Mardi 17 novembre 2020

« La faiblesse […] qui contribue à rendre le monde supportable, c’est la faiblesse devant la beauté. »
Albert Camus, « Le premier homme », Page 111

Au début, le mot du jour se limitait à l’exergue.

C’était commode à écrire et rapide à lire.

J’ai eu quelques soucis car les mots de sagesse d’Einstein, de Socrate ou d’autres qu’on trouvait sur Internet, sans précision de leur source, étaient souvent faux et relevaient en fait d’inventions de quelque obscur écrivain qui se cachait derrière un nom célèbre pour écrire une formule qui lui tenait à cœur.

Mais dans « Le Premier homme » je dispose d’une source précise et comportant un certain nombre de ces formules qui révèlent une part de la vérité du comportement des hommes.

Il est encore question de la grand-mère dans cet extrait.

« Dans tous les cas, la grand-mère ne répondait jamais aux colères de son cadet. D’une part parce qu’elle savait que c’était inutile, d’autre part parce qu’elle avait toujours eu pour lui une faiblesse étrange, que Jacques, dès l’instant où il eut un peu de lecture, avait attribuée au fait qu’Ernest était infirme (alors qu’on a tant d’exemples où, contrairement au préjugé, les parents se détournent de l’enfant diminué) et qu’il comprit mieux beaucoup plus tard, un jour où, surprenant le regard clair de sa grand-mère, soudain adouci par une tendresse qu’il ne lui avait jamais vue, il se retourna et vit son oncle qui enfila la veste de son costume du dimanche.

Aminci, encore par l’étoffe sombre, le visage fin et jeune, rasé de frais, peigné soigneusement, portant exceptionnellement col frais, peigné soigneusement, portant exceptionnellement col frais et cravate, avec des allures de pâtre grec endimanché, Ernest lui apparut pour ce qu’il était, c’est-à-dire très beau.

Et, il comprit alors que la grand-mère aimait physiquement son fils, était amoureuse comme tout le monde de la grâce et de la force d’Ernest, et que sa faiblesse exceptionnelle devant lui était après tout fort commune, qu’elle nous amollit tous plus ou moins, et délicieusement d’ailleurs, et qu‘elle contribue à rendre le monde supportable, c’est la faiblesse devant la beauté. »
Page 111

Je crois que c’est juste, et que cette beauté ne se limite pas à la beauté éphémère de certains humains. Il peut s’agir aussi de la beauté d’une œuvre d’art ou de la beauté d’un paysage, de l’univers ou simplement d’une scène de laquelle la beauté jaillit et nourrit notre quête de vie.

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Une réflexion au sujet de « Mardi 17 novembre 2020 »

  • 17 novembre 2020 à 8 h 37 min
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    Oui, la beauté n’est pas une connaissance intellectuelle mais une expérience vécue qui nous réveille, une sorte de suspension du mental qui est une porte sur l’inconnu à l’origine du plaisir

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