Jeudi 14 mai 2020

«Il est plus facile d’unifier des économies et des administrations que d’unifier des mémoires»
Bronislaw Geremek parlant des mémoires différentes de l’Europe de l’Ouest et de l’Est

Nous considérons souvent comme une erreur l’intégration rapide des pays de l’est européen communiste dans l’Union européenne après la fin de la dictature communiste.

Et il est vrai quand nous voyons aujourd’hui Jarosław Kaczyński en Pologne ou Viktor Orban en Hongrie, nous pensons que tout cela n’est pas très raisonnable.

Mais lors des évènements qui ont libéré les pays de l’est européen du joug communiste, il n’y avait pas exactement le même type de personne qui dirigeait ou influençait ces pays. Il y avait la grande figure de Václav Havel en Tchécoslovaquie et en Pologne il y avait bien sûr Lech Walesa et surtout deux hommes qui le conseillaient : Tadeusz Mazowiecki et Bronislaw Geremek.

L’entretien dont je vais parler aujourd’hui concerne ce dernier homme politique : Bronislaw Geremek

Il a été publié dans le premier numéro de la revue XXI qui est paru le 17 janvier 2008.

Le 13 juillet 2008, Bronislaw Geremek
conduit une voiture qui percute un véhicule de livraison. L’accident le tue sur le coup.

Le titre de cet article qui a été repris dans le livre « Comprendre le monde » qui constitue la source de cette série de mots du jour était : « L’Europe pour nous à l’Est, c’était un idéal »

La journaliste qui a mené l’entretien s’appelle Weronika Zarachowicz et elle a introduit son article par la phrase suivante :

« Il a consacré sa vie à chercher des raisons de vivre ensemble ».

Bronisław Geremek fait partie de cette catégorie d’intellectuels qu’on a appelé « les dissidents », ce qui qui signifie qu’ils n’étaient pas d’accord avec la politique de leur gouvernements. Mais comme il ne s’agissait pas de démocratie, bien qu’ils portaient par ruse le nom de « démocratie populaire », il ne pouvait exister d’opposition, donc d’opposants, c’est pourquoi ils étaient dissidents.

Il était né Benjamin Lewertow le 6 mars 1932 à Varsovie dans une famille juive. Il a pu fuir du ghetto de Varsovie en 1943 et ainsi sauver sa vie.

Il est devenu par ses études historien, il a d’ailleurs étudié en 1956 et 1957, à l’École pratique des hautes études. Il a été ainsi très fortement influencé par l’école française des Annales et la lecture des historiens français Lucien Febvre, Marc Bloch et Fernand Braudel. Dans son domaine universitaire il travaillera sur l’histoire des pauvres au moyen âge.

Au niveau politique, il assiste aux grandes grèves de Gdańsk en 1980 et rejoint le mouvement syndical Solidarność. Il fait partie des négociateurs « intellectuels » avec Tadeusz Mazowiecki que Wałęsa voulait à ses côtés pour négocier avec les autorités, ce qui aboutit à l’accord de Gdańsk le 31 août 1980. Il y incarne le collectivisme autogestionnaire antistalinien. Il devient conseiller personnel de Lech Wałęsa. À la suite du coup d’État du général Jaruzelski en 1981, il est interné durant deux ans et demi. Après sa libération, il est l’un des animateurs d’un comité pour la sortie pacifique du communisme et sera l’un des négociateurs du compromis du printemps 1989 et continuera à participer à la politique polonaise…

A quelques mois de sa mort, l’entretien avec Weronika Zarachowicz lui permet d’analyser les évolutions de l’Europe avec son expérience d’historien, de politique et d’homme d’action.

La Pologne est entrée dans l’Union européenne en 2004, mais en 2008 les dirigeants polonais expriment déjà du scepticisme à l’égard de l’Union, mais Bronislaw Geremek dissocie les dirigeants sceptiques et la population qui voue un véritable attachement à l’Europe. Mais les polonais n’attendaient pas que de l’Europe un marché commun, selon Geremek mais aussi une sécurité et une protection notamment contre la Russie toujours menaçante.

Pour l’historien, L’Europe n’était pas à l’origine un projet uniquement économique contrairement à ce que beaucoup prétendent aujourd’hui :

« Je ne cesse de rappeler qu’au début de l’histoire européenne, il y eut des rêves. L’Europe n’est pas une création de chefs comptables : elle est fille de l’imagination européenne, y compris celle de poètes et de philosophes. L’idée européenne est ancienne. Elle accompagne notre Histoire depuis le Moyen-âge. La communauté chrétienne médiévale était, déjà, une première unification de l’Europe. L’idée de coopération entre rois et princes s’est développée dans la foulée et a gagné l’Europe entière. Un légiste français du XIVème siècle a même été le premier à lancer cette idée d’unification européenne. »

Geremek ne précise pas qui est ce légiste français. Mais je pense qu’il s’agit de Pierre Dubois (1255-1321) qui était un légiste de Philippe Le Bel. Pierre Dubois a bien conceptualisé une union chrétienne des pays européens mais sous la direction du Roi de France. Il s’agissait de s’unir surtout en raison des croisades contre la puissance islamique. Et il avait imaginé par exemple, une cour internationale de justice pour régler les différends entre les nations et un interdit économique devrait être déclaré contre toute puissance chrétienne qui ferait la guerre à une autre puissance chrétienne.

Geremek continue :

« Tout au long de l’histoire moderne, ce projet sera formulé et reformulé que ce soit par le Duc de Sully, l’intendant d’Henri IV […] Saint-Simon […] ou encore par Victor Hugo avec ses Etats-Unis d’Europe… »

Et il explique que dans l’est de l’Europe des philosophes comme Jan Patocka et Edmund Husserl ont également imaginé une telle Union. Mais c’est sur la différence entre la vision de l’Ouest et de l’Est que la réflexion de Geremek est la plus intéressante :

« Il est plus facile d’unifier des économies et des administrations que d’unifier des mémoires…Nous avons hérité d’un fonds commun, mais aussi de blessures dramatiques.

Prenez le XIXème siècle ! Pour les Européens de l’Ouest, c’est le triomphe de l’Etat-nation, le siècle des merveilles technologiques et scientifiques. La perception est radicalement différente pour les Européens de l’Est. En particulier pour la Pologne, un pays qui fut l’une des plus grandes nations de l’Europe moderne avant d’être divisé et occupé, pendant 123 ans, par trois puissances. Un pays, donc, qui n’a pas eu pendant plus de cent ans d’existence indépendante…

Voilà notre XIXème siècle.

On retrouve la même antinomie quand on évoque la Première Guerre mondiale. Interrogez des anglais ou des Français, ils mentionneront Verdun, parleront d’une hécatombe de millions de morts, d’une guerre nouvelle avec l’utilisation des gaz et de l’aviation, du déclenchement d’une crise morale majeure…

Chez nous, à l’Est, le panorama est différent : la Première Guerre mondiale marque le début de l’indépendance de la Pologne, l’émergence de la Tchécoslovaquie, de la Yougoslavie et de plusieurs Etats balkaniques.

Je vais poursuivre. Avec encore un exemple, mais il y en a tant. Tenez ! Dans vos livres d’Histoire, vous évoquez longuement le 1er septembre 1939, date de l’invasion de la Pologne par l’armée allemande. Pourquoi retenir cette date ? Parce que la France et la Grande Bretagne sont alors entraînées dans la guerre contre Hitler.

A l’Est, nous avons retenu une autre date. Celle du 17 septembre, qui marque le jour où l’armée rouge a envahi les territoires polonais et finlandais avant d’occuper les Républiques baltes.

Votre mémoire ignore certains de nos constats, comme celui-ci : la disparition de la Pologne est due à l’action de deux grandes puissances, et non d’une seule. Cette réalité-là vous est simplement inconnue. »

Le point de vue est différent, les expériences des mêmes évènements dissemblables et donc les réactions sont différentes aujourd’hui :

« L’incompréhension se lit régulièrement dans bon nombre de débats au Parlement européen. Quand les euro-parlementaires polonais, tchèques ou bulgares affirment que l’Europe doit offrir des garanties de sécurité, ils se voient souvent accusés d’entretenir une obsession de persécution. Mais ce n’est pas une obsession ! Ce n’est pas une rhétorique ! C’est une réalité que l’Histoire nous a enseignée de la façon la plus douloureuse qui soit ! Nous, nous connaissons nos voisins russes. Ce n’est pas le cas de l’occident. Il s’agit d’une différence de mémoire. »

Cet entretien parle encore de beaucoup d’autres sujets notamment de ses travaux d’historiens sur les pauvres du moyen âge dont il tire des enseignements sur le prolétariat d’aujourd’hui.

Il dit notamment :

« Plus j’approfondis ma réflexion sur le monde occidental, plus je m’interroge que le coût humain du changement et du progrès. La question de la main d’œuvre est à mon sens la question-clé de la formation du capitalisme. Sans la prolétarisation, sans l’existence de cette main-d’œuvre abondante et à bas prix, jamais celui-ci n’aurait pu se construire. […]Il faut observer le développement de nouveaux colosses capitalistes comme la Chine ou l’Inde. Il repose sur le travail d’une masse énorme de pauvres, à commencer par les millions d’ouvrières textiles. »

Mais le cœur de cet entretien me semble être cette mémoire séparée entre l’Europe de l’Ouest et L’Europe de l’Est que Bronislaw Geremek esquisse avec pertinence.

Bronislaw Geremek avait dirigé la collaboration d’historiens, de politiques, d’économistes pour un ouvrage : « Visions d’Europe » dans lequel, au-delà de l’Histoire, chacun cherchait surtout à parler de l’avenir pour essayer de trouver des pistes pour bâtir une Union qui corresponde aux besoins des européens de maintenant.

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Mardi 1 octobre 2019

« Une oppression, une servitude si dure, si horrible que jamais des bêtes n’y ont été soumises »
Bartolomé de las Casas , Brevisima Relacion de la destruccion de las Indias

Depuis longtemps on nous raconte le beau récit de Christophe Colomb, ce marin génois qui s’est mis au service des monarques catholiques espagnols Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon. Et en cherchant une route vers l’ouest pour atteindre les Indes, a découvert l’Amérique en 1492.

Il était courageux, opiniâtre et après beaucoup d’effort il a pu accomplir son exploit.

C’était aussi un remarquable cartographe comme le rappelle <Cet article> qui rappelle les péripéties et les différents voyages qui l’ont rendu célèbre.

Cette histoire qu’on nous raconte, n’est en réalité, pas une belle histoire.

Déjà le mot « découverte » pose question. L’Amérique et les iles caraïbes qui ont fait l’objet de l’accostage des navires du génois étaient habités par des humains. Il ne s’agissait donc pas de les « découvrir » mais de les « conquérir ».

Colomb n’est même pas le premier européen à avoir accosté sur le grand continent qui se trouve de l’autre côté de l’Atlantique, il a été précédé par les vikings.

