspond pas.

La carte comporte 5 zones :

2 zones bleus pour la France, une d’administration directe et une autre d’influence appelée zone Arabe

 – 2 zones rouges pour le Royaume-Uni , organisées de la même manière.

 – Et une cinquième zone, brune, comprenant la Palestine et Jérusalem qui devait selon les accords Sykes-Picot être internationale ou mixte.

Tout ceci va être défait et refait : ainsi la zone internationale ne sera administrée que par les britanniques et Mossoul ira également chez les britanniques et deviendra une ville d’Irak.

Mais fondamentalement, ce que révèlent les accords Sykes-Picot, c’est une superposition de conflits, assez semblable à ce qui se passe aujourd’hui.

Il y a d’abord le conflit central, la guerre 14-18. Les territoires dont nous parlons font partie de l’Empire Ottoman. Or, l’Empire Ottoman s’est allié à l’Allemagne et aux Austro-Hongrois, il est donc l’ennemi de la France et de la Grande Bretagne.

Mais à l’intérieur de l’Empire Ottoman, il y a aussi conflit, les Arabes n’ont pas beaucoup de considération pour les Turcs, les maîtres de l’Empire. L’Islam est né en leur sein, Mohammed était un des leurs, les Turcs ne sont que des mercenaires rustres. Ils veulent s’en débarrasser et devenir indépendant.

Alors les français et surtout les britanniques qui dominent l’Egypte essayent de convaincre les Arabes de se révolter contre les Turcs pour faciliter la victoire des alliés. C’est ici que se situe Lawrence d’Arabie qui va devenir l’ami des Arabes et se battre à leurs côtés contre les Turcs. Mais les Arabes ont des exigences : ils veulent battre les turcs avec les anglais mais après, ils veulent que ce soit créé un grand Etat Arabe unifié.

Et un autre conflit s’ajoute à tout cela : la rivalité entre l’empire colonial britannique et l’empire colonial français. Ce conflit doit être mis entre parenthèse, parce qu’ils sont alliés dans le conflit majeur, il reste pourtant omniprésent.

Et de la résultante de ces conflits sort cette carte bizarre, les français et les anglais ont chacun leur part des dépouilles de l’Empire Ottoman qui cependant n’est pas encore vaincu.

Et, il y a la zone Arabe, à cause de la promesse des Britanniques pour créer la grande entité Arabe mais restant cependant sous l’influence de la France et des Britanniques, pour les conseiller. Et aussi un peu pour le pétrole dont on perçoit toute l’importance lors de la première guerre mondiale.

Mais quand on parle des Arabes, ce n’est pas simple non plus. Car il y aussi conflit à l’intérieur des Arabes.

Le conflit oppose deux dynasties : la première descend du prophète, c’est la dynastie des Hachémites, Hachem était le grand père de Mohamed. Le chef de cette dynastie s’appelle Hussein, c’est le roi qu’on voit dans Lawrence d’Arabie et qui est joué par Alec Guiness. Son fils aîné est Ali, joué par le bel Omar Sharif. Il a encore deux autres enfants qui vont jouer un grand rôle dans cette partie du Monde. Hussein est le Chérif de La Mecque. En aidant les britanniques, il espère devenir calife d’une grande Arabie unifiée.

L’autre dynastie règne sur le centre de l’Arabie Saoudite, cette région appelée le Nejd avec pour capitale Ryad. Cette dynastie est celle d’Ibn Seoud, qui ne descend pas du prophète mais s’est alliée à la secte rigoriste des Wahabites

La zone côtière, de la mer Rouge qui comprend les villes religieuses de La Mecque et de Médine, s’appelle Hedjaz et c’est dans cette région que va se lancer la révolte Arabe vu dans Lawrence d’Arabie et qui va aller conquérir Aqaba puis Damas.

Et il y a même un autre conflit à l’intérieur de l’administration coloniale britannique, il y a le camp du Caire qui est pour Hussein et le camp de l’Inde qui est pour Ibn Seoud.

