Lundi 30 mai 2016

Lundi 30 mai 2016
« L’histoire donne de l’Homo sapiens l’image d’un serial killer écologique »
Yuval Noah Harari
Sapiens : Une brève histoire de l’humanité pages 83 à 97
Nous avons commencé à butiner dans ce livre étonnant « Sapiens » en nous intéressant d’abord à ce fait historique que dans le genre « homo », Sapiens est resté seul, alors qu’il y eut une époque de cohabitation avec Neandertal et bien d’autres espèces du genre, ensuite nous avons suivi l’auteur dans sa thèse que ce qui a fait la force de sapiens c’était sa capacité à créer des mythes et un imaginaire fédérateur.
Nous l’avons encore suivi quand il a montré la présence de l’imaginaire dans notre quotidien.
Aujourd’hui je vais partager avec vous des faits et les hypothèses extrêmement réalistes montrant les effets de la présence de Sapiens sur les espèces animales et végétales.
Il y a longtemps, c’étaient les dinosaures qui occupaient la première place dans la chaîne alimentaire. Il y a un consensus scientifique que ce fut un évènement extérieur, qui bouleversa la vie sur la planète et entraina la disparition du « genre dinosaure » sur la terre.
Nous savons qu’au long de l’Histoire des milliers d’espèce ont disparu. Probablement, influencé par le destin des dinosaures, l’explication commune consistait à faire porter l’essentiel de cette responsabilité à des évènements extérieurs, notamment les transformations du climat. Dans nos mythes on a inventé des histoires comme le déluge.
Aujourd’hui, des espèces continuent à disparaître massivement. Pour cette évolution contemporaine, le rôle de sapiens est évident, documenté et accablant.
Harari nous dévoile que très probablement sapiens, dès qu’il est devenu « le maître des espèces », a été plus qu’un prédateur, un exterminateur !
« Avant la révolution cognitive, toutes les espèces d’hommes vivaient exclusivement sur le bloc continental afro asiatique. Certes, ils avaient colonisé quelques îles en traversant à la nage ou sur des radeaux de fortune de petites étendues d’eau. […].
La barrière maritime empêcha les hommes, mais aussi de nombreux autres animaux et végétaux afro asiatiques d’atteindre ce « monde extérieur ». De ce fait, les organismes de terres lointaines comme l’Australie et Madagascar évoluèrent isolément durant des millions et des millions d’années, prenant des formes et des natures très différentes de celles de leurs lointains parents afro-asiatiques. […]
À la suite de la révolution cognitive, sapiens acquis la technologie, les compétences organisationnelles et peut-être même la vision nécessaire pour sortir de l’espace afro-asiatique et coloniser le monde extérieur. Sa première réalisation fut la colonisation de l’Australie voici 45 000ans.
[…] Le voyage des premiers humains vers l’Australie est un des événements les plus importants de l’Histoire, au moins aussi important que le voyage de Christophe Colomb vers l’Amérique ou l’expédition d’Apollo 11 vers la Lune. Pour la première fois, un humain était parvenu à quitter le système écologique afro-asiatique ; pour la première fois, en fait, un gros mammifère terrestre réussissait la traversée de l’Afro-Asie vers l’Australie. […]
L’instant où le premier chasseur-cueilleur posa le pied sur une plage australienne fut le moment où l’Homo sapiens ce hissa à l’échelon supérieur de la chaîne alimentaire et sur un bloc continental particulier, puis devint l’espèce la plus redoutable dans les annales de la planète Terre.
Jusque-là les hommes avaient manifesté des adaptations et des comportements novateurs, mais leur effet sur l’environnement était demeuré négligeable. […]. »
Yuval Noah Harari nous fait alors la description de la faune de l’Australie d’avant Homo sapiens :
« [C’était] un étrange univers de créatures inconnues, dont un kangourou de 2 m pour 200 kg et un lion marsupial aussi massif qu’un tigre moderne, qui était le plus gros prédateur du continent. Dans les arbres évoluaient des koalas beaucoup trop grands pour être vraiment doux et mignon, tandis que dans la plaine sprintaient des oiseaux coureurs qui avaient deux fois la taille d’une autruche. Des lézards dragons et des serpents de 5 m de long ondulaient dans la broussaille. Le diprotodon géant, wombat de 2 tonnes et demie, écumaient la forêt. Hormis les oiseaux et les reptiles, tous ces animaux étaient des marsupiaux : comme les kangourous. Ils donnaient naissance à des petits minuscules et démunis, comparables à des fœtus qu’ils nourrissaient ensuite au lait dans des poches abdominales. Quasiment inconnus en Afrique et en Asie, les mammifères marsupiaux étaient souverains en Australie.