Par ailleurs, Christophe Colomb n’a jamais eu une idée précise de la taille et de la profondeur de ce continent. D’ailleurs, le continent n’a pas été appelé Colombie mais Amérique en souvenir d’Amerigo Vespucci (1454 Florence, 1512 Séville) qui est aussi un explorateur controversé mais qui selon le récit européen serait le premier Européen à comprendre que les terres découvertes par Christophe Colomb font partie d’un nouveau continent.

La petite histoire dit que c’est en Lorraine, dans les Vosges, dans la ville de Saint-Dié que le cartographe Martin Waldseemüller et l’érudit Mathias Ringmann, désignent en son honneur ce nouveau monde du nom d’« America » dans le planisphère qu’ils éditent en 1507.

Donc si le continent ne s’appelle pas Colombie ou Colombus, Christophe Collomb est cependant très présent en Amérique et aux États Unis.

La grande université de New York s’appelle l’université <Columbia>. Des statues de Colomb se trouve quasi dans toutes les grandes villes des États-Unis, à New York, à Los Angeles et dans beaucoup d’autres.

Et puis, les Etats-Unis fêtent le <Columbus Day> (ou « Jour de Christophe Colomb » en français), le deuxième lundi d’octobre. L’Amérique latine et l’Espagne fêtent aussi ce jour.

Mais cela devient de plus en plus compliqué

Hier je vous racontais que Jacques Chirac, maire de Paris avait refusé de fêter les 500 ans de la fameuse « découverte » mais avait organisé, en 1992 au Petit Palais, une exposition sur la civilisation Tainos qui fait partie d’une ethnie plus large qui sont les arawaks, bref les « fameux indiens » que Colomb a rencontré puis massacré.

Cet épisode avait fait l’objet d’une conversation « virile »entre le maire de Paris et le roi d’Espagne. « C’est le fameux coup de fil que lui passe le roi d’Espagne [Juan Carlos] qui lui demande : « Qu’est-ce que tu vas faire pour commémorer la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb ? » Jacques Chirac [maire de Paris] lui répond, racontait-il souvent après : « Je ne vais rien faire pour cet assassin, mais je vais faire quelque chose en l’honneur du peuple qu’il a fait disparaître ». »

Et Le Monde.fr complète :

« Il usera des mêmes mots lors du dîner officiel d’inauguration de l’exposition sur l’art des Indiens Taïnos, ethnie amérindienne décimée par les conquistadors. « Offusqué par mes propos, l’ambassadeur d’Espagne quitta aussitôt la table, avec son épouse, en signe de protestation », racontera-t-il dans ses Mémoires. »

Chirac fut un précurseur. Cet <Article> de 2017 raconte un mouvement d’ampleur aux États-Unis qui tend à faire déboulonner les statues du navigateur sanguinaire :

« La majorité des villes majeures aux Etats-Unis possède une statue du célèbre explorateur. […] des critiques virulentes sont portées sur le personnage historique, accusé notamment d’avoir perpétré des massacres de natifs américains et initié le commerce triangulaire. Ce mois-ci, les statues de Houston, Baltimore ou encore New York ont été vandalisées. Au Columbus Triangle Park de New York, le message “Tear it down. Don’t honor genocide” y a été tagué, littéralement “Détruisez-la. Ne célébrez pas le génocide »

Dans la même philosophie le « Columbus day » est remis en cause. Il est de plus en plus souvent remplacé par « une Journée des peuples indigènes ».

Les inrocks ont publié un article « La fête de Christophe Colomb fracture l’Amérique » :

«  Un néophyte qui jetterait un œil aux festivités n’y verrait que la célébration bon enfant de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb (en 1492). Parmi les nombreuses réjouissances prévues: exaltation du patriotisme, parades géantes, exposition de reliques du XVe siècle.

Mais ce succédané de 4 Juillet, la fête nationale, ne fait plus recette. Célébrer l’arrivée des colons espagnols, et avec elle son cortège génocidaire, fait mauvais genre. A tel point que certains États refusent purement et simplement de célébrer cette journée. […]

Austin, Las Vegas et une cinquantaine d’autres villes ont fait le choix de rebaptiser le jour férié en “Journée des peuples indigènes” (Indigenous People Day). La fête se veut ainsi plus respectueuse. »

« RFI » précise :

« Certains Amérindiens étaient venus plaider leur cause en tenue traditionnelle devant le Conseil municipal de Los Angeles. Par 14 voix contre une, il a finalement été décidé de créer une Journée des peuples indigènes en remplacement de Colombus Day, jour férié national célébrant Christophe Colomb depuis 1937.

Après Phoenix, Seattle, Denver, Portland, et d’autres, c’est une nouvelle victoire pour les peuples originels des Etats-Unis et tous ceux qui considèrent que l’explorateur italien est l’un des responsables du massacre de millions de personnes. « Ce n’est encore qu’un tout petit pas pour réparer les dommages qui ont été causés », a expliqué un élu de Los Angeles. « Il faut surtout changer l’enseignement qui est fait sur cette question à l’école », a rappelé le conseiller municipal d’une ville du Maine, qui a pris la même décision à l’extrême opposé du pays. »

Mais qu’en est-il de ce héros de nos livres d’Histoire ?

Le site Agoravox prétend nous donner <la vérité sur Christophe Colomb> :

« D’après des récits retrouvés, issus de son propre carnet de route, puis d’autres, écrits de la main de son propre fils, Fernando Colomb ou d’un prêtre et Historien accompagnateur : Bartolomé De Las Casas, le navigateur était un sanguinaire sans morale.

Les Arawak (indiens) l’ont accueilli de façon pacifique. Il les a d’ailleurs qualifiés dans son journal de bord, d’hommes gentils « qui ne portaient pas d’armes, ils ne savent pas ce qu’est une épée et lorsqu’ils l’ont touchée, ils l’ont prise par la lame et se sont coupés. Ce sont des gens gentils, les meilleurs du monde, qui ne connaissent rien du mal, ils ne tuent pas, ne volent pas.. Ils aiment leurs voisins comme eux-mêmes, ils parlent de façon douce et rient sans cesse ». Si ses écrits s’étaient arrêtés là, Colomb mériterait sans nulle doute, cette place dans l’Histoire. Mais il poursuit pourtant en indiquant « qu’ils feraient de bons serviteurs, ils sont très simples. Avec 50 hommes, nous pourrions tous les subjuguer et faire d’eux, ce que nous voulons ». Et le mal prenant le pas sur le bien, Christophe Colomb n’a pas hésité une seconde a mettre à profit ses mauvaises pensées afin d’obtenir des richesses et surtout, de convertir les natifs au Christianisme.

Couper des mains aux Indiens ne lui ramenant pas assez d’or, couper des oreilles ou des nez à ceux qui refusaient de suivre ses ordres et lois, couper des jambes aux enfants Indiens, cherchant à s’échapper et ce, afin de tester les lames des épées, telles étaient les sanctions pratiquées par Christophe Colomb. Bien décidé à s’approprier les Amériques ainsi que les Antilles, il ne laissa aucune chance aux autochtones déjà en place. Après avoir tué près de 10 000 Haïtiens en leur coupant des membres et en les laissant se vider de leur sang, il s’est attaqué à l’actuelle République Dominicaine, laissant derrière lui, une mare de sang.

Les consignes qu’il avait reçues étaient pourtant claires : « s’efforcer de gagner la confiance des habitants en s’abstenant du moindre mal » mais à l’autre bout du monde, avec un grand sentiment d’impunité, les actes étaient tout autres.

Ce n’était pas la guerre, mais bien pire encore Samuel Eliot Morison, historien, utilise même le terme de « génocide » pour décrire les atrocités des colons..

Des enfants finissaient rôtis à la broche avant d’être découpés en morceaux, des jeux-défis étaient lancés entre Européens afin de savoir qui des deux dualistes pourraient couper d’un seul coup, la tête de sujets Indiens. La bestialité des soldats occidentaux les poussaient à décapiter sans raison aucune, les enfants qu’ils croisaient et pire encore, lorsque les chiens de meute de l’équipage étaient à cours de viande, ce sont des bébés Arawak qui étaient tués ou parfois donnés vifs en guise de repas. Des actes de barbarie de la sorte, les Indiens les ont endurés jour et nuit, et ce, pendant des années. Leur docilité a même donné l’idée à Christophe Colomb, de les ramener en Europe afin qu’ils soient exploités comme esclaves. Pendant les traversées, les femmes et les jeunes filles étaient violées puis battues à mort. […]

Les viols étaient récurrents et ce, dès que les fillettes atteignaient 9 ans. Le Professeur d’Histoire et sociologue de l’Université du Vermont : James Loewen, a souligné que « Dès 1493, le navigateur récompensait ses lieutenants avec des femmes Indiennes ». Bien bêtes sont ceux qui pensaient que des hommes pouvaient rester des mois et des mois en contenant leurs appétits sexuels !

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, en 1493, les Arawak comptaient huit millions d’habitants étendus dans les Caraïbes (surtout en Haïti et République Dominicaine). A son départ, en 1504, il ne restait que 100 000 individus. »

Et ce texte est en effet confirmé par l’exemplaire prêtre dominicain <Bartolomé de las Casas> qui dénonça ces crimes et fut le défenseur des peuples indigènes.

Dans ce <récit historique> il dénonce :

« Des chrétiens rencontrèrent une Indienne, qui portait dans ses bras un enfant qu’elle était en train d’allaiter ; et comme le chien qui les accompagnait avait faim, ils arrachèrent l’enfant des bras de la mère, et tout vivant le jetèrent au chien, qui se mit à le dépecer sous les yeux mêmes de la mère (…). »

Vous trouverez aussi sur cette page, l’extrait suivant :

« C’est parmi ces douces brebis, ainsi dotées par le Créateur des qualités que j’ai dites, que s’installèrent les Espagnols. Dès qu’ils les connurent, ceux-ci se comportèrent comme des loups, et des tigres et des lions, qu’on aurait dit affamés depuis des jours. Et ils n’ont rien fait depuis quarante ans et plus qu’ils sont là, sinon les tuer, les faire souffrir, les affliger, les tourmenter par des méthodes cruelles extraordinaires, nouvelles et variées, qu’on n’avait jamais vues ni entendu parler. […]

Il y a eu deux façons principales pour ces gens qu’on appelle chrétiens, d’extirper et rayer ainsi de la terre ces malheureuses nations: la première ce furent les guerres cruelles, sanglantes, tyranniques; la seconde fut, après la mort de tous ceux qui pouvaient aspirer à la liberté et combattre pour elle – car tous les chefs et les hommes Indiens sont courageux – une oppression, une servitude si dure, si horrible que jamais des bêtes n’y ont été soumises. La raison pour laquelle les chrétiens ont détruit une si grande quantité d’êtres humains, a été seulement le désir insatiable de l’or, l’envie de s’emplir de richesses dans le délai le plus rapide possible, afin de s’élever à des niveaux sociaux qui n’étaient pas dignes de leur personne. »

Extrait tiré de : Bartolomé De Las Casas (1542), Brevisima Relacion de la destruccion de las Indias (= Très brève relation de la destruction des Indes).

Jacques Chirac avait raison en parlant de « cet assassin ».