Au bout d’un certain nombre de négociations (Clemenceau va lâcher aux britanniques Mossoul et la zone internationale de Palestine) et de trahisons :

  • Hussein va tenter de devenir Calife et régner sur le Hedjaz,
  • Son fils Faycal va tenter de devenir roi de Syrie mais devra quitter ce trône et ira s’installer sur le trône d’Irak, il y restera jusqu’à sa mort en 1933. Son fils Ghazi lui succéda, puis son petit-fils mais qui fut renversé par un premier coup d’état militaire du général Kassem en 1958 et après une période d’instabilité Saddam Hussein pris le pouvoir en 1963.
  • Son fils Abdallah devint roi de Jordanie, son petit-fils Abdallah II règne toujours

Ali, le prince joué par Omar Sharif resta avec son père et fut vaincu avec lui en 1924 par les troupes de Ibn Séoud qui instaura son régime wahhabite sur toute l’Arabie. Cette terre qui est prétendument sacrée pour les musulmans et qui est la seule au monde dont le nom de l’Etat comporte le nom de la famille régnante.

Aujourd’hui les descendants de Hussein, le roi Abdallah II de Jordanie et de Ibn Séoud, le roi Salmane continuent à régner, sans avoir jamais demandé l’avis des populations qu’ils gouvernent et en gardant toujours d’excellentes relations avec les pays occidentaux, la France et le Royaume-Uni.

C’est très compliqué je vous l’ai dit et pourtant j’ai beaucoup simplifié.

Le rôle des britanniques et des français dans toute cette histoire n’est pas très moral.

Mais le rôle des deux dynasties arabes ne l’est pas davantage.

Si vous voulez lire des articles plus détaillés, vous les trouverez ci-après :

<Comment l’Empire ottoman fut dépecé>

<L’ombre de l’accord Sykes-Picot continue à empoisonner le monde>

<Les 100 ans des accords Sykes-Picot>

<701>

lundi, le 19/10/2015

«Quand Israël naît […] en 1948, c’est au moment où commence le grand mouvement de décolonisation dans le monde. Pour le monde Arabe, c’est le dernier phénomène colonial de l’histoire européenne qui est anachronique.
Pour les Israéliens, c’est avec quelque retard, le dernier phénomène national de l’histoire européenne du 19ème siècle. Les Allemands ont un état, les Italiens ont un état. Pourquoi pas les juifs ? Et en fait ce conflit de calendrier n’a jamais été surmonté.»
Dominique Moïsi

La violence n’a jamais cessé sur la terre de Palestine et d’Israël, mais <Une nouvelle étape a été franchie et on parle désormais d’une intifada des couteaux>

Samedi <Les Echos> comptaient 41 palestiniens et 7 israéliens tués en deux semaines.

Et hier dimanche, un attentat s’est produit à la gare des autobus de Beer Sheva, dans le sud d’Israël. Deux Palestiniens ont tiré dans la foule et poignardé plusieurs personnes, avant que les forces de sécurité ne répliquent.

Et en France, nous se sommes informés qu’en partie des faits de violence qui se déroulent sur ces lieux.

Avant ces faits, le conflit israélo palestinien était sorti des radars, on ne parlait plus que de la Syrie, de l’Irak et même du Yemen mais plus de la Palestine. Obama dans son discours à l’ONU, il y a quelques jours, n’a pas eu un mot pour la Palestine. Mahmoud Abbas a dit cette même tribune de l’ONU que les accords d’Oslo étaient enterrés et qu’il faudrait peut-être dissoudre l’Autorité Palestinienne.

Comment mieux dire qu’il n’y croit plus.

Depuis l’assassinat de Rabin, il n’y a plus d’homme d’Etat capable du côté israélien de mener son peuple à la paix et il faut bien le reconnaître il n’y a pas non plus d’homme d’Etat de ce niveau du côté palestinien.

Il y a quelques jours j’avais emprunté un mot du jour à une parole de Dominique Moïsi sur la guerre en Syrie et je fais à nouveau appel à lui aujourd’hui.

Il a, en effet, été l’invité de l’émission de Nicolas Demorand du 14 octobre 2015 :

Israël-Palestine : Vers une troisième Intifada ? avec Dominique Moïsi 14 octobre 2015 Entretien avec Nicolas Demorand

Dominique Moïsi est juif, il a cru en l’Etat d’Israël et il a cru en la paix. Et aujourd’hui au bout des désillusions il se pose des questions existentielles et analyse les regards croisés et hostiles de ces deux peuples à l’aune de l’Histoire.