Presque tous ces géants disparurent en quelques milliers d’années : 23 des 24 espèces animales australiennes de 50 kg ou plus s’éteignirent. Bon nombre d’espèces plus petites disparurent également. Dans l’ensemble de l’écosystème australien, les chaînes alimentaires furent coupées et réorganisées. Cet écosystème n’avait pas connu de transformation plus importante depuis des millions d’années. Était-ce la faute d’Homo sapiens ?
Certains chercheurs essayent d’exonérer notre espèce pour rejeter la faute sur les caprices du climat. On a peine à croire, pourtant, qu’Homo sapiens soit entièrement innocent. Trois types de preuves affaiblissent l’alibi du climat et impliquent nos ancêtres dans l’extinction de la mégafaune australienne. Premièrement, même si le climat de l’Australie a changé voici 45 000 ans, ce bouleversement n’avait rien de remarquable. On voit mal comment le nouveau climat aurait pu provoquer à lui seul une extinction aussi massive. […]
Apparu en Australie il y a plus de 1,5 millions d’années, le diprotodon géant avait résisté à au moins dix ères glaciaires antérieures. Il survécut aussi au premier pic du dernier âge glaciaire il y a environ 70 000 ans. Pourquoi a-t-il disparu il y a 45000 ans ?
Si les diprotodons avaient été les seuls gros animaux à disparaître à cette époque, on aurait naturellement pu croire à un hasard. Or, plus de 90 % de la mégafaune australienne a disparu en même temps que le diprotodon. Les preuves sont indirectes, mais en imagine mal que, par une pure coïncidence, sapiens soit arrivé en Australie au moment précis où tous ces animaux mouraient de froid. […] »
Est-ce une hypothèse parmi d’autres ?
Sans doute pas, parce que ce scénario va se répéter à travers l’Histoire de Sapiens :
« Les millénaires suivants ont connu des extinctions de masse proche de l’archétype de la décimation australienne chaque fois qu’une population a colonisé une autre partie du monde extérieur. Dans tous ces cas, la culpabilité de sapiens est irrécusable. Par exemple, la mégafaune néo-zélandaise qui avait essuyé sans une égratignure le prétendu changement climatique d’il y a environ 45 000 ans a subi des ravages juste après le débarquement des premiers hommes sur ces îles. Les maoris, premiers colons sapiens de la Nouvelle-Zélande, y arrivèrent voici 800 ans. En l’espace de deux siècles disparurent la majorité de la mégafaune locale en même temps que 60 % des espèces d’oiseaux locales.
La population de mammouths de l’ile Wrangel, dans l’Arctique connut le même sort. Les mammouths avaient prospéré pendant des millions d’années dans la majeure partie de l’hémisphère nord. Avec l’essor d’Homo sapiens, cependant, d’abord en Eurasie, puis en Amérique du Nord, les mammouths ont reculé. Voici environ 10 000 ans, il n’y avait plus un seul mammouth au monde, hormis dans quelques îles lointaines de l’Arctique, à commencer par Wrangel. Les mammouths de cette île continuèrent de prospérer encore pendant quelques millénaires, avant de disparaître subitement voici 4000 ans, au moment précis où les humains débarquèrent.
Si l’extinction australienne était un événement isolé, nous pourrions accorder aux hommes le bénéfice du doute. Or, l’histoire donne de l’Homo sapiens l’image d’un serial killer écologique. »
Yuval Noah Harari donne des explications rationnelles aux moyens utilisés par sapiens pour chasser, tuer ces espèces est aussi les raisons pour lesquelles ces espèces ne se méfiant pas d’un petit singe qui n’avait pas l’air très dangereux ne surent pas se protéger. Vous trouverez ces explications aux pages 89-91.