Les monstres qui se comportaient ainsi, se prétendaient chrétiens. Christophe Colomb était très croyant. Et dire que cette ethnie arrogante, les européens chrétiens, prétendaient apporter la civilisation au monde. Nous, en tout cas moi je pensais qu’ils avaient été cruels parce qu’ils voulaient s’enrichir, gagner des terres et étendre leur pouvoir. La réalité est pire, ils étaient pervers et cruels par goût morbide.

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Vendredi 12 juillet 2019

« Celui qui sauve un seul homme est considéré comme ayant sauvé tous les hommes »
Coran, Sourate V verset 32, dans la traduction de Malek Chebel

C’est le Président Barack Obama, lors de son fameux <Discours du Caire> tenu le 4 juin 2009 à l’Université du Caire qui a rappelé ce verset du Coran :

« Le Saint Coran nous enseigne que quiconque tue un innocent tue l’humanité tout entière,
Quiconque sauve la vie d’un seul être humain est considéré comme ayant sauvé la vie de l’humanité tout entière !»

Et j’ai lu dans diverses sources que dans le Talmud il en va de même : « Celui qui sauve une vie sauve l’humanité entière ». (Traité Sanhedrin, chapitre 5, Mishna 5).

Je n’ai pas trouvé l’équivalent dans la littérature chrétienne, mais cela m’a peut-être échappé.

Carola Rackete

Le magazine allemand « Der Spiegel » a mis son portrait à la Une de son journal le 6 juillet et lui a donné pour surnom : « Captain Europe »

Elle était la capitaine du navire « Sea Watch 3 » qui a forcé le barrage et l’ordre de Matteo Salvini, pour accoster à Lampedusa, le 29 juin 2019,  et faire débarquer les migrants en détresse sur la terre ferme, dans un port, comme le prévoit les règles internationales de la navigation.

Libération dans un article du <30 juin 2019> raconte :

« L’Allemande qui a accosté de force samedi à Lampedusa avec une quarantaine de migrants a été arrêtée par les autorités italiennes. »


Elle a été libérée depuis par une décision de la Justice italienne.

« Quelques jours avant d’accoster à Lampedusa, elle avait dit au Spiegel : «Si nous ne sommes pas acquittés par un tribunal, nous le serons dans les livres d’histoire.» […] Les autorités italiennes lui reprochent notamment d’avoir tenté une manœuvre dangereuse contre la vedette des douanes qui voulait l’empêcher d’accoster. Elle risque jusqu’à dix ans de prison pour «résistance ou violence envers un navire de guerre».

«Ce n’était pas un acte de violence, seulement de désobéissance, a expliqué Carola Rackete dimanche au Corriere della Sera. Mon objectif était seulement d’amener à terre des personnes épuisées et désespérées. J’avais peur.» «Après dix-sept jours en mer et soixante heures en face du port, tout le monde était épuisé, explique à Libération Chris Grodotzki de Sea Watch. L’équipage se relayait vingt-quatre heures sur vingt-quatre afin de surveiller les passagers pour les empêcher de se suicider.» »

Ce qui est marquant ici, c’est l’affrontement de deux groupes irréconciliables :

Carola Rackete a débarqué sur l’île italienne sous un mélange d’applaudissements et d’éructations haineuses : «Les menottes !» «Honte !» «J’espère que tu vas te faire violer par ces nègres». Dans un tweet, le ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, s’est réjoui de l’arrestation. «Prison pour ceux qui ont risqué de tuer des militaires italiens, mise sous séquestre du navire pirate, maxi-amende aux ONG, éloignement de tous les immigrés à bord, désolé pour les “complices” de gauche. Justice est faite, on ne fera pas marche arrière !»

Si l’extrême droite italienne la qualifie de «criminelle», Carola Rackete suscite l’admiration en Allemagne. Celle que le Tagespiegel surnomme «l’Antigone de Kiel» est née tout près de ce port en bordure de la mer Baltique il y a trente et un ans.

«J’ai la peau blanche, j’ai grandi dans un pays riche, j’ai le bon passeport, j’ai pu faire trois universités différentes et j’ai fini mes études à 23 ans. Je vois comme une obligation morale d’aider les gens qui n’ont pas bénéficié des mêmes conditions que moi», avait-elle expliqué à la Repubblica. Avant de rejoindre Sea Watch il y a quatre ans, elle a participé à des expéditions pour l’Institut Alfred-Wegener pour la recherche polaire et marine, et pour Greenpeace. […]

Les politiques allemands ont donc fini par réagir. Samedi, le ministre des Affaires étrangères, Heiko Maas (SPD), déclarait : «Sauver des vies est un devoir humanitaire. Le sauvetage en mer ne devrait pas être criminalisé. La justice italienne doit désormais clarifier rapidement ces accusations.» «Une phrase typique de diplomate allemand timoré, commente Chris Grodotzki de Sea Watch. Nous avons demandé un millier de fois à Heiko Maas de prendre position sur le sauvetage en mer, sans succès jusqu’ici.» Dimanche, le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, affirmait dans une interview télévisée : «Celui qui sauve des vies ne peut pas être un criminel.»

Les 42 migrants du Sea Watch 3 ont donc fini par débarquer à Lampedusa. Ils devraient être répartis entre cinq pays : la France, l’Allemagne, le Portugal, le Luxembourg et la Finlande. Ceux-là ne seront pas morts en Méditerranée, où 17 900 personnes ont péri entre 2014 et 2018 selon un récent rapport de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), et où demeurent toujours engloutis les restes de 12 000 personnes. »

« Celui qui sauve une vie sauve l’humanité entière »

Pia Klemp

Pia Klemp est aussi une jeune allemande qui était la capitaine d’un navire qui a sauvé des migrants.

Elle est toujours en prison, elle risque 20 ans de prison après avoir sauvé des migrants de la noyade.

C’est Frédéric Pommier qui en a parlé lors <d’une chronique> diffusé sur France Inter le 14 juin 2019

Elle est accusée du délit suivant : « aide et complicité à l’immigration illégale ». Une pétition a été lancée pour la soutenir

Frédéric Pommier explique ;

« C’est une femme dont la peau blonde est parsemée de tatouages d’inspiration japonaise : des montagnes sur une épaule, un goéland sur l’autre, des fleurs, des poissons… Un long maquereau nage sur l’un de ses tibias… Son corps est un tableau, comme un carnet de voyage… Mais ce n’est pas pour ces gravures colorées que les médias nous ont parlé d’elle ces derniers jours. Pas non plus pour sa formation de biologiste, mais pour ses fonctions de capitaine, car Pia Klemp – c’est son nom – est capitaine de bateau.

C’est au sein de l’organisation Sea Shepherd qu’elle a tout d’abord travaillé.Une ONG de défense des océans, dont la maxime est une citation de Victor Hugo.

« Il vient une heure où protester ne suffit plus ; après la philosophie, il faut l’action. »

Phrase tirée des Misérables. Un appel à la lutte et, dans le cas présent, la lutte pour la préservation des écosystèmes marins. Premier engagement de cette trentenaire née à Bonn en 1983.

C’est pour ça que j’ai appris à diriger un navire, pour ça que j’ai appris à diriger un équipage. La petite sortie du dimanche à la voile, ce n’est pas pour moi.

Sympathisante de la gauche radicale allemande, Pia Klemp a mené des expéditions dans les eaux de l’archipel nippon où, avec d’autres, elle est allée batailler contre les pêcheurs de baleines. Des centaines de cétacés harponnés chaque année… Massacre qui, là-bas, va d’ailleurs redevenir légal en juillet… Puis, après les rorquals, la jeune activiste a décidé de porter assistance aux hommes, espèce qui, elle aussi, parfois, mérite d’être protégée.

On est en 2016, et Pia Klemp se met au service d’autres ONG. Cette fois en Méditerranée, devenue, depuis le début de la guerre en Syrie, le plus grand cimetière d’Europe.

Aux commandes de deux bateaux humanitaires, elle participe au sauvetage de plus d’un millier de naufragés, en perdition sur des canots pneumatiques

Elle a sauvé des vies, des femmes, des ados, des enfants mais, suite à cela, elle est sous la menace d’un procès en Italie. […]

Calcul simple : 1 000 vies sauvées, amende de 15 millions d’euros . […]

Pour sa défense, elle invoque le droit maritime international, qui impose de porter secours à toute personne en détresse. C’est aussi ce qu’évoquent ceux qui la soutiennent. Une pétition en ligne a été lancée pour exiger l’abandon des charges qui pèsent sur elle… Elle a déjà recueilli plus de 100.000 signatures, et une photo accompagne le texte, celle d’un petit corps gisant sur une plage de Turquie ; le cliché tristement célèbre du petit Alan Kurdi, mort noyé à l’âge de trois ans, alors qu’il fuyait avec sa famille la guerre en Syrie.

C’était en 2015, et il était devenu le symbole de ces désespérés qui, au péril de leur vie, tentent de rejoindre une Europe qui ne sait les accueillir. Pia Klemp, elle, est devenue un autre symbole.

Elle est le nouveau visage de ceux que l’on accuse de délit de solidarité

Sur les réseaux sociaux, certains écrivent qu’elle aurait dû reconduire les naufragés de l’autre côté de la mer et que oui, elle mérite la taule !

Non. Elle mérite notre respect.

Cette femme aux tatouages d’inspiration japonaise fait honneur à l’humanité. »

« Celui qui sauve une vie sauve l’humanité entière »

Klaus Vogel

Klaus Vogel est aussi allemand, un peu moins jeune que ses deux compatriotes. En octobre 2014, l’Italie met fin à l’opération humanitaire Mare Nostrum, chargée de porter secours aux migrants en Méditerranée. Klaus Vogel est alors capitaine dans la marine marchande. Il démissionne et crée avec Sophie Beau, en mai 2015, l’association <SOS Méditerranée> qui a pour ‘objectif d’affréter un bateau pour ne pas laisser des hommes et des femmes mourir aux portes de l’Europe. Ce bateau est l’Aquarius. Il écrira un livre qui raconte cette aventure : «Tous sont vivants»

C’est encore Frédéric Pommier qui en parle si justement et si simplement. <La revue de presse est de 2017>

« Il s’appelle Klaus Vogel, il a 60 ans, il est Allemand et pendant des années, il a fait le même cauchemar : un homme à la mer à qui il tend la main.

Son regard est empli d’effroi, mais impossible de l’agripper, sa main ne cesse de glisser et il n’est que le premier d’une longue farandole de naufragés désespérés qui tentent de flotter. Puis les plus éloignés disparaissent progressivement. « Je n’ai pas pu attraper le premier, et finalement ils sont tous morts », raconte Klaus Vogel dans les colonnes de SOCIETY.

C’est il y a 25 ans que, pour la première fois, il a fait ce cauchemar-là. A l’époque, il est lieutenant sur un cargo et la veille, son capitaine a refusé de prendre la route qu’il avait tracée – la route pourtant la plus rapide, la route pourtant la plus logique.

