Lundi 16 mars 2020

« Le risque n’est pas individuel mais populationnel. »
Philippe Devos

Nous avons vécu un week-end étonnant.

Samedi soir Edouard Philippe a annoncé la fermeture de tous les commerces « non indispensables ».

Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, interrogé sur France 2, a dit hier à 19h30 : «La situation se détériore pour nos compatriotes.».

Christian Jacob, le président de LR a été testé positif au coronavirus, la nouvelle a été connue ce dimanche. Or, ce responsable politique, parmi d’autres, a insisté pour que le premier tour des municipales ait lieu. Il qualifiait de <coup d’état> la possibilité de reporter le scrutin.

Sur son fil twitter, il a publié plusieurs photos le 13 mars, soit 2 jours avant le scrutin, dans lesquelles il s’affichait fièrement à côté des candidats LR. Comme ici, assis à côté de Rachida Dati, dans un exercice de promiscuité sociale.

Les élections municipales ont donc eu lieu. Le second tour n’aura probablement pas lieu.

Bien sûr, j’ai essayé de comprendre et de trouver des informations.

J’ai d’abord trouvé cette note américaine traduite en français et vers laquelle renvoie un article de Mediapart.

Il s’agit d’un article du 13 mars de Tomas Pueyo, un ancien de l’École centrale et de l’université de Stanford, établi en Californie. C’est un texte disposant de nombreux calculs et graphiques alarmants qui a beaucoup circulé parmi les scientifiques et dans la communauté du numérique.

Cette note qui semble très argumentée, conclut qu’il faut immédiatement appliquer « la distanciation sociale ».

Mais du point de vue pédagogique je n’ai rien trouvé de plus remarquable que cette émission de « Arrêt sur Images » qui m’a été indiquée par mon ami Anny.

Arrêt sur Images est un site payant, mais a décidé que compte tenu de la gravité de la situation, l’émission de vendredi soir consacrée au coronavirus, avec les médecins Francois Salachas, du collectif inter-hôpitaux, et Philippe Devos, intensiviste en Belgique pouvait être visionnée gratuitement.

Je vous engage à la regarder : « Coronavirus : On doit se préparer à l’ouragan ! »

Ces deux médecins sont très intéressants

Je voudrais surtout relever cette intervention de Philippe Devos. Elle répond à une question du producteur de l’émission, Daniel Schneidermann, qui après avoir montré diverses interventions de médecins, en janvier, qui minimisait la dangerosité de COVID-19 lui demandait pourquoi se sont-ils trompés ?

« En fait ce que ces gens n’ont pas compris, c’est que le risque n’est pas individuel, mais populationnel.

Si on regarde une personne 40 ans, le risque de décéder de ce virus est de 0,1%, c’est très faible.

La problématique de ce virus c’est qu’il va toucher énormément de gens et qu’il va être très agressif pour des personnes très âgées qu’il faudra prendre en réanimation et que ce phénomène va saturer nos structures de réanimation et qu’il va générer des morts indirects parce qu’on ne pourra plus soigner d’autres personnes.

Le risque, il est au niveau de la population, le virus va mettre les hôpitaux à terre, le risque individuel est faible, mais il est au niveau de la population. Et beaucoup de médecins se concentrent sur l’individu, parce qu’ils ne soignent que des individus.

Il faut avoir une réflexion au niveau épistémologique et en terme de risque de groupe pour comprendre ce qui se passe. »

Et, en effet je n’ai jamais compris de manière plus claire ce qui était en train de se passer.

Le VIH s’attaque à notre système immunitaire.

Le coronavirus s’attaque à notre système de soins en le saturant. Dès lors, le système de soins n’est plus en mesure de faire face au besoin de soins et les gens vont mourir de ce que François Salachas appelle « une mort illégitime », dans la mesure où si le patient avait pu être pris en charge de manière correcte il ne serait pas mort.

Et cela se passe de manière massive.

Vous trouverez sur cette page la démonstration que la France est en train de suivre, avec un décalage de 9 jours, la courbe d’infection et de décès de l’Italie.