Je préfère m’attarder à un autre développement de Yuval Noah Harari sur la continuation du récit :
« L’extinction de la mégafaune australienne [qui] est probablement la première marque significative qu’Homo sapiens ait laissée sur notre planète. Suivit une catastrophe écologique encore plus grande, cette fois en Amérique. Homo sapiens fut la seule espèce humaine à atteindre le bloc continental de l’hémisphère ouest, où il arriva voici 16 000 ans, autour de 14 000 avant notre ère. […]
Jusque-là, aucune espèce humaine n’avait réussi à pénétrer les espaces comme la Sibérie du Nord. Même les Neandertal, adaptés au froid, se cantonnèrent à des régions relativement plus chaudes, plus au sud. […] Les terres arctiques grouillaient d’animaux savoureux tels que les rennes et les mammouths. Chaque mammouth était source d’une énorme quantité de viande (avec le froid, on pouvait même la congeler pour la consommer plus tard), de graisse goûteuse, de fourrure chaude et d’ivoire précieux. […] Autour de 14 000 avant notre ère, la chasse en entraîna certains de la Sibérie du Nord-Est vers l’Alaska. Bien entendu, ils ne surent pas qu’ils découvraient un nouveau monde. Pour le mammouth comme pour l’homme, l’Alaska était une simple extension de la Sibérie. […]
Profitant du nouveau couloir, les hommes passaient au Sud en masse, se répandant à travers le continent. […] Certains se fixèrent dans le bassin de l’Amazone, d’autres s’enracinèrent dans les vallées des Andes où la pampa argentine. Tout cela en l’espace d’un millénaire ou deux ! […] Ce Blitzkrieg à travers l’Amérique témoigne de l’incomparable ingéniosité et de l’adaptabilité insurpassée de l’Homo sapiens. Aucun autre animal n’avait jamais investi aussi rapidement une telle diversité d’habitats radicalement différents–et ce, en utilisant partout quasiment les mêmes gènes. […]
Voici 14 000 ans, la forêt américaine était bien plus riche qu’aujourd’hui. Quand les premiers américains quittèrent l’Alaska pour le sud, s’aventurant dans les plaines du Canada et de l’Ouest des États-Unis, ils trouvèrent des mammouths et des mastodontes, des rongeurs de la taille d’un ours, des troupeaux de chevaux et de chameaux, des lions géants et des douzaines d’espèces de gros animaux qui ont totalement disparu, dont les redoutables chats à dents de cimeterre et les paresseux terrestres géants qui pesaient jusqu’à 8 tonnes et pouvaient atteindre 6 m de haut. L’Amérique du Sud hébergeait une ménagerie encore plus exotique de gros mammifères, de reptiles et d’oiseaux. Les Amériques avaient été un grand laboratoire d’expérimentation de l’évolution, un espace où avaient évolué et prospéré des animaux et des végétaux inconnus en Afrique et en Asie.
Mais ce n’est plus le cas. Deux milles ans après l’arrivée du Sapiens, la plupart de ces espèces uniques avaient disparu. Dans ce bref intervalle, suivant les estimations courantes, l’Amérique du Nord perdit 34 de ses 47 genres de gros mammifères, et l’Amérique du Sud 50 sur 60. »
J’arrête ici cette longue énumération, bien que Yuval Noah Harari donne encore des exemples dans la grande île de Madagascar et dans d’autres îles du Pacifique.
Que dire ?
La thèse défendue par Yuval Noah Harari : celle d’un sapiens serial killer écologique semble très vraisemblable.
Dans nos mythes religieux, l’homme est une espèce à part, l’espèce préféré des dieux ou de Dieu.
Nous ne sommes pas des serial-killer puisque nous suivons les desseins de Dieu…
Croire de tels mythes permet certainement de se déculpabiliser totalement de notre action sur les autres espèces, bien que dans ces mythes la nature et les autres espèces sont aussi création de Dieu !