Mais non, il n’avait pas voulu, au motif qu’elle passait près des côtes du Vietnam et qu’ils risquaient donc de croiser des boat people en détresse. Klaus a donc obéi, tracé un autre itinéraire. Puis le soir même, il faisait le cauchemar de l’homme à la mer à qui il tend la main.

C’est le cauchemar de la mauvaise conscience

« J’étais prêt à participer à des sauvetages, et l’équipage aussi je crois, et c’est simplement par souci économique qu’on a fait un détour : au moins, on était sûr de ne pas croiser un boat people en difficulté qui nous aurait retardé. Mais, poursuit-il, cette idée de perdre du temps, et donc de l’argent parce que l’on sauve des hommes, du point de vue moral, c’est incompréhensible.
On ne perd pas du temps dès lors qu’on gagne des vies ! »

Lui en a gagné, des vies. Il a sauvé des milliers de vies.

Et c’est pour cette raison que le quinzomadaire dresse son portrait sur trois pages. Décidant de faire le boulot dont l’Europe et les politiques se sont, en somme, lavé les mains, l’ancien responsable de la marine marchande a fondé, il y a deux ans, SOS MEDITERRANEE. Une ONG dont le patrouilleur baptisé L’Aquarius, vient en aide à ceux qui ont eu la malchance de naître du mauvais côté de la mer.

L’Aquarius a déjà récupéré près de 20.000 naufragés au large des côtes libyennes, et depuis ces missions de sauvetage, Klaus Vogel ne fait plus le cauchemar qui l’a hanté durant plus de 30 ans. Plus de cauchemar, mais ce sont les témoignages des rescapés qui l’empêchent désormais de dormir. Il a donc décidé de passer le relais. Il a transmis à d’autres les rennes de l’ONG et de son projet Aquarius. « Pour moi, aller plus loin serait aller trop loin », dit-il.

Et l’on songe alors à cette parole du Coran qui, du reste, est également un proverbe juif : « Celui qui sauve une vie sauve l’humanité entière. »

Libération lui avait également consacré un article le 5 juin 2017 : « Klaus Vogel, cœur en stock » :

« Pas à pas, tenace et organisé, Vogel jette son dévolu sur un patrouilleur de 77 mètres. Depuis un an et demi, Aquarius a accompli 100 opérations de sauvetage et a récupéré 18 000 naufragés. Voici quelques jours, 1 000 personnes se sont hissées à bord, bien au-delà des capacités autorisées. Mais comment faire autrement, quand la flotte marchande se tient prudemment à distance de ces parages où se noie la misère du monde, et que les navires de guerre sont tenus de contenir le flux plutôt que venir au secours de ceux qu’emporte le vent noir de l’histoire immédiate ?

Initiateur de l’ONG SOS Méditerranée, le marin a dirigé les premières campagnes comme maître à bord. Depuis, il est le porte-voix et le glaneur de fonds de l’association.[…]

Pour pouvoir mener à bien une mission dont il ne tire aucun revenu, Vogel a créé une petite boîte de conseil. Il intervient auprès d’une association qui fait du coaching pour demandeurs d’emploi et leur explique comment il a réussi à mettre à flot sa structure maritime. De l’intérêt serpentin qu’il y a à se mordre la queue… Karin, sa femme de toujours, est infirmière. Leurs 4 enfants sont adultes. Récemment, ils ont vendu la grande maison de Göttingen et se sont installés à Berlin. Ils se promettaient des évolutions seniors de préretraités prêts à tout et intéressés par beaucoup. Et puis, SOS Méditerranée a tout bouleversé. Il ne sait trop de quoi demain sera fait. Si la caisse de bord sonne le creux, il pourra toujours retrouver un commandement au long cours. Il aime le large, moins l’éloignement qu’il impose. Et puis, il y a les vagues d’actualité qui se fracassent, et l’urgence en exigence. »

Après avoir perdu son pavillon et avoir été harcelé, immobilisé par les autorités maritimes, la justice italienne a demandé le placement sous séquestre du navire, SOS Méditerranée et ses partenaires ont annoncé en décembre 2018, renoncer à continuer d’utiliser <L’Aquarius>,.


Les Inrocks lui ont également consacré un article : « Un héros de notre temps : Klaus Vogel, capitaine au long cours au secours des migrants »

La question de la migration n’est pas chose simple. Elle ne peut pas être résumé à des tableaux de chiffres qui pour les uns disent qu’il y a peu de migration et que nous n’avons aucune peine à l’intégrer et qui pour les autres prétendent qu’un grand remplacement est en marche.

Mais on ne peut pas laisser mourir des enfants, des femmes et des hommes qui sont en train de se noyer dans la mer.

C’est aux États de réaliser cette mission.

Ils ont renoncé et c’est des femmes et des hommes qui se sont levés pour aller en mer réaliser ce devoir premier de l’humanité : empêcher les humains de mourir.

« Celui qui sauve une vie sauve l’humanité entière »

Le mot du jour se met au repos et au silence pour la trêve estivale. Il reviendra, si tout va bien, dans la seconde moitié du mois de septembre.

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Vendredi 24 mai 2019

« Il faut sauver notre baraque européenne !  »
Edgar Morin.

Edgar Morin a 97 ans. C’était un résistant.

Il est sociologue, philosophe, théoricien de la pensée complexe.

C’est un sage.

Le Point est allé l’interviewer à Montpellier et a publié <cet entretien> le 22/05/2019

A la question : L’Europe est-elle en danger, il répond

«  Je suis tellement pessimiste sur ce sujet, les craintes sont si fortes.
J’espère que ce scrutin ne va pas aggraver le risque, sinon d’une dislocation, du moins d’une fossilisation européenne.
L’Europe est sclérosée. L’Europe est trop bureaucratisée.

L’Europe est sous l’empire des puissances financières. Elle est soumise à des forces centrifuges, les pays de l’Est regardant ailleurs que ceux de l’Ouest.

Elle est menacée par des régimes néo-autoritaires qui se sont déjà installés à ses frontières avec la Turquie et la Russie et à l’intérieur d’elle-même avec la Hongrie.

D’autres pays, dont la France, sont sous cette menace.

Notre Union européenne subit la pression de forces de dissolution. Bien entendu, il subsiste des structures économiques qui font en sorte que beaucoup de pays dépendant de l’économie européenne ne puissent faire sécession. Mais, de toute façon, l’Europe est en danger, et la plus immédiate des menaces qui pèsent sur elle est que son Parlement se retrouve sous le contrôle d’une majorité anti-européenne.

Il n’est plus question désormais de revitalisation, de régénération de l’esprit européen.

Aujourd’hui, il s’agit de sauver la baraque ! Que chacun vote selon sa conscience !

Il fait remonter la crise européenne essentiellement à la guerre de Yougoslavie en 1991. Après la chute des dictatures communistes des pays de l’est, une nouvelle guerre a déchiré les Balkans et donc l’Europe. Et une fois de plus, les européens ont été incapables d’y mettre fin sans que les Etats-Unis n’interviennent comme en 1918, comme en 1945 :

« Mais, pour moi, le ver était dans le fruit, si je puis dire, bien avant : depuis la guerre en Yougoslavie en 1991.

La Yougoslavie était un microcosme de l’Europe. C’était un pays multiculturel en voie d’accomplissement. Sa population slave comptait des Serbes orthodoxes, des Croates catholiques, des Bosniaques en partie musulmans et une minorité juive.

Mais la crise du communisme a laissé se propager les nationalismes croates et serbes, lesquels ont provoqué une guerre fratricide épouvantable.

L’Allemagne a soutenu en sous-main les Croates, Mitterrand, très maladroitement, les Serbes, les Bosniaques ont été abandonnés.

Qui a arrêté la guerre ? Les Américains.

De la même manière que, plus tard, ils interviendront pour régler la question du Kosovo. Dès cette époque-là, l’Europe a fait preuve d’impuissance politique diplomatique et militaire. La cohésion des nations a eu pour stimulant le danger d’un ennemi extérieur. L’Europe a trouvé son ennemi à l’intérieur d’elle-même. Il n’y a pas eu d’organisme européen, seulement un squelette auquel il manque la chair.

La tragédie est que l’Europe aura de plus en plus un destin commun dans un monde dominé par d’énormes puissances, mais qu’elle est de moins en moins capable de l’assumer. »

Nous sommes vraiment au centre d’une tragédie.

Les Etats comme la France, mais aussi l’Allemagne n’ont plus l’envergure pour maîtriser leurs destins. D’une part le monde de demain appartient aux empires, c’est-à-dire aux entités humaines qui se déploient sur de grands espaces, avec une population importante et un pouvoir fédérateur ou même pour la Chine un pouvoir central fort. En face de ces puissances, seule une Europe parlant d’une voix homogène et décidée peut s’imposer et rester maître de son destin.

Et de manière encore plus essentielle, le défi climatique, le défi du vivant et de la biodiversité, le défi de l’énergie et des ressources ne peuvent être raisonnablement maîtrisés qu’à l’échelle de l’Union européenne.

Mais nous sommes si loin du but, tellement occupé par nos querelles intestines qu’il apparaît que nous passions à côté de l’essentiel.

Edgar Morin est, je crois comme nous tous, désabusé par le vide de la campagne européenne.

« Je ne suis pas certain que l’on puisse parler de campagne. J’observe tous ces jeux avec une certaine inquiétude. Et ce qui aggrave mon inquiétude est que l’impasse européenne actuelle n’est qu’un aspect d’une crise plus globale, planétaire. Il est dommage que nous n’ayons pas réussi à créer un modèle qui, tout en sauvegardant les nations, parvienne à les confédérer, voire à les fédérer.

[La multiplication des listes] est un aspect d’une décomposition de la pensée politique plus générale. Nous avons perdu l’idée d’une nouvelle voie politique qui aurait permis à l’Europe de surmonter sa crise et de mettre en place un modèle créatif. La pluralité de toutes ces listes montre que, faute d’une pensée commune qui relie, les candidats se dispersent sur des questions de clans et de personnes.  »

Comme souvent au cours de ces dernières années, Edgar Morin fait appel à la célèbre phrase de Hölderlin qu’il aime répéter :

« Mais, comme le dit le poète et philosophe allemand Friedrich Hölderlin, « là où croît le péril croît aussi ce qui sauve ». Peut-être qu’au bord de l’abîme il y aura un sursaut, je n’en sais rien, j’ai peur que non. Mais c’est là le seul espoir qu’il nous reste à nous, Européens désabusés. »

En Europe, entre les nations comme au niveau de notre quotidien, je suis persuadé que la solution ne pourra pas venir principalement de l’esprit de compétition, mais de notre capacité à coopérer, à réaliser des choses ensembles non pour des destins individualistes mais pour des objectifs qui nous dépassent, sont plus grands et plus importants que nos egos.

Et bien sûr, malgré la vacuité de la campagne, il faut aller voter ce dimanche.

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Jeudi 23 mai 2019

« Les européennes»
Élections auxquelles nous sommes appelés dimanche prochain

Hier soir, je n’avais pas de mot du jour pour ce jeudi et j’ai commis l’erreur de vouloir regarder le débat des européennes sur la 2.