Je ne reproduis pas cette courbe ici, mais je précise qu’elle est exponentielle. Ce dimanche, l’Italie a de nouveau battu son record de morts par jour, on annonçait 368 décès pour un total de plus de 1800. En France, nous en étions à un total de 127. Il y a 9 jours, le 6 mars,  l’Italie en était à 197 morts.

Ce qui explique que des journalistes français et francophones établis en Italie lancent un cri d’alarme à la lumière de ce qu’ils ont observé ces derniers jours de la progression fulgurante de la maladie :

« Journalistes en Italie pour des médias français et francophones, nous couvrons depuis le début la crise épidémique du coronavirus dans la Péninsule. Nous avons pu constater la progression fulgurante de la maladie et avons recueilli les témoignages du personnel de santé italien. Beaucoup nous font part de la situation tragique dans les hôpitaux, les services de thérapie intensive saturés, le triage des patients, ceux – les plus faibles – que l’on sacrifie faute de respirateurs artificiels suffisants.

Par conséquent, nous considérons qu’il est de notre responsabilité d’adresser un message aux autorités publiques françaises et européennes pour qu’elles prennent enfin la mesure du danger. Tous, nous observons en effet un décalage spectaculaire entre la situation à laquelle nous assistons quotidiennement dans la péninsule et le manque de préparation de l’opinion publique française à un scénario, admis par l’énorme majorité des experts scientifiques, de propagation importante, si ce n’est massive, du coronavirus. Hors d’Italie aussi, il n’y a plus de temps à perdre.

Nous estimons qu’il est de notre devoir de sensibiliser la population française. Souvent, les retours qui nous arrivent de France montrent qu’une grande partie de nos compatriotes n’a pas changé ses habitudes. Ils pensent qu’ils ne sont pas menacés, surtout lorsqu’ils sont jeunes. Or, l’Italie commence à avoir des cas critiques relevant de la réanimation dans la tranche d’âge 40-45 ans. Le cas le plus éclatant est celui de Mattia, 38 ans, sportif et pourtant à peine sorti de 18 jours de thérapie intensive. Il est le premier cas de Codogno, fin février, au coeur de la zone rouge dans le sud de la Lombardie.

Par ailleurs, certains Français n’ont pas conscience qu’en cas de pathologie grave, autre que le coronavirus, ils ne seront pas pris en charge correctement faute de places, comme c’est le cas en Italie depuis plusieurs jours. Soulignons aussi que le système sanitaire impacté aujourd’hui est celui du Nord, soit le meilleur d’Italie, un des meilleurs en Europe.

La France doit tirer les leçons de l’expérience italienne. »

Très loin, du fantasme des transhumanistes qui ne parlent que de techniques sophistiquées, d’intelligence artificielle et de big data pour soigner, nous sommes revenus à des principes simples pour éviter la catastrophe : se laver les mains et pratiquer « la distanciation sociale »

L’auteur de « Demain » Cyril Dion se désole que les français aient autant de mal d’apprivoiser ce comportement de bon sens.

Ce coronavirus nous apprend que l’individualisme doit être dépassé et que nous ne pouvons être heureux et vivre bien que si nous tenons compte de l’autre.

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2 réflexions au sujet de « Lundi 16 mars 2020 »

  • 16 mars 2020 à 8 h 50 min
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    J’ai regardé hier soir cette émission vraiment intéressante« Coronavirus : On doit se préparer à l’ouragan ! ». Je ne peux que conseiller de la regarder.
    Ce qui était aussi dit, c’est que les gens de terrain, ne sont pas écoutés. François Salachas qui intervient dans cette émission, et qui avait interpellé Macron lors de sa visite à la Salpétrière devait être reçu par Macron …et que c’est resté lettre morte….

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  • 16 mars 2020 à 15 h 18 min
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    Il faut se rendre à l’évidence qu’une majorité de la population ne respecte pas les mesures barrière parce qu’elle ne se considère pas dans la cible de la population à risque, individualisme et civisme ne font pas bon ménage

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