Dans le début l’émission, il fait d’abord parler son émotion et son désespoir en parlant de «la chronique d’une catastrophe annoncée»

Et il ajoute :

«Je ne suis pas surpris. On s’attendait à une telle explosion. Personne ne s’intéresse plus au problème israélo-palestinien. Les jeunes palestiniens en particulier ceux de Jérusalem ne croient plus à la politique, ni au Hamas, ni à l’autorité palestinienne. C’est une manière à eux de se rappeler à l’actualité. Il y a eu des événements qui ont attisé le ressentiment d’abord le bébé de 19 mois brûlé vif dans sa maison enflammée par des colons israéliens. Ses deux parents sont morts aussi. Et puis il y a ces rumeurs sur le changement de statut du Dôme du rocher, de la mosquée Al Aqsar. Cela ramène le conflit à un niveau qu’on avait oublié et qui le rend encore plus impossible à régler : c’est un conflit religieux.»

Demorand lui dit alors :  «Je vous sens accablé»

Moisi :

« Oui ! Oui ! Il y a quelque chose de désespérant pour quelqu’un qui comme moi a cru profondément aux accords d’Oslo.

J’ai un souvenir : J’ai passé une nuit à boire du champagne avec le poète palestinien Mahmoud Darwich. Nous nous sommes embrassés. Nous avons cru qu’entre juifs et palestiniens, le problème pouvait être dépassé.

Et là…

Est-ce que nous avons rêvé ? Depuis le début ? Depuis l’assassinat d’Yitzhak Rabin ? Est-ce que nous avons continué à rêver en pensant que la communauté internationale et les Etats-Unis allaient imposer une solution ?

Aujourd’hui, il y a un sentiment de vide absolu. Il n’y a pas de petite lumière au fond du tunnel.

Il n’y a pas de pression qui va venir de l’extérieur.

Chacun est laissé, seul :

– face à sa peur du changement, sa volonté de préserver à tout prix le statu quo du côté israélien;

– face à son absence totale d’espoir du côté palestinien.»

Et il décrit « Une glaciation longue entre les deux parties, avec des murs des check points partout transformant Jérusalem en Berlin de la guerre froide.» Cela lui semble l’hypothèse la plus vraisemblable.

Il envisage ensuite le conflit du point de vue des Arabes et les solutions qui ont été envisagées :

« Une grande partie des palestiniens et des arabes rêvent que le problème israélien va disparaître. Qu’en gros les israéliens sont en Palestine, comme les Français étaient en Algérie et qu’à un moment donné, ils se retireront. Dans une partie du discours arabe : Ce sont les croisés du Royaume de Jérusalem ils vont partir et le sable du désert recouvrira leurs constructions arrogantes et intolérantes.

Mais ce n’est pas la réalité et le rapport des forces sur le plan militaire joue toujours majoritairement en faveur des israéliens.

Plus personne ne croit à la solution des deux Etats qui étaient la seule légitime et qui faisait sens.

Un Etat binational semble aussi totalement hors de portée étant donné les haines actuelles.

Certains imaginent une 3ème solution d’une confédération avec un 3ème acteur qui est la Jordanie. Cette confédération pourrait se réunir sur l’Economie. Mais cette solution ne semble pas non plus viable dans le contexte actuel.»

Il n’existe donc pas de solution aux yeux de Moisi.

Et c’est alors qu’il plonge dans le cœur du problème et dévoile une question existentielle. Voici la suite de ce dialogue entre Nicolas Demorand (ND) et Dominique Moïsi (DM)

« DM – Pas de solutions, c’est un échec absolu et qui bien entendu vous amène à vous poser des questions fondamentales, existentielles.

ND – Lesquelles ?

DM – Et si c’était une fausse bonne idée que d’avoir créé l’état d’Israël, dès le départ ?

ND – Vous dîtes cela vous ?

DM – Je dis qu’en réalité, c’est une question que les historiens se poseront. Parce qu’il y a un conflit de calendrier fondamental.

Quand Israël naît sur les fonts baptismaux de la communauté internationale en 1948, c’est au moment où commence le grand mouvement de décolonisation dans le monde. Pour le monde Arabe, c’est le dernier phénomène colonial de l’histoire européenne qui est anachronique.

Pour les Israéliens, c’est avec quelque retard, le dernier phénomène national de l’histoire européenne du 19ème siècle. Les Allemands ont un état, les Italiens ont un état.

Pourquoi pas les juifs ?

Et en fait ce conflit de calendrier n’a jamais été surmonté.

Dès le début, une immense majorité des arabes n’accepte pas que l’Europe paye ses péchés sur le dos des Palestiniens.