Je crois que ce chat, au moment de la photo, était en train de regarder quelque chose d’analogue.

En tout cas, ce débat ne m’a donné aucune inspiration d’un mot du jour.

Alors je me retourne vers un article des Echos : « tout savoir sur le scrutin en 7 points »

On apprend que  400 millions d’électeurs sont appelés aux urnes, et c’est ainsi la deuxième plus grande élection au monde après l’Inde en nombre d’électeurs.

On parle bien sûr des démocraties, la Chine ne joue pas dans cette cour.

Ce scrutin est le neuvième de l’Histoire de l’Union européenne.

Dans tous les pays, les eurodéputés sont élus à la proportionnelle sur un scrutin de liste.

Dans beaucoup de pays c’est la règle pour les principales élections. Mais pas en France où nous connaissons surtout le scrutin majoritaire à 2 tours. Ni en Grande Bretagne où le scrutin majoritaire à 1 tour constitue la règle.

Ce qui signifie donc que nous français sommes assez mal préparés à ce type de scrutin.

Nous avons un système que j’ai déjà décrit au moment des dernières élections présidentielles, qui par la combinaison de trois éléments : le scrutin majoritaire à 2 tours, l’omnipotence du président de la république et l’ordre des élections, c’est-à-dire d’abord l’élection présidentielle puis l’élection législative réalise ce tour de passe-passe qu’un parti qui représente 24% des voix peut obtenir un pouvoir majoritaire qui n’a besoin de tenir nul compte des 76 % du reste du pays.

Ce n’est absolument pas envisageable dans le cadre d’un scrutin proportionnel qui oblige à des alliances et à des compromis avec d’autres partis.

C’est pourquoi la notion de « vote utile » (pour éviter un second tour dont on ne veut pas) ou la compétition pour savoir quelle est la liste qui arrive en tête, alors que les deux premières listes selon les derniers sondages devraient obtenir à une unité près le même nombre de députés, n’a pas beaucoup de sens.

Il pourrait cependant être question de vote utile si l’on considère que le vote devient inutile s’il n’y a pas de doute qu’aucun parlementaire ne sera élu sur la liste sur laquelle il s’est porté. Ainsi en France, il faut 5% des votes exprimés pour avoir des parlementaires.

Le journal des Echos publie une carte qui montre que si la France n’est pas la seule à donner ce seuil d’autres pays ont des seuils plus faibles. Et l’Allemagne, le Danemark, les Pays-bas, l’Espagne et le Portugal ne disposent d’aucun seuil.


En France, nous voterons le dimanche 26 mai, comme 20 autres pays.

Mais certains peuples voteront avant, les Pays bas et le Royaume Uni commenceront aujourd’hui le jeudi 23 mai. Le 24 mai viendront le tour de la République Tchèque et de l’Irlande. Le 25 mai ce sera la Slovaquie et quelques autres.

On apprend aussi que seule l’Estonie permet de voter en ligne.

Parmi les autres informations que m’a apportées cet article j’ai appris que si la France et quatorze autres pays permettent à des candidats ayant 18 ans à se présenter, il faut avoir 25 ans en Grèce et en Italie.

Le Parlement compte aujourd’hui 751 sièges, qui ont été répartis selon un principe de proportionnalité dégressive, selon la population des pays. Mais les plus petits pays ont été favorisés afin de ne pas être représentés par moins de 6 élus.

« Le Brexit, lorsqu’il aura lieu (s’il a bien lieu), va modifier cette répartition. Exit les 73 sièges alloués au Royaume-Uni : 27 d’entre eux seront redistribués à 14 pays pour refléter des changements démographiques. Les 46 autres sièges seront gardés en réserve en cas d’intégration de nouveaux pays dans l’UE.

Et en attendant le Brexit, ces 27 sièges redistribués seront donc alloués à des députés… en suspens . Ces derniers seront bien élus mais ils ne pourront occuper leur siège que lors du départ de leur prédécesseur britannique. »

Le plus important reste cependant que pour agir au Parlement européen il faut appartenir à un groupe politique. . Pour former un groupe, il faut compter au moins 25 membres, qui ont été élus dans au minimum sept pays. C’est ce qui a longtemps posé problème au Front National qui a su coaliser 25 membres pour un groupe mais pas dans 7 pays.

Depuis longtemps c’est la coalition du Parti populaire européen (PPE), de droite, et du Parti Socialiste européen (PSE) de gauche qui a dirigé le parlement.

Le PPE est le lieu d’accueil du CDU-CSU allemand et des RPR, UMP, les républicains français, mais non des conservateurs anglais. Le PSE dont le nom de groupe est « Alliance progressistes et démocrates » accueille le PS français, le SPD allemand et les autres partis socialistes européens.

Un autre schéma publié par les Echos présente le Parlement actuel.


A priori les élus macronistes auraient l’intention de siéger avec l’Alliance démocrates et libéraux.

On constate tout de suite la modestie du positionnement.

Cela n’a rien à voir avec la 5ème République.

On constate ainsi mieux pourquoi le fait de savoir qui de LREM ou de RN recueille 1 % de plus que l’autre est dérisoire. Ce n’est pas ainsi que la France pourra influer sur le Parlement européen.

Le Point a publié un article : <Pourquoi la France a déjà perdu les européennes>

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Jeudi 18 avril 2019

« Le couple franco-allemand au bord du divorce »
Jean Quatremer

Emmanuel Macron a beaucoup de contrariétés ces derniers temps.

Une révolte provenant de la profondeur de la France, en dehors des métropoles insérées dans la mondialisation, conteste sa politique et sa vision économique du monde.

Au moment où il entend donner son discours à la France pour répondre à cette révolte, Notre Dame s’embrase et l’oblige à changer de discours.

Sur le plan international, rien ne va non plus comme il l’espérait. Malgré tous ses efforts de calinothérapie avec Donald Trump, ce dernier n’a en rien infléchi sa politique ni ses décisions vers des choix souhaités par notre président.

Mais sa plus grande déception, vient de l’Allemagne. Il espérait le soutien de l’Allemagne après avoir lancé une politique de réforme du marché du travail dans le sens voulu par l’Allemagne, après avoir courtisé Angela Merkel ; toutes ses propositions ont été systématiquement ignorés par nos voisin d’outre Rhin.

Celui que beaucoup d’hommes de gauche aiment traiter d’europhile béat ce qu’il conteste : « Jean Quatremer : “Il faut arrêter d’être euro-béat ! », le correspondant de Libération à Bruxelles, Jean Quatremer pense que le divorce entre les responsables des deux pays est proche.

Jean Quatremer a en effet publié, le 14 avril, un article dans libération avec ce titre : « Le couple franco-allemand au bord du divorce »

Il explique notamment

« La fiction du «couple» franco-allemand a volé en éclats lors du sommet spécial Brexit, mercredi et jeudi. S’il y a souvent eu de profonds désaccords entre les deux rives du Rhin, c’est la première fois qu’Angela Merkel l’a affiché publiquement et sans précautions diplomatiques excessives. La chancelière a jugé «incompréhensible» le «raisonnement» d’Emmanuel Macron défavorable à une extension trop longue du délai avant un Brexit définitif, alors qu’elle était prête à donner un an de plus à Theresa May pour lui donner le temps d’essayer de faire adopter l’accord de divorce conclu avec l’Union. »

Jean Quatremer est résolument du côté de notre président et ironise sur les positions allemandes:

« Le «raisonnement» du chef de l’Etat français est pourtant simple : l’Union, confrontée à d’autres défis, ne peut se permettre d’être prise en otage par une classe politique britannique incapable de mettre en œuvre la décision d’un référendum qu’il a lui-même provoqué… Finalement, un compromis a été trouvé – prolongation jusqu’au 31 octobre –, mais le gouvernement allemand n’a pas caché sa colère face à la résistance d’un partenaire d’habitude plus docile. Norbert Röttgen, le président (CDU) de la commission des affaires étrangères, n’a pas hésité à accuser Macron, dans un tweet vengeur, de «donner la priorité à ses intérêts de politique intérieure sur l’unité européenne». Car il est bien connu que Berlin n’a jamais aucune arrière-pensée de politique intérieure, comme l’a si bien démontré la crise grecque gérée de façon brutale pour ne pas effrayer les électeurs allemands… »

Jean Quatremer accuse les médias français de donner une vision biaisée de la France qui serait isolée alors qu’elle dispose de soutien. En outre le désaccord n’est pas seulement sur la stratégie à l’égard de la Grande Bretagne mais aussi sur les discussions concernant les relations commerciales avec les Etats-Unis. La France pense que l’Allemagne pour amadouer Trump sur les importations de voiture américaine, entend brader l’agriculture européenne et particulièrement française pour ouvrir la porte à une importation plus massive de produits américains.

« Curieusement, les médias français ont souligné l’isolement de Paris – qui était pourtant soutenu par la Belgique, le Luxembourg, l’Espagne, Malte, mais aussi, en second rang, par l’Autriche et le Danemark –, l’accusant presque de ne pas avoir joué collectif en refusant de s’aligner sur Berlin. «Il est incroyable que l’on nous présente comme des empêcheurs de tourner en rond alors qu’on a été les empêcheurs de sombrer en rond face à la mollesse collective», se récrie-t-on à l’Elysée. Une position que Macron s’apprête à assumer ce lundi en votant contre l’ouverture de négociations commerciales avec les Etats-Unis, là aussi initiée sous la pression de l’Allemagne, qui craint que Donald Trump ne taxe ses importations automobiles. […]

Emmanuel Macron semble avoir fait son deuil de la relation franco-allemande après y avoir longtemps cru. Il a pris conscience que les démocrates-chrétiens de la CDU-CSU, mais aussi les sociaux-démocrates, défendent avant tout les intérêts allemands travestis en intérêts européens, comme on l’analyse désormais en France. Depuis un an et demi, le chef de l’Etat n’a cessé de recevoir des rebuffades sur quasiment tous ses projets (création d’un budget de la zone euro, d’un Parlement de la zone euro, d’une taxe sur les géants du numérique, d’une Europe de la défense, etc.). »

Cela devient un drame shakespearien. Sans l’Europe, la France ne représente plus grand chose sur le marché économique mondial. L’Union européenne n’est forte que si les allemands et les français parviennent à s’entendre et à s’accorder. Mais l’Allemagne et la France ont des intérêts de plus en plus divergents.

<1227>

Mardi 12 mars 2019

« Citoyens d’Europe »
Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a écrit une lettre à tous les membres de l’Union européenne qu’il a commencée par cette invite : « Citoyens d’Europe », ce qui peut surprendre car il n’existe pas de citoyens d’Europe parce qu’il n’existe pas de nation européenne. On est citoyen d’un État national.

J’ai écouté plusieurs émissions sur ce sujet

D’abord « Du grain à moudre » du 8 mars 2019 : <L’Europe a-t-elle besoin d’Emmanuel Macron ?>

Puis le nouvel esprit public de France Culture de ce dimanche du 10 mars, animé par Emilie Aubry mais qui a gardé pour nom « L’Esprit Public » : <Macron, Superman de l’Europe ?>

Et enfin, l’ancien esprit public animé par Philippe Meyer qui se trouve désormais sur internet et qui s’appelle « Le nouvel esprit public » : <Macron, l’Europe au pied de la lettre ?>

Philippe Meyer a introduit le sujet de la manière suivante :

« Lundi 4 mars, Emmanuel Macron a fait paraitre dans les médias des 28 États membres de l’UE une tribune intitulée « Pour une Renaissance européenne ». Il y met en avant des propositions ordonnées en trois thèmes : « la liberté, la protection et le progrès ». Le chef de l’État veut « remettre à plat » l’espace Schengen avec la création d’une authentique police des frontières communes et un office européen de l’asile. En matière économique, il souhaite une redéfinition de la politique de concurrence avec en corollaire l’affirmation d’une « préférence européenne ».

Emmanuel Macron propose par ailleurs la création d’une banque européenne du climat pour financer la transition écologique ainsi qu’une Agence européenne de protection des démocraties contre les ingérences étrangères notamment en ce qui concerne les élections. En France, ces propositions ont suscité une fracture à droite de l’échiquier politique.

[…] En Europe, le volontarisme du président français est applaudi mais des réserves s’expriment quant à l’hypothèse de réformer l’espace Schengen. Les Premiers ministres belge, slovaque ou finlandais, qui ont salué le texte de M. Macron, se sont gardés de s’exprimer sur ce point. En Allemagne, des responsables de la CDU, du SPD et des Verts ont appelé le gouvernement à répondre aux propositions d’Emmanuel Macron. Le gouvernement hongrois a, quant à lui, fait part de son scepticisme tandis qu’en Italie c’est par le silence qu’ont régi les actuels dirigeants du pays. Une stratégie qu’ils avaient déjà employé la veille de la publication de la tribune, lorsqu’Emmanuel Macron avait accordé une interview à la chaine de télévision italienne « Rai Uno ».

Plus intéressant est la réponse à ce texte de la nouvelle patronne de la CDU allemande, Annegre Kramp-Karrenbauer rebaptisée AKK. Vous en trouverez la traduction <ICI>.

C’est globalement plutôt une fin de non-recevoir.

Aujourd’hui je n’écrirai pas grand-chose et je vous renvoie vers les émissions indiquées ci-dessus, mais je vais laisser parler les cartes, et notamment la carte politique mondiale dont nous avions l’habitude dans les salles de classe que nous avons fréquenté jadis.

Cette carte « classique » pose d’ailleurs des problèmes de taille relative à cause de la projection MERCATOR que je n’expliquerais pas aujourd’hui, mais vous pourrez lire quelques critiques sur cette carte que nous utilisons habituellement.

Juste pour vous donner un exemple de distorsion : le Groenland a en réalité une superficie de 2,166 millions de km2, elle est ainsi plus petite que la République démocratique du Congo 2,335 millions de km2 qui a la caractéristique de se trouver au centre du planisphère. Il apparaît clairement que sur cette carte « classique » les proportions ne sont absolument pas respectées pour ces deux états.

Mais que voit-on à la seule lecture de cette carte ?

Une Europe morcelée façon puzzle, en face de géants comme les États-Unis, la Chine, l’Inde, la Russie, le Brésil, le Canada.

Et si on s’intéresse à la démographie la situation est pire, l’ensemble des pays européens pèse de moins en moins dans le monde. L’Europe pesait en 1900, 20%, elle pèse aujourd’hui moins de 10% de la population mondiale.

Et la vraie carte du monde est celle qui montre la Chine, l’Empire du milieu, au centre. Le monde s’organise autour de l’Océan Pacifique, L’Europe se trouve morcelée et à la marge.


Notre Président, s’y prend peut être mal, mais il a raison de s’adresser aux « citoyens de l’Europe », soit nous arrivons à nous unir et alors nous pourrons peser dans le monde, engager, par rapport au défi climatique, des politiques significatives et ne pas subir la puissance économique des autres géants de la planète, soit nous n’y arrivons pas et nous serons une petite chose qui ne comptera guère et qui sera renvoyé aux marges de l’Histoire en train de se faire.

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Lundi 4 mars 2019

« La causalité diabolique »
Léon Poliakov

J’avais pensé clore cette série sur l’antisémitisme en parlant de l’État d’Israël, de sa création, de ses relations avec ses voisins, avec les palestiniens, l’Occident, les Etats-Unis, l’Allemagne, la Grande Bretagne, la France et de sa politique actuelle. Mais je ne suis pas encore prêt à écrire sur ce sujet.

Je vais donc finir cette série par un livre, un livre de Léon Poliakov.

J’avais lu son remarquable « Bréviaire de la Haine » qui portait pour sous-titre « Le 3ème Reich et les juifs ».

C’est Jean-Louis Bourlanges qui, dans le « Nouvel Esprit Public» de Philippe Meyer qu’il est possible d’écouter en podcast, a parlé de cet autre ouvrage de Poliakov : « La causalité diabolique »

Léon Poliakov est né en 1910 dans une famille de la bourgeoisie juive russe, à Saint Pétersbourg. Son père, propriétaire d’une maison d’édition, a nommé son fils en hommage à Léon Tolstoï, mort quelques jours avant sa naissance. En 1920, la famille émigre en France pour fuir la révolution bolchévique ; le père y fonde une nouvelle maison d’édition qui prospère.

Pendant la seconde guerre mondiale, Léon Poliakov s’engagera dans l’armée française avant de s’engager dans la résistance.

En 1943, il participe à la fondation du « Centre de documentation juive contemporaine » qui se voue à recueillir les preuves documentaires de la Shoah. Il réussit à prendre possession des archives du Commissariat général aux questions juives, des archives de l’ambassade d’Allemagne à Paris, de l’état-major, et surtout du service anti-juif de la Gestapo, ce qui lui vaut, après la victoire alliée, d’assister en tant qu’expert Edgar Faure, le chef de la délégation française au Procès de Nuremberg.

Il est naturalisé français en 1947 et publie en 1951 « le Bréviaire de la haine », dans la collection de Raymond Aron, livre qui sera la première grande étude consacrée à la politique d’extermination des Juifs menée par les nazis.

Il devient par la suite un spécialiste de l’Histoire de l’antisémitisme à laquelle il consacrera la plus grande partie de ses études.

Il meurt en 1997.

Ces précisions biographiques sont issues de Wikipedia.

Le livre « La causalité diabolique » est paru en deux tomes aux éditions Calmann-Lévy, le premier en 1980, le second en 1985. Il est aujourd’hui réédité en seul volume.

Le premier plonge dans les racines du phénomène du bouc émissaire, il a pour sous-titre « Essai sur l’origine des persécutions ». Poliakov étudie bien sûr le destin des juifs dans leur rôle de bouc émissaire dans l’histoire de l’Europe, en tant que fauteurs d’épidémies, de guerres, de révolutions et autres désastres. Mais il étudie aussi d’autres groupes persécutés : Les jésuites et la papauté pendant la Révolution anglaise, la cour et les aristocrates, les francs-maçons et les philosophes lors de la Révolution française.

Le second est consacré à la patrie de ses origines : La Russie du joug mongol à la victoire de Lénine. Il remonte aux origines de l’histoire russe, marquée par une rupture entre le peuple et le pouvoir civil et religieux, et analyse la manière dont cette coupure a pu favoriser au cours des siècles l’idée que le « complot » expliquait tous les conflits. Cette idée connaît son apogée avec d’une part le « complot impérialiste » dénoncé par Lénine et, d’autre part, la « conspiration juive », responsable aux yeux des Blancs de la victoire bolchevique.

L’émission du Nouvel Esprit public évoquée précédemment était celle du 24 février. Elle traitait de deux sujets dont l’un était : <Face à la haine antisémite>

Et selon Jean-Louis Bourlanges, la mondialisation réactive la thèse de Poliakov sur la causalité diabolique : comme on ne comprend rien à ce qui nous arrive, qu’on ne voit pas de responsables, on prend un bouc émissaire. Et les Juifs, à cause du fantasme sur l’argent, du caractère transnational lié à la diaspora, font un bouc émissaire idéal. C’est là que se trouve un lien entre l’antisémitisme traditionnel, qu’on croyait éteint, et quelque chose de plus diffus dont l’extrémisme est l’antisémitisme de l’ultra-islamisme.

Léon Poliakov au début de son ouvrage explique :

« La croyance dans l’action des démons se trouve à la racine de notre concept de causalité. »

Tout récemment le Pape pour expliquer la pédophilie dans l’Eglise Catholique a d’ailleurs évoqué le rôle de Satan, preuve que l’action des démons est encore une réalité pour certains.

Vous pouvez lire la préface de Pierre-André Taguieff à la dernière édition <derrière ce lien> :

« Historien certes, mais aussi anthropologue, et psychologue, et politologue, cet esprit toujours en éveil cherchait dans tout l’espace des sciences sociales et chez les philosophes de quoi éclairer ses recherches et nourrir ses réflexions sur cette « animosité haineuse » à l’égard des Juifs.

[…] Léon Poliakov fut un savant modeste et un penseur exigeant. Un maître aussi, un initiateur, un incitateur, un éveilleur. Avec un intarissable humour, et une ironie légère, qu’il pratiquait d’abord envers lui-même. Cet érudit aux intuitions fortes se montrait soucieux de rester lisible alors même qu’il s’engageait dans des analyses subtiles. […]

Avec la publication, en 1980, du premier tome de La Causalité diabolique, Poliakov s’engage dans un champ de recherches dont l’objet principal est l’étude historique des mythes politiques modernes (parmi lesquels celui du « complot mondial » retient particulièrement son attention), tout en s’interrogeant en anthropologue et en psychologue, voire en philosophe, sur les fondements et les fonctions des croyances aux complots sataniques, croyances dont l’efficacité symbolique est attestée notamment par les dictatures totalitaires du XXe siècle. […]

Pour l’essentiel, ce que Poliakov appelle l’antisémitisme ou, d’une façon moins inappropriée, la judéophobie, renvoyant par là à « toutes les formes d’hostilité envers le groupe minoritaire des Juifs, à travers l’histoire », se réduit à une haine, la haine antijuive. Mais cette haine aux multiples figures ne se réduit pas elle-même aux affects irrationnels d’une passion, d’une quelconque passion négative, d’une « passion malsaine » à laquelle on opposerait paresseusement « la raison », elle se nourrit de représentations, elle est structurée par des mécanismes spécifiques, elle a des conditions historiques et culturelles d’existence (de virtualisation comme d’actualisation), elle paraît être nourrie par des abstractions et régie par des « raisons ».

Raymond Aron a excellemment soulevé la question : « Le phénomène décisif ce sont les haines abstraites, les haines de quelque chose que l’on ne connaît pas et sur quoi on projette toutes les réserves de haine que les hommes semblent porter au fond d’eux-mêmes.»