Et une grande partie des Israéliens a du mal à intégrer le fait qu’en réalité, il y a les Palestiniens sur ces territoires. (…) »

En 1950, Einstein publia la déclaration suivante sur la question du sionisme. Ce discours avait été initialement prononcé devant la National Labor Committee for Palestine (Commission national de travail pour la Palestine), à New York, le 17 avril 1938, mais Einstein l’avait ressortie en 1950, après la création de l’État d’Israël :

« Je verrais bien davantage un arrangement raisonnable avec les Arabes, sur base d’une coexistence pacifique, que la création d’un État juif. En dehors des considérations pratiques, ma connaissance de la nature essentielle du judaïsme résiste à l’idée d’un État juif avec des frontières, une armée et un projet de pouvoir temporel, aussi modeste soit-il. J’appréhende les dégâts internes que pourra provoquer le judaïsme – particulièrement à partir du développement d’un nationalisme étroit dans nos propres rangs et contre lequel il nous a déjà fallu nous battre sans État juif. »

Je finirais par Arun Gandhi, petit fils du Mahatma Gandhi qui vient de publier un livre «Mon Grand Père était Gandhi» et il dit :  «Pour obtenir la paix, le pardon reste incontournable. Si nous ne pardonnons pas, nous ne grandirons pas».

Mais le pardon semble si loin.

Même si je comprends la peur et l’angoisse des juifs israéliens devant cette situation, il n’est pas possible de ne pas répéter que s’il faut être deux pour faire la paix, la plus grande part de la responsabilité est du côté d’Israël notamment par sa politique de colonisation insensée et intolérante qui rend impossible les deux États, seule solution légitime dit Moïsi.

L’existence de l’État d’Israël peut-elle rester légitime, en l’absence de son alter ego Palestinien ?

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Lundi 7 Septembre 2015

Lundi 7 Septembre 2015
« Une vidéo capte un instant furtif,
une photo fige une scène pour l’éternité »
Auteur inconnu

Dans la difficile quête quotidienne du mot du jour, il faut trouver une citation et son auteur.

Je me souviens avoir lu cette formule qui me parait si exacte, dans la fin des années 1980, alors que je débutais dans la photographie, mais je ne me souviens pas de l’auteur.

Cette phrase m’avait marqué, je m’en souviens encore et j’ai toujours préféré faire des photos que des vidéos.

Les documentaires peuvent expliquer les situations de manière détaillée, argumentée, ils n’auront jamais la force d’une photo.

Aujourd’hui tout le monde ne parle que d’une photo, celle du petit Aylan Kurdi, enfant syrien noyé et trouvé sur une plage de Turquie par la photographe turque Nilüfer Demir.

Les journaux français ont hésité à la publier dans un premier temps, ils avaient peur que la photo fût choquante. Ils ont cependant compris que ce n’était pas la photo qui était choquante, mais la situation qu’elle révèle.

Cette photo va devenir historique comme la photo de l’enfant juif du ghetto de Varsovie, dans les années 40, les mains levées avec des soldats armés en arrière-plan. Ou la photo du Viet Nam d’une jeune fille nue brulée au napalm ou encore cet homme seul qui arrête une colonne de chars lors des évènements de la Place Tien an Men en Chine.

Que d’émotion !

Oui ! c’est un enfant blanc, couché sur la plage. Il est habillé avec un tee shirt rouge et un short bleu comme ceux qu’on peut trouver dans nos magasins.

Oui ! Cela pourrait notre enfant !

Nous n’avons alors aucun mal à nous projeter dans une compassion mimétique. Nous comprenons la douleur du père d’Aylan. Et nous trouvons cela bien sûr terrible et spontanément nous voulons aider.

Cette photo a vraiment renversé les opinions les plus tranchées Comme le journal anglais THE SUN qui se targue aujourd’hui d’avoir publié la photo du jeune Aylan et demandé au Premier ministre d’agir pour aider les réfugiés, mais qui quelque jours auparavant interpellait David Cameron, mais cette fois-ci pour exiger qu’il tire une ligne rouge sur l’immigration qui submerge le Royaume-Uni. Une journaliste du SUN avait comparé les migrants se rendant en Grande-Bretagne à des cafards. Certaines de nos villes, écrivait-elle à l’époque, sont des plaies purulentes couvertes de nuées d’immigrés et de demandeurs d’asile recevant des allocations comme des billets de Monopoly.

D’ailleurs, David Cameron ne voulait pas non plus de réfugiés syriens sur son territoire <avant la photo>, alors que la Grande Bretagne était au côté des Etats Unis de GW Busch lorsqu’il a décidé d’attaquer l’Irak.