Les Juifs sont haïs non pas pour ce qu’ils font, ni même pour ce qu’ils sont réellement dans leur diversité, mais pour ce que les judéophobes croient qu’ils sont. Les Juifs sont essentialisés, réinventés comme les représentants d’une entité mythique, à travers un discours judéophobe qui se caractérise par sa longue durée et sa haute intensité. La logique de la haine antijuive est celle de la diabolisation du Juif qui, précise Poliakov, « n’apparaît qu’avec le christianisme », et qu’on « voit poindre dans l’Évangile selon Jean ». Mais les représentations diabolisantes ne sont pas restées confinées dans l’espace théologico-religieux, elles sont entrées en syncrétisme avec les évidences premières du racisme, invention de l’Europe moderne.

C’est pourquoi le discours antijuif porté par une haine idéologisée a semblé même dériver, dans le monde moderne où règne un rationalisme suspicieux, de « la Raison » traitée comme une idole. Les admirateurs inconditionnels de la « philosophie des Lumières », s’ils prennent la peine de lire le troisième tome (« De Voltaire à Wagner ») de l’Histoire de l’antisémitisme, paru en 1968, ne peuvent que nuancer leurs jugements sur des penseurs comme Voltaire ou le baron d’Holbach, qui ont reformulé l’antijudaïsme dans le code culturel « progressiste » de la lutte contre les préjugés et les superstitions […]

Poliakov insistait pédagogiquement sur la distinction analytique entre bestialisation et diabolisation. Si, dans l’Évangile de Jean et l’Apocalypse, les Juifs sont « explicitement “satanisés” », le racisme « ne se développe qu’au début des temps modernes dans la foulée des grandes découvertes et il correspond surtout à une bestialisation ». Les catégorisations négatives de l’altérité oscillent entre l’infériorisation de l’autre qui, animalisé ou bestialisé, devient objet de mépris ou de répulsion (sauvages, barbares, « non évolués », étrangers, « monstres », femmes, etc.), et la démonisation terrifiante de l’autre par son assimilation au diable ou à un démon, objet de crainte et de haine, avec lequel se construit la figure de l’ennemi absolu, contre lequel tout est permis, y compris l’extermination. […]

Poliakov soutient la thèse que, dans la modernité, le destin de la haine antijuive est lié, d’une part, au développement de la science, avec son inévitable rejeton, le « scientisme », puissant mode de légitimation de toute « mise à l’écart » des populations jugées « indésirables », et, d’autre part, à certaines « idées généreuses » qui ont mal tourné, liées au « progressisme » politique, comme en témoigne un certain « antiracisme » contemporain, par lequel se légitime l’antisionisme radical ou absolu, celui qui prône la destruction d’Israël comme « État raciste » tout en procès, de ranimer de sourdes animosités, si même le rappel des torts causés aux Juifs ne contribue pas à entretenir un climat qui un jour pourrait faire surgir, ce qu’à Dieu ne plaise, des menaces nouvelles ?»

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Lundi 17 décembre 2018

« Strasbourg »
Une ville chère à mon cœur et à celui d’Annie, une ville aujourd’hui meurtrie

Strasbourg est une de ces villes qui a une âme. Je l’ai rencontrée au sortir du bac pour commencer mes études supérieures dans cette grande ville de l’est de la France.

Mes études dans les classes préparatoires aux grandes écoles au Lycée Kléber, se sont mal passées et ont fini par un échec.

Mais j’ai toujours continué à aimer cette ville.

Annie est venue aussi faire des études à Strasbourg, un an avant et elles se sont terminées, après mon départ, par un succès.

Chaque fois que nous y retournons, nous sommes heureux, émus et émerveillés par la beauté de cette ville.

Les Romains sont arrivés en Alsace en 58 av. J.-C. C’est sous la direction de Jules César que les romains sont intervenus en Gaule, à partir de cette date en 58 avant JC.

Cette intervention qui sera couronnée par la bataille décisive de la guerre des Gaules en 52 av. JC, le siège d’Alésia qui voit la défaite d’une coalition de peuples gaulois menée par Vercingétorix face à l’armée romaine de Jules César..

Finalement Wikipédia, nous apprend que le frère de Tibère, deuxième empereur romain après Auguste le fils adoptif de César, Nero Claudius Drusus fait construire sur le site de Strasbourg en 12 avant JC sur l’emplacement d’une forteresse gauloise, une ville qui s’appellera Argentoratum.

En l’appelant ainsi les romains n’ont fait que latiniser le nom celte de la forteresse gauloise Argentorate.

Rappelons que Strasbourg se trouve sur la rive gauche du Rhin, fleuve qui a souvent joué le rôle de frontière.

Lors de l’expansion de l’empire romain qui s’est étendu à la Germanie au IIe et IIIe siècles, Argentoratum va servir de base de repli pour les troupes romaines installées en Germanie. Mais en 260, les légions quittent définitivement la Germanie et Strasbourg redevient une ville frontière.

Et en 355, la ville est saccagée par des germains qui ont pour nom les « Alamans ».

Et il faut savoir que le nom français donné au pays voisin : « Allemagne » vient du latin « Alemannia » qui signifie le pays des Alamans.

Mais la réalité de nos voisins est complexe puisqu’en allemand ce pays est appelé Deutschland, en anglais Germany et en polonais Niemcy.

Une autre tribu germaine, « les Teutons » est aussi utilisée, en particulier en italien où « tedesco » signifie « allemand ».

Strasbourg va avoir un destin compliqué entre l’Allemagne et la France.

Mais avant cette dispute, ce sont les Huns d’Attila qui vont complétement détruire la ville en 451.

C’est un autre peuple germain « Les francs », qui je le rappelle sont autant nos ancêtres que les gaulois, qui au début du VIe siècle vont reconstruire la ville, sous le nom de Stratae burgus (le bourg de la route). Et Stratae burgus va devenir Strasbourg.

Le christianisme va bien sûr jouer un rôle considérable dans le développement de la ville. Comme pour Lyon, la ville sera essentiellement gouverné par la puissance épiscopale. Wikipedia nous apprend que sous l’impulsion de l’évêque Arbogast de Strasbourg, une première cathédrale et un couvent sont édifiés dès le VIème siècle.

Par la suite vous savez que Charlemagne va tenter de recréer un empire chrétien. Il sera couronné empereur par le Pape en l’an 800. Charlemagne qui est un empereur français comme nous l’apprennent les livres d’Histoire de France. Mais les livres d’Histoire

allemande le désignent comme un empereur germanique donc allemand. Pour départager les deux, il faut se rappeler que la capitale de Charlemagne est Aachen, ville allemande, même si les livres d’Histoire français continuent à la désigner sous le nom d’Aix la Chapelle.

Ceci est très important pour Strasbourg puisque après que le fils de Charlemagne Louis le Pieux lui ait succédé sur le trône de l’Empire, les trois petits fils vont se partager l’empire.

Et c’est alors qu’eut lieu le « Serment de Strasbourg » le jour de la Saint Valentin, le 14 février 842. L’aîné des 3 frères Lothaire avait l’ambition de jouer un rôle primordial dans la succession de son père. Mais les deux autres frères n’étaient pas d’accord et c’est par le serment de Strasbourg qu’une alliance militaire est signée entre Charles le Chauve et Louis le Germanique, contre leur frère aîné, Lothaire Ier.

Ce serment est fondamental à plusieurs titres.

Le premier c’est que la Lotharingie qui occupait une place centrale va être absorbée par les ces deux voisins à l’ouest va émerger la France et à l’est les pays allemands.

Le second c’est que Louis le Germanique prononce son serment en langue romane pour être compris des soldats de Charles le Chauve, et Charles le Chauve récite le sien en langue tudesque pour qu’il soit entendu des soldats de Louis.

Le texte en roman des Serments a une portée philologique et symbolique essentielle, puisqu’il constitue, pour ainsi dire, « l’acte de naissance de la langue française ».

Jusqu’alors ce type de texte était rédigé en latin.

Mais il est important de savoir qu’en 1493, Strasbourg est proclamée ville libre impériale par Charles IV. Ce qui en fait indiscutablement une ville allemande.

Strasbourg qui sera d’ailleurs un centre important de la réforme initiée par Martin Luther.

Mais comme je l’avais écrit lors des mots du jour sur Luther, avant la réforme il fallut inventer l’imprimerie, pour imprimer des livres et d’abord la bible en langue comprise par tous.

Cette invention est le fait Johannes Gutenberg qui est né à Mayence mais qui s’est installé à Strasbourg en 1434 et Strasbourg va devenir un des plus grands centre d’imprimerie d’Europe.

Cependant Wikipedia précise que :

« Gutenberg est retourné à Mayence entre 1444 et 1448 ce qui fait qu’on ignore exactement où a été finalisée cette invention majeure. Toujours est-il que Strasbourg devient très vite un des grands centres de l’imprimerie, puisque dès la fin du XVe siècle la ville compte une dizaine d’ateliers d’imprimerie, notamment la prestigieuse officine des Grüninger. De fait, Strasbourg va attirer nombre d’intellectuels et d’artistes. Sculpteurs, architectes, orfèvres, peintres, horlogers, la ville excelle dans de nombreux domaines. Strasbourg était une ville très influente d’où son statut très spécial et unique de « ville libre » elle produisait sa propre monnaie avec un commerce développé et grâce à sa situation géographique pouvait exporter et importer des produits. »

Une des principales places de Strasbourg a d’ailleurs été nommée du nom de l’inventeur de l’imprimerie.

Dans la suite Strasbourg va devenir un centre de la réforme puisque dès 1519, les thèses de Martin Luther seront affichées aux portes de la cathédrale et les dirigeants de la ville, notamment Jacques Sturm, sont favorables à ce changement. La ville adopte la Réforme en 1525 et devient protestante en 1532 avec l’adhésion à la confession d’Augsbourg.

Mais il va s’en suivre une période de grands conflits religieux qui va notamment donner lieu à la terrible guerre de trente ans. Guerre qui va s’achever par les paix de Westphalie signés le 24 octobre 1648

Ces traités vont conduire qu’une partie de l’Alsace sera rattachée à la France, mais Strasbourg demeure ville libre impériale.

La ville est sortie épargnée par la guerre mais est affaiblie, et l’empire germanique vaincu ne peut lui apporter d’aide.

Et c’est ainsi que le 28 septembre 1681, la ville est assiégée par une armée commandée par Louis XIV. La ville se rend deux jours plus tard et sera rattachée au royaume de France avec l’Alsace tout entière.

Strasbourg redevient ville frontière et abrite environ 6 000 soldats français, basés pour la plupart à la citadelle de Vauban dont les travaux ont débuté dès 1682 et dont on voit toujours les traces dans la ville actuelle.

En 1704, un prince de la famille Rohan devient évêque de la ville. La famille conservera le pouvoir épiscopal jusqu’en 1790 et fera construire le fameux palais des Rohan situé tout près de la cathédrale, sur les rives de l’Ill.

Durant toute cette période, même si le catholicisme va se développer, la ville reste majoritairement protestante.

Une autre institution fondamentale de Strasbourg sera son Université. Strasbourg aura été et reste un immense centre universitaire international.

Et un des plus célèbres étudiants de cette université sera Goethe.

Après la guerre 14-18 et le retour de Strasbourg en France, l’Université de Strasbourg fera l’objet de toutes les attentions du gouvernement français qui y enverra ses plus grands professeurs. Il faut savoir que c’est à Strasbourg en 1929 que fut créée la prestigieuse revue historique « les Annales » par ses deux fondateurs Marc Bloch et Lucien Febvre, tous deux professeurs à l’Université de Strasbourg. Revue qui donnera naissance au courant appelé l’école des Annales.

L’Histoire plus récente de Strasbourg est connue comme son rôle de ville du Parlement de l’Union européenne et du siège du Conseil de l’Europe.

Mais il faut rappeler que lors de la période révolutionnaire, la population strasbourgeoise se soulève. Le 21 juillet 1789, l’hôtel de ville est saccagé. Et c’est le 26 avril 1792 que Rouget de l’Isle compose à la demande du maire de Strasbourg, un chant pour l’armée du Rhin sans se douter qu’il deviendra un symbole de la Révolution française en devenant La Marseillaise.
La Marseillaise fut créée à Strasbourg.

Après avoir accueilli le serment de Strasbourg qui est historiquement le premier document officiel en langue française, avoir été le lieu de la création de l’hymne national montre combien la ville de Strasbourg est importante pour la France, elle qui fut si longuement disputée par les deux entités issues de la dislocation de l’empire de Charlemagne.

Beaucoup des précisions historiques de ce mot du jour sont issues de Wikipedia.

Les photos qui agrémentent ce mot du jour ont toutes été réalisées par mes soins lors de notre visite à Strasbourg en avril 2018.


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Mardi 11 décembre 2018

« Ce n’est pas seulement une question de fiscalité et d’économie qui se pose, c’est de notre système démocratique dont il est question. De la défense de notre modèle social, de la préservation de l’ensemble de notre tissu industriel. »
Bernard Benhamou

J’ai écouté notre jeune président…

Et il me semble qu’après l’avoir entendu, il n’y a que ce chat qui a une attitude raisonnable.

Il faudrait quand même savoir combien cela coute ?

Et où il va trouver l’argent ?

Nos amis allemands qui décrivent les français comme ces personnes qui veulent toujours voyager en première classe avec un billet de seconde classe ne se trompent pas.

Moins d’une heure après l’allocution présidentielle le grand journal <die Frankfurter Allgemeine Zeitung> titrait sur son site en page d’accueil :

Macrons Kehrtwende
La volte-face (ou le demi-tour) de Macron.

Er sei kein Weihnachtsmann, hatte der französische Präsident Emmanuel Macron zuvor gesagt.
Il n’était pas le père Noël, avait déclaré auparavant le président français Emmanuel Macron

Doch fast ein Monat mit teils gewalttätigen Protesten zeigt jetzt Wirkung: Zum 1. Januar gibt es in Frankreich Geldgeschenke.
Mais presque un mois de manifestations, en partie violentes, montre désormais son effet : le 1er janvier, il y aura des cadeaux monétaires en France.

Les allemands ne sont pas très gentils. Il est vrai que notre Président leur avait promis qu’avec lui la France serait gouvernée de manière rigoureuse et arrêterait de creuser la dette.

Je suis un peu dubitatif sur ce qui est annoncé.

A court terme, cela pourra, peut-être, calmer certains, les plus raisonnables des gilets jaunes.

Mais à long terme, qu’en est-il de la transition écologique ? Qu’en est-il des investissements ? Comment faire cela sans creuser davantage la dette.

Toutefois mon intention est de parler d’une autre décision essentielle qui a été prise dans l’Union Européenne et dans laquelle nos amis allemands ne jouent pas le rôle vertueux qu’ils aiment incarner. Ils ont plutôt jouer les peureux et les « courtermistes ».

Ils ont, en effet, lâché la France dans sa volonté de taxer les GAFA.

Parce si les États veulent récupérer de l’argent, il est certain qu’il faut d’abord aller le chercher dans les entreprises très riches, qui gagnent beaucoup d’argents en Europe et paient des impôts ridicules.

Mais l’Allemagne a peur. Peur que Trump taxe en retour les voitures allemandes. Et cela c’est au-dessus de la rigueur et de l’esprit de justice de nos amis issus de la révolution Luthérienne.

Pour illustrer cette situation j’ai trouvé trois articles qui m’ont paru instructifs :

Les Inrocks nous apprennent que selon une estimation de la Commission européenne, les GAFA ne seraient imposés qu’à hauteur de 8,5 % à 10,1 % de leurs profits dans l’Union européenne contre une fourchette de 20,9 % et 23,2 % pour les autres entreprises, dites “classiques”. A titre d’exemple, pour l’année 2017, Amazon aurait ainsi généré 25 milliards d’euros de chiffre d’affaires en Europe pour un impôt quasi nul.

Et les Inrocks de continuer :

« Alors que les gilets jaunes battent le pavé et réclament plus de justice fiscale, le signe aurait été le bienvenu. Loupé. Le projet de taxe européenne sur les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple), et plus largement sur les “services numériques” dont le chiffre d’affaire mondial dépasse 750 millions d’euros (et 50 millions en Europe), a été repoussé aux calendes grecques ce mardi 4 décembre. »

Et le Monde d’écrire :

« Mais cette mesure, qui apparaissait comme un signal important pour l’Union européenne (UE) en instaurant un peu plus de justice fiscale, est déjà largement vidée de sa substance et ne sera soumise à l’approbation des Vingt-Sept qu’en mars 2019. Quant à sa mise en œuvre, en cas d’accord, elle n’interviendra pas avant janvier 2021. Une fois de plus, les égoïsmes nationaux et les règles institutionnelles européennes sont en train de conduire à un immobilisme mortifère. »

C’est le site de Capital qui est le plus didactique :

« Pendant longtemps, le point d’achoppement s’est résumé à une confrontation entre Paris et Berlin. Le gouvernement allemand craint des mesures de rétorsion de la part des États-Unis, qui pourraient augmenter les taxes sur l’importation des voitures allemandes. Finalement, un accord a bien eu lieu le 4 décembre, grâce à une concession clé de la part de la France : la taxe de 3% sur le chiffre d’affaires concernera seulement la vente d’espaces publicitaires alors que l’activité globale était initialement concernée. Au terme d’une haute lutte, Berlin a également obtenu du dispositif qu’il ne s’applique pas avant 2021. […]

Cette concession majeure de la part de Paris réduit considérablement la portée de la taxe. Alors qu’une taxation globale aurait dû rapporter autour de cinq milliards d’euros par an à l’Union européenne, la limitation à l’imposition de la publicité ne remplirait les caisses que de 1,3 milliard, selon les estimations de Bercy. La taxe ne concernerait plus que quasi-exclusivement Google et Facebook, excluant de facto Amazon, Netflix, Microsoft, Uber, etc. qui ne vendent pas d’espaces publicitaires. »

Bien sûr, cette idée de taxation était nouvelle, puisqu’il s’agissait de taxer le chiffre d’affaires. Cette mesure disruptive ne va pas sans créer des problèmes juridiques qui pourraient conduire à une impasse.

« Traditionnellement, il est d’usage de taxer les seuls bénéfices des entreprises. Dans le cadre de la taxation des GAFA, les Européens ont quant à eux décidé de s’attaquer au chiffre d’affaires, afin d’éviter au maximum les techniques d’optimisation fiscale. Cette mesure d’efficacité revient néanmoins à traiter les entreprises du numérique différemment des autres, de manière discriminatoire, sans que cela soit justifié. De quoi fournir des arguments aux géants du Net en vue d’une contestation devant la Cour de justice de l’UE. »

Je passe sur la règle de l’unanimité et les Etats qui comme l’Irlande sont tous dévoués au GAFA pour en venir à un lobbying d’entreprises européennes se sentent solidaires des GAFA.

« On imagine que les géants du Net sont tous américains, mais l’Europe compte également quelques pépites. Les patrons de 16 grandes entreprises numériques européennes (Spotify, Zalando, Booking, Rovio, etc.) ont d’ailleurs écrit fin octobre aux 28 ministres des Finances de l’Union Européenne pour le leur rappeler. « Cette taxe a été conçue pour toucher des sociétés immenses et très profitables, mais il faut réaliser qu’elle aurait un impact bien plus important sur les sociétés européennes, et renforcerait la distorsion de concurrence », ont-ils rédigé dans une lettre que le Financial Times s’est procurée. Ils continuent : « Nous avons encore besoin de la totalité de nos ressources pour continuer à croître, et nos profits sont intégralement réinvestis. Cette taxe priverait nos entreprises d’une source indispensable de capital pour mener la compétition à l’échelle mondiale » Cet appel a visiblement été entendu car seule la publicité est désormais concernée par la taxe.»

Le site des Inrocks nous apprennent que les « Empires » sont à l’œuvre pour empêcher l’Union Européenne d’agir :

« Les Etats-Unis n’ont pas été en reste et ont également pesé de tout leur poids pour qu’une telle taxe n’aboutisse pas. De nombreuses sources diplomatiques attestent ainsi de « pressions directes de l’administration américaine ». « N’oublions pas que l’ambassadeur américain en Allemagne a clairement déclaré que son job était de faire monter l’ensemble des droites dures et eurosceptiques en Europe, complète Bernard Benhamou. On se retrouve dans une situation inédite où les trois grandes puissances mondiales, Etats-Unis, Chine et Russie, se retrouvent quant à l’idée de nuire à l’Europe. Ils ont un intérêt commun à la destruction de l’UE ou du moins, à son affaiblissement » ».

Et il donne la conclusion à Bernard Benhamou, secrétaire général de l’Institut de la souveraineté numérique (ISN) et ancien diplomate.

« Les GAFA sont aujourd’hui des sociétés qui interviennent tous secteurs confondus, ce ne sont plus seulement des sociétés technologiques. […]

Si on n’est pas capable de montrer les dents face à ces entreprises, ce n’est pas seulement une question de fiscalité et d’économie qui se pose, c’est de notre système démocratique dont il est question. De la défense de notre modèle social, de la préservation de l’ensemble de notre tissu industriel.

Vous savez ce que disent les diplomates américains au sujet de l’Union Européenne ? Ils disent qu’on a créé un animal sans dents. Un animal qui n’a pas les moyens d’être tranchant, qui ne sait pas mordre. Il faut impérativement créer un rapport de force avec ces entreprises. Et cela passe nécessairement par la constitution d’un axe franco-allemand fort. D’une vision commune”. Nul doute que pour y parvenir, la route reste longue. »

« Un animal sans dents ! »

Voilà ce que disent les américains de l’Union Européenne.

Et pour finir, le Monde reparle de notre jeune Président.

«  Le volontarisme tricolore motivé par l’obsession de permettre à Emmanuel Macron de brandir un trophée avant les élections européennes de 2019 a conduit à braquer certains partenaires, qui ont fini par se lasser du ton professoral adopté par Paris. »

Il n’y a pas que les « gilets jaunes » qui sont agacés par une certaine attitude…

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