En Hongrie on construit un mur pour arrêter les réfugiés, en Pologne on n’en veut pas. Ces deux pays qui alors qu’ils étaient sous le joug soviétique ont vu beaucoup de leurs ressortissants s’enfuir et se réfugier en Europe de l’Ouest.

Les slovaques veulent bien recevoir des réfugiés mais uniquement s’ils sont chrétiens, c’était du moins leur position avant la photo.

L’émotion oui. Il ne faudrait pas que notre cœur se ferme à notre capacité d’être touchée par les sentiments d’humanité. Il est rassurant que nous ne nous soyons pas qu’un cerveau et un portefeuille.

Mais l’émotion peut être suspecte, provoquée, dévoyée.

L’émotion est passagère aussi.

La raison nous ramène à l’Histoire. Pas à un évènement en particulier, mais l’Histoire dans la durée, celle qui permet de comprendre ce qui se passe.

Alors voilà en 1914, l’Irak, la Syrie, la Palestine, l’Arabie était territoire de l’Empire Ottoman.

L’empire Ottoman a été dans le camp des vaincus, il a donc été démembré.

La Grande Bretagne et la France étaient les vainqueurs triomphants.

En 1916 deux hommes un français François Georges-Picot,  un anglais Mark Sykes vont se mettre d’accord sur un partage de  zones d’influence entre leurs 2 pays. On parlera des accords de Sykes-Picot. La future Syrie est sous responsabilité française et le futur Irak sous protectorat britannique. Ce partage ne tenait pas compte des populations locales.

Et puis après la seconde guerre, le 17 avril 1946 pour la Syrie, sur la base de ce découpage et dans les limites décidées par les occidentaux, la Syrie est devenue un Etat. On a décidé que la population vivant sur ce territoire serait la nation syrienne.

Il a fallu des siècles aux Français pour devenir une nation. Ici, comme en Afrique on a décidé que toutes ces communautés, tous ces clans allaient former un Etat nation.

Bien entendu nos vieux pays, comme aurait dit Dominique de Villepin, connaissaient à merveille cette règle d’or : “diviser pour mieux régner”. Alors ils n’ont rien fait pour rapprocher les communautés bien au contraire.

Alors, comment ces Etats qui ne sont pas une nation sont arrivés à une organisation qui fonctionne à peu près ?

Par un pouvoir fort et dictatorial bien sûr.

L’Irak et la Syrie ont cela de commun que dans ces deux cas c’est toujours une communauté minoritaire qui gouvernait :  En Irak des sunnites qui gouvernaient un pays majoritairement chiite et en Syrie une minorité chiite alaouite qui opprimait une majorité sunnite. Au milieu de cela des kurdes qui auraient pu peut-être constituer une nation mais qui n’avait pas eu la grâce d’intéresser suffisamment les occidentaux.

Et c’est dans ces conditions que GW Busch influencé par les néo-cons(ervateurs) a eu cette idée géniale, nous allons renverser Saddam Hussein et créer la démocratie en Irak. Et quand nous aurons réussi cette œuvre de civilisation, les autres peuples autour, comme la Syrie par exemple, par contagion, mimétisme et ferveur vont se convertir aussi à la démocratie.

Et arriva ce qui devait arriver : ils ont chassé Saddam Hussein (vous vous souvenez de cette fable : la 2ème et ou la 3ème armée du monde ?) sans difficulté mais avec beaucoup de bombes et beaucoup de victimes (mais pas occidentales).

Et puis ils ont imposé la démocratie.

Dans un Etat nation comme la France, un lorrain athée vote pour un candidat breton catholique parce qu’il est de droite et un électeur limousin protestant vote pour un candidat normand juif parce qu’il est de gauche.

Mais dans un état communautaire, un chiite vote pour un chiite, un sunnite pour un sunnite et un kurde pour un kurde etc…

Ce n’est alors pas difficile de savoir qui va gagner, en Irak ce fut les chiites.

Les chiites qui ont été opprimés sous Saddam ont souhaité montrer aux sunnites qui était la communauté dominante.

Les sunnites de l’armée de Saddam qui avaient été démobilisés par les américains ne se sont pas laissé faire. Eux qui étaient baasistes, peu intéressés par la religion ont trouvé stratégiquement pertinent de se rapprocher d’illuminés islamiques pour créer une force de défense qui allaient être en mesure de reconquérir des territoires pour les sunnites. Force qu’on appelle DAESH désormais.

L’Irak dont on a chassé le dictateur est un chaos dans lequel se déchaine la violence. Remarquez que depuis, dans ce bel esprit de contagion prophétisé par les néos-cons, il y a bien eu propagation à la Syrie. Mais propagation de ce qu’il y avait en Irak : le chaos et non la démocratie. Le Liban et la Jordanie commencent à être sérieusement menacés.

Dans ce désastre que l’on ait chassé le dictateur comme en Irak ou non comme en Syrie, la situation est à peu près la même.

Et puis les forces sunnites de DAESH remettent en cause les frontières imposées par les occidentaux, elles considèrent la frontière entre la Syrie et l’Irak comme parfaitement artificielle.

Pour se venger, pour qu’on parle d’eux, pour qu’on les craignent, ils règnent par la terreur.

Et voilà pourquoi le petit Aylan Kurdi qui est d’ailleurs un kurde comme son nom l’indique a fui avec sa famille la Syrie, dans des conditions désastreuses, qu’il est tombé à la mer et qu’il est mort.

La France, la Grande Bretagne et les Etats-Unis ne sont pas responsables de tous les malheurs du monde. Mais pour ce qui se passe au moyen orient, leur responsabilité historique est immense, écrasante.

Pour revenir à une photo, j’avais trouvé celle-ci sur Internet, il y a quelques mois. Les commentaires prétendent qu’elle a été prise en Syrie : un petit garçon protège sa sœur pendant des bombardements. Elle ne nous dit pas ce qui arrive à la fin du périple comme le montre la photo d’Aylan, mais pourquoi ils s’enfuient :

Cette photo se trouve sur des centaines de page d’internet. Je ne peux pas affirmer qu’elle soit authentique. Quoi qu’il en soit elle montre ce que les articles décrivant la situation en Syrie racontent.

Je vous rappelle qu’il y a eu déjà deux mots du jour qui ont parlé de ces réfugiés mais sans photo.

Celui du Jeudi 16 avril 2015 : <La culture du bien-être nous rend insensibles aux cris d’autrui [et] aboutit à une globalisation de l’indifférence..> Pape François

Et le Mardi 28 avril 2015 : <parce que ce qui compte ici, c’est que ce sont des hommes, des hommes en danger de mort.> Jean-Paul Sartre

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Mercredi 02/07/2014

Mercredi 02/07/2014
«Crucifiement»
Attacher un homme sur une croix

Le crucifiement est une ancienne méthode d’exécution consistant à placer le supplicié sur une croix, un support en forme de T ou un arbre et à l’attacher par divers moyens (clous, cordes, chaînes, etc.). Il existe plusieurs variantes du supplice que l’on retrouve à différentes périodes (dès l’Antiquité) et dans différentes civilisations.

Plusieurs recherches semblent indiquer que la mort a lieu par asphyxie, du fait de la traction sur les muscles supérieurs qui entraîne une compression du diaphragme.

« Crucifixion » est réservée au supplice du Christ et des œuvres d’art qui décrive ce sujet.

Après le mot et la chose, voici le mot et le sujet.

Souvent pour mot du jour, je connais le sujet mais je dois chercher le mot.

Mot qui éclaire, mot qui explique, mot qui introduit, mot qui provoque.

Comment dénoncer les monstres qui sous le masque de la religion s’adonnent à la cruauté en Irak et en Syrie ?

<Ce groupe qui s’est donné pour nom Etat Islamique de l’Irak et du Levant et qui revendique aujourd’hui le califat a réinventé cet usage barbare et antique pour impressionner les foules qu’il entend soumettre>

Voilà un groupe qui fait la guerre, guerre de religion, s’empare d’une ville, sépare les chiites des sunnites et puis massacre tous les chiites.

Cela nous rappelle les méthodes nazies, mais ils vont encore plus loin dans l’horreur. Quand les nazis assassinaient en masse, ils le cachaient. Ils organisaient même des visites de la croix rouge dans des camps “modèles” de nature à tromper la vigilance du monde.

Rien de tel dans ce groupe de fou haineux. A l’instar de l’ONU ou de la Cour des Comptes, <Il publie son rapport annuel> Rapport de 400 pages où ils énumèrent et détaillent leurs exactions, bref ils se vantent de leurs crimes.

On apprend aussi que ce groupe <est très riche, On estime sa fortune à 2, 3 milliards de dollars>

Et pour tout cela nous pouvons continuer à remercier George W Busch qui par son intervention insensée a préparé le terrain pour ces guerres de religion. Il vit tranquillement dans son ranch du Texas où il peint et expose ses peintures…

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